Aymar de Valence (v. 1275 – ), comte de Pembroke, est un noble anglo-français. Bien qu'essentiellement actif en Angleterre, il possède également de solides connexions avec la famille royale française. Considéré comme l'un des plus riches et puissants magnats de son époque, il joue un rôle central au cours des conflits qui opposent le roi et la noblesse anglaise conduite par le comte de Lancastre. Pembroke est l'un des Seigneurs Ordonnateurs nommés afin de restreindre les pouvoirs du roi et de son favori Pierre Gaveston. Son positionnement politique bascule brusquement lorsqu'il subit l'affront de voir Gaveston – qu'il détenait prisonnier et avait juré de protéger – enlevé et exécuté à l'instigation de Lancastre. Cette grave offense le pousse à soutenir fermement le roi au cours du reste de sa vie. Toutefois, quelques années plus tard, les circonstances politiques, combinées avec ses difficultés financières persistantes, l'éloigneront du centre du pouvoir.
Bien que les premiers historiens s'intéressant à Aymar de Valence l'aient considéré comme le chef du « parti du Milieu » – situé entre le parti de la cour influencé par le roi et ses favoris d'une part, et les barons extrêmes conduits par Lancastre d'autre part –, le consensus adopté par les historiens modernes demeure qu'il est resté globalement loyal à Édouard au cours de sa carrière. Pembroke s'est marié à deux reprises et ne laisse aucune descendance légitime, bien qu'il ait eu un fils illégitime. Il est passé à la postérité notamment grâce aux entreprises de sa seconde épouse Marie de Châtillon, qui a fondé le Pembroke College, situé à Cambridge, ainsi que par sa splendide tombe qui peut encore être contemplée de nos jours à l'abbaye de Westminster. Aymar de Valence est enfin une figure importante des guerres menées en Écosse par les rois d'Angleterre et .
Biographie Famille
Aymar de Valence est issu de la puissante maison de Lusignan, qui provient du Poitou en France . Il est le troisième fils de Guillaume de Valence et de Jeanne de Montchenu. Son père est un demi-frère du roi d'Angleterre et s'est établi à la cour d'Angleterre aux alentours de 1247.
Aymar est ainsi le cousin germain du roi . Par sa mère, il est un arrière-petit-fils du célèbre chevalier Guillaume le Maréchal, comte de Pembroke.. En , son père Guillaume de Valence revient de la Neuvième croisade, commandée par le roi , et reste jusqu'à l'année suivante dans les environs de Limoges. Il est ainsi possible qu'Aymar soit né en France aux alentours de 1275. On ignore toutefois quel est son lieu de naissance : il est possible qu'il s'agisse de Valence, située près de Lusignan, d'où provient sa famille paternelle, mais rien n'indique pour autant qu'il y soit né. Par ailleurs, son patronyme de Valence est sans doute davantage une allusion à l'abbaye cistercienne de Valence située à Couhé, fondée par ses grands-parents et Isabelle d'Angoulême en 1230 et qui est un fief des Lusignan.
Anthroponyme Aymar porte le prénom de son oncle, Aymar de Lusignan (1228-1260), évêque de Winchester (1250-1260)., et de son arrière-grand-père paternel, Aymar (v. 1160-1202), comte d'Angoulême (v. 1186-1202).
Sous-lignage Aymar est un membre du sous-lignage. de Valence de la maison de Lusignan..
Jeunesse N'étant que le troisième fils de ses parents, Aymar est initialement destiné à une carrière ecclésiastique, à l'instar de son oncle paternel Aymar de Lusignan. Cependant, à la suite du décès prématuré de son frère aîné Jean en 1277, suivi de celui de son autre frère Guillaume, tué en à la bataille de Llandeilo Fawr, Aymar devient l'héritier des titres et des terres de ses parents. Ainsi, un riche héritage lui est constitué localisé en Angleterre, en Galles en Irlande. De plus, son père possède de vastes terres en France. À la mort de ce dernier en 1296, Aymar hérite de l'intégralité de ses biens, situés principalement dans le Northumberland et en Est-Anglie, mais aussi en France, notamment dans le comté de la Marche en raison de son statut de seigneur de Rancon – qui est vassal de l'évêque de Limoges – ainsi que de celui de Champagnac et de Bellac – vassal de l'abbaye Sainte-Marie de la Règle de Limoges. Enfin, dans le comté d'Angoulême, il devient seigneur de Montignac et à ce titre vassal de l'évêque d'Angoulême. Aymar de Valence est ainsi l'un des derniers comtes anglais à posséder d'importantes possessions en France. À compter du décès de son père, il visite à plusieurs reprises ses possessions françaises. Parallèlement à ses visites officielles au nom des rois d'Angleterre en raison de ses racines françaises, il est prouvé qu'il s'est rendu à 17 reprises en France au cours de sa vie. Aymar de Valence épouse en premières noces avant le Béatrix de Clermont-Nesle, fille du connétable de France et comte . Leur union n'apportera aucune descendance.
Carrière militaire et diplomatique sous et au début du règne d' Au début de l'année 1296, Aymar de Valence accompagne son père Guillaume au sein de la délégation diplomatique commandée par ce dernier et chargée de négocier à Cambrai la paix entre France et Angleterre, en guerre en Aquitaine depuis 1294. À la suite du décès de son père en , Aymar retourne en Angleterre et prête serment d'allégeance le à Westminster à l'héritier du trône Édouard de Carnarvon, désigné régent du royaume en l'absence de son père , parti guerroyer en Flandre. D' à , Valence est aux côtés du roi Édouard au cours de son expédition militaire en Flandre et semble avoir été fait chevalier durant cette période. Lors des pourparlers de paix qui s'ensuivent, Aymar figure au sein de l'ambassade anglaise chargée de conclure une trêve. Au début de l'année 1299, il est également membre de la délégation qui prépare le mariage d' avec la princesse Marguerite de France, sœur du roi de France . Au cours des années suivantes, Aymar de Valence se voit confier plusieurs missions diplomatiques. Il accompagne ainsi en 1304 l'héritier du trône Édouard, lorsque ce dernier rend l'hommage à Paris au roi de France pour l'Aquitaine au nom de son père. En outre, il participe à de nombreuses campagnes lors des guerres d'Écosse initiées par . En 1298, il est présent lors de la bataille de Falkirk et, en 1300, au siège du château de Caerlaverock. Il est convoqué successivement en 1299, 1301 et 1302 par le roi pour combattre en Écosse. En 1303, le nomme commandant des troupes anglaises au sud du fleuve Forth. Après l'assassinat de son beau-frère , époux de sa sœur Jeanne de Valence, Aymar devient commandant des troupes anglaises stationnées en Écosse en . Il inflige au mois de juin suivant une cinglante défaite à Robert Bruce, meurtrier de Jean Comyn et qui s'est autoproclamé roi d'Écosse, lors de la bataille de Methven. Ce revers force Bruce à se réfugier dans le Nord de l'Écosse et à abandonner provisoirement ses revendications au trône face à , qui est de fait le véritable suzerain de l'Écosse. Pourtant, en , Robert Bruce reprend les armes et défait Aymar de Valence au cours de la bataille de Loudoun Hill.
En dépit de la mort d' en , Aymar de Valence est confirmé dans ses fonctions par son successeur dès le mois suivant et est élevé au poste d'administrateur de l'Écosse. En octobre de la même année, sa mère Jeanne de Montchensy décède et lui transmet l'illustre titre de comte de Pembroke. Par ailleurs, Valence hérite de nombreuses possessions en Angleterre, notamment dans le Pembrokeshire et dans le Gloucestershire, mais aussi dans divers comtés du royaume, tels le Norfolk et le Suffolk. Aymar de Valence devient ainsi l'un des plus riches et puissants magnats d'Angleterre à l'avènement d'. Il étend également son influence en Irlande – où il acquiert Wexford – et en France – dans le Poitou et autour de Calais. En , Aymar est missionné par le roi en France pour accélérer les négociations concernant son mariage avec la princesse Isabelle, fille du roi . Le , il embarque avec le roi et plusieurs éminents barons d'Angleterre à Douvres pour assister au mariage royal, qui a lieu trois jours plus tard à Boulogne. En , à la mort de son cousin , comte de la Marche et d'Angoulême, Aymar revendique ses fiefs, en tant que plus proche héritier mâle. Néanmoins, attribue ces terres à Yolande de Lusignan, sœur aînée de Guy. En échange, cette dernière vend les titres au roi de France pour la somme importante de . Peu après la mort de Yolande en 1314, Philippe le Bel crée en apanage la Marche pour son troisième fils, Charles le Bel.
Hostilité à Pierre Gaveston Comme les principaux barons anglais, Pembroke ne tarde pas à entrer en conflit avec au sujet de l'influence excessive de son favori Pierre Gaveston, issu de la petite noblesse gasconne. Bien qu'il ait assisté à l'élévation de ce dernier au prestigieux titre de comte de Cornouailles le , Aymar affiche son hostilité à Gaveston dès le mariage du roi. Le , il signe l'agrément de Boulogne avec notamment les comtes de Lincoln, de Surrey et de Hereford. Ce groupe de magnats affirme s'inquiéter de la situation financière et de la sécurité du royaume, mais dénonce implicitement les faveurs accordées à Pierre Gaveston. En , le Parlement d'Angleterre se réunit et réclame l'exil de Gaveston. Le suivant, Aymar de Valence réussit à convaincre le roi de se conformer à cette demande. En , cependant, Aymar se rend au nom d'Édouard en Avignon pour recevoir du pape son accord concernant la levée de l'exil du favori. Pierre Gaveston fait son retour en Angleterre en , mais Aymar est désormais devenu un de ses adversaires les plus acharnés. Ce basculement subit du comte de Pembroke résulte certainement du refus du roi d'appliquer les réformes promises à Stamford en ainsi que de l'arrogance de Pierre Gaveston, qui se moque ouvertement d'Aymar en le surnommant « Joseph le Juif »Mentionné pour la première fois par le chroniqueur Thomas Walsingham à la fin du , ce surnom aurait été apparemment inspiré par l'apparence physique d'Aymar de Valence, décrit comme un personnage pâle et de grande taille par les chroniqueurs du règne d'..