Émile Joseph Bouchard dit Butch Bouchard, (né le à Montréal dans la province de Québec au Canada - mort le à l'âge de 92 ans, à Longueuil au Québec au Canada) est un joueur canadien de hockey sur glace qui porte les couleurs de l'équipe des Canadiens de Montréal dans la Ligue nationale de hockey (LNH) de 1941 à 1956. Bouchard fut capitaine des Canadiens durant huit ans, a gagné quatre Coupes Stanley et a participé à quatre Matchs des étoiles de la LNH. Même s'il a la réputation de faire peu de fautes, il est aussi l'un des joueurs les plus costauds et distribuant les meilleures mises en échec de son époque. Il excelle en tant que défenseur défensif, a des qualités de passeur et est également connu pour son et comme mentor pour les jeunes joueurs. À ses débuts dans la LNH, Bouchard est l'un des joueurs qui apportent du sang neuf dans une franchise des Canadiens affaiblie. Il est intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1966.

Il réside après sa carrière de joueur dans la ville de Saint-Lambert au Québec et contribue à plusieurs entreprises dans sa communauté. En 2008, il reçoit l'Ordre national du Québec et un an plus tard, le , le numéro 3 de Bouchard est « retiré »Une équipe peut rendre un hommage à un joueur en décidant de « retirer un maillot ». Ainsi, une réplique du chandail est accrochée dans l'aréna de l'équipe et nul autre joueur ne pourra jamais jouer un match de l'équipe avec le numéro en question dans le dos. par les Canadiens de Montréal pour célébrer le centenaire de la franchise, le dernier joueur à avoir porté ce chandailLe terme québécois de « chandail » correspond au terme francophone de « maillot ». étant Ryan O'Byrne. Le , Michaëlle Jean, gouverneur général du Canada, annonce que Bouchard fait partie des prochains membres de l'Ordre du Canada.

Style de jeu Bouchard est un joueur imposant physiquement mais également un travailleur et intelligent sur la glace. Avec un pour 93 kilos, il est considéré comme un géant comparé aux joueurs de la LNH des années 1940 où la taille moyenne est d'un et le poids moyen de 75 kilos. En plus de son physique imposant, il a l'habitude de faire de la musculation à une époque où cette pratique est peu répandue ; ce travail musculaire lui permet d'avoir une grande présence défensive. L'ailier gauche, membre du temple de la renommée du hockey et coéquipier Dickie Moore dit même de Bouchard qu'La citation originale de Moore est : .

Bouchard est plus qu'une présence physique : il sait bien se positionner et faire de bonnes passes. Il possède également le sens du jeu et sait quand aller à l'attaque et quand se replier. Malgré son rôle de joueur défensif, il permet, avec ses passes longues, à son équipe de produire un jeu rapide.

Autant Bouchard est physique sur la patinoire, autant il est considéré comme un joueur propre et ne participe que rarement aux combats. Son physique imposant décourage la plupart des adversaires de le provoquer en combat et il est souvent celui qui sépare les combattants.

Biographie Enfance et apprentissage Bouchard naît le à Montréal ; il est le fils de Régina Lachapelle et Calixte Bouchard. Il grandit dans une famille pauvre durant la Grande Dépression, ne commence à patiner qu'à l'âge de seize ans et apprend alors avec des patins loués avant d'emprunter trente-cinq dollars à son frère pour acheter un équipement complet de hockey sur glace incluant une paire de patins. Bouchard opte pour une carrière dans le hockey plutôt que dans une banque lorsqu'il reçoit une offre de soixante-quinze dollars la semaine pour jouer au hockey contre sept dollars pour travailler à la banque. Il joue en junior pour les Maple Leafs de Verdun, les Canadiens juniors de Montréal puis les Reds de Providence. Son coéquipier à Verdun, Robert Fillion, lui donne le surnom « Butch », en référence à son nom de famille Bouchard et de sa forme anglaise qui signifie boucher. Bouchard est un joueur déterminé qui a développé assez de compétences pour impressionner l'entraîneur Dick Irvin lors du camp d'entraînement 1940-1941 des Canadiens de Montréal après avoir signé un contrat comme agent libre avec la franchise de la Ligue nationale de hockey. Bouchard arrive au camp d'entraînement en bonne condition physique, un fait rare chez les joueurs de l'époque ; il fait alors le trajet entre chez lui et la patinoire des Canadiens à vélo, économisant par la même occasion les frais de voyage que le Canadien lui octroie .

À une époque où les joueurs de hockey sont souvent considérés par les dirigeants comme primaires et peu cultivés, Bouchard est aussi un entrepreneur averti. Au cours de ses études, il travaille avec un inspecteur du ministère de l’Agriculture du Canada. Après la visite d'une ferme d'abeilles propriété d'un prêtre récemment mort, il décide d'emprunter cinq cents dollars à son frère pour acheter l'entreprise. Il transforme la ferme en un rucher de deux cents ruches qui a assez de succès pour lui permettre d'acheter à ses parents une maison. Avant de signer son premier contrat avec les Canadiens, il étudie les contrats de Ken Reardon et d'Elmer Lach, deux joueurs de l'équipe de Montréal. Il négocie alors avec les dirigeants de l'équipe et après dix jours de discussion, les deux parties signent un contrat de , une somme plus importante que ce que gagnent Reardon et Lach.

Arrivée avec les Canadiens Au moment où Bouchard arrive à Montréal, le club n'a pas remporté le titre de champion de la Coupe Stanley depuis dix ans et l'affluence pendant les matchs est très basse avec souvent moins de trois mille personnes par rencontre ; certains parlent même de dissoudre la franchise. Quelques années auparavant, en 1935, une offre pour déménager l'équipe à Cleveland est sérieusement considérée. Pendant des années, la franchise des Canadiens a pris l'habitude de finir dans les dernières places du classement alors que les spectateurs ont même l'impression que les joueurs, eux-mêmes, voient le fait de perdre comme une habitude. Durant son premier camp d'entraînement, le défenseur prouve ses capacités physiques en mettant en échec les autres joueurs, incluant les vétérans. Lorsque la saison commence, les adversaires comprennent qu'avec Bouchard dans l'alignement, ils ne peuvent plus bousculer les joueurs des Canadiens. La présence physique de Bouchard revigore les Canadiens et on lui accorde plus tard le crédit d'avoir joué un rôle important pour garder l'équipe à Montréal.

Même s'il a un impact immédiat sur l'équipe, Bouchard ne marque pas beaucoup de points pour l'équipe ; pour sa première saison, en 1941-1942, il récolte six points en saison régulière et marque son premier but dans la LNH lors d'une défaite en première ronde des séries éliminatoires contre les Red Wings de Détroit.

Vedette de la LNH vignette|alt=Photographie de la formation des Canadiens de la saison 1942-43|Les Canadiens de Montréal en 1942-1943. Bouchard est debout, le dernier joueur à droite. La saison 1942-1943 est une année faste pour Bouchard qui finit au premier rang des pointeurs chez les défenseurs des Canadiens et est un joueur clé dans la première de plusieurs saisons sans une fiche perdante. L'équipe termine en quatrième place avec une fiche de dix-neuf victoires, dix-neuf défaites et douze matchs nuls. Même si elle perd en première ronde des séries éliminatoires, l'équipe prend la voie du succès.

La saison 1943-1944 est la première saison complète de Maurice Richard avec les Canadiens ; en plus d'être joueur excitant à regarder, il permet d'attirer plus de monde dans le public mais il a également des qualités offensives nécessaires pour transformer les Canadiens en une équipe exceptionnelle. Les Canadiens dominent complètement la saison régulière, finissant loin devant leurs dauphins, les Red Wings de Détroit. En première ronde contre les Maple Leafs de Toronto, après avoir perdu le premier match, ils gagnent les quatre suivants pour remporter la série. En finale, ils battent les Red Wings de Détroit en quatre matchs pour remporter leur première Coupe Stanley en treize ans. Pendant que la , composée de Richard, Toe Blake et Elmer Lach, marque des buts, Bouchard et le gardien de but Bill Durnan empêchent la rondelle de pénétrer dans le filet. Durant la saison régulière, seulement cent neuf buts sont accordés par Montréal, soit soixante-huit de moins que les deuxièmes, les Red Wings. Bouchard, avec Richard et Lach, sont sélectionnés dans la deuxième équipe d'étoiles tandis que Durnan fait partie de la première et remporte le trophée Vézina du gardien ayant la plus faible moyenne de buts encaissés de la ligue. Il gagne sa deuxième Coupe Stanley en 1945-1946 en remportant quatre des cinq matchs disputés contre les Bruins lors de la finale. Lors de cette série, trois des cinq matchs se rendent jusqu'en prolongation et c'est lors du dernier de ces trois matchs que Boston remporte sa seule victoire de la finale.

Un combat, incluant Bouchard, mène à des changements significatifs dans le rôle des arbitres. Durant la saison 1946-1947, Bouchard prend part à un combat prolongé et à sens unique avec l'attaquant des Bruins Terry Reardon. À cause du combat, Clarence Campbell, président de la LNH, ajoute une nouvelle tâche aux arbitres : pour la première fois, ils ont la responsabilité d'arrêter les combats. Puis en , lors d'un match à Boston, lorsque les Canadiens reviennent sur la glace pour la troisième période, une partisane attaque Bouchard avec une épingle à chapeau ; Bouchard répond en la poussant violemment. Quelques instants plus tard, des policiers de Boston emmènent Bouchard à une voiture de police. Selon Bouchard, le défenseur des Bruins de Boston , intervient et parle à la police pour éviter son arrestation.

Pour la saison 1947-1948, le défenseur Doug Harvey rejoint l'équipe. Quelques années plus tard, Harvey devient le meilleur défenseur offensif de la ligue et forme avec Bouchard un duo très efficace à long terme. Peu importe quand Harvey entreprend l'un de ses ruées pour lesquelles il est connu, il sait alors par expérience que Bouchard couvre ses arrières s'il perd la rondelle.

Meneur et mentor En 1948, Bouchard devient capitaine des Canadiens, une position qu'il garde pendant huit ans jusqu'à sa retraite du hockey ; aucun autre joueur n'a alors été capitaine du Canadien plus longtemps que lui. Le membre du Temple de la renommée du hockey Jean Béliveau, coéquipier de Bouchard lors de ses premières années dans la LNH, déclare par la suite que Bouchard était le modèle pour les capitaines des années 1960. Bouchard est un meneur très respecté et joue un rôle important comme supporter et mentor des jeunes joueurs de l'équipe. N'ayant jamais peur de parler à la direction, en 1950 Bouchard dit à Frank Selke de « laisser la chance au jeune » Bernard Geoffrion qui effectue un essai et rejoint ensuite les Canadiens. Geoffrion gagne le trophée Calder pour la recrue de l'année et reste au sommet du championnat des pointeurs pendant les années suivantes. Bouchard a commenté sur le fait que ce sont les coéquipiers qui nomment le capitaine : qui peut se traduire par .

Bouchard rate une grande partie de la saison 1948-49 à cause d'une blessure au genou qui menace sa carrière. Malgré l'opinion des médecins qui disent qu'il ne pourra probablement pas revenir au jeu, il s'entraîne intensément et renforce suffisamment son genou pour revenir avec les Canadiens de Montréal.

En 1951, Bouchard est impliqué dans une première procédure judiciaire, en tant que défendant lors d'une poursuite d'un supporter des Rangers de New York. Celui-ci affirme que Bouchard l'a frappé avec son bâton alors qu'il discutait avec un ami qui regardait la partie à la télévision. Bouchard dit, quant à lui, que le supporter avait soulevé son poing vers un autre joueur des Canadiens qui était en train de se faire sortir de la patinoire après avoir été blessé. Il avait donc accidentellement frappé l'homme avec son bâton en essayant d'éviter le coup.