Le royaume du Bénin est un État historique d'Afrique de l'Ouest côtière situé dans le sud-ouest de l'actuel Nigeria et dominé par les Edos. Prenant la forme d'un premier royaume ou cité-État sous le nom d', il est dirigé par la dynastie royale des Ogiso sous influence traditionnelle de l'Empire d'Ife. Le second royaume du Bénin émerge sous la dynastie des Oba du Bénin à partir du jusqu'à sa conquête par l'Empire britannique en 1897.

Le royaume connaît son apogée aux sous les règnes d’Ewuare, d’Ozolua et d’Esigie. Par une politique de conquêtes, l'État s'impose comme un véritable empire doté d'une puissante métropole fortifiée, Benin City. C'est également une période de grand essor économique, marqué par l'intensification du commerce , notamment avec les navigateurs portugais et par le développement artistique des bronzes du Bénin.

À partir du , l'influence du royaume décline sous l'effet de la concurrence des comptoirs européens et de crises politiques internes marquées par des guerres civiles et des conflits de succession au . Les tensions croissantes avec les autorités britanniques au sujet du commerce aboutissent en janvier 1897 à une expédition punitive provoquant la prise, l'incendie de Benin City et l'exil de l'oba. Le pouvoir politique prend fin, mais le pouvoir traditionnel de l'Oba est réinstauré en 1914 et la tradition dynastique survit encore de nos jours à travers un rôle consultatif et culturel.

Nom vignette|Photo d'une sculpture en bois d’Oba Ewuare le Grand. L’un des rois-guerriers du royaume du Bénin. Benin est la prononciation portugaise du mot Ubinu, qui signifie « capitale, siège de la royauté » et désignait la capitale Benin City. Le nom Ubinu vient lui-même du mot yoruba oba, qui signifie « gouverneur », et qui désigne chez les Yorubas un personnage sacré. Selon la tradition, le titre oba aurait été adopté par la dynastie yoruba fondée par le prince Oranmiyan au . Cette tradition orale ne permet pas de présumer quelle langue a fait un emprunt à l'autre.

Les souverains Édo usaient auparavant du titre de Ogiso, qui signifie en langue édo « roi » ou « roi divin », littéralement « roi du ciel »B. Amos & P. Girshick, The Art of Benin, , British Museum Press, Londres, 1995 .. Ils appelaient leur royaume , du nom du légendaire fondateur en -355 de la dynastie des Ogiso, Igodo alias oba Godo. Fils d'un Ogiso exilé à Ifé, capitale des Yorubas, Oranmiyan aurait désigné son nouveau pays, avant d'en abandonner le trône à son fils Eweka et de s'exiler à son tour, comme Ile Ibinu, qui signifie en yoruba « terre de vexation ». Les jeux de mots insultants sont universellement utilisés pour désigner l'ennemi.

L'hégémonie de la ville de Bénin habitée par les Édos (plus de cinq millions aujourd'hui) sur les trente trois autres chefferies de Langues edoïdes (aujourd'hui moins de chacune) est la raison pour laquelle les explorateurs portugais ont désigné l'ensemble de la région du nom de Bénin. Cependant cette hégémonie n'a pas toujours été, quand par exemple les Esan, littéralement les « Fugitifs », ont, pour fuir le gouvernement du roi Ewuare, fondé des colonies dissidentes. Ce n'est donc que par extension que le nom de Bénin a été conféré par la République de 1967 à ce qui a été renommé le État de Bendel, contraction de Benin et Delta, puis scindé le en État d'Edo et État du Delta.

Le royaume a duré du Edo. Britannica Concise Encyclopedia, . à son invasion par l'Empire britannique en 1897 Encyclopedia of African History, 3 Volumes, publié par Kevin Shillington, : « Benin Kingdom British conquest 1897 »., Son territoire correspond au sud-ouest de l'actuel Nigeria. Sur une carte hollandaise de 1705, réimprimée en 1907 par sir Alfred Jones, le pays noté grand Bénin correspond à la partie du Nigeria située au sud-ouest du fleuve Niger, du Bénin actuel et d'une partie du Togo.

Histoire

Origines Le royaume du Bénin se forme dans la région correspondant aujourd’hui au sud-ouest du Nigeria, au sein de l’aire occupée par les populations de langue edo. La genèse du royaume est incertaine , car il n’y avait pas de trace écrite et la trace orale est au mieux assez fragmentaire. Les données disponibles sur ses origines reposent notamment sur la tradition orale, confrontée aux données archéologiques et linguistiques. Les premières communautés sont constituées de groupes de chasseurs, de cueilleurs et d’agriculteurs organisés autour de villages et de structures lignagères patrilinéaires. La justice, les droits fonciers, l’agriculture ainsi que les pratiques religieuses sont déjà structurés à ce stade.

Au début du , des populations venues des régions septentrionales s’installent dans la région et se mêlent aux populations locales. Le développement politique semble davantage résulter de l’agrégation progressive de villages que d'une conquête territoriale. Des établissements s’agrandissent et s’entourent de vastes réseaux de levées de terre et de fossés. Les recherches archéologiques montrent que ces ouvrages servent principalement à délimiter les territoires plutôt qu'à constituer des fortifications.

La société se hiérarchise progressivement autour d’une succession de rois appelés ogiso. Le territoire est divisé en unités tributaires administrées par des chefs. Le roi est assisté par sept grands dignitaires héréditaires, les uzama. Le palais royal constitue à la fois le centre du pouvoir politique et un important centre religieux. Sur le plan économique, elle repose principalement sur l'agriculture et le prélèvement du tribut ainsi que le développement des échanges commerciaux et de la métallurgie. La région du sud de l'Afrique de l'Ouest fut initiée à la technologie de la ferronnerie (ou elle la développa elle-même) à partir du de notre ère.

Ce premier royaume nommé est en lien direct avec l'Empire d'Ife, préserve une influence réduite et potentiellement centrée sur sa capitale, formant une sorte de Cité-État. Les mythes et les traditions sur l'origine du royaume du Bénin sont particulièrement liées à Ife, ainsi qu'aux traditions artisanales du bronze potentiellement héritées d'Igbo-Ukwu ou encore des Nok.

Dynastie des Oba

Selon la tradition orale, vers 1200, les populations edo demandent à Oluhe, roi d’Ife, de leur envoyer un souverain. Celui-ci envoie son fils Oranmiyan, qui devient selon la tradition l’ancêtre de la dynastie régnante. Son fils Eweka I prend le titre d'Oba et devient le premier Oba du Bénin. Cette tradition affirme ainsi une origine extérieure de la dynastie tout en soulignant son intégration à la société edo. Son interprétation historique reste discutée. Sous Eweka I, le pouvoir royal se consolide progressivement. Les uzama conservent toutefois d’importants privilèges. Sous Ewedo, au milieu du , le souverain entreprend de réduire leur influence, réorganise l’armée et nomme directement des administrateurs à des fonctions auparavant contrôlées par les dignitaires héréditaires. Le pouvoir de l’oba se renforce ainsi au détriment des anciennes autorités aristocratiques.

Le développement du commerce accompagne cette évolution politique. Les productions en bronze se multiplient et ne sont plus limitées aux autels royaux : elles servent également à décorer les bâtiments du palais et les demeures.

Expansion et apogée

Règne d'Ewuare Le royaume atteint son apogée aux , notamment sous les règnes d’Ewuare, d’Ozolua et d’Esigie. Ewuare renforce l’autorité monarchique et poursuit la limitation du pouvoir des uzama. Il commence par renforcer son pouvoir en créant d'autres catégories de chefs pour affaiblir le pouvoir du Uzama, et contrer les factions politiques. Il instaure notamment la primogéniture pour la succession au trône et crée de nouvelles fonctions de chefs directement dépendantes du souverain.

Sous son règne, il engage une série de conquête permettant au royaume de s'étendre : Idah vers le nord, Owo et Akure en pays ibo, à l'ouest du Niger. Le royaume devient un empire, et Edo, qu'il fait fortifier, en est la métropole. Cette expansion accroît la zone soumise au tribut et contribue à l’affirmation du royaume comme puissance régionale.

Ewuare réorganise également la capitale, Benin City, en distinguant la ville proprement dite du secteur royal. Des avenues et des rues sont aménagées. Cette période correspond aussi à un essor remarquable des arts de cour. Les artisans travaillent le bronze et le laiton selon des techniques élaborées et produisent notamment des plaques en relief représentant l’oba, sa cour et ses relations avec les Portugais.

Relations avec les Portugais C'est à la fin du règne d'Ewuare, en 1472, que Rui de Sequeira, un navigateur portugais, établirait un premier contact avec le royaume du Bénin. Le royaume constitue déjà un État centralisé engagé dans des relations politiques et commerciales avec plusieurs régions. Le fils d'Ewuare, Ozolua le Conquérant, poursuit l'extension de l'Empire. Lagos devient une ville de garnison pour les troupes. En 1486, un autre navigateur portugais, , entre en contact avec le Royaume et des échanges d'ambassadeurs entre les deux pays vont s'établir, ainsi que des échanges commerciaux : le Bénin envoie du poivre, des peaux de léopards, de l'ivoire, des vêtements traditionnels, des objets artisanaux de bois et de terre cuite. En échange, les Béninois reçoivent vêtements, lunettes et surtout des armes à feu qui favorisent le pouvoir militaire et accélèrent encore l'expansion pendant tout le . Les missionnaires portugais étaient censés convertir le oba au catholicisme, mais la position de celui-ci en tant que chef du culte de son peuple fait échouer ce projet.

En 1487, les Portugais établissent un comptoir à Ughoton, sur un axe fluvial permettant d’approcher la capitale. Le commerce reste soumis au contrôle de l’oba et de ses agents. Après l’interdiction de l’exportation d’esclaves masculins, les Portugais abandonnent progressivement leur implantation. Les relations diplomatiques se poursuivent néanmoins. En 1514, l’oba Esigie envoie une délégation au Portugal. Il demande notamment des armes à feu et l’établissement d’une mission chrétienne. Une mission est autorisée et certains membres de l’élite sont baptisés, mais Esigie lui-même ne se convertit pas. Esigie autorise aussi la construction d'églises dans les villes d'Ogbelaka, Idumwerie et Akpakpava. L'église Aruosa de Benin City est une survivance de cette époque.

Sous Esigie, le royaume atteint son apogée, surtout dans le domaine des arts et de la culture. Des explorateurs anglais ont rapporté qu'Esigie pouvait lever une armée de vingt mille hommes dans la journée, et jusqu'à cent mille hommes si nécessaire. Esigie crée aussi le titre de reine mère pour fêter sa mère Idia ; les plus anciennes têtes de reine en laiton, un des chefs-d'œuvre de l'art béninois, datent de cette époque, tout comme les masques-pendentifs en ivoire aujourd'hui conservés dans plusieurs musées occidentaux.

La première expédition britannique au Bénin date de 1553. Rapidement des échanges commerciaux s'établissent, notamment d'ivoire, d'huile de palme et de poivre.

Déclin À partir du , l'influence du royaume du Bénin décline à cause de l'influence grandissante des comptoirs européens qui renforcent les États voisins et petites chefferies. En 1699, le Hollandais David van Nyendael décrit la visite qu'il a fait du royaume. La description de Nyendael a été publiée en 1704 en annexe au Nauwkeurige Beschryving van de Guinese Goud-, tand- en Slave-kust de Willem Bosman.

Au , le royaume connaît une période de difficultés politiques. Les conflits de succession et les guerres civiles affaiblissent l’autorité centrale. Malgré ces troubles, les oba Osemwede, et Ovonramwen cherchent encore à maintenir leur influence sur plusieurs territoires yoruba, dans l’Ishan et dans les régions occidentales habitées par les Igbo. À la fin du siècle, cette influence territoriale se réduit toutefois fortement et le royaume se concentre essentiellement sur son cœur historique.