vignette|upright=1.4|Position des divisions polonaises le .
Le , sans déclaration de guerre formelle, l'armée allemande envahit la Pologne au prétexte que les troupes polonaises se seraient « rendues coupables de provocations » le long de la frontière germano-polonaiseLes unes du Grand Écho du Nord des 30, , , 2 et .. Ce prétexte s'ajoute au contentieux concernant les droits de l'Allemagne sur la ville libre de Dantzig et le passage entre la Prusse-Orientale et le reste de l'Allemagne à travers le corridor de Dantzig.
Le , conformément au pacte germano-soviétique, les troupes soviétiques attaquent à leur tour la Pologne, en y pénétrant par sa frontière orientale. La Pologne est partagée entre l'Allemagne et l'Union soviétique.
L’invasion germano-soviétique
L'armée polonaise résiste à l'invasion allemande, mais l'issue du combat est sans espoir pour trois raisons : la Pologne est ceinturée sur deux côtés : par l'Allemagne à l'ouest et au nord et par l'URSS à l'est ; elle se trouve en infériorité stratégique, tant en hommes qu'en matériel ; sur le plan tactique, ses Alliés occidentaux déclarent la guerre à l'Allemagne, mais agissent peu militairement.
La tactique mise en œuvre en Pologne par l'armée allemande est celle de la Vernichtungsgedanke, littéralement, le « concept d'annihilation », une doctrine datant de Frédéric le Grand et fondée sur la rapidité de mouvement qui déstabilise l'ennemi. Le concept a évolué vers ce que les Allemands appellent une Blitzkrieg ou « guerre éclair » : les divisions blindées font des percées, l'aviation effectue des bombardements en piqué pour disperser les concentrations de troupes en même temps qu'elle bombarde les villes pour démoraliser la population. L'armée polonaise ne peut mettre en face qu'une armée de terre, une aviation et une artillerie peu modernes, même si ses officiers supérieurs et subalternes se montrent capables. Les blindés sont, en grande partie, anciens et peu nombreux, comme les chars légers et les automitrailleuses. L'aviation est surclassée dans les airs malgré des modèles de bombardiers récents mais peu nombreux et mal utilisés. Les Polonais réussissent tout de même à abattre 285 appareils allemands. Dès le premier jour du conflit, la plus grande partie des meilleures unités navales de la flotte polonaise (sous-marins et destroyers) est déjà évacuée vers le Royaume-Uni.
L'invasion de la Pologne provoque l'entrée en guerre de la France, du Royaume-Uni, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada, le . Sur les dont la France dispose, elle en lance neuf sur la Sarre, qui progressent sur une profondeur de huit kilomètres sans rencontrer de résistance. Les Allemands ne déplacent pas un seul soldat du front polonais. Dans cette même période, la Royal Air Force largue des tracts sur les villes allemandes.
Une offensive polonaise lancée à l’ouest de Varsovie (bataille de la Bzura) est écrasée le . Le même jour, environ de l'Armée rouge envahissent la Pologne orientale, conformément aux clauses secrètes du Pacte germano-soviétique. La progression de l'Armée rouge est facilitée par la destruction des meilleurs matériels polonais et la destruction presque complète d'une grande partie de l'armée polonaise par la Wehrmacht. Par ailleurs, les minorités biélorusse et ukrainienne qui, à elles deux, constituent la majorité de la population de la Pologne orientale, font plutôt bon accueil aux troupes soviétiquesPaul-Marie de La Gorce, 39-45, Une guerre inconnue, Paris, Flammarion, 1995.. L'Armée rouge s'arrête sur une ligne, toujours actuelle entre la Pologne et la Biélorussie, qui correspond à peu près à la ligne Curzon, proposée en 1919–1920 par le ministre des Affaires étrangères britannique Lord Curzon, avec en plus les villes de Białystok et de Lwów, et une parade militaire germano-soviétique a lieu à Brest-Litovsk, le .
vignette|upright=1.2|Soldat de l'armée polonaise en septembre 1939 montrant les restes d'un bombardier allemand Heinkel He 111 détruit par les Polonais au-dessus de Varsovie.
Varsovie capitule le et, le , le partage du pays entre l'Allemagne et l'Union soviétique est entériné par le traité de « délimitation et d'amitié » signé par Ribbentrop et Molotov à Moscou. L'armée allemande compte et contre respectivement et du côté polonais.
Dans le cadre des opérations militaires menées par le Troisième Reich, les Einsatzgruppen, qui suivent les unités combattantes, exécutent des centaines de personnes tout le long du front, au fur et à mesure de l'avance allemande, malgré l'hostilité de certains cadres militaires en poste sur le terrain et les réserves d'une partie de la troupe. : un arrangement est trouvé entre les chefs militaires et Heydrich dans les derniers jours de la campagne, les chefs militaires souhaitant redéployer rapidement l'armée sur d'autres théâtres d'opérations dès la fin de la conquête proprement dite.. Dans le même temps, les civils polonais fuient devant l'avancée allemande., tandis que les Volksdeutsche profitent de l'invasion allemande pour mettre en place des milices qui procèdent à des règlements de compte de grande ampleur, dans un premier temps sans appui du Reich, puis, à partir du milieu du mois de septembre, avec l'appui de la SS.
Les estimations du nombre de prisonniers varient de ( par les Allemands et plus de par les Soviétiques)Steven J. Zaloga, L'invasion de la Pologne, la guerre éclair, Osprey Publishing. à ( par les Allemands et par les Soviétiques). L'Étoile rouge du donne les chiffres de prisonniers polonais suivants : , , plus de Général Anders, Mémoires, 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1946, ..
Le , le Troisième Reich et l'URSS contrôlent complètement le territoire. Le , le Haut-Commandement français ordonne le repli des troupes françaises qui avaient envahi la Sarre.
Toutefois, le gouvernement polonais ne s'est jamais rendu. Les derniers coups de feu polonais sont tirés le lors de la bataille de Kock. Les restes de l'armée polonaise, le gouvernement et le trésor de la banque nationale quittent le pays par la Roumanie, que la flotte roumaine et la Royal Navy amènent à Alexandrie, en territoire britanniqueGrigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21.08.1939) aux hostilités de Russie (22.06.1941), Egloff, Fribourg/Suisse 1944.. Les avions polonais rescapés permettent aussi à quelques dirigeants de rallier les pays alliés que sont alors la France et le Royaume-Uni. D'autres Polonais fuient par la Slovaquie, la Hongrie et la Yougoslavie : beaucoup de ces exilés rejoindront l'armée polonaise reconstituée à Alexandrie, en Syrie, en France et, après la défaite de la France, en Grande-Bretagne.
Le démembrement de la Pologne
vignette|upright=1.2|L'Allemagne agrandie et la Pologne démembrée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Selon les termes des deux décrets édictés par Hitler, les et , de vastes régions de la Pologne sous contrôle allemand sont annexées à l'Allemagne. Non seulement l'ensemble des territoires perdus par l'Allemagne en 1919, à la suite du traité de Versailles, c'est-à-dire du corridor de Dantzig, de la Prusse-Occidentale et de la Haute-Silésie sont ainsi placés sous le contrôle du Reich, mais aussi de vastes portions du territoire de l'ancienne Pologne russe, ainsi, à l'est de ces territoires, des régions qui avaient toujours été polonaises comme la ville de Łódź ou encore le district de Zichenau, sur la route entre Königsberg et Varsovie, rattaché au Gau de Prusse-Orientale.. La totalité des territoires annexés par le Reich couvre une superficie de et compte d'habitants, des Polonais pour la plupart.
Selon les termes du Pacte germano-soviétique, complété par un accord le , l'URSS annexe les territoires situés à l'est des rivières Narew, Bug et San, à l'exception de la région de Vilnius, qui est rétrocédée à la Lituanie, et de la région de Suwałki, annexée par l'Allemagne nazie« Sur les exigences de Staline le territoire de la moyenne Pologne entre la Vistule et le Bug est finalement attribuée à l'Allemagne en échange de la Lituanie concédée par l'Allemagne à l'URSS. Ce tracé de la ligne de démarcation est approuvé par un protocole additionnel le » dans André Kaspi, La Deuxième Guerre mondiale : chronologie commentée, éd. Perrin, 1990 .. Ces régions sont majoritairement peuplées d'Ukrainiens et de Biélorusses, avec d'importantes minorités de Polonais et de Juifs. La frontière occidentale de la zone annexée par l'URSS correspond en partie à la ligne Curzon plus les villes de Bialystok et de Lwow. L'ensemble de ces territoires s'étend sur pour une population de d'habitants.
Le reste des territoires de la Pologne est regroupé sous une administration allemande appelée « Gouvernement général » (nom complet en allemand : Generalgouvernement für die besetzten polnischen Gebiete), dont la capitale est Cracovie. Le Gouvernement général est subdivisé en quatre districts : Varsovie, Lublin, Radom et Cracovie.
Un échange de prisonniers de guerre polonais (environ de chaque côté) a lieu en entre les deux puissances occupantes.
L'occupation soviétique dans les territoires de l'Est (1939 – 1941)
Le NKVD a joué un rôle important dans la « soviétisation ». Les premières victimes du nouveau régime sont les de guerre capturés par l'URSS après l'invasion de . Presque tous les officiers capturés et une grande partie des simples soldats sont assassinés (Voir massacre de Katyń). Mais si les prisonniers de guerre forment le groupe le plus touché par la répression soviétique, les populations civiles ne sont pas épargnées pour autant. Les personnes qui ont travaillé pour l'État polonais deviennent coupables de « crimes contre la révolution » et d'activités « contre-révolutionnaires ». En vertu de ces considérations, on arrête un grand nombre d'intellectuels polonais, des politiciens, des fonctionnaires et même de simples citoyens suspectés de représenter une menace pour le pouvoir soviétiqueGustaw Herling-Grudziński, A World Apart: Imprisonment in a Soviet Labor Camp During World War II , Penguin Books, 1996.. Parmi les personnalités arrêtées figurent les anciens Premiers ministres Leon Kozłowski et Aleksander Prystor.
La population des territoires occupés par les Soviétiques comprend 38 % de Polonais, 37 % d'Ukrainiens, 14,5 % de Biélorusses, 8,4 % de Juifs, 0,9 % de Russes et 0,6 % d'Allemands. Comme la répartition de ces populations n'est pas homogène, une grande partie des territoires est donc habitée par de fortes minorités non polonaises, notamment les Biélorusses au nord et les Ukrainiens au sud. Alors que les Allemands fondent leurs discriminations politiques sur le racisme, les Soviétiques fondent les leurs sur l'interprétation stalinienne de la lutte des classes. Dès les premiers jours de l'occupation soviétique, et jusqu'en tandis que les présents dans ce territoire sont amicalement convoyés dans la partie allemande de la Pologne pour être installés en Wartheland, , sont déportés vers l'Est de l'URSS (essentiellement vers le Kazakhstan) en commençant par les intellectuels, les fonctionnaires, les avocats, les commerçants et les curés, tous considérés comme des « laquais du capitalisme » ou exécutésStéphane Courtois, « Tout le symbole du mensonge totalitaire », Le Figaro, .. Toutefois, leur déportation sera interrompue par l'opération Barbarossa et ne reprendra qu'en 1945Н.Ф. Бугай, « Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация… », Dittmar Dahlmann und Gerhard Hirschfeld, Эссен, Германия 1999. 1.3 : Nikolaï Feodorovitch Bougaï, La déportation des peuples d'Ukraine, Biélorussie et Moldavie, Ed. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999..