Louis-Ferdinand Céline , né le à Courbevoie et mort le à Meudon., connu sous son nom de plume généralement abrégé en CélineL'écrivain prend comme pseudonyme en 1932 le prénom de sa grand-mère et l'un des prénoms de sa mère.Cf. ., est un écrivain, médecin et collaborationniste français. Il est notamment célèbre pour Voyage au bout de la nuit, publié en 1932 et récompensé par le prix Renaudot la même année.

Considéré, à l'instar de Faulkner et de Joyce, comme l'un des plus grands novateurs de la littérature du , , selon George Steiner, Céline introduit un style elliptique personnel et très travaillé, qui emprunte à l'argot et tend à s'approcher de l'émotion immédiate du langage parlé. À propos de son style, Julien Gracq dira : Arts , 22-28 décembre 1965 (lire en ligne)..

Céline est aussi connu pour son antisémitisme et sa collaboration active avec l'occupant nazi : il publie des pamphlets virulents dès 1937 (année de la parution de Bagatelles pour un massacre) et, sous l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale, dénonce publiquement plusieurs personnes pour leur judéité réelle ou supposée. Il est alors proche des milieux collaborationnistes et du service de sécurité nazi. Il rejoint en 1944 le gouvernement en exil du régime de Vichy à Sigmaringen, épisode de sa vie qui lui inspire le roman D'un château l'autre, paru en 1957. Ces faits lui vaudront, après la guerre, d'être frappé d'indignité nationale.

Biographie Jeunesse en région parisienne Louis Ferdinand Destouches est né le à Courbevoie (ancien département de la Seine, actuels Hauts-de-Seine) au domicile de ses parents (11, rampe du Pont-de-Neuilly, actuelle chaussée du Président Paul-Doumer). Il est le fils unique de Ferdinand Destouches et de Marguerite Guillou, mariés le à Asnières-sur-Seine..

Famille paternelle La famille paternelle de Louis Destouches, originaire de la Bretagne et de la Normandie, appartient à la petite bourgeoisie déclassée et a des prétentions nobiliaires, l'auteur revendiquant une parenté avec le chevalier Jacques Destouches, qui a inspiré à Jules Barbey d'Aurevilly le roman Le Chevalier des Touches.

Son grand-père paternel, Auguste Destouches (né en 1835 à Vannes, mort en 1874 au Havre), est reçu à l'agrégation de littérature en 1867, le deuxième sur trois, et enseigne au lycée François-Ier.. Céline mentionne son grand-père dans la préface de son roman Guignol's Band.. En 1860, il épouse Caroline Delhaye. De leur union naissent cinq enfants :

Georges Destouches, né en 1862 au Havre, mort en 1945 à Brétigny-sur-Orge ; secrétaire de la faculté de médecine de l'Université de Paris, et est élevé au rang de chevalier de la Légion d'honneur en 1918. De son union, avec Blanche Gendron, naissent deux enfants : Jean Destouches, né en 1887 à Paris 7e arrondissement, mort en 1963 à Étampes (département de l'Essonne). Jacques Destouches, né en 1897 à Paris 6e arrondissement, mort en 1967 dans le 18e arrondissement ; médecin, il est élevé au rang de chevalier de la Légion d'honneur en 1965. Il inspire le personnage de Gustin Sabayot, cousin de Ferdinand, au début de Mort à crédit. René Destouches, née en 1863 au Havre, mort en 1928 à Paris ; en 1884, il s'engage volontairement par devancement d'appel au sein du 21e régiment de dragons. Ferdinand Destouches, né en 1865 au Havre, mort en 1932 à Paris (2e arrondissement) ; père de Céline, il est employé au sein de la compagnie d'assurance Le Phénix ; en 1885, il s'engage volontairement par devancement d'appel au sein du 27e régiment d'artillerie et termine avec le grade de maréchal des logis. Charles Destouches, né en 1867 au Havre, mort en 1931 à Colombes (département des Hauts-de-Seine). Amélie Destouches, née en 1869 au Havre.

Famille maternelle La famille maternelle de Louis Destouches descend d'artisans et de petits commerçants, également originaires de la Bretagne, installés en région parisienneChronologie du volume I Romans, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard , p.LV-LVI..

Son grand-père maternel, Jacques Julien Guillou, né en 1847 à Paris (ancien 12e arrondissement), mort en 1879 à Paris (2e arrondissement), est ouvrier soudeur devenu brocanteur. En 1868, il épouse, à Paris (20e arrondissement), Céline Lesjean ; née en 1847 à Paris (ancien 12e arrondissement), morte en 1904 à Paris (9e arrondissement), est commerçante d'antiquités et de dentelles ; c'est en son souvenir qu'en 1932, Louis Destouches adopte le pseudonyme de « Céline », à la publication du Voyage au bout de la nuit. ; elle inspire le personnage de Grand-mère Caroline dans Mort à crédit. De leur union naissent deux enfants :

Marguerite Guillou (née en 1868 à Paris 20e arrondissement, morte en 1945 à Paris 9e arrondissement) ; mère de Céline, elle est commerçante en dentelles et exploite une petite boutique de mode au 64, passage Choiseul à Paris.. Julien Guillou, (né en 1874 à Paris 2e arrondissement, mort en 1954 à Paris 9e arrondissement) ; commerçant de vêtements de pluie, il inspire le personnage de l'oncle Édouard dans Mort à crédit.

L'auteur Philippe Collin, dans la série radiophonique « Louis-Ferdinand Céline, le voyage sans retour », estime que les parents de Louis Destouches, qui appartiennent à la petite bourgeoisie, craignent le déclassement social et sont perméables au climat antisémite de la Troisième république, entretenu par la publication du pamphlet La France juive d'Édouard Drumont et par l'affaire Dreyfus.

vignette|redresse|gauche|Le 64 du passage Choiseul où vécut Louis Destouches enfant. Louis-Ferdinand Destouches est placé chez une nourrice à Voisines (Yonne). puis à Puteaux (Hauts-de-Seine) jusqu'à l'âge de deux ans. En 1897, ses parents déménagent rue de Babylone à Paris dans le 7e arrondissement. En 1898, ils s'installent rue Ganneron dans le 18e arrondissement. En 1899 enfin, ils s'installent passage Choiseul au numéro 67 où Marguerite Destouches ouvre un commerce de dentelles anciennes. La famille déménage au numéro 64 du même passage couvert en 1904.. L'écrivain décrit plus tard, notamment dans Mort à crédit, le passage Choiseul comme une « cloche à gaz », allusion à l'éclairage de la galerie par une multitude de becs à gaz au début du .

En 1900, Louis-Ferdinand Destouches fréquente l'école communale du square Louvois. En 1905, il fréquente brièvement l'école Saint-Joseph des Tuileries avant de revenir à l'enseignement public. Il est reçu au certificat d'études primaires en . La même année, ses parents déménagent rue Marsollier dans le 2e arrondissement.

En 1908, Louis-Ferdinand Destouches effectue un séjour linguistique en Allemagne à Diepholz (Basse-Saxe) puis à Karlsruhe (Bade-Wurtemberg). L'année suivante, il effectue un second séjour, cette fois en Angleterre, à Rochester puis à Broadstairs (Kent). Ses parents, qui ambitionnent de faire de lui un acheteur de grand magasin, financent ces séjours afin d'offrir à l'enfant une formation linguistiqueFrançois Gibault, Céline, Mercure de France, 1985, t. I, .. Le second séjour inspire à l'écrivain, dans Mort à crédit, le passage de Ferdinand au Meanwell College de Chatham.

Il occupe de petits emplois durant son adolescence, notamment dans des bijouteries, et s'engage pour trois ans dans l'armée française le , à , par devancement d'appel..

Première Guerre mondiale et Afrique vignette|Le maréchal des logis Louis Ferdinand Destouches en grande tenue (cuirasse, casque à cimier, crinière et plumet), Croix de guerre et Médaille militaire, octobre 1914. Le , Louis Ferdinand Destouches contracte un engagement volontaire au sein du 12e régiment de cuirassiers cantonné à Rambouillet. Le , il est nommé brigadier. Le , il est nommé maréchal des logis, accédant ainsi au grade de sous-officier.

Il suit ainsi les conseils et l'exemple de son père pour pouvoir choisir un régiment doté du prestige de l'arme, et accéder plus rapidement au grade de sous-officier. Il supporte mal la vie de caserne marquée par l'ennui, la promiscuité et les brimades. Il subit aussi un calvaire physique avec les corvées et les exercices de monte à cheval, qui lui occasionnent excoriations et furoncles alors qu'il rêvait de la charge des cavaliers de Reichshoffen. Il envisage même la désertion, mais l'acculturation militaire et le desserrement progressif des contraintes — grâce à l'intervention de ses parents auprès du lieutenant Dugué-Mac Carthy — permettent de comprendre les raisons de son acceptation..

Il évoque les souvenirs de son incorporation dans son écrit de jeunesse Carnet du cuirassier Destouches, puis dans son roman Casse-pipe.

Trois mois plus tard, son régiment participe aux premiers combats de la Première Guerre mondiale en Flandre-Occidentale. Le , alors que son unité est chargée de couvrir le d'infanterie dans le secteur de Poelcappelle sur le champ de bataille d'Ypres, il se porte volontaire pour transmettre un ordre entre les tranchées du et du 125, mission risquée à l'issue de laquelle il est grièvement blessé au bras droit par balle , évacué puis opéré dans l'hôpital auxiliaire d'Hazebrouck où il refuse l'anesthésie pour éviter d'être amputé à son insuFrançois Gibault, Céline, Mercure de France, 1985, t. I, .. Cet acte vaut au maréchal des logis Destouches d'être successivement cité à l'ordre du régiment le , à l'ordre de la le , et le il est décoré de la médaille militaireCitation : , Ordre D du ., puis rétroactivement de la croix de guerre avec étoile d'argent. Grâce aux connaissances du père de Louis Destouches dans le milieu de la presse illustrée, ce fait d'armes est relaté en dans L'Illustré nationalHebdomadaire pour la famille créé en 1898, L’Illustré national propose des histoires en images dès 1899. À partir de 1904, les bandes dessinées supplantent les dessins d’humour. Après la Première Guerre mondiale, le journal revient pour une dernière série, entre 1922 à 1923. BnF Gallica., dont la couverture montre le cuirassier Destouches fonçant à travers les balles sur son cheval alors qu'il a probablement accompli sa mission à pied.. L'expérience de la guerre jouera un rôle décisif dans la formation de son pacifisme et de son pessimisme.

vignette|Gravure de L'Illustré national à propos de l'acte de bravoure du maréchal des logis Destouches. Ré-opéré en au Val-de-Grâce et réformé provisoire, il est affecté en comme auxiliaire au service des visas du consulat français à Londres (dirigé par l'armée en raison de l'état de siège) grâce à sa maîtrise de l'anglais et probablement grâce à l'intervention opportune de son père.. Le , il bénéficie d'une décision de réforme (c'est-à-dire sans pension), ce qui lui permet de quitter l'armée alors que sa blessure n'est pas suffisamment grave pour ne plus servir au front.. Il quitte le consulat. Dès lors, en , commence la période opaque de son séjour à Londres qui devient celui d'un embusqué fréquentant les bas-fonds de la capitale du Royaume-Uni.. Le , il se marie avec Suzanne NeboutCertainement un mariage de complaisance car non enregistré au consulat., une danseuse de cabaret et entraîneuse sans doute rencontrée à Soho et qui a inspiré plusieurs personnages de ses livres.. Ce mariage n'est pas déclaré au consulat et Louis Destouches rentre seul en France, considéré comme célibataire par l'État français. Ensuite il contracte un engagement avec une compagnie de traite qui l'envoie au Cameroun, où il part en surveiller des plantations. Malade, il rentre par bateau en France au mois d', voyage durant lequel il rédige une nouvelle, Des vagues. Il arrive à destination en « Louis-Ferdinand Céline » dans Le Magazine littéraire, Sophia Publication, Paris, 505, février 2011, ..

Il travaille en 1917-1918 au côté de l'écrivain polygraphe Henry de Graffigny, qui inspirera à l'écrivain le personnage de Courtial des Pereires dans Mort à crédit. Embauchés ensemble par la Fondation Rockefeller, ils parcourent la Bretagne en 1918 pour une campagne de prévention de la tuberculose.

Formation de médecin