Le mandat du deuxième gouvernement d'Adélard Godbout, du Parti libéral, s'étend du au . Godbout devient premier ministre du Québec à la suite de la victoire libérale aux élections du , qui renverse le premier gouvernement de Maurice Duplessis sur la question de la guerre. Il avait auparavant dirigé un premier gouvernement de juin à août 1936.

Caractéristiques Le deuxième gouvernement Godbout préfigure à bien des égards la Révolution tranquille des années 1960 et tranche avec les gouvernements précédents par ses réformes profondes. Il évolue cependant dans un contexte de guerre qui le force à de larges concessions au gouvernement fédéral, ce qui lui aliène une partie de l'électorat nationaliste et le conduit à la défaite de 1944.

Les réformes sociales et démocratiques Dès 1940, le gouvernement fait adopter, malgré l'opposition du clergé, une loi accordant le droit de vote aux femmes. En 1943, il rend la fréquentation scolaire obligatoire pour les jeunes de 6 à 14 ans, rompant avec une longue tradition d'opposition cléricale à toute intervention de l'État dans l'éducation. Il fait également adopter un code du travail reconnaissant les syndicats et crée un Conseil d'orientation économique ainsi qu'un Conseil d'études sur l'assurance-santé.

La nationalisation de l'électricité vignette|gauche|Le Power Building, siège social de la Montreal Light, Heat and Power vers 1930, compagnie nationalisée en 1944 pour former Hydro-Québec.

Le , Godbout annonce la prochaine nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power, compagnie privée qui distribue l'électricité dans la région de Montréal. La Commission hydroélectrique, plus connue sous le nom d'Hydro-Québec, est créée par une loi sanctionnée le . T.-D. Bouchard en devient le premier président. Cette première nationalisation, limitée à la région de Montréal, prépare la nationalisation complète menée par René Lévesque sous le gouvernement Lesage en 1962-1963.

Les concessions au fédéral et la crise de la conscription vignette|Affiche fédérale incitant à voter au plébiscite sur la conscription du , que le Québec rejette à 72 %.

Maurice Duplessis et les nationalistes plus francophones sont déçus par l'attitude de Godbout dans la défense des intérêts du Québec face au fédéral. Duplessis se convainc que le fédéral ne rendra pas les droits du Québec à la fin de la guerre ; l'avenir lui donne raison. Godbout fait ainsi transférer à Ottawa sans protester la perception de l'impôt provincial et la taxe sur les corporations, qu'il croit temporaire.. La crise de la conscription lui met à dos une bonne partie des nationalistes qui transfèrent leurs votes vers l'Union nationale ou le Bloc populaire aux élections de 1944.

La défaite de 1944 Aux élections du , les libéraux de Godbout obtiennent 39,5 % des voix contre 35,8 % pour l'Union nationale, mais le mode de scrutin et le redécoupage des circonscriptions imposé par Duplessis en 1939 leur valent une lourde défaite en sièges : 37 libéraux contre 48 unionistes, 4 députés du Bloc populaire et 2 indépendants. Duplessis revient au pouvoir et entame un règne ininterrompu de 15 ans.

Chronologie : assermentation du cabinet Godbout devant le lieutenant-gouverneur Ésioff-Léon Patenaude. : adoption de la devise Je me souviens et des armoiries qui en sont la matrice. : le discours du Trône annonce qu'une loi est en préparation pour octroyer le droit de vote aux femmes. : malgré l'opposition du clergé québécois, la loi sur le suffrage féminin est adoptée par 67 voix contre 9. : Godbout écrit au premier ministre du Canada Mackenzie King pour signifier l'accord du Québec à une modification constitutionnelle transférant la responsabilité de l'assurance-chômage au Parlement fédéral. : le rapport de la Commission Rowell-Sirois sur les relations fédérales-provinciales est rendu public. Ottawa doit assumer entièrement la responsabilité des secours au chômage ; les provinces doivent renoncer aux taxes sur les revenus, les successions et les corporations. : la route reliant Mont-Laurier à l'Abitibi est inaugurée. : création du ministère de la Santé et du Bien-être social. : conférence fédérale-provinciale sur le rapport Rowell-Sirois. Seul Mitchell Hepburn (Ontario) s'oppose à son entérinement. : le discours du Trône de la troisième session de la annonce le transfert au fédéral de la perception de l'impôt sur le revenu et de la taxe sur les corporations. : plébiscite pancanadien sur la conscription. À la question , le Canada vote Oui à 64 %, mais le Québec vote Non à 72 %. : adoption de la loi instituant le Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec. : début de la quatrième session de la . On y annonce l'instruction obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans et l'étatisation de l'électricité dans la région de l'Outaouais. : une motion de René Chaloult, adoptée à l'unanimité, se prononce contre l'instauration d'une conscription outre-mer. : adoption de la loi sur la fréquentation scolaire obligatoire. : Godbout annonce la prochaine nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power. : inauguration de la cinquième session de la . La principale mesure annoncée est la création d'Hydro-Québec. : André Laurendeau devient le chef du Bloc populaire canadien à Québec. Ce parti, qui présente des candidats tant au fédéral qu'au provincial, préconise la neutralité du Canada lorsque ses intérêts ne sont pas directement en jeu. : sanction de la loi créant Hydro-Québec. Philippe Hamel critique le remboursement consenti à la Montreal Light, Heat and Power et plaide pour une nationalisation s'étendant à tout le Québec. : dépôt d'un premier projet de loi sur la protection de l'enfance (non adopté). : le Parti libéral d'Adélard Godbout est défait aux élections générales : 37 candidats libéraux élus contre 48 unionistes, 4 bloquistes et 2 indépendants. Les libéraux obtiennent plus de votes que l'Union nationale (39,5 % contre 35,8 %). : assermentation du second cabinet Duplessis.

Lois marquantes 1940 : Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éligibilité (4 George VI, ch. 7). 1940 : loi créant le ministère de la Santé et du Bien-être social. 1942 : loi instituant le Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec. 1943 : Loi de l'instruction obligatoire, rendant la fréquentation scolaire obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans. 1944 : loi créant la Commission hydroélectrique de Québec (Hydro-Québec) et nationalisant la Montreal Light, Heat and Power (8 George VI, ch. 22). 1944 : Loi des relations ouvrières (Code du travail), reconnaissant les syndicats.

Composition vignette|upright=1.4|Gouvernement Adélard Godbout, le . De gauche à droite : Wilfrid Hamel, L.-J. Thisdel, Frank Connors, Edgar Rochette, Oscar Drouin, Wilfrid Girouard, T.-D. Bouchard, Alfred Morisset (greffier du conseil exécutif, debout), Adélard Godbout (assis au centre), Arthur Mathewson, P.-É. Côté, Léon Casgrain, Cléophas Bastien, Henri Groulx, G.-É. Dansereau.

Cabinet initial (8 novembre 1939) Adélard Godbout : premier ministre, ministre de l'Agriculture et de la Colonisation James Arthur Mathewson : trésorier provincial Henri Groulx : secrétaire provincial, ministre de l'Hygiène Wilfrid Girouard : procureur général Pierre-Émile Côté : ministre des Terres et Forêts, ministre de la Chasse et des Pêches Télesphore-Damien Bouchard : ministre des Travaux publics, ministre de la Voirie Edgar Rochette : ministre du Travail, ministre des Mines et des Pêcheries Oscar Drouin : ministre des Affaires municipales, de l'Industrie et du Commerce Léon Casgrain : ministre sans portefeuille Cléophas Bastien : ministre sans portefeuille Louis-Joseph Thisdel : ministre sans portefeuille Georges-Étienne Dansereau : ministre sans portefeuille Frank Connors : ministre sans portefeuille Wilfrid Hamel : ministre sans portefeuille

Remaniements 1939-1942 Nomination du : François-Philippe Brais, ministre sans portefeuille (leader du gouvernement au conseil législatif).

Remaniement du : Hector Perrier : secrétaire provincial Henri Groulx : ministre de la Santé, ministre du Bien-être social

Remaniement du : Henri Groulx : ministre de la Santé et du Bien-être social (réunion des deux ministères) Pierre-Émile Côté : ministre des Terres et Forêts, ministre de la Chasse et de la Pêche Edgar Rochette : ministre du Travail, ministre des Mines et des Pêcheries maritimes

Remaniement du : Léon Casgrain : procureur général (succède à Wilfrid Girouard, nommé juge le )

Remaniement du : Wilfrid Hamel : ministre des Terres et Forêts (succède à Pierre-Émile Côté, nommé juge le ) Valmore Bienvenue : ministre de la Chasse et de la Pêche Georges-Étienne Dansereau : ministre des Travaux publics Cléophas Bastien : ministre de la Colonisation Perreault Casgrain : ministre sans portefeuille Henri Renault : ministre sans portefeuille

Cabinet 1942-1944 Après le remaniement du : Adélard Godbout : premier ministre, ministre de l'Agriculture James Arthur Mathewson : trésorier provincial Hector Perrier : secrétaire provincial Léon Casgrain : procureur général Cléophas Bastien : ministre de la Colonisation Edgar Rochette : ministre des Mines et des Pêcheries maritimes, ministre du Travail (démissionne le , nommé juge) Valmore Bienvenue : ministre de la Chasse et de la Pêche Georges-Étienne Dansereau : ministre des Travaux publics Wilfrid Hamel : ministre des Terres et Forêts Télesphore-Damien Bouchard : ministre de la Voirie Oscar Drouin : ministre des Affaires municipales, ministre de l'Industrie et du Commerce Henri Groulx : ministre de la Santé Louis-Joseph Thisdel : ministre sans portefeuille (décède le ) François-Philippe Brais : ministre sans portefeuille (leader du gouvernement au conseil législatif) Perreault Casgrain : ministre sans portefeuille Henri Renault : ministre sans portefeuille

Remaniements 1943-1944 Remaniement du : Adélard Godbout : premier ministre, ministre de l'Agriculture, ministre de la Colonisation (reprend ce dernier poste à la suite du décès de Cléophas Bastien, survenu le )

Remaniement du : Oscar Drouin : ministre des Affaires municipales, ministre de l'Industrie et du Commerce (scission de ces deux ministères)

Remaniement du : Georges-Étienne Dansereau : ministre des Travaux publics, ministre de la Voirie (succède à Télesphore-Damien Bouchard, démissionnaire le et nommé sénateur)

Nominations du : Joseph-Achille Francoeur et Maurice Gingues, ministres sans portefeuille.

Remaniement du : Henri Renault : ministre des Affaires municipales, ministre de l'Industrie et du Commerce (succède à Oscar Drouin, nommé président de la Commission municipale)

Notes et références

Bibliographie . . . .

Godbout 2 Catégorie:1939 au Québec Catégorie:1940 au Québec Catégorie:1941 au Québec Catégorie:1942 au Québec Catégorie:1943 au Québec Catégorie:1944 au Québec Catégorie:Adélard Godbout