Henri de Lancastre (v. 1281 – ) est un noble anglais. Il est le comte de Lancastre et de Leicester. Henri est le second fils d'Edmond de Lancastre et de Blanche d'Artois, petit-fils du roi . Son frère aîné, Thomas, succède aux titres de leur père Edmond lorsque ce dernier meurt. Henri prend part quant à lui aux campagnes de son oncle, le roi , lors des guerres d'Écosse. Thomas de Lancastre, chef de la fronde des barons sous le règne d', est dépossédé de ses biens et exécuté en 1322 pour haute trahison. En 1324, Henri obtient du roi la permission d'hériter du titre de comte de Leicester, confisqué par la couronne.
Henri rejoint en 1326 la rébellion de la reine Isabelle et de Roger Mortimer contre le pouvoir despotique du roi. Il capture peu après et le détient en captivité jusqu'à sa déposition en faveur de son fils . Henri devient par la suite membre du conseil du nouveau roi et se voit restituer les autres comtés de son frère. Toutefois, il est progressivement marginalisé par la reine Isabelle et Roger Mortimer. Mécontent de cette situation, le comte de Lancastre se retire de la cour avant de tenter de renverser les régents en 1328 mais sa rébellion est abattue. Néanmoins, obtient son aide décisive en 1330 lorsqu'il destitue Mortimer. Peu après, Henri se retire définitivement dans ses terres et y meurt en 1345.
Biographie Origines et jeunesse vignette|200px|Sceau d'Henri dans la Lettre des barons de 1301, qu'il signe en latin sous la forme Henricus de Lancastre, Dominus de Munemue, c'est-à-dire « Henri de Lancastre, seigneur de Monmouth ». Henri est issu d'une des branches de la dynastie royale anglaise des Plantagenêts. Né aux alentours de 1281, il est le deuxième fils d'Edmond de Lancastre, comte de Lancastre et de Leicester, et de Blanche d'Artois. Son père est le second fils du roi d'Angleterre et d'Éléonore de ProvenceArmitage-Smith, Sir Sydney, John of Gaunt: king of Castile and Leon, duke of Aquitaine and Lancaster, (Archibald Constable and Co. Ltd., 1904), pg 197.. Edmond est lui-même le fils cadet du roi . Henri est donc le neveu du roi , et le cousin du roi . Sa mère Blanche est la fille du comte , fils du roi de France et frère de Saint Louis, et de Mathilde de Brabant, fille du duc et arrière-petite-fille des empereurs germanique Frédéric Barberousse et byzantin . Du fait du premier mariage de sa mère avec le roi , Henri de Lancastre est ainsi le demi-frère de la reine , épouse du roi de France , et l'oncle des rois de France et de Navarre , et . Sa prodigieuse ascendance ne lui sera pourtant que de peu d'utilité au cours de son existence, puisqu'Henri mènera essentiellement un train de vie de baron d'Angleterre et ne sera jamais impliqué dans les affaires extérieures du royaume lorsqu'il accédera à la tête du conseil royal en 1327.
Edmond de Lancastre, parti combattre en Guyenne les troupes françaisesLa Guyenne est au le fief du roi d'Angleterre, mais fait partie intégrante du royaume de France. Elle a été confisquée à par son suzerain Philippe le Bel en mai 1294 pour félonie., meurt à Bayonne le . L'intégralité de ses titres est héritée par son fils aîné Thomas. Pour sa part, Henri reçoit les châteaux de Monmouth, de Kidwelly, et de Carwathlan, ainsi que quelques terres situées en Galles à l'est de la Severn. Son mariage avec l'héritière Maud Chaworth, petite-fille du comte de Warwick, en 1297, lui apporte de nombreuses terres, tandis que son frère est propulsé au rang de puissant magnat. Henri prouve son rang de prince royal en adoptant une attitude de chevalier. Dès l'hiver 1292-1293, lui et son frère aîné sont des compagnons d'armes de leur cousin, le futur duc , qui réside alors à la cour de leur oncle . Henri accompagne son oncle le roi Édouard dans une expédition militaire en Flandre. De retour en Angleterre l'année suivante, il participe alors avec son oncle ainsi que son frère aîné aux campagnes d'Écosse. Henri est ainsi présent à la bataille de Falkirk, lors de laquelle il aurait chevauché contre les Écossais sur une monture offerte par . Il prend part aux autres offensives contre l'Écosse, notamment lors du siège du château de Caerlaverock en 1300. En remerciement, Henri est convoqué au Parlement le sous la forme Henrico de Lancastre nepoti Regis et est créé lors de cette session baron Lancastre. Il est ensuite l'un des nobles anglais qui écrivent en 1301 la Lettre des barons, adressée au pape et qui défend le statut de suzerain d' sur l'Écosse.
Rôle sous le règne d' En 1307, meurt lors d'une ultime campagne militaire en Écosse. Son fils unique lui succède sous le nom d'. Ce dernier épouse Isabelle, fille de Philippe le Bel et nièce d'Henri. Lors de leur couronnement le , Henri de Lancastre porte le sceptre royal sur lequel est juchée une colombe. Henri retourne peu après dans ses terres de Galles, qu'il continue à administrer. Il ne participe pas aux intrigues de la cour de son cousin, contrairement à son frère Thomas. Celui-ci est le leader de l'opposition baronniale et entre à plusieurs reprises en conflit le favori du roi, Pierre Gaveston. Grâce à son statut de magnat et son mariage avec l'héritière des comtés de Lincoln et de Salisbury, Thomas dirige de manière effective le royaume à partir de 1310, soumis aux Ordonnances qui restreignent fortement le pouvoir du roi. L'apogée de Thomas survient après l'exécution de Gaveston sur ses ordres en 1312 et la défaite d'Édouard à Bannockburn en 1314 lorsqu'il prend pleinement contrôle du conseil du roi et épure la cour. Pendant ce temps, Henri doit faire face à la rébellion de Llywelyn Bren en Galles en . Assisté du comte comte de Hereford et du baron Roger Mortimer, il parvient à défaire les troupes de Llywelyn et à obtenir sa capitulation. Par ailleurs, Henri s'allie avec plusieurs seigneurs du nord de l'Angleterre, où il détient des terres, et obtient la garde du jeune baron Thomas Wake, qui détient également des terres en Écosse. En , Henri envoie à son cousin des troupes afin de faire face au siège de Berwick, mené par les Écossais.
Après une longue période de tensions, Thomas de Lancastre entre en rébellion en avec Hereford et Mortimer. Ils parviennent à écarter Hugues le Despenser père et fils, les nouveaux favoris du roi. fait mine de se soumettre à ses barons mais il rappelle dès l'automne ses favoris. Il mène alors une campagne-éclair en Galles lors de laquelle Mortimer doit capituler. Les forces rebelles restantes sont écrasées à la bataille de Boroughbridge en . À l'issue de cette bataille, Hereford est tué et le comte Thomas est capturé. Accusé de trahison, il est exécuté sur ordre du roi. Ses terres sont confisquées à sa mort. Henri, qui a adopté une position de stricte neutralité lors de la rébellion de son frère, fait une pétition auprès du roi pour qu'il puisse hériter des titres de son frère. , après avoir hésité, lui rend le titre de comte de Leicester le . Le comté de Lancastre reste néanmoins confisqué par la couronne. Jusque-là globalement neutre dans les conflits opposant le roi à ses barons, Henri devient l'un des principaux adversaires du roi et des Despenser. Loin d'être satisfait avec la restitution de Leicester, il est résolu à venger le sort de son frère, devenu un martyr pour beaucoup d'opposants au régime tyrannique des Despenser. Il ose ainsi porter les armoiries de Thomas et fait ériger une croix en son honneur à Leicester. L'évêque de Hereford Adam Orleton, vive critique du gouvernement corrompu d', est arrêté en et accusé d'avoir favorisé l'évasion de Roger Mortimer de la tour de Londres en . Orleton écrit une lettre à Henri en lui demandant de plaider en sa faveur. Henri lui répond favorablement, lui assurant sa sympathie et son encouragement. Informé de ces correspondances, le roi convoque son cousin et lui demande de répondre devant sa justice de cette offense. Henri se défend avec énergie et reçoit le soutien des barons et prélats d'Angleterre. Le roi consent alors à retirer ses accusations.
Ascension politique
Envoyée en France en officiellement pour une mission diplomatique, la reine Isabelle y rencontre Mortimer. Devenue sa maîtresse, elle y rassemble des barons exilés hostiles à et aux Despenser. Le , Mortimer et Isabelle débarquent en Angleterre. Édouard est surpris par le maigre effectif de leurs troupes et tente immédiatement de lever une immense armée pour les écraser. Mais un nombre important de vassaux refusent de combattre la reine et Mortimer : Henri de Lancastre n'est même pas convoqué par le roi, et démontre d'ailleurs sa loyauté envers les rebelles en levant sa propre armée. Il s'empare d'une part du trésor des Despenser à l'abbaye de Leicester, puis marche vers le sud pour faire jonction avec Mortimer. Édouard et les Despenser s'enfuient de Londres, désormais acquise à la cause de la reine. Prenant part au siège de Bristol, Henri capture Despenser l'Aîné et le condamne à mort le . Il est ensuite envoyé par la reine à la poursuite du roi, qui s'est retranché en Galles. est capturé avec Despenser le Jeune près de Neath le et escorté à Hereford par son cousin. Ayant assisté à l'exécution de Despenser le Jeune le , Henri reçoit la garde du roi et devient son geôlier pendant plusieurs mois au château de Kenilworth, dont il est nommé connétable le 27. Il fait preuve de bonté envers son captif, malgré les torts que celui-ci lui a causés par le passé.
Dès la capture du roi, Henri retrouve la possession de nombreux domaines détenus auparavant par son frère Thomas. Le titre de comte de Lancastre lui est officiellement rétrocédé par le Parlement le . Se pose alors la question du statut d' : le Parlement convient de le déposer. Le , l'évêque Orleton est reçu par Lancastre à Kenilworth et vient informer Édouard de sa déchéance. Lancastre persuade son cousin de renoncer au trône en faveur de son fils aîné Édouard de Windsor. Quelques jours plus tard, ce dernier est proclamé roi à Londres sous le nom d'. N'ayant que 14 ans, un conseil de régence est formé : Lancastre en reçoit la présidence mais l'influence de la reine Isabelle et de Mortimer demeure très importanteLeese, Thelma Anna, Blood royal: issue of the kings and queens of medieval England, 1066–1399, (Heritage Book Inc., 2007), 201.. Lors du couronnement d' le , Lancastre adoube le roi. Le , le roi lui confirme par écrit qu'il accepte son hommage pour les terres du comté de Lancastre. En , Lancastre est envoyé sécuriser le nord du royaume face aux incursions écossaisesBurke, John, A general and heraldic dictionary of the peerages of England, Ireland, and Scotland, (Henry Colburn and Richard Bentley:London, 1831), 424.. Malgré l'assistance d'Edmond de Woodstock, comte de Kent et oncle du roi, il est incapable d'empêcher l'invasion menée par James Douglas qui met en déroute l'armée royale à Stanhope Park.
Opposition aux régents d'
Des tensions commencent rapidement à apparaître entre Lancastre et Mortimer, ce dernier étant soutenu par la reine-mère. Ceux-ci se méfient du comte, dont les nouvelles possessions lui accordent de l'influence, tout comme la garde du roi déchu lui laisse un moyen de pression sur Mortimer. La garde d' lui est retirée dès le . Édouard est remis à des sbires de Mortimer et décède dans de mystérieuses circonstances dès au château de Berkeley. Pour sa part, Lancastre est irrité par le comportement de Mortimer, et Isabelle y répond en écartant son oncle du gouvernement et de l'accès à Weir 2006, .. En effet, le comte critique le partage du comté de Lincoln, que possédait Thomas de Lancastre à sa mort, entre la reine et Mortimer. Par ailleurs, Lancastre est furieux du traité d'Édimbourg-Northampton, ratifié le , qui reconnaît la fin de la suzeraineté anglaise sur l'Écosse et prive de nombreux barons anglais – dont son gendre Thomas Wake – possédant des terres en Écosse de pouvoir en reprendre possession. Il décide de ne plus paraître à la courWeir 2006, ., soutenu en ce sens par une partie des LondoniensWeir 2006, ..