L'attentat de l'Amia est une attaque à la voiture piégée perpétrée le à Buenos Aires, la capitale de l'Argentine, et visant un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l'Association mutuelle israélite argentine (Amia). Avec un bilan de et , c'est l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du pays, mais il n'a jamais été revendiqué.
L'enquête, toujours en cours, a souffert de nombreuses irrégularités et a conduit à l'inculpation de plusieurs policiers argentins. En 2005, le juge fédéral Juan José Galeano, chargé de l'affaire, est démis de ses fonctions à la suite de « graves irrégularités »..
En 2006, le nouveau procureur chargé du dossier, Alberto Nisman, accuse formellement le gouvernement iranien d'être le commanditaire de l'attentat, et le Hezbollah d'en être l'auteur. Selon lui, l'Argentine aurait été visée à la suite de sa décision de suspendre son transfert de technologies nucléaires vers l'Iran. Un mandat d'arrêt international est alors réclamé à l'encontre de plusieurs hauts responsables iraniens, dont l’ancien président Hachemi Rafsandjani.
Le procureur Alberto Nisman accuse également l'ancien président argentin Carlos Menem et ses collaborateurs de l'époque d'avoir subtilisé des preuves afin de mettre hors de cause un entrepreneur argentino-syrien soupçonné d'avoir participé à la planification de l'opération.
Alberto Nisman est retrouvé mort en janvier 2015 à son domicile dans des conditions mystérieuses.. Quatre jours avant son décès, il avait incriminé l'ancienne présidente argentine Cristina Kirchner, estimant qu'elle avait favorisé l'impunité de suspects iraniens. Dans son dossier d'accusation, le magistrat n'avait finalement pas inclus cette requête.
Des membres des services de renseignement argentins semblent avoir manipulé Alberto Nisman afin de le pousser à retenir la piste iranienne, malgré le manque de preuves. Un agent du FBI américain qui a participé à l’enquête reconnait en 2020 que tout a été fait pour arriver à « une conclusion décidée à l’avance », qui arrangeait les États-Unis et Israël dans un contexte de fortes tensions avec l'Iran..
Contexte L'Argentine abrite depuis l'après-guerre la plus importante communauté juive d'Amérique latine. L'attentat est perpétré à Buenos Aires, capitale argentine et deuxième agglomération la plus peuplée d’Amérique du Sud après Sao Paulo. L'Argentine est alors présidée par Carlos Menem, membre du Parti justicialiste.
Attentat
Les circonstances et les modalités de l'attentat ont été étudiées dans plusieurs ouvrages publiés en langue espagnole. Le documentaire Amia Repetita en accès libre en propose un résumé, avec des interviews aux auteurs.
Enquête Pendant des années, l'affaire fut marquée par des accusations de dissimulations. Aucune prise d'empreintes digitales ni d'échantillon ADN ne furent effectuées dans les décombres du bâtiment..
En 2002, le New York Times publia un témoignage émanant d'Abdolghassem Mesbahi, qui se présente comme un ancien des services de renseignement iranien et qui est l'une des sources principales des accusations affirmant la responsabilité de l'Iran dans l'attentat. Selon ce témoignage, Téhéran avait versé 10 millions de dollars au président Menem pour qu'il fasse dévier l'enquête Larry Rohter, « Iran Blew Up Jewish Center In Argentina, Defector Says », The New York Times, 22 juillet 2002. Lourdes Heredia, « AMIA: Irán y Menem en la mira », BBC, 22 juillet 2002.. Une autre source du juge Juan José Galeano, fournie par les dirigeants du (SIDE) Hugo Alfredo Anzorreguy et Juan Carlos Anchézar, était Manuchehr Motamer, un ex-fonctionnaire du ministère de la Culture iranien et ancien secrétaire de l'ayatollah Khomeini ; réfugié au Venezuela, il accusa en , nommément, quatre diplomates iraniens accrédités en Argentine d'avoir été impliqués dans l'attentat« AMIA: confirman el procesamiento de Menem y Galeano por encubrimiento », Centre judiciaire d'information du gouvernement argentin, 22 mars 2010, avec lien vers l'arrêt en question, 27 sq. de l'arrêt..
Sous le gouvernement de Néstor Kirchner, les archives des services de renseignement relatives à cette affaire sont déclassifiées et une équipe d'investigations spéciale est créée..
Le , un premier procès s'était soldé par la relaxe de cinq Argentins soupçonnés d'avoir apporté leur aide à l'élaboration de l'attentat. Parmi les suspects figuraient plusieurs anciens membres de la police de la province de Buenos Aires, qui ont été acquittés.
En , l'ex-commissaire Castañeda, qui travaillait depuis le début avec le juge Juan José Galeano, fut condamné à 5 ans de prison pour avoir « égaré » 60 cassettes contenant des écoutes téléphoniques de conversations de l'avocat , acquitté en 2004 « faute de preuves »Lucio Fernández Moores, « AMIA: cuatro años de prisión a un ex jefe policial por perder pruebas », Clarín, 23 juin 2005.. , par ailleurs revendeur de voitures, était accusé d'avoir vendu le la camionnette Renault Trafic qui fut utilisée pour l'attentat en étant piégée. Le témoignage de Telleldín avait par ailleurs été rejeté en raison des irrégularités commises par le juge Juan José Galeano, qui lui avait remis pour obtenir celui-ci. En , la Cour suprême a cependant ordonné la réouverture de l'enquête concernant Telleldín, en décidant de retenir les éléments de l'enquête antérieurs au versement des « Attentat/Buenos Aires : enquête rouverte », AFP sur Le Figaro, 28 mai 2009. Les audiences ont commencé le .2020.
En , le juge Juan José Galeano, chargé de l'affaire, qui avait désigné comme chef de cette attaque Moshen Rabbani, conseiller culturel de l'ambassade d'Iran, fut accusé et licencié de son poste pour cause d'irrégularités et d'incompétences dans la conduite de l'enquête « AMIA: destituyeron a Galeano », Clarín, 3 août 2005.. Galeano était notamment accusé d'avoir versé à un témoin afin de faire changer sa déclaration pour qu'il accuse un policier. Ce témoignage douteux était le principal élément de l'enquête..
Fin , la cour d'appel fédérale de Buenos Aires a ordonné un complément d"investigation visant le ministre de l'intérieur en poste au moment de l'attentat, Carlos Corach. Les enquêteurs affirment avoir remonté la trace du paiement de au profit de qui aurait fourni la voiture qui a été piégée pour commettre l'attentat, jusqu'à Carlos Corach. Une particularité de Carlos Corach est d'être juifGerard Fredj, « Argentine - Attentat contre l'AMIA : investigations contre un ancien ministre juif », Israël Infos, 1251, 02.07.2013..
En , la Chambre fédérale de cassation pénale déclare que le mouvement du Hezbollah et l'Iran sont co-responsables de l'attentat de 1992 et de celui de 1994, déclarant l'Iran comme État terroriste.
Accusations de 2005-2006 Le procureur fédéral de Buenos Aires, Alberto Nisman, affirma, le , qu'un des auteurs de l'attentat était mort lors de l'explosion, et qu'il s'appelait Ibrahim Berro. Cette affirmation provenait du Mossad, tandis que le Hezbollah affirmait que ce dernier était mort lors d'une action au Sud-Liban. En l'absence de prélèvements effectués sur la scène du crime, cette affirmation n'a jamais été démontrée.
Le , le procureur Nisman a officiellement accusé le gouvernement iranien et le mouvement libanais Hezbollah d'être responsables de l'attentat. Celui-ci ne résulterait que d'un seul mobile : punir l’Argentine de Carlos Menem après la suspension unilatérale en 1991 de l’assistance technologique nucléaire jusque-là accordée à l'Iran. Les services secrets israéliens et certains services occidentaux attribuent la planification de l'attentat à Imad Moughniyah, membre du Hezbollah, qui fut assassiné le dans un attentat à la voiture piégée à Damas..
Mandat d'arrêt international Un mandat d'arrêt international pour « crimes contre l'humanité » a donc été délivré le par le juge fédéral Rodolfo Canicoba Corral à l'encontre de l'ancien président Hachemi Rafsandjani et de sept autres fonctionnaires et diplomates iraniens dont l'ancien ministre de l'Information et de la Sécurité, Ali Fallahian, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati, deux autres anciens diplomates et un ancien responsable de la sécurité du HezbollahLe Monde, 9 novembre 2006..
Londres arrêta en l'ex-ambassadeur iranien Hadi Soleimanpour« Arrestation en Angleterre », Libération, 23 août 2003., mais le relâcha en 2003 pour manque de preuves « Una cuestión de fe, no de pruebas », La Nación, 10 novembre 2006., et l'a même indemnisé pour cette détention injustifiée. Les accusations qui affirment que cet attentat a été décidé lors d'une réunion à Pashad en présence des plus hautes autorités iraniennes proviennent d'exilés opposants au régime des mollahs, et n'ont jamais pu être prouvées. Le gouvernement américain s'est immédiatement saisi du dossier pour relancer les accusations contre le programme nucléaire iranien.
En , Interpol a émis des « notices rouges » contre Imad Fayez Mughniyeh (membre du Hezbollah mort en 2008), l'ex-ministre Ali Fallahijan, Mohsen Rabbani (imam à Buenos Aires lors de l'attentat), , Ahmad Vahidi (nommé ministre de la Défense en 2009) et Mohsen Rezai (ex-commandant en chef des Pasdarans), refusant toutefois de le faire à l'égard de l'ex-président iranien, Ali Rafsanjany, l'ex-ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati, et l'ancien ambassadeur à Buenos Aires, Hadi Soleimanpour« Le Comité exécutif d’INTERPOL prend une décision dans le différend concernant les notices rouges relatives à l’AMIA », communiqué d'Interpol, 15 mars 2007..
Claudio Lifschitz, l'un des collaborateurs du juge Juan José Galeano, accusa par la suite les services secrets argentins d'avoir infiltré une cellule des services iraniens mais d'avoir pourtant laissé faire l'attentat ; il fut victime d'un tir d'arme à feu le , date de la commémoration des 15 ans de l'attentat, mais survécut« Crime sans châtiment », RFI, 25 juillet 2009..
Analyses Selon Elisa Drago, de RFIElisa Drago, « L'Iran au banc des accusés en Argentine », RFI, 26-10-2006., la presse argentine, de droite comme de gauche, n'est pas convaincue : par exemple, Página/12, relève qu'il est « difficile de prouver qui a été le commanditaire de l'attentat quasiment sans données sur les exécutants ».
Le journaliste Gareth Porter relève que le rapport d'inculpation lui-même tend à rendre incompréhensible la thèse iranienne. En effet, le rapport montre que la coopération s'est poursuivie, Buenos Aires continuant à livrer de l'uranium faiblement enrichi à TéhéranGareth Porter, Argentine Report Casts Doubt on Iran Role in '94 Bomb, IPS, 13 novembre 2006. Cité par Alain Gresh, « Argentine, la piste iranienne », Le Monde diplomatique, 18 novembre 2006.... En outre, au moment de l'attentat, des négociations pour reprendre à plein régime les trois accords de coopération nucléaire étaient en cours. L'Iran a attendu 1996 avant de déclarer qu'elle allait prendre des mesures légales contre la rupture des deux contrats avec l'Argentine.
Le quotidien conservateur La Nación souligne le manque de preuves dans l'enquête, ainsi que Pagina/12 qui notait, encore en , la lenteur de l'enquête.
Toutefois, la tension reste vive relativement à cet évènement, lorsque l'Argentine apprend en 2009 que l'un des protagonistes qui serait peut-être impliqué dans l'attentat, Ahmad Vahidi, a été nommé ministre de la Défense d'Ahmadinejad« Iran : un ministre recherché par Interpol », Libération, 22 août 2009, consulté le 17 février 2010...
Piste syrienne La « piste syrienne », rapidement abandonnée au début de l'enquête, pointait vers Alberto Jacinto Kanoore Edul, un proche de Carlos Menem, et alléguait des possibles tractations électorales entre Menem et la Syrie de Hafez el-Assad, ainsi que d'autres proches de Menem, tel le trafiquant d'armes Monser al Kassar.