Blanche de Lancastre, née le et morte le , est la seconde fille et, en définitive, l'unique héritière d'Henri de Grosmont, duc de Lancastre, et de son épouse Isabelle de Beaumont. Elle joue historiquement un rôle important en tant que première épouse de Jean de Gand, fils du roi . Leur mariage est à l'origine de la puissante maison de Lancastre, qui acquiert richesse, influence et titres pendant la fin du et la première moitié du . Le seul fils issu de l'union de Blanche et de Jean est le roi , qui devient le premier membre de la maison de Lancastre à ceindre la couronne d'Angleterre.

Du point de vue culturel, Blanche est également passée à la postérité en raison notamment de sa présence dans Le Livre de la Duchesse, qui est l'une des toutes premières œuvres du poète anglais Geoffrey Chaucer. C'est très probablement elle que décrit cet ouvrage, qui exprime la longue plainte de son époux après son décès prématuré. Dans le recueil, la belle et vertueuse « dame Blanche » qui est profondément pleurée correspond à l'idéal de la dame médiévale qu'a représenté la duchesse aux yeux de son époux et de la cour d'Angleterre.

Sources On dispose de peu de sources relatives à Blanche de Lancastre. Cette absence d'informations peut s'expliquer tout d'abord par le fait qu'elle est morte très jeune ; de plus, le destin des femmes de la noblesse du était alors dicté par la volonté des hommes. Par conséquent, le nom de Blanche apparaît, le cas échéant, principalement aux côtés de celui de son père ou de son époux. La vie de Blanche repose de ce fait essentiellement sur de nombreuses hypothèses dont la véracité n'est en aucun cas prouvée. Pourtant, on peut tirer quelques conclusions sur Blanche en s'appuyant minutieusement sur la biographie de son époux Jean de Gand.

En réalité, à une exception près, il n'existe aucune preuve à ce jour concernant la vie de Blanche qui ne soit antérieure à 1359, date à laquelle elle épouse Jean de Gand. Par exemple, la plupart des sources liées à la vie de Blanche traite de leur mariage et de son décès, ou est associée d'une manière ou d'une autre à leurs biens ou à leurs activités religieuses et caritatives. Puisqu'aucun portrait ou illustration de Blanche n'est passé à la postérité, son apparence et son caractère n'ont été décrits que vaguement dans Le Livre de la Duchesse du poète Geoffrey Chaucer. Toutefois, ces descriptions doivent être considérées avec prudence, car la soi-disant « dame Blanche » qui lui ressemblerait est davantage un personnage de fiction idéalisé par l'auteur selon les codes stylistiques de la poésie du .

Origines et jeunesse Blanche de Lancastre est la seconde fille d'Henri de Grosmont et d'Isabelle de Beaumont. Son père appartient à la famille royale anglaise des Plantagenêts et est un ami proche et confident du roi , dont il est le cousin issu de germain. Il est l'un des hommes les plus riches et les plus influents d'Angleterre après le roi lui-même et son fils et héritier Édouard de Woodstock, prince de Galles. Au cours de la guerre de Cent Ans livrée face à la France, Henri se distingue lors de nombreux succès militaires tant terrestres que navals et est élevé en 1351 au prestigieux rang de duc de Lancastre. Il est alors le second pair du royaume après l'héritier du trône, qui est aussi duc de Cornouailles. De ce fait, Blanche et sa sœur aînée Maud sont dès leurs naissances respectives destinées à être les seules héritières de l'immense patrimoine paternel, le duc de Lancastre n'ayant pas d'héritier mâle ou d'autre enfant.

vignette|gauche|140px|Portrait d'Henri de Grosmont, 1 duc de Lancastre. Illustration tirée du Livre de Bruges, vers 1430. On ne dispose d'aucune preuve certaine concernant la date de naissance exacte de Blanche, mais dans son article Blanche, Duchess of Lancaster, paru en 1948, Marjorie Anderson suppose que Blanche est probablement née entre 1340 et 1342, en raison de certaines identifications d'âge différentes dans sa biographie. Cependant, Linda Ann Loschiavo souligne en 1978 que les deux premières dates significatives pendant la vie de Blanche rapportées par les chroniqueurs contemporains, à savoir son mariage en 1359 et la préservation de son héritage à la mort de son père en 1361, peuvent servir de points de repère pour déterminer l'année de naissance de Blanche. Théoriquement, même l'année 1347 pourrait être acceptable, puisque Blanche de Lancastre aurait ainsi atteint l'âge légal de douze ans lors de son mariage en 1359 et aurait pu hériter des biens de son père deux ans plus tard, c'est-à-dire à quatorze ans en vertu de la législation alors en vigueur.

Lors des travaux généalogiques actuels consacrés à Blanche de Lancastre, on lui donne comme jour de naissance le , tandis que l'année de naissance varie entre 1341 et 1345. En réalité, le début de l'année 1347 est la dernière période envisageable, puisque le tout premier document relatif à la vie de Blanche est daté du de la même année. Il s'agit d'un contrat de mariage arrangé entre Blanche de Lancastre et John Segrave, fils aîné et héritier de John Segrave, baron Segrave. Pourtant, leur union ne sera jamais célébrée, en raison du décès prématuré du jeune John Segrave, qui survient avant le , alors qu'il n'a vraisemblablement que quinze ans et que Blanche n'a tout au plus que douze ans. Finalement, à la suite de ce projet d'alliance avorté, les parents de Blanche décident rapidement de la fiancer à Jean de Gand, troisième fils d' et qui est en outre le petit-cousin de Blanche.

Mariage avec Jean de Gand Parenté entre Blanche de Lancastre et Jean de Gand Le mariage de Blanche de Lancastre et de Jean de Gand, alors comte de Richmond, satisfait grandement , car il permet de donner à son fils l'accès à la moitié du plus grand patrimoine d'Angleterre qui ne soit pas dépendant de la couronne. De plus, il renforce les liens familiaux entre Henri de Grosmont et Philippa de Hainaut, l'épouse d' : en effet, Maud de Lancastre, fille aînée d'Henri, a déjà épousé , le neveu de Philippa, en 1352. Comme Jean et Blanche sont consanguins, le roi d'Angleterre demande au pape une dispense, afin que le mariage puisse avoir lieu. Toutefois, les deux fiancés ne sont que cousins au troisième degré, étant tous deux les arrière-arrière-petits-enfants du roi , et obtiennent très rapidement l'agrément papal, qui est délivré dès le mois de . Le mariage de Blanche avec Jean de Gand, âgé de 19 ans, a finalement lieu le dimanche à Reading, dans le Berkshire, comme en témoigne la chronique latine suivante : Anno millesimo trecentesimo quinquagesimo nono, quarto decimo Kalendas Junii, Dominus Johannes de Gaunt, filius Regis Edwardi, Comes Richemond, Blanchiam, filiam Domini Henrici, Ducis Lankastriae, consanguineam suam de dispensatione Curiae, apud Radinggum, duxit uxorem.

vignette|gauche|280px|Le mariage de Jean de Gand et Blanche de Lancastre, Boardman Wright, 1914. Selon plusieurs sources des et siècles, dont John Capgrave, la cérémonie aurait été organisée par l'évêque de Salisbury Robert Wyvil. Le roi et ses proches font de précieux cadeaux, tels des bijoux et de la vaisselle, à la nouvelle comtesse de Richmond, tandis que Jean de Gand offre à sa nouvelle épouse un bijou précieux et une bague en or avec un diamant. Afin de divertir les invités lors de la cérémonie de mariage, de nombreux tournois sont organisés en l'honneur de Blanche. Les premières joutes commencent à Reading et sont suivies de nombreuses autres lors du voyage du couple à Londres où, selon la tradition, le tournoi le plus élaboré a lieu une semaine après le mariage. Le roi de France et le roi sont présents lors de cet événement exceptionnel qui vise à démontrer les bonnes relations qu'entretient le roi Édouard avec les citoyens de Londres. Bien qu'ils n'aient pas été entraînés à se battre, le maire et certains des shérifs et conseillers de Londres annoncent leur participation à ce tournoi. Ils s'engagent également à tenir le terrain contre n'importe quel adversaire pendant les trois jours qui suivent. Cependant, après leur victoire, il s'avère que ce ne sont pas les dirigeants de la ville qui se sont battus sous les couleurs de Londres, mais seulement le roi , ses quatre fils Édouard, Lionel, Jean et Edmond, ainsi que dix-neuf autres nobles. Ce tournoi a ensuite été qualifié à la cour de « foire des marchands » et tient office de point d'orgue des célébrations du mariage.

Duchesse de Lancastre L'héritage de Lancastre vignette|250px|La division de l'héritage d'Henri de Grosmont en 1361. En bleu clair, la part héritée par Maud de Lancastre. En bleu foncé, celle héritée par Blanche de Lancastre et son époux Jean de Gand. Le titre de duc de Lancastre disparaît lorsque Henri de Grosmont succombe à la peste le . Les baronnies qu'il a possédées retournent à la couronne, tandis que ses comtés sont partagés entre ses deux filles. En , des négociations ont lieu au sujet du partage de l'héritage du duc et aboutissent à un accord entre les deux sœurs. Maud de Lancastre obtient essentiellement des terres situées à l'ouest de l'Angleterre, notamment dans le Gloucestershire, le Herefordshire, le Leicestershire et les Marches galloises, ainsi que le titre de comtesse de Leicester. Quant à Blanche, une grande partie de son héritage est situé au nord de la rivière Trent, dans le Lancashire, le Nottinghamshire, le Staffordshire et le Cheshire, et comprend les comtés de Derby et de Lancastre. Pourtant, il semble que Blanche n'ait porté que le titre de comtesse de Derby, celui de Lancastre étant tombé en désuétude depuis 1351.

Maud de Lancastre rentre en Angleterre peu après la mort de son père mais n'a pas le temps de jouir de son héritage, car elle meurt subitement le , probablement de la peste. De son mariage avec , elle n'a eu aucun enfant qui ait survécu au bas âge. En vertu de la loi anglaise concernant les successions, Maud laisse à sa sœur Blanche l'autre moitié de l'héritage paternel. Ainsi, Blanche et son époux Jean de Gand prennent immédiatement possession de l'intégralité des domaines d'Henri de Grosmont. saisit l'occasion pour recréer le titre de duc de Lancastre en faveur de son fils Jean, qui est convoqué au Parlement tenu à Westminster le sous cette appellation. Grâce à l'immense patrimoine transmis par son épouse, Jean de Gand est devenu en l'espace de quelques mois l'un des hommes les plus puissants et les plus influents du royaume.

Résidences ducales vignette|gauche|Le château de Pontefract, au début du . Il est difficile de comprendre pourquoi il existe si peu de sources concernant les différentes résidences occupées par Blanche de Lancastre lors de sa vie conjugale. Puisque Jean de Gand est initialement comte de Richmond, il réside essentiellement dans son château de Richmond jusqu'en 1361. Comme celui-ci est assez éloigné de Londres et donc de la cour, donne l'autorisation à son fils de quitter Richmond pour Hertford, assez proche de la capitale. En 1362, Richmond et Hertford appartiennent alors au considérable patrimoine ducal que Jean de Gand visite régulièrement à des fins administratives. Le duc de Lancastre détient de nombreux châteaux, palais et manoirs dans tout le royaume, la plupart situés dans le centre et le nord de l'Angleterre, mais aussi dans le pays de Galles. Parmi les plus imposants bâtiments et forteresses possédés par Blanche et son époux, on peut citer le château de Kenilworth dans le Warwickshire, celui de Tutbury dans le Staffordshire, celui de Pontefract dans le Yorkshire, celui de Leicester dans le Leicestershire et l'Hôtel de Savoie à Londres.