Albert Châtelet, né le à Valhuon (Pas-de-Calais) et mort le à Paris, est un mathématicien, administrateur de l'enseignement et homme politique français.
Élève de l'École normale supérieure (promotion 1905), agrégé de mathématiques, il soutient une thèse de doctorat en 1913 et mène des travaux reconnus en théorie des nombres et en théorie des groupes, dont l'influence contribue au renouveau de ces disciplines au sein de l'école mathématique française.
Sa carrière universitaire le conduit à occuper des postes à Toulouse, Lille puis Paris, où il détient à partir de 1945 la chaire d'arithmétique et de théorie des nombres de la Sorbonne, avant d'en assumer le décanat de 1949 à 1954. Il exerce parallèlement de hautes responsabilités dans l'administration de l'éducation nationale : recteur de l'académie de Lille de 1924 à 1937, puis directeur de l'enseignement du second degré jusqu'en 1940, lorsqu'il est révoqué par le régime de Vichy. Engagé dans la vie civile et associative, il préside notamment l'Union rationaliste et figure parmi les fondateurs du comité Audin en 1957. En 1958, il est le candidat de l'Union des forces démocratiques à l'élection présidentielle, où il obtient 8,46 % des suffrages.
Père du mathématicien François Châtelet, il est inhumé au cimetière du Montparnasse.
Biographie
Vie privée Albert Jean-Baptiste François Joseph Châtelet est le fils de François Châtelet, instituteur, et de Marie Lefebvre.
Il épouse à Versailles, le , Reine Céline Marguerite Brey. Le couple a neuf enfants dont le mathématicien François Châtelet ; Yvonne Châtelet, directrice du lycée de jeunes filles de Caen, puis du lycée Marie-Curie à Sceaux (Hauts-de-Seine) ; Jean Châtelet, proviseur du lycée Janson-de-Sailly.
Formation Ses études à l'école primaire ont lieu dans la classe unique de son père, où se trouvent .. Puis il devient interne au collège de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il se montre brillant élève, cumulant les prix d'orthographe, de composition française, sciences, histoire, géographie, récitation, diction, et même chaque année un prix de « devoir de vacances ».
Il saute la classe de seconde et entre en classe de rhétorique. Après la première partie du baccalauréat, il est admis en classe de mathématique élémentaire. L'élève « très bien doué qui donne les plus grandes espérances », selon son professeur de physique, obtient un accessit de mathématiques au concours général des lycées et collèges.
Albert Châtelet ne va pas oublier le collège où il a effectué sa scolarité : en 1939, il intervient pour favoriser la construction d'un nouvel établissement après l'incendie qui a ravagé le bâtiment principal de l'ancien, et en 1946, malgré sa nomination en Sorbonne, il préside la distribution des prix du mois de juillet.
Après la deuxième partie du baccalauréat, il entre en classes préparatoires au lycée de Douai, qui depuis porte son nom : lycée Albert-Châtelet.
Il effectue son service militaire d' à .
Entré à l'École normale supérieure en 1905, il est reçu à l'agrégation de mathématiques en 1908.. Il bénéficie d'une bourse de recherche à Paris de 1908 à .
Carrière professionnelle Il est nommé professeur de lycée à Tours en et le demeure jusqu'en .
Docteur es sciences en 1913, il devient maître de conférences de mécanique à Toulouse, de à .
Albert Châtelet est mobilisé en 1914, et passe toute la première guerre mondiale sous les drapeaux jusqu'en , officier de réserve au service de santé, également adjoint à l'ingénieur en chef d'artillerie chargé de questions de balistique.
En , démobilisé, il est nommé maître de conférences à Lille et le demeure jusqu'en . En plus de son service à la faculté des sciences de Lille, il est chargé d'un cours de mathématiques spéciales à l'Institut industriel du Nord (École centrale de Lille). Il devient ensuite le professeur titulaire de mathématiques générales puis professeur de mécanique rationnelle et doyen de la faculté des sciences de Lille en 1921.
ll assure diverses missions : chargé de cours au Collège de France en 1912, jury du concours d'entrée à l'École normale supérieure, jury d'agrégation de mathématiques...
Le , il est nommé recteur de l'Académie de Lille. De ses treize années de rectorat, jusqu'au , on retient le grand nombre de reconstructions scolaires de l’après-guerre, et les appuis qu’il a apportés aux « méthodes nouvelles » de l’enseignement. Sous son mandat, ont ainsi, entre autres, vu ou revu le jour, deux facultés, deux maisons d'étudiant et le lancement de la construction de la cité hospitalière de Lille (centre hospitalier régional universitaire de Lille)
De 1937 à 1940, il est directeur de l'enseignement du second degré. Durant son court séjour au ministère de l’Éducation, il a participé à la « réforme Jean Zay » refusée par le Sénat, et reprise dans ses principes par la commission Langevin-Vallon en 1946. Très impliqué dans le scoutisme il fut aussi président des Éclaireurs de France.
Démis de ses fonctions par le régime de Vichy, le , il quitte l'administration centrale du ministère pour être chargé d'un cours d'arithmétique à Caen le .
En 1945, il est nommé à la chaire d'arithmétique et théorie des nombres de la faculté des sciences de Paris. Il a ouvert en France des voies de recherche offertes par l’école allemande d’arithmétique. En 1949, il succède à Jean Cabannes au décanat jusqu'à sa retraite en 1954. Il participe à l'élaboration du projet de construction de l’université Jussieu sur l’emplacement de l’ancienne halle aux vins.
Après sa retraite, il assume la présidence de l'Union rationaliste (1955-1960) et garde de nombreuses activités au sein d'associations mais pas uniquement, avec une constante, rendre service : Bureau universitaire de statistiques, BUS, 1954, directeur des mouvements de jeunesse et d'éducation populaire, vice-président de la commission nationale de l'Unesco, membre du directoire et du conseil d'administration du CNRS, conseiller du centre CEA de Saclay.
Élection présidentielle de 1958 En 1957, il est le premier président du comité Audin. Alors que François Mitterrand, et Pierre Mendès France refusent de se présenter, il est le candidat de l'Union des forces démocratiques à la présidence de la République le 21 décembre 1958 : il arrive en troisième et dernière position du scrutin, avec 8,46 % des voix des grands électeurs..
Mort et postérité Il meurt à Paris le , à l'âge de 76 ans, des suites d'une crise d'urémie. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse (division 11).
Albert Châtelet a tenu une place centrale dans les mathématiques en France, en assurant les nombreuses fonctions évoquées, en participant à de nombreux comités, conseils, en assurant différentes missions (comme au Viet-Nam en 1954), en participant à différentes manifestations (ex : membre du comité de préparation de la célébration du centenaire d'Henri Poincaré en 1954).
Résultats électoraux
Élection présidentielle Année Parti Voix % Rang Issue1958. UFD 8,46 Éliminé
Œuvres Albert Châtelet est l'auteur de différents écrits :
notes entre 1909 et 1922 aux comptes-rendus de l'Académie des sciences sur différentes questions d'arithmétique ; collaboration à divers revues spécialisées en mathématiques ; ouvrages de mathématiques, en particulier plusieurs cours autographiés, livres scientifiques pour l'enseignement primaire et secondaire ; ouvrages en collaboration ; activités de recherche.
Les travaux d'Albert Châtelet concernent la théorie des nombres et la théorie des groupes. Il est aussi l'auteur de plusieurs manuels. Il a exercé une grande influence sur l'école mathématique française et a tenu un grand rôle dans le renouveau des études de théorie des nombres et d'algèbre. Les surfaces de Châtelet ont été conçues par François Châtelet, son fils.
Distinctions
Officier d'académie le . Doyen de la faculté des sciences de Lille, il est fait chevalier de la Légion d'honneur par décret d'. Officier de l'instruction publique le . Recteur de l'Académie de Lille, il devient officier de la Légion d'honneur par décret du . Directeur de l'enseignement du second degré au ministère de l'Éducation nationale, il est promu commandeur de la Légion d'honneur par décret du . Doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris, il est élevé grand officier de la Légion d'honneur par décret du .
Postérité Portent son nom : une médaille récompensant des recherches mathématiques ; un centre universitaire dans le de Paris ; un lycée de Douai, où Albert Châtelet a été scolarisé ; le lycée de Saint-Pol-sur-Ternoise, situé à côté de Valhuon, son village natal. Une résidence et un restaurant universitaire CROUS à Lille.
Références
Bibliographie . Roland Brasseur, « Albert Châtelet » dans Quelques professeurs de mathématiques spéciales, Bulletin de l’UPS, avril 2010 . « Albert Châtelet 1883-1960 », dans . . .
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