John Feeney, dit John Ford Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., est un réalisateur américain, également producteur, né le à Cape Elizabeth près de Portland (Maine) et mort le à Palm Desert (Californie).
John Ford est l'un des réalisateurs américains les plus importants de la période classique de Hollywood (de la fin des années 1920 à la fin des années 1960). De tous les grands cinéastes américains, il est celui dont l'influence est la plus considérable. Sa carrière embrasse celle des studios puisqu'il arrive à Hollywood au moment où les grandes majors se mettent en place et il réalise son dernier film alors que ces majors commencent à être dirigées par des financiers. Ford est admiré et respecté par les grands patrons de Hollywood dont il est souvent l'ami : il tourne vite et respecte les budgets. Malgré cela, il se considère comme un salarié surpayé par ces studios pour faire des films dénués de son style afin de ne pas perturber les affaires de ses employeurs, ..
Reconnue par ses pairs, son œuvre demeure connue du grand public pour ses westerns, genre qui ne représente pourtant qu'une partie de sa filmographie. Quatre fois lauréat de l'Oscar du meilleur réalisateur (un record toujours d'actualité), pour Le Mouchard (1935), Les Raisins de la colère (1940), Qu'elle était verte ma vallée (1941) et L'Homme tranquille (1952)Eyman, Scott. Print the Legend: The Life and Times of John Ford. New York: Simon & Schuster. 1999. (excerpt c/o New York Times)., Ford est avant tout le cinéaste de l'Amérique des simples gens, des pionniers, des fermiers, des émigrants, des ouvriers, des militaires obscurs, des natifs, des personnages tendres, dignes et généreux animés d'un sens aigu de la justice. Par ailleurs, Ford est considéré comme le cinéaste des grands espaces américains aux paysages grandioses et sauvages. Les films de Ford sont également fortement imprégnés de sa foi catholique.
Patriote, au poste d'officier de réserve de l'US Navy lors de la Seconde Guerre mondiale, il finit amiral à titre honorifique. John Ford arbore un grand respect à l'Amérique qui a accueilli ses ancêtres, en premier lieu son père, un catholique irlandais. Ford a par ailleurs parfois été considéré par certains comme un cinéaste réactionnaire et raciste bien que son œuvre et ses positions politiques montrent un cinéaste démocrate et épris de libertéPar exemple : son combat contre le nazisme et le maccarthysme, ainsi que ses réserves lors de la guerre de Corée et de la guerre du Viêt Nam. Il est également l'un des premiers réalisateurs à traiter dans ses films les Indiens avec respect et humanité, sans oublier d'évoquer la ségrégation raciale avec Le Sergent noir..
John Ford est l'un des réalisateurs effectuant le moins de prises par plan, ce qui lui permet de garder la mainmise sur le montage des films. Le réalisateur Fred Zinnemann dira ainsi : Ford a mis sa notoriété au service du syndicat des metteurs en scène américains, dont il est l'un des dirigeants les plus actifs. De plus, il fait preuve d'une fidélité remarquable tout au long de sa carrière envers sa « famille » d'acteurs (notamment John Wayne), de techniciens et de scénaristes, dont beaucoup sont originaires d'Irlande.
Aujourd'hui, sa filmographie est amputée par la disparition de la quasi-totalité de ses premiers films, soit environ un tiers de son œuvre. L'un d'entre eux, Upstream (1927), qu'on croyait disparu, a néanmoins été retrouvé en Nouvelle-Zélande en ..
Biographie
Entre Portland et l'Irlande
John Martin Feeney, futur John Ford., est né dans une famille d'immigrants irlandais.. Son père est originaire de An Spidéal dans le comté de Galway et sa mère, des îles d'Aran. John est le dernier d'une famille de 11 enfants — dont trois sont morts à la naissance, et deux en bas âge, de maladies. Après avoir été pêcheur et fermier, son père émigre aux États-Unis en 1872 et, naturalisé américain en 1878 ou 1880, il ouvre à Portland en 1897 un speakeasy où se rassemble la communauté irlandaise de la ville.
En 1909, son frère Frank T. Feeney part pour la Californie avec Gaston Méliès (le frère de Georges Méliès). Il y deviendra Francis Ford, acteur et réalisateur de serials pour les studios Universal.
John, durant sa scolarité à l'école Emerson à Portland avant d'échouer au concours d'entrée de l'Académie Navale, se passionne pour l'histoire. Il s'avère aussi excellent joueur de basket-ball et de football. Il gagne un peu d'argent de poche comme ouvreur au Jefferson Theatre de Portland et peut ainsi voir les grands acteurs du moment, comme : Ethel Barrymore ou les Wild West Shows.
Débuts à Universal 200px|thumb|left|Naissance d'une nation, classique américain de la période du cinéma muet En 1914, John Martin s'inscrit à l'université du Maine mais il n'y entrera jamais. Car cet été-là, son frère Francis revient à la maison et parle de Hollywood. John Martin décide alors de lui emboîter le pas. En juillet, il débarque à Hollywood et devient son homme à tout faire. C'est l'occasion pour lui de découvrir les métiers du cinéma sur les films que son frère interprète et réalise pour les studios Universal. Il adopte le même pseudonyme (Francis l'a choisi en hommage à Henry Ford, qui à cette époque représente l'idéal américain de « self-made man ») et apparaît aux génériques sous le nom de Jack Ford. En 1915, il interprète également des petits rôles dans les films de son frère dont il devient l'assistant-réalisateur. Il affirme avoir joué l'un des membres cagoulés du Ku Klux Klan dans Naissance d'une nation de D. W. Griffith : À partir de 1916, il est engagé par les studios Universal comme assistant-réalisateur. Il assiste des réalisateurs sous contrat dont Allan Dwan et commence à diriger les scènes de figurants tandis que son frère Francis, lui, quitte Universal pour fonder son propre studio. Alors qu'il n'est qu'accessoiriste et pendant une visite de Carl Laemmle dans les studios, il se voit confier par hasard sa première réalisation, remplaçant au pied levé un réalisateur absent. Le film s'intitule The Tornado et sort le . Il signe son premier contrat de réalisateur avec Universal pour par semaine et devient le réalisateur attitré des westerns avec l'acteur Harry Carey. Ils tourneront ensemble dont Cheyenne Harry avant de se brouiller en 1919. À cette date, il gagne par semaine et acquiert la stature d'un réalisateur important à Hollywood.
Il rencontre en 1920 Mary McBryde Smith, d'origine irlandaise et écossaise, avec laquelle il se marie. Elle est issue d'une famille d'officiers, descendante de l'humaniste Thomas More. Elle est divorcée et, de ce fait, le couple ne pourra se marier religieusement qu'en 1941, au décès du conjoint. Ils auront deux enfants : Patrick Michael né en 1921 et Barbara née en 1922. Patrick deviendra après plusieurs petits métiers, assistant-réalisateur et producteur de films de série Z, et Barbara monteuse.
La plupart des films muets réalisés pour Universal sont aujourd'hui perdus. Il n'en reste que trois : Le Ranch Diavolo (Straight Shooting) réalisé en 1917 qui est son premier long métrage, À l'assaut du boulevard (Bucking Broadway) de 1917 (considéré longtemps comme perdu et retrouvé en 2004), et Du sang dans la prairie (Hell Bent) réalisé en 1919. Dans ces trois films interprétés par Harry Carey, on retrouve déjà les caractéristiques de futurs grands westerns de Ford : sa manière d'intégrer les personnages dans des décors naturels sublimes, des personnages féminins consistants qui sont l'égal des hommes.
En , John Ford est débauché par la Fox de William Fox.
Cinéma muet à la Fox thumb|right|L'Affiche du film Le Cheval de fer Les films réalisés par Ford au début des années 1920 ont aussi, pour une grande partie d'entre eux, disparu. Il ne reste que Pour la sauver (Just Pals) (1920) qui est le premier film que l'auteur réalise pour le compte de la Fox et Cameo Kirby (1923) avec John Gilbert qu'il signe « John Ford » pour la première fois, à la place de « Jack Ford », son précédent pseudonyme.
En 1921, Ford entreprend un long voyage en Europe. Il rencontre la branche familiale restée en Irlande dont un cousin membre de l'IRA. Il est présenté à l'indépendantiste irlandais Michael Collins.
Ford gagne maintenant par semaine et se voit confier en 1924 la réalisation du Cheval de fer, production pharaonique de la Fox. En 1926, toujours pour la Fox, il réalise Trois Sublimes Canailles (Three Bad Men) avec George O'Brien, Tom Santschi, Olive Borden, J.Farell McDonald et Louis Tellegen. En 1927, il se rend en Allemagne pour le tournage des Quatre Fils (Four Sons) et découvre à cette occasion le cinéma expressionniste. Ce film est le plus grand succès public de la carrière muette de Ford. Il réutilisera une photo au style volontairement expressionniste en 1928 dans La Maison du bourreau (Hangman's House). En 1927 il est élu à la tête de la Motion Pictures Directors Association.
Début du parlant Le premier film entièrement parlant de Ford est Napoleon's Barber (aujourd'hui perdu). Fait inédit à l'époque depuis l'apparition du parlant, et en dépit de la réticence des studios, les prises de son sont faites en extérieur. Dans les premiers films parlants que Ford réalise pour la Fox, la direction des scènes dialoguées est confiée à des metteurs en scène de théâtre et sont peu inspirées. Ford laisse néanmoins éclater son talent de metteur en scène dans les scènes d'action.
En 1928, il signe avec la Fox un contrat de deux ans très rémunérateur : il gagne par semaine la première année et la seconde. Hommes sans femmes (Men Without Women) (1930) est la première collaboration de Ford avec le scénariste Dudley Nichols. Ford dira de lui : Ford a trouvé un scénariste en phase avec son cinéma. En 1931, la Fox qui a perdu William Fox met fin à son contrat. Son engagement est revu à la baisse, mais il peut désormais tourner pour d'autres compagnies. Ford entame sa première cure de désintoxication alcoolique au cours d'un voyage à Honolulu.
En 1931, il réalise Arrowsmith pour le producteur Samuel Goldwyn, qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Pour ce film, Ford fait preuve d'une remarquable faculté d'adaptation au style des productions de Samuel Goldwyn. Son film suivant, Tête brûlée (Air Mail) de 1932, est produit par Universal. Il réalise ensuite son premier film pour la Metro-Goldwyn-Mayer : le mélodrame Une Femme survint (Flesh). Il retrouve Dudley Nichols pour La Patrouille perdue qu'il met en scène en 1934 pour la RKO avec Victor McLaglen auquel il offre un nouveau grand rôle. Lié par son contrat avec la Fox, il doit prendre en charge la réalisation du Monde en marche, grande fresque familiale qui couvre la fin du et les premières décennies du . Bien que ce film comporte des scènes de guerre très réussies, Ford détestera ce film. Il eut plus de réussite avec Judge Priest avec Dudley Nichols au scénario et l'acteur Will Rogers qu'il avait dirigé l'année précédente dans Doctor Bull et qu'il dirigera à nouveau en 1935 dans Steamboat Round the Bend avant qu'il ne trouve la mort dans un accident d'avion. Ford admire le travail de Rogers et lui laisse une grande liberté, d'ailleurs Judge Priest est l'un de ses films préférés. Il en fera un remake en 1952 : Le soleil brille pour tout le monde.
En 1934, Ford gagne très bien sa vie et est associé aux recettes de ses films. Il fait l'acquisition d'un yacht qu'il baptise L'Araner en hommage à l'Irlande. Il le gardera jusqu'en 1970. Il y tournera deux films et s'y rendra régulièrement pour échapper à la pression de Hollywood ou pour travailler avec ses scénaristes. Il honore son amitié avec John Wayne rencontré lors de ses débuts dans le cinéma muet (il fait quelques figurations dans les premiers films de Ford), et l'embarque pour fêter Noël tandis qu'il travaille le scénario du Mouchard avec Dudley Nichols.