Yánnis Makriyánnis ou Yannis Macriyannis (), né Ioánnis Triandafýllou () en 1797 à Avoriti en Doride et mort en 1864 à Athènes, dit le plus souvent Makriyánnis, était un héros de la guerre d'indépendance grecque et un homme politique grec. « Makriyánnis » était le surnom qui lui fut donné.

Ses Mémoires constituent, au-delà de la vie de leur auteur, une source inestimable sur l'histoire de la Grèce dans la première moitié du . Elles furent aussi un des textes fondateurs de la littérature en langue populaire. Georges Séféris disait qu'elles faisaient de Makriyánnis le « maître de la prose grecque moderne ».

thumb|300px|Portrait de Makriyánnis (lithographie de Karl Krazeisen).

Jeunesse Il était le fils d'un paysan-éleveur pauvre Dimítris Triandafýllou qui fut tué par les hommes d’Ali Pacha. Sa famille se réfugia alors à Livadiá où elle resta jusqu'en 1811. Il fut très tôt placé comme domestique auprès de différents maîtres. Sa fierté et son sens de l'honneur le poussèrent à refuser ces corvées humiliantes. Il aurait même pris la tête d'un groupe d'enfants domestiques ayant fugué pour fuir leurs patronsMakriyánnis, Mémoires., p. 81-82..

En 1811, il quitta Livadiá pour Arta où il travailla pour le marchand Thanassis Lidorikis. Là, il commença à faire fortune grâce au commerce. Il apparaît officiellement pour la première fois en 1815 sur une reconnaissance de dettes en sa faveur. En 1821, sa fortune s'élevait à grossia ou piastres. Il est alors devenu Yánnis Makriyánnis (« Jean Grandjean »)Makriyánnis, Mémoires., p. 83-84..

Il fut alors initié dans la Filikí EteríaMakriyánnis, Mémoires., p. 85.. Sa fortune allait être pour lui un atout lors de la guerre d'indépendance. Il n'eut jamais l'enrichissement personnel comme objectif. Il pouvait aussi lui-même payer ses hommes, sans dépendre de quiconque.

La guerre d'indépendance grecque

thumb|left|Theodoros P. Vryzakis, Le serment d’Aghia Lavra :Germanos déclenche la guerre d’indépendance.

La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse, mais aussi en Épire et autour d’Athènes où Yánnis Makriyánnis se distingua.

Le gouverneur ottoman de la région de l'Épire, Ali Pacha de Janina cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions. Il s’était révolté contre le Sultan Mahmoud II en 1820. La Sublime Porte (nom aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser autour de Ioannina toute une armée commandée par le gouverneur ottoman du Péloponnèse Khursit PachaBrunet de Presle et Blanchet, op. cit., p. 421-423.. Pour les patriotes grecs organisés dans la Filikí Etería et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du G. Contogeorgis, op. cit., p. 341-342., cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le sous la double impulsion de Theódoros Kolokotrónis et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le (julien). Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de l'Hétairie installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf moisR. Clogg, op. cit., p.33. alors qu'en Grèce même, les insurgés triomphaient.

Makriyánnis en Épire Juste avant le déclenchement de la révolution en mars 1821, Makriyánnis avait été envoyé aux nouvelles par les membres de l'Hétairie d'Arta à Patras. Il fut pris dans les débuts de la révolution: tandis que les Grecs assiégeaient la garnison de la citadelle, il parvint à regagner la côte nord du golfe de Corinthe d'où il vit Patras en flammes, une armée ottomane de secours ayant repris et saccagé la villeMakriyánnis, Mémoires., p.87-90..

À peine de retour à Arta, il fut arrêté comme espion, alors qu'il était parti de Patras où on le recherchait déjà comme espion. En effet, il arrivait de Roumélie, et les Ottomans craignaient qu'il ne transportât l'insurrection du Péloponnèse à la Roumélie. Ils voulaient l'en empêcher. Il passa 90 jours dans la forteresse du Frourio. Torturé, il n'avoua rien. Les vingt-cinq autres personnes arrêtées en même temps que lui craquèrent et admirent appartenir à l'Hétairie. Elles furent toutes pendues. Faute de preuves et d'aveux, Makriyánnis ne fut pas exécuté. Il réussit finalement à acheter sa libération et fut recueilli par Ismaël Bey, un cousin d'Ali PachaMakriyánnis, Mémoires., p. 90-91.D. Brewer, p. 100-101.. Il avait échappé à une mort certaine. Il en retira le sentiment qu'il avait un destin à accomplir.

Il quitta alors Arta et « gagna la montagne » en août 1821, pour rejoindre les insurgés grecs alors alliés au despote de Janina Ali Pacha. Ils avaient un ennemi commun : le Sultan. L'alliance était une alliance de circonstanceMakriyánnis, Mémoires., p. 91-92.. Il participa aux combats pour Arta dans la troupe de Gogos Bakolas. Les Turcs ayant repris la ville, Makriyánnis organisa alors l'évacuation des Grecs, plus de 500 familles. Il assista à l'attaque de la colonne de réfugiés par les habitants (grecs) de Valtos. Il écrit sa tristesse de voir ainsi des Grecs piller d'autres GrecsMakriyánnis, Mémoires., p. 93-110. « Je fus écœuré d'être Grec, voyant quels cannibales nous faisions. », p. 110.D. Brewer, p. 87-88..

En janvier 1822, il fut envoyé à Missolonghi, mais tomba malade en route et dut rester à Salona chez son frère jusqu'en mars 1822Makriyánnis, Mémoires., p. 111.. Il rejoignit Yannis Gouras et Odysséas Androútsos près de Lamia en Phthie où il reprit le combat. Makriyánnis assista alors à une des tentatives des « magnats » d'éliminer Androútsos, trop proche du peuple à leur goût. La guerre d'indépendance grecque fut aussi une guerre civileMakriyánnis, Mémoires., p. 112-131..

Athènes En , avec Gouras et Dysséas (surnom d'Androútsos), il gagna Athènes. Makriyánnis tomba immédiatement amoureux de la ville. Il s'opposa alors à l'attitude des pallikares dans l'Athènes tout juste libérée des Turcs. Les hommes de Mamouris, lieutenant de Gouras, surtout, se livraient à de continuelles exactions. Makriyánnis obtint d'être nommé « prévôt » de l'ordre public pour protéger les habitants de la villeMakriyánnis, Mémoires., p. 133-151..

Il dut cependant se rendre à Salamine auprès du gouvernement provisoire en juillet 1823. Puis, il retourna avec Androútsos combattre en Roumélie. Cependant, les deux hommes ne s'entendirent pas. Makriyánnis n'acceptait pas les exactions des troupes de libération.

Les guerres civiles thumb|Yatagan de Makriyannis.

L'Assemblée nationale d'Épidaure, avait réuni en et , des représentants des diverses régions insurgées. Les Grecs étaient alors divisés en deux partis : celui des «politiques» ou des «notables» et celui des «capitaines» ou des «militaires». Les politiques, dirigés par Aléxandros Mavrokordátos, étaient plutôt libéraux et défendaient le concept de souveraineté nationale, à l'occidentale. Le parti des capitaines était dirigé par Kolokotrónis, en lien étroit avec Dimítrios Ypsilántis. Ils penchaient pour la mise en place d'un pouvoir autoritaire voire dictatorial, inspiré du modèle russe, le temps du conflit. Mais, le parti «militaire» était divisé en nombreux courants, correspondant aux différents chefs de guerreBrunet de Presle et Blanchet, p. 496.. Le parti des politiques réussit à imposer sa conception du pouvoir. Il l'avait emporté sur le parti des militaires, qui n'avaient pas envoyé de délégués à l'assemblée nationale. Ces derniers ne voulaient pas reconnaître leur défaite tandis que les politiques désiraient se débarrasser définitivement d'euxN. Svoronos, p. 42-43.. Les effets s'en firent sentir lors de l'Assemblée nationale d'Astros.

Elle se réunit en avril 1823, dans la petite ville d'Astros, à quelques kilomètres au sud de Nauplie. En fait, les délégués s'étaient répartis dans deux camps différents, dans deux villages à côté d'Astros. D'un côté les politiques autour d'Aléxandros Mavrokordátos et de l'autre les militaires, autour de Kolokotrónis, et entre les deux, un vaste fossé. Chaque camp était protégé par des hommes en armes : 800 chez les militaires et chez les politiques. Le différend se précisa. Les politiques voulaient contrôler les militaires et leurs actions dans la guerre d'indépendance. Les militaires, Kolokotrónis en tête, considéraient que les politiques ne devaient se charger que du ravitaillementD. Brewer, p. 182-184..

Parmi ses différentes décisions, l'Assemblée créa un Bouleutikó qui exercerait le pouvoir législatif et un Exécutif qui donc exercerait le pouvoir exécutif. L'Assemblée nomma les membres du Bouleutikó qui à son tour devait nommer les cinq personnes chargées de l'Exécutif. Le Bouleutikó fut alors composé de «politiques» tandis que le Bouleutikó nomma des membres du parti des militaires dans le nouvel Exécutif, afin de rééquilibrer la balance.

À la fin de la session, en , il fut décidé de déplacer le siège du gouvernement (Bouleutikó et Exécutif) à Tripolis, la ville au centre du Péloponnèse, reconstruite après le siège victorieux par Kolokotrónis. C'était l'installer dans la région où il avait le plus d'influenceD. Brewer, p. 185.. Les deux branches du gouvernement furent donc éloignées, dès août, des régions favorables à Kolokotrónis. Elles partirent pour Salamine, avant de se séparer en octobre. L'Exécutif, dominé par les militaires du Péloponnèse s'installa à Nauplie, tandis que le Bouleutikó, aux mains des politiques se plaça sous la protection des îles d'armateurs Hydra et Spetses en s'installant au bout de la péninsule de l'Argolide, à KranídiD. Brewer, p. 191..

À l'automne 1823, Bouleutikó et Exécutif ne cessèrent de s'affronter, au moindre prétexte. Un des conflits les plus durs se fit à propos du quorum du vote d'une taxe sur le selD. Brewer, p. 192.. Le , les partisans du parti des «militaires» menés par Pános Kolokotrónis, marchèrent sur Argos où le Bouleutikó était en séance. Il se dispersa avant l'arrivée des troupes pour à nouveau trouver refuge à Kranídi, sous la protection d'Hydra et Spetses. Sa première décision fut de démettre les derniers militaires de l'Exécutif et de les remplacer par des politiques, dont Georgios Koundouriotis, armateur hydriote. Les membres démis de l'Exécutif n'acceptèrent pas cette décision. Ils furent rejoints par une douzaine de membres du Bouleutikó favorables au parti des militaires. Ils partirent fonder leur propre gouvernement à Tripolis. Au début de 1824, la Grèce insurgée avait deux gouvernements, un «politique» à Kranídi, protégé par la flotte et un «militaire» à Tripolis, protégé par les troupes de KolokotrónisD. Brewer, p. 193..

Lors de la « première guerre civile » qui suivit, opposant le gouvernement militaire de Tripolis à celui politique de Kranídi, Makriyánnis finit par choisir l'Exécutif de Kranídi qui s'imposa finalement. Il faisait partie au début des troubles de la troupe de Yenneos Kolokotronis, un fils de Théodoros, mais après s'être disputé avec celui-ci, et lassé par les exactions du clan Kolokotronis, il rejoint les troupes des primats du Péloponnèse soutenant le nouveau gouvernement (Zaïmis, Notaras, Londos). Il déchanta rapidement devant le comportement de ces derniersIl fut choqué notamment par les méthodes de torture de Yannis Notaras « que n'auraient pas imaginées les frères Katsandonis »., se disant dans ses Mémoires « complètement dégoûté de la Grèce en voyant que le brigandage régnait partout », et tellement écœuré que leur vue lui faisait horreur.

La première guerre civile