Antoine Morlot, né le à Bousse dans le Luxembourg français et mort le à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Après avoir servi pendant presque huit ans dans l'armée royale, il devient officier dans un bataillon de volontaires au début de la Révolution française. En 1792, il se bat avec distinction au siège de Thionville et dans plusieurs autres affaires, ce qui lui vaut d'être promu général de brigade en 1793. S'étant illustré une nouvelle fois à la tête d'une brigade lors de la bataille de Kaiserslautern, Morlot est nommé général de division à l'armée de la Moselle et se signale en 1794 à Arlon, Lambusart, Fleurus et Aldenhoven.

Au cours de l'année 1796, alors que sa division stationne dans la région d'Aix-la-Chapelle, Morlot se brouille avec un représentant de l'administration militaire et est relevé de ses fonctions. Réintégré peu après, il oscille plusieurs années entre commandements de l'intérieur et périodes d'inactivité. Il retrouve les champs de bataille en 1808 en se voyant confier une division de recrues destinée à la guerre d'Espagne. Ses soldats sont engagés à la bataille de Tudela ainsi qu'au second siège de Saragosse, où le général contracte une fièvre qui lui est fatale ; il meurt le . Enterré au cimetière du Père-Lachaise, son nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.

Biographie

De l'artilleur au général de division

Antoine Morlot naît le à Bousse, dans le Luxembourg français, du mariage de Pierre Morlot, petit commerçant, et Anne Bluet. Il est le plus jeune des quatre fils du couple. Selon l'un de ses biographes, ..

Le il s'enrôle dans le corps royal d'artillerie et y sert jusqu'au . Alors que la Révolution française n'en est qu'à ses débuts, il est élu capitaine au bataillon de volontaires nationaux de la Moselle et est employé à l'armée du même nom. Il se montre brave et compétent pendant la campagne de 1792 à 1793, particulièrement lors du siège de Thionville.. Du 3 au , 3 à soldats français défendent la ville avec brio contre une armée de Autrichiens et émigrés. Dépourvus d'artillerie lourde, les assaillants sont contraints de se retirer. La résistance de Thionville est toutefois à mettre en parallèle, à la même époque, au cas de la forteresse de Verdun, tombée aux mains d'une armée prussienne après un simulacre de résistance..

vignette|gauche|upright=1.2|Schéma de la bataille de Kaiserslautern montrant les positions respectives des deux armées.

Quant à Morlot, il est nommé général de brigade le , sans être passé par les grades intermédiaires. Quelques jours plus tard, du 28 au , il participe activement à la bataille de Kaiserslautern à la tête d'une brigade de l'armée de la Moselle, sous le commandement en chef du général Hoche. La brigade Morlot se compose alors des bataillons des et demi-brigades de ligne et du bataillon de volontaires des Ardennes, des bataillons de la demi-brigade de ligne et des volontaires de la Haute-Marne et enfin du bataillon de volontaires de la Meurthe. À l'issue des combats, les Français battent en retraite après avoir laissé sur le terrain tués ou blessés, 700 prisonniers et deux canons, contre seulement 806 pertes prussiennes et saxonnes.. Au cours de l'affrontement, Morlot, avec cinq bataillons, mène une attaque sur une position défendue par de l'infanterie et de nombreux canons. Forcé de reculer devant la supériorité numérique de ses adversaires, il parvient néanmoins à échapper à la vindicte de la cavalerie ennemie et à regagner son emplacement initial dans les lignes françaises. Ayant suivi l'exploit accompli par son subordonné, Hoche vient féliciter Morlot en personne et l'embrasse.

Le général contribue par la suite à la levée du siège de Landau, qui résiste depuis cinq mois aux Coalisés et est finalement délivrée le .. À la suite de ce succès, Morlot est élevé au grade de général de division à titre provisoire le , promotion qui est confirmée le . À cette période, l'armée de la Moselle dirigée par Hoche et l'armée du Rhin commandée par le général Pichegru concertent leurs efforts afin de repousser les troupes d'invasion hors d'Alsace, et au mois de décembre, les Français sont victorieux lors de la bataille de Wissembourg..

Parcours sous la Révolution française

En , Morlot est l'un des sept divisionnaires de l'armée de la Moselle. Les troupes sous ses ordres comprennent le bataillon respectif de la demi-brigade de ligne et des volontaires du Haut-Rhin, les bataillons des et de ligne, les bataillons des volontaires du Bas-Rhin, du Loiret, de la Meuse et du Puy-de-Dôme, les bataillons des volontaires de la Côte-d'Or et de la Moselle, les et bataillons des volontaires de la Meurthe et enfin les et régiments de dragons. Au , sa division opère au corps gauche de l'armée de la Moselle commandé par le général Hatry ; son effectif à la date du est de hommes, mais sa composition a été modifiée entre-temps : elle se compose désormais des , , et demi-brigades de ligne, du dragons, du régiment de cavalerie et d'un détachement de gendarmes. Un état de situation établi pour le montre que la division Morlot a été encore affaiblie malgré un effectif toujours important ( soldats) : elle ne compte en effet plus dans ses rangs que la demi-brigade de ligne ( hommes), la de ligne ( hommes) et la de ligne ( hommes), le dragons ( hommes), le de cavalerie ( hommes) et la compagnie d'artillerie légère ( hommes).

Morlot combat avec distinction le 26 germinal au cours la prise d'Arlon, puis le 5 prairial au passage de la Meuse près de Dinant et enfin le 28 du même mois à celui de la Sambre, près de Charleroi : contraint d'abandonner le village de Gosselies, il conserve néanmoins sept pièces d'artillerie enlevées à ses adversaires. Le 8 messidor, jour de la bataille de Fleurus, placé en avant de ce village et attaqué par le corps du général autrichien Quasdanovich, non seulement il se maintient dans cette position, mais s'apercevant que la division du général Championnet va être mise en déroute, il lui porte efficacement secours par une charge à la baïonnette qu'il dirige en personne. Il se distingue de nouveau devant Maestricht, à la bataille d'Aldenhoven (1794), et la campagne de l'an II terminée, il sert de l'an III à l'an V aux armées du Nord, de Sambre-et-Meuse et de Hollande.

Investi, après la conquête de ce pays, du commandement d'Aix-la-Chapelle et des contrées situées entre Meuse et Rhin, un conflit d'autorité s'élève entre lui et le directeur général de la police que le Directoire y a envoyé vers la fin de l'an IV. Cet agent, blessé de l'opposition qu'apporte Morlot à ses empiétements sur les droits et les immunités des généraux en ce qui concerne la police militaire, le dénonce comme concussionnaire, et le Directoire, sans examen, sans enquête préalable, le destitue le 5 brumaire an V. Morlot, qui se justifie complètement, est réintégré dans son grade le 5 nivôse de la même année, a le 11 fructidor le commandement de la militaire, puis de la le 10 pluviôse an VI, et fait les campagnes des ans VII et VIII en Batavie, dans l'Ouest et dans les Grisons.

Général de l'Empire

vignette|upright|Le maréchal Bon-Adrien Jeannot de Moncey, commandant en chef le corps d'observation des côtes de l'Océan puis le corps de l'armée d'Espagne.

En non-activité le , Morlot devient membre de la Légion d'honneur le suivant avant d'être mis en disponibilité le .. Il est fait commandant de l'ordre le et de la militaire à titre provisoire le , puis rejoint le corps d'observation de l'armée des côtes de l'Océan le .

En 1808, cette formation, dotée d'un effectif de hommes, est sous les ordres du maréchal Bon-Adrien Jeannot de Moncey. Le général Morlot commande la division ( hommes) composée des , et régiments provisoires et d'un bataillon du régiment de Prusse ; ses brigadiers sont Claude-Joseph Buget et Simon Lefebvre. Les soldats confiés à Morlot sont des conscrits des classes 1808 et 1809 appelés sous les drapeaux l'année précédente. Chaque régiment provisoire est formé de quatre bataillons de hommes tirés des dépôts du sud de la France : comme le souligne l'historien Charles Oman, « il n'y avait aucun soldat chevronné dans leurs rangs : les officiers étaient pratiquement tous des demi-soldes rappelés ou de jeunes sous-lieutenants fraîchement nommés ». C'est en grande partie avec des unités de ce calibre que l'armée française entreprend d'envahir l'Espagne en 1808.

Morlot ne participe pas à l'expédition infructueuse de Moncey contre Valence en , sa division étant chargée de la protection de Madrid. Lorsque la nouvelle du désastre de Bailén parvient aux autorités françaises, la division Morlot est scindée en deux groupes : la brigade Buget ( hommes) reste à proximité de Madrid tandis que la brigade Lefebvre est temporairement affectée au corps du maréchal Jean-Baptiste Bessières. La capitale espagnole est rapidement abandonnée et les forces napoléoniennes se replient derrière l'Èbre. Avant de repartir en campagne, la division de Morlot, faisant toujours partie du corps de Moncey devenu le de l'armée d'Espagne, est réorganisée. En effet, le régiment provisoire devient le régiment d'infanterie de ligne à deux bataillons alors que les et régiments provisoires sont fusionnés pour donner naissance au de ligne à quatre bataillons ; quant aux bataillons prussiens et irlandais de la division, ils sont employés en tant que garnisons au nord-est de l'Espagne.

Le , les hommes de la division Morlot sont engagés à la bataille de Tudela. Aux premières heures du jour, le maréchal Jean Lannes ébranle ses troupes en direction de Tudela, où il arrive à . L'armée espagnole déployée dans la zone est prise au dépourvu et n'a pas le temps de préparer correctement sa défense. Désireux d'exploiter cet avantage, Lannes ordonne aux six bataillons de la division Morlot d'attaquer frontalement les positions adverses sur la colline de Santa Barbara, mais la division espagnole, forte de hommes, se déploie juste à temps pour repousser cet assaut. Lannes décide alors de patienter quelques heures pour permettre au reste de ses forces de le rejoindre, avant de reprendre l'offensive avec les divisions Morlot et Maurice Mathieu. La brigade de tête de Morlot essuie de lourdes pertes dans sa progression, mais le général détache un de ses bataillons dans un ravin que les Espagnols n'ont pas cru bon de faire surveiller : en peu de temps, le détachement français prend pied sur la colline, ce que voyant, Morlot s'empresse de diriger des renforts sur ce point. Les défenseurs doivent céder et se replient en désarroi.

vignette|gauche|Combat de rue entre Français et Espagnols lors du second siège de Saragosse, en 1809. Tableau de Louis-François Lejeune.

À la fin du mois de , les , et divisions du corps de Moncey ainsi que le corps du maréchal Michel Ney atteignent Saragosse. Ney étant rapidement détaché en mission ailleurs, Moncey et ses hommes se retrouvent seuls face à Espagnols. Le maréchal juge plus prudent de se retirer à quelque distance de la place en attendant la venue du corps. En décembre, la division Morlot est renforcée à deux reprises, d'abord par quatre bataillons du de ligne tout juste arrivé sur le front et ensuite par trois bataillons du léger ainsi que quatre bataillons de la légion de réserve, auparavant rattachés à la division du corps qui vient d'être dissoute. Durant cette période, le corps de Moncey est durement touché par la maladie : alors que les soldats hospitalisés n'étaient encore que en , ils sont environ en .