, nom de plume de , né le et décédé le , est un écrivain japonais. Auteur d'une quarantaine de romans, d'une cinquantaine de pièces de théâtre et de plus de cent-cinquante nouvelles, il est brièvement acteur et mannequin. Il est également célèbre pour avoir été le fondateur et dirigeant du Tatenokai, milice nationaliste favorable à la restauration politique du pouvoir de l'empereur et de son statut divin, à l'origine du coup d'État organisé le dans le quartier général du commandement de l'armée japonaise de Tokyo durant lequel Mishima commet le seppuku qu'il avait imaginé et organisé au préalable afin d'alerter le Japon sur ce qu'il considérait comme son déclin.

Considéré comme l'un des plus grands écrivains du et stylistes de la langue japonaise d'après-guerre, Mishima est célèbre pour sa fusion des styles littéraires traditionnels japonais et occidentaux modernes, en particulier français par les influences de Georges Bataille et Raymond Radiguet sur l'auteur et pour sa volonté inépuisable de recherche d'une esthétique se traduisant dans ses affirmations obsessionnelles de l'unité de la beauté et de l'érotisme déjà présentes dans son premier roman, Confessions d'un masque, publié en 1949 à l'âge de vingt-quatre ans.

Parallèlement à sa carrière littéraire, Mishima est un expert en arts martiaux. Il prône le bushido, est dan de kendo, expert en iaidō, et participe au Premier Championnat du Monde de Kendo quelques mois avant sa mort.

Biographie Enfance gauche|vignette|redresse|Yukio Mishima en 1931.

Kimitake Hiraoka naît le à Tokyo. Il est le fils aîné d'Asuza Hiraoka, alors sous-directeur du bureau des Pêches au ministère de l'Agriculture, et de Shizue Hashi. Du côté paternel, il est issu d'une famille de la paysannerie de la région de Kobe. Son grand-père Jotarō Hiraoka a été gouverneur des îles Sakhaline à l'ère Meiji. Du côté de sa grand-mère maternelle, la famille de Mishima a des origines nobles, étant liée aux samouraïs de l'ère Tokugawa.

Son enfance est marquée par sa grand-mère Natsu Nagai, qui le retire à sa mère pour le prendre en charge, séparé du reste de la famille. Sa grand-mère garde des prétentions aristocratiques, même après avoir épousé le grand-père de Mishima — dont l'extraction modeste est compensée par le statut privilégié dont il jouit en tant que diplômé de l'Université impériale ; elle lit le français et l'allemand et apprécie le théâtre kabuki. Cette grand-mère, victime de douleurs et de sciatique, est extrêmement têtue et prompte à des accès de violence ; Mishima la masse. Elle interdit à Mishima de sortir au soleil, de faire du sport ou de jouer avec des garçons : il passe la plupart de son temps seul ou avec ses cousines.

Mishima rejoint sa famille à douze ans et développe une relation très forte avec sa mère. Celle-ci le réconforte et l'encourage à lire. Son père, employé de ministère et bureaucrate rangé, est un homme brutal, marqué par la discipline militaire, qui l'éduque en le forçant par exemple à se tenir très près d'un train fonçant à toute vitesseMarguerite Yourcenar, Mishima ou La vision du vide, Gallimard, 1981, 18.. Il fait également des rafles dans sa chambre pour trouver des preuves de son intérêt efféminé pour la littérature et déchire ses manuscrits. Mishima ne se révolte pas ouvertement contre son père mais s'arrange pour ne plus conserver ses travaux chez lui.

Études et premières œuvres Mishima écrit sa première histoire à douze ans. Il lit avec voracité les œuvres d'Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et les classiques japonais. Il va à l'école d'élite de Gakushūin à l'insistance de sa grand-mère...

Après six années d'école, il est toujours un adolescent fragile, mais devient le plus jeune membre de l'équipe éditoriale de la société de littérature de son école. Il est invité à écrire un roman en feuilleton pour le prestigieux magazine de littérature , auquel il soumet , pour lequel il prend son pseudonyme de Yukio Mishima. Le roman est publié en livre en 1944 en un petit nombre d'exemplaires à cause de la disette de papier causée par la guerre. Il fréquente à cette époque le milieu de l'École romantique japonaise.

Mishima est convoqué par l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, mais prétend souffrir de tuberculose, et ainsi échappe à la conscription. Bien que soulagé d'avoir évité le combat, il se sentira coupable d'avoir survécu et d'avoir raté la chance d'une mort héroïque.

Mishima, malgré l'interdiction de son père, continue à écrire ; il est soutenu par sa mère, Shizue, toujours la première à le lire.

Après l'école, son père, qui avait sympathisé avec les nazis, le contraint d’étudier le droit allemand. Tout en continuant d'écrire, il sort diplômé de la prestigieuse université de Tokyo en 1947 ; il entre au ministère des finances, où il est promis à une brillante carrière.

Peu après, son père accepte qu'il démissionne pour se consacrer durant un an à sa passion de l'écriture, puis se résigne définitivement à voir son fils devenir écrivain. Mishima rencontre Yasunari Kawabata, qui l’encourage à publier ses manuscrits.

L'écrivain d'après-guerre droite|vignette|Yukio Mishima (devant) et le futur maire de Tokyo Shintarō Ishihara en 1956. Mishima fréquente le groupe de la revue Littérature moderne, mais ne se sent pas en phase avec le Japon d’après-guerre. En 1946, il commence son premier roman qu'il publie en 1948. Il est suivi de , une œuvre autobiographique sur un jeune garçon devant cacher ses désirs homosexuels. Cette œuvre rend célèbre Mishima, qui n'a alors que .

Il commence alors une brillante et prolifique carrière d'auteur. On peut citer ses romans Amours interdites (1951), paru l'année de son premier voyage en Occident, Le Tumulte des flots (1954), Le Pavillon d'or (1956) ou Après le banquet (1960).

Il écrit également des récits populaires pour s’assurer le confort matériel, des pièces de théâtre kabuki pour la compagnie théâtrale le Bungaku-za ainsi que des recueils de nouvelles et des essais littéraires.

Il obtient une renommée internationale, notamment en Europe et aux États-Unis. Il voyage beaucoup et est pressenti trois fois pour le prix Nobel de littérature. C'est toutefois son ami Yasunari Kawabata qui le reçoit, et Mishima comprend que les chances pour qu'un autre auteur japonais le remporte prochainement sont faibles. De plus, Kawabata était son mentor et l'avait introduit dans les cercles littéraires de Tokyo.

Il rédige de 1965 jusqu'à sa mort en 1970 l'œuvre qu’il considère comme sa plus importante, un cycle de quatre romans intitulé La Mer de la fertilité (Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l'aube, L'Ange en décomposition).

Vie privée Après Confessions d'un masque, Mishima essaie de s’échapper de son personnage fragile en s’astreignant à des exercices physiques. En 1955, il a un corps d’athlète qu’il entretiendra jusqu'à la fin de sa vie, et devient un expert en kendo.

Mishima fréquente les bars homosexuels en observateur et aurait eu quelques liaisons avec des étrangers de passage, avec des Français à Paris Après avoir envisagé une alliance avec Michiko Shōda, qui devient par la suite l'épouse de l'empereur du Japon Akihito, il se marie en 1958 avec Yoko Sugiyama (1937-1995). Il aura avec elle deux enfants. Cette vie apparemment rangée traduit surtout la volonté de l'écrivain de satisfaire le désir de sa mère.

L'homosexualité de Mishima apparaît dans ses romans, dans ses essais (par exemple dans La Mort de Radiguet, traduit en français en 2012) et elle est attestée par maints témoignages. Toutefois, au Japon, ce thème est difficile à aborder : en 1995, la famille de Mishima intente un procès au romancier , qui venait de publier un livre, assorti de lettres, sur sa liaison avec l'écrivain. Avant d'être interdit, ce livre est vendu à plus de . Certains auteurs japonais n'hésitent pas à nier la réalité de l'homosexualité de Mishima, pourtant secret de Polichinelle. En Occident, cette tentative d'occultation peut aussi se retrouver, par exemple, dans le film Mishima. En effet, Paul Schrader n'y accorde qu'un plan assez rapide au thème de l'homosexualité, qui est pourtant le thème central de Confessions d'un masque. La biographie de Mishima par , ouvrage de référence, donne en revanche à ce sujet une attention soutenue. Le biographe rappelle notamment qu'en 1970, au moment de la mort de Mishima, de nombreux journalistes et certains hommes politiques ont vu dans cet acte un shinjū, un suicide à deux, manière d'authentifier l'amour que Mishima et Morita se seraient porté. Du reste, les photos d'art où Mishima exhibe son corps relèvent d'une esthétique homosexuelle d'avant-garde et sont devenues par la suite de véritables icônes.

En 1968, il joue dans Le Lézard noir aux côtés de l'acteur et chanteur Akihiro Miwa.

Dans les années 1960, il exprime des idées fortement nationalistes. En 1967, il s’engage dans les Forces japonaises d'autodéfense, puis forme la milice privée Tatenokai (« société du bouclier ») destinée à assurer la protection de l’empereur.

À la fin de sa vie, il joue dans plusieurs films et coréalise Yūkoku ou Rites d'amour et de mort, une adaptation de sa nouvelle .

Suicide par seppuku thumb|redresse|Mishima sur le balcon de l'École militaire prononçant son discours le 25 novembre 1970. Au cours de l'année 1970, Mishima achève sa tétralogie La Mer de la fertilité avec son quatrième tome, L'Ange en décomposition. Le , il poste à son éditeur la fin de son manuscrit, puis se rend au ministère des Armées accompagné de quatre jeunes disciples. Au deuxième étage de l'École militaire du quartier général du ministère de la Défense, quartier d'Ichigaya à Shinjuku (Tokyo), aujourd'hui mémorial des forces japonaises d'autodéfense, il prend en otage le général commandant en chef des forces d'autodéfense et fait convoquer les troupes : il leur tient alors un discours en faveur du Japon traditionnel et de l'empereur et tente de les motiver à lancer un coup d'état militaire. La réaction des est vite hostile. Devant les huées, son discours devenant à peine audible, il se retire vers .

Suivant le rituel, Mishima se donne la mort par seppuku ; son kaishakunin, un des membres de Tatenokai, Masakatsu Morita, devait accomplir seul la décapitation mais, ne parvenant pas à décapiter Mishima après plusieurs tentatives, c'est qui termine le geste. Morita suivra ensuite Mishima dans la mort. Ce coup d'éclat avait été minutieusement préparé pendant plus d'une année ; Mishima avait même décrit une action très similaire dans son roman Chevaux échappés (1969) et dans sa nouvelle Patriotisme (1960), avec une fin tout aussi tragique. Certains ont avancé que cette tentative de coup d'État n'était qu'un prétexte symbolique destiné à accomplir le suicide rituel que Mishima avait toujours fantasmé et qu'il avait depuis longtemps prémédité et mis en scèneVoir , « A Phantasy World : Mishima Yukio » in Shōwa Japan : Political, Economic and Social History, 1926-1989, , Stephen S. Large, Taylor & Francis, 1998.Voir dans Japan : The Burden of Success, Jean-Marie Bouissou et Jonathan Derrick, Fondation nationale des sciences politiques (CERI), C. Hurst & Co., 2002.. Avant de se suicider, Mishima aurait fumé une Onshino Tabako, les cigarettes spéciales de la maison impériale du Japon.

Kawabata a prononcé son éloge funèbre« Despite being rivals for the Nobel Prize, Kawabata and Mishima were friends », site « Red Circle ».. Sa tombe est au cimetière de Tama.

Marguerite Yourcenar dit dans Apostrophes en 1981 que , à l'occasion de la publication de son essai, Mishima ou la Vision du vide (1980).

Regards sur l'œuvre vignette|upright|droite|Saint Sébastien par Guido Reni, , musées du Capitole, RomeComparer avec Mishima en Sébastien..