Louis Henri Loison, né le à Damvillers en Lorraine et mort le à Chokier en Belgique, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Enrôlé dans l'armée royale en 1787, sa compétence et son courage lui valent de s'élever rapidement dans la hiérarchie militaire durant les guerres de la Révolution française, passant du rang d'officier subalterne à celui de général de brigade en à peine quatre ans. Il connaît toutefois des ennuis avec les autorités révolutionnaires en raison de son goût prononcé pour le pillage, sans que cela mette pour autant un terme à sa carrière : à la fin de l'année 1795, il aide ainsi le jeune général Napoléon Bonaparte à écraser une révolte royaliste. Après une période d'inactivité, il reprend du service en 1799 en étant affecté en Suisse, où il gagne ses étoiles de divisionnaire, et combat en Italie sous les ordres de Napoléon l'année suivante. Il intervient pour faire nommer évêque de Bayonne son oncle Joseph-Jacques Loison.

En 1805, Loison prend la tête d'une division de la Grande Armée napoléonienne avec laquelle il participe à la campagne d'Ulm puis, de 1806 à 1807, à la guerre de la quatrième coalition. Il joue également un rôle important durant la guerre d'indépendance espagnole, notamment lors des trois invasions françaises du Portugal, où il ne brille pas toujours. Il se forge dans ce dernier pays une réputation de dureté et est affublé du surnom de Maneta (« le Manchot ») par les habitants, en référence à la perte accidentelle de son bras gauche. Il dirige pendant une brève période le corps du maréchal Ney avant d'être appelé à l'époque de la campagne de Russie au commandement d'une division de réserve, laquelle est presque entièrement annihilée par le froid. Sévèrement réprimandé par l'Empereur au cours de la campagne d'Allemagne de 1813, le général Loison n'occupe plus dès lors que des fonctions secondaires jusqu'à son retrait du service en 1815. Son nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.

Biographie

Révolution et Consulat Fils du député à l'Assemblée nationale constituante François Loison, Louis Henri Loison s'enrôla dans le bataillon auxiliaire des colonies le , l'abandonna le suivant, y rentra le et obtint son congé le même jour, moyennant finances. Il partit comme sous-lieutenant le , dans un de volontaires de la Meuse, où il devint lieutenant en 1792 Loison Henri Louis, comte de (1771-1816).. Nommé quelques mois après capitaine de hussards dans la légion du Nord, il est élevé au grade d'adjudant-général chef de brigade provisoire en par le représentant du peuple en mission à l'armée du Nord. Confirmé dans ce grade le 25 prairial an III, Loison reçut du Comité de salut public, le 9 fructidor (), le brevet de général de brigade à l'armée de Rhin-et-Moselle.

La rapidité de son avancement avait été le prix de vrais talents militaires et d'une valeur brillante qui allait quelquefois jusqu'à la témérité. On a prétendu néanmoins, qu'il n'avait, ni désintéressement, ni humanité, ni élévation dans le caractère. Ses frères d'armes allèrent même jusqu'à avouer qu'il n'était pas uniquement avide de renommée. Charles Mullié ajoute que nous serions tenté de croire que ce jugement n'est rien moins que sévère, en nous rappelant l'accusation qui pesa sur lui lors de la prise et de la dévastation de l'abbaye d'Orval, sur les frontières du Grand Duché de Luxembourg. Compromis pour avoir commis des exactions, Loison allait être jugé par un tribunal mal disposé contre lui, quand un commissaire de la Convention l'y soustraya et le fit réintégrer dans ses fonctions. Le 13 vendémiaire an IV, il commanda sous les ordres du général Bonaparte, et fut chargé de présider le conseil de guerre chargé de juger les chefs de l'insurrection.

En l'an VII, il servit sous Masséna en Suisse, et suivit en l'an VIII le général Bonaparte en Italie. Il se distingua aux combats de Cerezola, de Pozzolo, de Parona, de Colorgnoli : les services qu'il continua de rendre, principalement au passage de la Brenta, où il ouvrit à l'armée le chemin à de nouvelles victoires, confirmèrent sa réputation militaire. Le 12 messidor an IX, il se retira dans ses foyers avec un traitement d'activité. C'est sur sa recommandation que son oncle Joseph-Jacques Loison est nommé évêque de Bayonne le ..

Le 19 frimaire an XII (), il fut fait membre de la Légion d'honneur, et devint le 25 prairial suivant (), grand officier de l'Ordre.

Général de l'Empire

Campagnes d'Allemagne, de Prusse et de Pologne, 1805-1807

Il fait la campagne de 1805 en Allemagne et se signale de nouveau à Günzburg, à Elchingen, à Leutasch, fait capituler 300 hommes qui défendent ce poste fortifié et s'empare de Scharnitz. Après la fin des hostilités avec l'Autriche, le général Loison est nommé grand aigle de la Légion d'honneur (grand-croix actuelle).

Fait gouverneur de la province de Münster le , il remplace le général Lagrange au commandement de la division du corps du maréchal Édouard Mortier le suivant. D'après les ordres de Napoléon, Mortier et le roi de Hollande Louis Bonaparte — frère cadet de l'Empereur — ont pour mission d'envahir l'électorat de Hesse dont le souverain, Guillaume , est hostile à la France. Le maréchal, accompagné des trois régiments d'infanterie légère constituant la division de Loison (soit hommes), s'avance par le sud et occupe le la ville de Cassel, capitale de l'État, où il est bientôt rejoint par les troupes de Louis. Laissant la division hollandaise de ce dernier entreprendre le siège de Hamelin, Mortier poursuit sa route et fait son entrée dans Hanovre. L'année suivante, Loison participe activement à l'infructueux siège de Kolberg dont il assure la direction à compter du . Les troupes relevant alors de son autorité sont le bataillon du léger, cinq bataillons des , et de ligne, huit escadrons des et chasseurs à cheval et deux compagnies de gendarmes.

Dans la péninsule Ibérique

Le , il est placé à la tête de la division du corps d'observation de la Gironde, qui a pour mission d'envahir le Portugal sous les ordres du général Jean-Andoche Junot. Loison se met en route : le , il est à Salamanque d'où il s'achemine vers la frontière portugaise avec des troupes de renfort. Sur place, la situation des hommes de Junot se dégrade brutalement avec l'entrée en résistance de l'Espagne — suivie peu après par le Portugal — contre l'occupant napoléonien. L'Empereur ayant réclamé l'envoi de troupes à Almeida et le maintien des lignes de communication avec le corps du maréchal Jean-Baptiste Bessières, Junot confie cette mission à Loison qui part avec une seule brigade. Après avoir occupé sans coup férir la forteresse d'Almeida, ce dernier chasse la garnison espagnole du fort Concepcion et se dirige sur Ciudad Rodrigo, qu'il atteint le . La cité est toutefois solidement défendue et la population des environs farouchement hostile aux Français, ce qui incite Loison à regagner Almeida le 15 pour y apprendre que Porto est au bord de la rébellion. Le général rassemble alors soldats avec lesquels il se met en marche vers cette dernière ville, mais son contingent est sévèrement malmené en route par la guérilla et il doit renoncer.

vignette|Le général Louis Henri Loison.

Face à la gravité de la situation, Junot décide d'abandonner le nord et le sud du pays et de concentrer ses forces autour de Lisbonne. Il ordonne en conséquence à Loison de laisser une garnison dans Almeida et de rallier la capitale portugaise avec le reste de ses forces. D'après Maximilien Sébastien Foy, un seul des vingt courriers envoyés à Loison arrive à bon port. Le général constitue rapidement une garnison ad hoc formée des hommes inaptes à la marche et quitte Almeida le . Harcelé par les bandes de partisans, il parvient néanmoins à se frayer un chemin jusqu'à Lisbonne où il arrive une semaine plus tard, non sans avoir perdu 200 hommes en cours de route. La ville de Guarda, qui a fait mine de lui résister, est mise à sac et partiellement incendiée. Les ravages causés par ses troupes sont tels que Loison se fait craindre et haïr dans tout le Portugal sous le surnom de Maneta (« le Manchot »). Un épisode illustre la détestation suscitée par le personnage : la veille de la première bataille de Porto en , le général Foy est capturé par des sentinelles portugaises et conduit à l'intérieur de la ville. Croyant avoir affaire à Loison, la population est sur le point de mettre à mort son prisonnier quand Foy a la présence d'esprit de lever les deux bras en l'air, détrompant ainsi les habitants qui choisissent de l'épargner..

Le , Junot demande à Loison de se porter au secours de la garnison d'Elvas avec un contingent de plus de hommes. Ce dernier comprend deux bataillons de grenadiers, les bataillons des et légers ainsi que du de ligne, le bataillon de la légion hanovrienne, douze compagnies du de ligne, les et dragons provisoires et enfin huit pièces d'artillerie. Le 29, Loison et sa petite armée se heurtent à une force hispano-portugaise sous les murs d'Évora. Les Portugais du général Francisco de Paula Leite de Sousa (un bataillon et demi d'infanterie régulière de qualité médiocre et un escadron de cavalerie) peuvent en effet compter sur le soutien des troupes espagnoles du colonel Moretti, fortes d'un demi-bataillon de fantassins réguliers et du régiment de hussards Maria Luisa ; Leite dispose ainsi, au total, de hommes et sept canons pour livrer bataille. Les deux commandants alliés commettent toutefois la lourde erreur de déployer leurs soldats en rase campagne à l'extérieur des murs de la ville, en dépit de leur infériorité numérique. La défense d'Évora, dont les remparts sont à l'état de ruine, est quant à elle assurée par des citadins et des paysans armés de vieux fusils et de piques.

Au premier assaut des troupes de Loison, les hommes de Leite et de Moretti se débandent, y compris les hussards espagnols qui n'ont rien tenté pour enrayer la progression des assaillants. Le général Leite prend également la fuite tandis que le gros de ses troupes, s'étant regroupé à l'intérieur des murs d'Évora, essaye tant bien que mal de défendre la ville. Les Français font toutefois irruption de toute part et massacrent les défenseurs ainsi qu'un grand nombre de civils (au moins victimes portugaises et espagnoles selon les estimations). Les pertes françaises s'élèvent à 90 tués et 200 blessés. Après la fin de la tuerie, les troupes de Loison se livrent au pillage de leur conquête. Selon des sources complémentaires, c'est la population d'Évora tout entière qui a été exterminée par les Français ; l'historien David G. Chandler affirme que, quelle que soit la vérité sur cette question, les atrocités commises par Loison à Évora ont permis à la fière population portugaise d'accepter plus facilement l'aide des Britanniques. À l'issue de sa victoire, Loison poursuit sa marche vers l'est et chasse les Portugais de la région d'Elvas, avant d'être rappelé en toute urgence à Lisbonne pour faire face à une nouvelle menace.