L'Assommoir est un roman d'Émile Zola publié en 1876.

Il raconte la descente aux enfers de Gervaise Macquart, ouvrière du quartier de la Goutte-d'Or à Paris, qui rêve d’une vie simple et honnête mais voit tout s’effondrer à cause de l’alcoolisme et de la pauvreté.

Paru en feuilleton dès 1876 dans Le Bien public, puis dans La République des LettresJacques Noiray, Préfaces des romans français du . Anthologie, ., sa sortie en livre a lieu en 1877 chez l'éditeur Georges Charpentier. C'est le septième volume de la série Les Rougon-Macquart. L'ouvrage est totalement consacré au monde ouvrier et, selon Zola, c'est . L'écrivain y restitue la langue et les mœurs des ouvriers, tout en décrivant les ravages causés par la misère et l'alcoolisme.

À sa parution, l'ouvrage suscite de vives polémiques car il est jugé trop cru. Mais c'est ce naturalisme qui, cependant, provoque son succès, assurant à l'auteur fortune et célébrité.

Présentation de l'œuvre Résumé Gervaise Macquart, le personnage principal, une Provençale originaire de Plassans, boiteuse mais plutôt jolie, a suivi son amant, Auguste Lantier, à Paris, avec leurs deux enfants, Claude Lantier (L’Oeuvre) et Étienne Lantier (Germinal)Jacques Lantier, héros de La Bête humaine et également fils de Gervaise et Auguste, n'est pas mentionné dans L'Assommoir. Il sera ajouté plus tard par Zola dans la généalogie des Rougon-Macquart (cf. Colette Becker, Zola : le saut dans les étoiles, 2002, p. 305).. Jacques Lantier (La Bête Humaine), le troisième fils du couple n'apparaît pas dans le roman. Très vite, Lantier, paresseux, infidèle et ne supportant pas de vivre dans la misère, quitte Gervaise et ses enfants pour s'enfuir avec Adèle, dont Gervaise bat la sœur Virginie au lavoir. Gervaise, travailleuse, reprend alors le métier de blanchisseuse qu'elle a appris à Plassans. Elle accepte d'épouser Coupeau, un ouvrier-zingueur auquel elle a fini par céder. Le bon cœur et la faiblesse sont des traits forts du caractère de Gervaise. Ils auront une fille, Anna Coupeau, dite Nana, héroïne éponyme d'un autre roman des Rougon-Macquart.

Gervaise et Coupeau travaillent dur, gagnant de quoi vivre avec un peu plus d'aisance tout en faisant des économies. La blanchisseuse rêve d'ouvrir sa propre boutique mais un accident la contraint à différer son projet : Coupeau tombe d'un toit sur lequel il travaillait. Quitte à y consacrer toutes les économies du ménage, Gervaise décide de soigner son mari à la maison plutôt que de le laisser partir à l'hôpital Lariboisière qui a triste réputation.

La convalescence de Coupeau est longue. Il garde une rancœur envers le travail, prend l'habitude de ne rien faire et commence à boire. Gervaise s'en accommode.

C'est auprès de leur voisin Goujet, un forgeron amoureux d'elle mais qui n'ose le lui avouer, que Gervaise trouve l'argent lui permettant d'ouvrir sa blanchisserie. Elle y acquiert très vite de l'aisance. Elle a plusieurs ouvrières : , Clémence et une apprentie, Augustine. Par un travail acharné, Gervaise parvient à nourrir tout son monde. Elle aime faire plaisir, elle invite à manger plutôt que de rembourser ses dettes.

Alors que Coupeau boit de plus en plus, d'abord du vin puis des eaux-de-vie, Gervaise compense par la nourriture et engraisse.. Elle rencontre Virginie, qui s'est mariée au policier Poisson.

La situation se détériore encore avec le retour de Lantier. Il réapparaît le soir d'un dîner au cours duquel Gervaise, pour sa fête, sert une oie à ses invités ; c'est le signe d'une certaine réussite qui rend jaloux les Lorilleux ( est la sœur de Coupeau), mais aussi la première étape de sa chute implacable. Coupeau accepte d'héberger Lantier, moyennant une pension que celui-ci ne paiera jamais. Les deux hommes mènent la belle vie, en parasites, mangeant et buvant tout ce que gagne Gervaise pendant que celle-ci s'épuise à la boutique. Ses dettes augmentent. Elle refuse de partir avec Goujet et, par lâcheté, laisse Lantier redevenir son amant. Coupeau boit de plus en plus. Gervaise voit son commerce péricliter. De déchéance en déchéance, elle doit le vendre au ménage Poisson, qui y ouvre une épicerie, et sombre progressivement dans la misère.

Elle perd l'estime de Goujet, se bat régulièrement avec Coupeau et, à son tour, commence à boire et perd progressivement toute habitude de travail. Coupeau, pris de crises de , fait périodiquement des séjours à Sainte-Anne. Nana fuit ce foyer et se prostitue. Pour survivre, Gervaise elle-même en vient à tenter de se prostituer. Lantier, en bon parasite, s'est installé chez les Poisson, l'épicerie qui a remplacé la boutique de Gervaise.

Gervaise voit mourir Coupeau à Sainte-Anne . Elle se retrouve pratiquement à la rue, réduite à la mendicité. Elle meurt victime de la faim et de la misère, dans un réduit situé sous l'escalier de l'immeuble. Personne ne la voit mourir et c'est l'odeur qui alerte les voisins.

Personnages vignette|La scène du lavoir. Gervaise Macquart : elle est au centre du roman ; fille d'Antoine Macquart et Joséphine Gavaudan. Sa mère la met au régime de l'anisette dès son enfance. Gervaise s'habituera plus tard à boire avec elle, parfois jusqu'à l'ivresseÉmile Zola, La Fortune des Rougon, chapitre IV. (La Fortune des Rougon). Elle est la sœur de la charcutière Lisa Quenu, mais cette dernière méprise Gervaise à cause de sa condition et les deux sœurs ne se voient jamais (Le Ventre de Paris). Gervaise est boiteuse de naissance ; travailleuse, elle a très bon cœur, quitte à en être faible voire lâche ; elle a horreur de faire de la peine aux gens ; (chapitre IX) ; au fil du roman, Gervaise est entraînée vers la paresse, la gourmandise et l'alcoolisme. Coupeau : ouvrier zingueur, honnête et travailleur au début du roman ; jusqu'à sa chute d'un toit, il reste sobre en souvenir de son père alcoolique ; sa rancœur envers le travail et la peur de remonter sur les toits le font sombrer dans l'ivrognerie et la paresse ; il devient la proie d'affreuses crises de delirium tremens ; il est interné sept fois à l'hôpital Sainte-Anne, où il meurt. Auguste Lantier : ouvrier tanneur puis chapelier, beau parleur, dépensier et infidèle ; père de Claude et Étienne ; après avoir dépensé l'héritage de sa mère avec Gervaise, il l'abandonne, elle et ses enfants ; il a une mentalité de parasite ; il réapparaît au cours du roman et s'installe chez les Coupeau, puis, lorsque ceux-ci vendent la boutique, chez les Poisson, Virginie et son mari, qui ont racheté le commerce pour en faire une épicerie ; Lantier, vivant des femmes, fera en sorte, lorsque les Poisson seront à leur tour épuisés, qu'une tripière reprenne le magasin. Claude Lantier : fils aîné de Lantier et Gervaise ; au cours du roman, il est envoyé à Plassans chez un vieux monsieur, amateur de tableaux, qui, trouvant que Claude dessine bien, veut se charger de son éducation ; il était apparu dans Le Ventre de Paris et sera le héros de L'Œuvre. Étienne Lantier : second fils de Lantier et Gervaise ; il travaille à la forge avec Goujet, puis part à Lille chez un mécanicien ; il deviendra par la suite le héros de Germinal. Anna Coupeau, dite « Nana » (héroïne du roman éponyme) : fille de Coupeau et Gervaise ; enfant, passant avec sa mère voir son père sur un chantier, elle l'appelle et il tombe du toit ; grandissant, elle règne sur les galopins du quartier ; elle quitte la maison au cours du roman ; manquant d’argent pour élever son fils Louiset qu’elle a eu à l’âge de seize ans, elle se prostitue et fait des passes pour arrondir ses fins de mois ; elle se fait ensuite entretenir par des amants, à travers le parcours d’une courtisane dont les charmes vont affoler jusqu'aux plus hauts dignitaires du Second Empire. Goujet : voisin de Gervaise et Coupeau après leur mariage ; il vit avec sa mère ; il est forgeron, d'une force impressionnante ; sobre et économe, il est secrètement amoureux de Gervaise ; avec sa mère, il prête à Gervaise la somme nécessaire pour ouvrir la blanchisserie ; elle ne parviendra jamais à les rembourser ; Goujet travaille avec noblesse, soigne son travail ; c'est le type même du bon ouvrier. Les Lorilleux : sœur et beau-frère de Coupeau ; ouvriers bijoutiers en chambre, ils fabriquent des chaînettes d'or ; leur logis est crasseux ; ils survivent par leur travail et leur avarice ; Lorilleux n'aime pas Gervaise, qu'elle surnomme « la Banban » ; elle est jalouse de cette belle-sœur qui parvient à s'établir dans un commerce ; les Lorilleux refusent d'aider Gervaise lorsque celle-ci sombre dans la misère. Maman Coupeau : mère de Coupeau ; lorsqu'elle ne peut plus subvenir à ses besoins, les Lorilleux ne voulant pas l'aider, elle est recueillie par Gervaise et Coupeau ; au fil du roman, c'est elle qui va au mont-de-piété mettre en gage les biens du ménage ; cancanière, elle reste chez Gervaise et Coupeau jusqu'à sa mort. Virginie Poisson : sœur d'Adèle pour qui Lantier abandonne Gervaise et ses enfants ; Virginie et Gervaise se battent au lavoir, dans une scène furieuse, au début du roman ; plus tard, c'est Virginie qui rachète la boutique de Gervaise pour s'y installer dans l'épicerie fine ; elle emploie alors Gervaise qui, pour survivre, est prête à toutes les besognes. Virginie s'est mariée à l'agent de police Poisson mais deviendra à son tour la maîtresse de Lantier. Lerat : sœur de Coupeau et de Lorilleux ; elle travaille chez une fleuriste qui accepte de prendre Nana comme employée. Augustine : apprentie blanchisseuse à la boutique de Gervaise ; dans tout le roman, elle est désignée par « ce louchon d'Augustine », sans doute à cause d'un fort strabisme. La grande Clémence et Putois : ouvrières de Gervaise. La première est assez délurée. Bibi-la-Grillade : ouvrier tanneur, alcoolique ; il est le témoin de Coupeau pour son mariage. Bec-Salé, dit « Boit-Sans-Soif » : forgeron travaillant dans la même forge que Goujet ; alcoolique. Mes-Bottes : gros mangeur, compagnon de boisson de Coupeau. À la fin du roman, il se mariera avec une ancienne prostituée, dont il boira le magot. Les Boche : concierges de la maison ouvrière de la rue de la Goutte-d'Or. Elle cancanière et lui coureur de jupon, ils se fâchent et se raccommodent avec leurs locataires à plusieurs reprises. Le père Colombe : tenancier du débit de boissons L'Assommoir. Le père Bazouge : croque-mort qui enterrera Gervaise ; habitant dans l'immeuble des Lorilleux, il est en quasi-permanence ivre, ne respecte que rarement le protocole et effraie Gervaise. Adèle : sœur de Virginie ; pour être avec elle, Lantier quitte Gervaise. Le père Bru : vieil homme très pauvre, habitant dans l'immeuble des Lorilleux. Il mourra de faim dans le réduit où habitera Gervaise. Eulalie Bijard, dite Lalie : fille d'un serrurier alcoolique ; encore enfant, meurt, comme sa mère peu de temps auparavant, sous les coups de son père, alors qu'elle élève son petit frère et sa petite sœur.

Remarques Jacques Lantier, personnage principal de La Bête Humaine, est également le fils de Gervaise et Auguste Lantier. Cependant, il n'apparaît pas dans le roman. En effet, Etienne devait initialement occuper le rôle de Jacques dans la Bête Humaine, mais Zola considère que le caractère du personnage ne convient pas et il en fait le héros de Germinal. Il crée alors artificiellement le personnage de Jacques. On note cependant que Zola s'efforce de ne pas trop faire paraître cet ajout. En effet, il établit que Jacques n'est jamais venu à Paris avec Gervaise et Auguste, mais est resté avec sa tante Phasie.

Commentaires Préparation et origines vignette|alt=alternative de l'image à compléter|Émile Zola, l'auteur, photographié par Nadar.