Classiquement, l'histoire des îles Fidji se découpe en quatre périodes distinctes : Le peuplement de l'archipel et l'époque pré-européenne (1260 av. J.-C. – 1643) ; Les premiers contacts entre Fidjiens et Européens (1643 – 1874) ; La période coloniale (1874 – 1970) ; Les Fidji depuis l'indépendance.

Le peuplement des Fidji

Selon l'archéologie, le peuplement des Fidji par des populations austronésiennes aurait débuté au second millénaire avant notre ère. Des fouilles archéologiques réalisées en 2003 par Patrick Nunn et Sepeti Matararaba ont mis en effet au jour ce qui semble être le plus ancien site d'installation humaine découvert dans l'archipel. Ce site se situe dans la localité de Rove-Bourewa au sud-ouest de Viti Levu. Y ont été retrouvées des poteries Lapita remontant d'après la datation au carbone 14 à 1260 avant notre ère. Celles-ci présentent des affinités avec celles retrouvées au Vanuatu, en Nouvelle-Calédonie et à l'est des Salomon, ce qui laisse supposer qu'il s'agit là de l'origine immédiate des premiers Fidjiens. D'autres sites d'habitat situés toujours au sud-ouest de l'archipel (Viti Levu, archipel Yasawa, Kadavu) mais postérieurs d'un ou deux sièclesCeux-ci ont été datés entre 1100 et 900 avant notre ère. ont également été fouillés. Ces premières colonies Lapita présentent un certain nombre de caractéristiques communes, un emplacement littoral, un espace couvrant environ 1 hectare, ce qui permet de supposer que ces premières communautés villageoises ne dépassaient pas 200 individus. Néanmoins l'archéologie n'a pu déterminer si ces villages étaient issus d'une diffusion à partir de Rove-Bourewa ou liés à des vagues migratoires successivesCarte animée du peuplement Lapita des îles Fidji : http://www.grographics.com/fiji/fiji-timeline/index.html..

Le peuplement de l'intérieur montagneux de Viti Levu semble être quant à lui plus tardif et n'avoir pas débuté avant 500 avant notre ère au plus tôt.

À partir du , la partie orientale des Fidji connut une nouvelle vague migratoire en provenance cette fois-ci de l'est par des populations d'origine tongienne. Celles-ci devaient s'installer dans l'archipel de Lau puis les côtes orientales de Viti Levu et Vanua Levu. Il semble en effet qu'à partir de cette date, il y eut des relations régulières entre Tonga et Fidji, influençant de manière déterminante l'histoire et la culture fidjienne, métissée de traditions mélanésiennes et polynésiennes. Les Fidji se situaient dans la sphère d'influence de l'empire Tu’i Tonga, qui fut établi au et amorça son déclin à partir du . C'est, du reste, de Tonga que James Cook entendit pour la première fois parler de Viti, nom donné en tonguien aux îles Fidji.

Au , il est possible que de nouveaux immigrés soient arrivés aux Fidji en provenance de ce qui est aujourd'hui le Vanuatu, en Mélanésie. Le Sud du Vanuatu connut une éruption volcanique à cette époque ; le style de poterie de cette région y disparut, pour ré-apparaître à la même époque aux Fidji « Fidjian Culture & Tradition », site web du gouvernement des Fidji..

Des premiers contacts à la colonisation (1643 – 1873)

Les explorateurs européens alt=Jules Dumont d'Urville.|vignette|redresse|Jules Dumont d'Urville.

Le , le navigateur hollandais Abel Tasman, après avoir découvert la Nouvelle-Zélande, passa à l'ouest de Vanua Levu sans y faire escale. Il baptisa celle-ci l'île du Prince-Guillaume (Prinz Willem). Le deuxième Européen à croiser au large de l'archipel fut James Cook qui, lors de son second périple en aperçut l'île de Vatoa. Vingt ans plus tard en , le capitaine William Bligh traversa le détroit situé entre Viti Levu et Vanua Levu. Cela eut lieu à la suite de la mutinerie de l'équipage de la , alors que Bligh et ceux qui lui étaient restés fidèles tentaient de rallier à bord d'un radeau la ville de Batavia (Jakarta). Son radeau fut poursuivi pendant plusieurs jours par deux pirogues hostiles qu'il finit néanmoins par distancer.

Par la suite durant toute la première moitié du , de nombreuses expéditions se succédèrent. Les deux plus notables par leur importance sont sans doute celles de Dumont d'Urville qui y fit deux fois escale en et et celle de l'Américain Charles Wilkes en . Ce dernier eut des contacts difficiles avec les Fidjiens. Ayant entendu dire que le grand chef de Rewa (Sud-Est de Viti Levu) était responsable du massacre de l'équipage d'un navire marchand américain en , il le fit arrêter dans le but de le faire juger et emprisonner aux États-Unis. Mais il devait décéder quelques jours avant le retour de l'expédition à New York. Wilkes fit également raser un village sur l'île de Malolo (archipel du Yasawa), à la suite d'un vol d'instruments de bord par ses habitants. Le lendemain, ces derniers attaquèrent à leur tour le bateau. L'assaut fut repoussé faisant plus de 50 morts parmi les Fidjiens.

Santaliers et « beachcombers » (écumeurs de grèves)

Les premiers contacts réguliers entre Européens et Fidjiens commencèrent au début du , après la découverte en 1800 de santal par les naufragés du navire Argo, qui s'était échoué sur Viti Levu. L'exploitation du santal débuta peu après et perdura jusqu'en 1814, date à laquelle les ressources s'épuisèrent. Cela causa l'installation à demeure des premiers papalagi (Européens), dont Lockerby, Dillon, Oliver Slater. L'un d'eux, un Suédois surnommé « Charles le Sauvage », (1760 ?-1813), un beachcomber, est un des personnages des événements de 1813 (massacre, festin cannibale). Il gagna peu à peu en influence sur la grande chefferie de Bau, chefferie qui devait par la suite jouer un rôle important dans l'histoire fidjienne.

Après le santal, les Européens trouvèrent à partir de 1820 une nouvelle ressource à exploiter, le concombre de mer appelé également bêche de mer et dont les Chinois raffolaient. De nouveau cela entraîna une nouvelle vague d'installation d'Européens qui devaient s'assurer la coopération des chefferies fidjiennes, leur procurant en échange armes et munitions.

Les missionnaires La première tentative d'évangélisation de l'archipel revint à la London Missionary Society (congrégationaliste) qui, en 1830, installa deux catéchistes tahitiens sur l'île d'Oneata (archipel de Lau). Cette première mission ne connut néanmoins qu'un succès mitigé. En 1835, la Wesleyan Missionary Society (méthodiste), qui ne souhaitait pas laisser le champ libre à la LMS avec qui elle se livrait à une guerre d'influence dans la région, envoya sur place deux missionnaires britanniques, William Cross et David Cargill. Ils se firent accompagner d'un Tongien déjà convertiLa WMS était déjà bien implantés aux îles Tonga. espérant jouer sur les relations anciennes entre les deux archipels. Ils s'installèrent sur l'île de Lakeba dont le chef, , Tui Nayau (chef de Nayau)Titre porté par le chef de la confédération Lau. était considéré comme le souverain du Lau. S'ils furent accueillis correctement, les Lakebans se montrèrent néanmoins peu intéressés par la nouvelle doctrine. De plus, les deux hommes se rendirent bientôt compte que Tui Nayau craignait s'il se convertissait, des représailles de la grande chefferie Bau, une petite île située à peu de distance, à l'est de Viti Levu, dont le pouvoir n'avait cessé de s'accroître depuis le début du . Cross s'y rendit en 1838. Il y fut accueilli froidement par son chef (Ratu) Tanoa Visawaqa alors en pleine guerre avec la tribu Rewa (Sud-Est de Viti Levu) pour le contrôle de l'île (voir paragraphe suivant). Ce n'est finalement qu'en 1854 que Seru Epenisa Cakobau, le fils de Tanoa, accepta finalement à contrecœur de se convertir.

Il fallut toutefois attendre les années 1880 pour que l'ensemble des tribus de l'archipel se convertisse et en particulier celle de l'intérieur de Viti Levu, les kai colo (gens de la montagne). La christianisation de ces tribus donna lieu à l'un des épisodes les plus fameux du martyrologe missionnaire, le meurtre du révérend Baker. En 1867, Baker, accompagné de neuf Fidjiens, décida de remonter la vallée de la Sigatoka pour prêcher la « Bonne Parole » aux kai colo. Voyant cette intrusion comme une menace de Cakobau sur leur indépendance, les habitants de NubutautauAnciennement appelé Naqaqadelavatu. les tuèrent, lui et ses compagnons, avant de les découper en morceaux qui furent ensuite en rituel d'alliance, distribués à toutes les tribus de la régionCet incident dont les versions varient selon les récits, est toujours très présent dans la mémoire collective fidjienne, comme semble le démontrer l'article suivant ..

La situation politique fidjienne durant la première moitié du Au début du , l'ensemble de l'archipel fidjien était divisé en sept chefferies principales. Rewa, Verata et Bau se partageant la partie littorale de Viti Levu et l'archipel du LomaivitiChapelet d'îles à l'est de Viti Levu (Ovalau, Koro, Gau …). Cakaudrove, Macuata et Bua sur Vanua Levu La confédération Lau À cela s'ajoutait une multitude de tribus indépendantes à l'intérieur de Viti Levu.

Parmi ces sept grandes chefferies, Bau bénéficia très vite d'un atout de taille puisqu'elle contrôlait la ville de Levuka, sur l'île d'Ovalau, que les Européens avaient choisi comme principal port d'attache pour leurs santaliers, navires de commerce et baleiniers. Ces derniers fournissaient en particulier aux Bau, des dents de cachalot (tabua), monnaie d'échange traditionnelle entre les chefferies fidjiennes. À cette suprématie économique s'ajoutait un appui logistique et en armes à feu, grâce auxquels le grand chef de Bau, Tanoa puis son fils Cakobau qui lui succéda en 1852, prit en un peu plus d'un demi-siècle le contrôle de l'archipel. En 1808, Tanoa, aidé des armes fournis par « Charles le Sauvage », soumit les Verata. Dans les années qui suivirent, par le jeu d'alliances matrimoniales, Vanua Levu passa également sous son contrôle. Finalement, après des années de conflit larvé, Cakobau défit la chefferie Rewa lors de la bataille de Kaba, le 7 avril 1855. À la suite de cette victoire, il s'autoproclama Tui Viti (roi des Fidji). Néanmoins l'intérieur de Viti Levu lui restait hostile. Quant à l'archipel de Lau, il était dominé depuis 1847 par Enele Maʻafu que son cousin Taufa'ahau Tupou (de son nom de baptême George Tupou ), le Roi de Tonga, avait envoyé à Lakeba pour défendre les intérêts de ses amis missionnaires. La conversion de Cakobau en 1854 sur les conseils insistants du roi de Tonga permit aux deux hommes de vivre en bonne intelligence, Ma'afu dépêchant même deux mille guerriers tongiens à Kaba pour assister son allié dans sa lutte contre les Rewa.

Le règne de Cakobau et la prise de possession britannique

Dans les années 1850, l'installation croissante d'Européens venus exploiter le coprah, aiguisèrent les appétits des puissances étrangères : Le Royaume-Uni, qui nomma en 1858 un certain William Thomas PritchardNé à Tahiti, il est le fils de George Pritchard, missionnaire de la LMS qui s'était déjà fait expulser de Tahiti après s'être opposé à la prise de possession française. consul britannique auprès de Cakobau. La France de Napoléon III, qui cherchait alors une île exploitable pour fonder un bagne, envoya sur place au début des années 1850 plusieurs navires de guerre. Son choix se porta finalement sur la Nouvelle-Calédonie. Les États-Unis, auprès desquels Cakobau s'était endetté en achat de fusils. En 1858 ceux-ci lui réclamèrent , le menaçant d'exil s'il n'honorait pas sa dette. Cakobau se tourna alors vers les Britanniques et leur consul Pritchard, à qui il proposa de céder hectares de terre en échange du remboursement de sa dette. Après quatre années de tergiversations, Londres refusa finalement la proposition de Cakobau, doutant de sa véritable légitimité sur les terres proposées.