La guerre de Succession de Bretagne ou guerre des deux Jeanne, qui dura de 1341 à 1364, est l'une des guerres secondaires qui ont eu lieu au cours de la guerre de Cent Ans.
Elle se déclenche en 1341 à la mort du duc . Jeanne de Penthièvre et Jean de Montfort, deux prétendants au duché se disputent l'héritage et impliquent leurs conjoints respectifs Charles de Blois et Jeanne de Flandre dans le différend. Mais la France et l'Angleterre sont en conflit depuis 1337 et s'est proclamé roi de France. Ainsi Jean de Montfort lui prête l'hommage lige alors que Charles de Blois le fait pour son oncle .
Les Français capturent Jean de Montfort et installent Charles de Blois en 1341, mais débarque à Brest en 1342. Alors que Jean de Montfort est incarcéré et que Jeanne de Flandre sombre dans la folie, une trêve est conclue en 1343.
Un statu quo, où les coups de main sans avenir se succèdent, dure jusqu'à la défaite des Français à Auray en 1364. Cette victoire des troupes anglaises et du parti pro-anglais permet de conclure en 1365, le premier traité de Guérande qui établit comme héritier légitime. Ce dernier signe alors un traité d'alliance avec l'Angleterre.
Prémices Le problème successoral gauche|vignette|Charles de Blois devant Rennes en 1342. Miniature du .
Le , le duc meurt sans descendance malgré trois mariages, avec Isabelle de Valois, Isabelle de Castille et Jeanne de Savoie, et sans avoir désigné son successeur.
Les prétendants sont, d'une part Jeanne de Penthièvre, fille de Guy de Penthièvre, lui-même frère du duc , mariée depuis 1337 à Charles de Blois, parent du roi de France, et, d'autre part, Jean de Montfort, comte de Montfort-l'Amaury, demi-frère du défunt duc, fils du second mariage d' avec Yolande de Dreux, comtesse de Montfort-l'Amaury.
aurait préféré sa nièce Jeanne de Penthièvre à sa succession, plutôt que son demi-frère Jean de Montfort, car il était en conflit avec sa belle-mère, Yolande de Dreux. Toutefois il meurt sans avoir désigné son successeurJean-Pierre Leguay, Fastes et malheurs de la Bretagne ducale, Ouest France Université, 1997, 98..
Les alliances Par sa naissance, Charles de Blois est le neveu du nouveau roi Neveu par alliance, sa mère Marguerite de Valois étant une sœur cadette de , choisi pour duc aux dépens des prétentions d'. Par mariage, et selon le droit de représentation propre au droit breton, Charles de Blois hérite des prétentions de la maison de Penthièvre sur le duché de Bretagne. En effet, Jeanne de Penthièvre s'estime héritière des droits de son défunt père Guy de Penthièvre, frère de feu du duc .
En réaction, se rapproche de Jean de Montfort qui sait avoir peu à attendre du roi de France, car il s'est proclamé en mai duc de Bretagne en prenant la ville de NantesYvonig Gicquel, Le combat des trente, Coop Breizh, 2004, ., ancien bastion de . Il ne faut pas oublier qu' est un descendant des Plantagenêt, lesquels dominaient l'extrême-ouest de la France, formant alors l'empire Plantagenêt. En , cette alliance est scellée, cependant sans qu'un hommage ne soit rendu au roi Édouard. Elle sera réaffirmée le par la reconnaissance d' comme suzerain, avec cette fois un hommage lige. En récompense, l'alliance sera assortie du comté de Richemont, fief anglais entrant alors dans le patrimoine des ducs de Bretagne.
Le jugement parisien Les concurrents se présentent tous deux à Paris pour recevoir l'arbitrage du roi . Jean de Monfort plaida le fait que depuis 1297, la Bretagne était un duché-pairie. La Bretagne se devait donc d'exercer le droit français sur son sol, ce qui permettait à Jean de Monfort d'accéder à la tête du duché. Jeanne de Penthièvre, elle, plaida sa propre cause, au nom du droit de représentation bretonYvonig Gicquel, Le Combat des trente, Coop Breizh, 2004, .. La situation est donc plus que paradoxale : Charles de Blois, pro-français, fonde sa légitimité sur le fait qu'il est marié à la descendante la plus proche, ce qui est propre au droit breton. Jean de Montfort, « breton », s'appuie sur la loi salique, mise en avant par le roi de France dans son conflit avec le roi d'Angleterre et devant donc faire jurisprudence dans le royaume.
La chevauchée fantastique de Jean de Montfort
En , sentant que le verdict serait en faveur de Charles de Blois, proche parent du roi, Jean de Montfort, poussé par sa femme Jeanne de Flandre, prend les devants : il s’installe à Nantes, la capitale du duché, et s’empare du trésor ducal à Limoges, ville dont avait été le vicomte. Il convoque les grands vassaux bretons pour se faire reconnaître comme duc, mais la majorité ne vient pas (beaucoup d’entre eux ont aussi des possessions en France qu’ils risqueraient de se voir confisquer s’ils s’opposaient au roi)Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, ..
Dans les mois qui suivent (juin-juillet), il effectue une grande chevauchée dans son duché pour s'assurer le contrôle des places fortes (Rennes, Malestroit, Vannes, Pontivy, Hennebont, Quimperlé, La Roche-Piriou, Quimper, Brest, Saint-Brieuc, Dinan et Mauron) avant de rentrer à Nantes. Il parvient à prendre le contrôle d'une vingtaine de placesJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, ..
Enfin il se serait rendu en Angleterre, où lui aurait promis une aide militaire et l'aurait reconnu comte de Richmond, avant de rentrer fin août à Paris pour une entrevue avec .
Cette « chevauchée fantastique », contée par le chroniqueur flamand Jean Lebel et reprise par Froissart, ne résiste pas à l'épreuve des faits : durant ces quelques semaines, Jean de Montfort est resté en région parisienne avec ses conseillers juridiques pour élaborer ses arguments devant le conseil du roi« La querelle de Bretagne, 1341-1364-1381 », Jean Christophe Cassard, dans Toute l'histoire de Bretagne, Morlaix, 2003..
La condamnation française Jean de Montfort se présente en septembre à Paris devant la cour des pairs mandatée par le roi de France. Ses contacts récents avec l'Angleterre lui sont reprochés ainsi que sa tentative de forcer la main au roiChroniques de Jean Froissart, « Comment le comte de Montfort s’en alla en Angleterre et fit hommage au roi d’Angleterre de la duché de Bretagne », , , , -134, BNF et « Comment les douze pairs et les barons de France jugèrent que messire Charles de Blois devoit être duc de Bretagne ; et comment ledit messire Charles les pria qu’ils lui veuillent aider », , , , , BNF.. Jean de Montfort, s'entourant néanmoins de juristes français, demande l'arbitrage du Conseil des pairs du Royaume. Péchant par excès de zèle, il plaide donc à l'encontre du droit breton par mimétisme à la récente succession du trône de France. Sa défense est de piètre qualité, les avocats parisiens de Montfort n'ayant qu'une vague connaissance de la coutume de BretagneMarcel Planiol, Histoire des institutions de la Bretagne, éd. Floch Mayenne, 1981, .. La cour et le roi tranchent en faveur de Charles de Blois. Jean de Montfort s'enfuit alors de la cour du Louvre. En réaction, par l'arrêt de Conflans, le , accepte l'hommage lige de Charles de BloisJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, .. Jean de Montfort se voit confisquer ses fiefs français : le comté de Montfort-l'Amaury, la vicomté de Limoges sur laquelle d'ailleurs il n'avait aucun droit et qu'il détenait indument.
La guerre Cette guerre, entrecoupée de trêves, se déroule en trois périodes : de l’ au , puis de 1345 à 1362 et enfin de 1362 à 1364.
Première phase ( - ) thumb|Le siège d'Hennebont par Charles de Blois en 1342. Miniature de Loyset Liédet, . BnF Français 2643.
Jean de Montfort, ayant pris possession de toutes les places fortes du duché au et ayant donné l'hommage lige à , il est donc nécessaire au roi de France d'avoir recours à la force pour mettre Charles de Blois en possession du duché. convoque donc une armée de renforcée de mercenaires génois à Angers pour le . Le duc de Normandie Jean le Bon est mis à la tête de l’expédition, flanqué de Miles de Noyers, du duc de Bourgogne et de Charles de Blois. L’armée quitte Angers début , bouscule Jean de Montfort à L’Humeau, puis assiège Nantes où il s’est réfugié. Il enlève la forteresse de Champtoceaux qui, sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accès de NantesJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, .. , qui vient de prolonger la trêve d’Espléchin, ne peut intervenir. La ville capitule au bout d’une semaine, début Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, .. Jean de Montfort se rend sur parole au fils du roi de France le et lui remet sa capitale. Il reçoit un sauf-conduit pour se rendre à Paris pour plaider sa cause, mais il y est arrêté et incarcéré au Louvre en Yvonig Gicquel, Le Combat des Trente, Coop Breizh, 2004, .. Privé de son chef et du soutien des grandes familles bretonnes, le parti montfortiste devait s'effondrer. Alors que l'hiver survient, le duc de Normandie achève la campagne sans avoir annihilé les derniers obstacles. Pensant avoir réglé l'affaire en s'assurant de la personne de Jean de Montfort, il rentre à Paris. Mais c'est sans compter Jeanne de Flandre, épouse de Jean de Montfort, qui ranime la flamme de la résistance et rallie ses partisans à Vannes. Elle se retranche à Hennebont, envoie son fils en Angleterre et conclut un traité d’alliance avec en . Soucieux d'ouvrir un nouveau front susceptible d'alléger la pression française en Guyenne et de limiter le nombre de troupes françaises qu'ils peuvent envoyer en soutien aux Écossais, se décide à répondre favorablement aux demandes d'assistance militaire de Jeanne de FlandreJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, . Le roi d’Angleterre n’a pas un sou pour payer une expédition : c’est donc le trésor ducal breton qui va la financer. Il ne peut envoyer en que d’armes et . Entretemps les Français ont pris Rennes et assiègent Hennebont, Vannes et Auray qui résistent. Charles de Blois est contraint de lever le camp en devant l'arrivée de Wauthier de Masny et Robert d'Artois à la tête de troupes anglaises. En , de forts renforts français arrivent et Jeanne de Flandre doit fuir et se retrouve assiégée dans BrestGeorges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, .. Mais le , le gros des troupes anglaises arrive enfin à Brest avec et . Charles de Blois se replie vers Morlaix et s’y retrouve assiégé par Robert d’Artois qui espère ouvrir aux Anglais un deuxième port au nord de la Bretagne. Les Anglais tentent de prendre Rennes et Nantes, mais ils doivent se contenter de saccager Dinan et de mettre le siège devant Vannes. Les Français, qui les attendaient à Calais, avaient retiré leurs forces du fait des succès de Charles de Blois. Le les forces de ce dernier subissent de sérieuses pertes près de Lanmeur.
Une armée française aux ordres, une nouvelle fois, du duc de Normandie, est rassemblée pour faire face. Mais Jean de Montfort étant prisonnier et Jeanne de Flandre ayant sombré dans la folie, une trêve est signée à Malestroit le . De fait les Anglais occupent et administrent les places fortes encore fidèles à Jean de Montfort. Une importante garnison anglaise va occuper Brest. Vannes sera administrée par le pape. Le conflit nullement réglé va se prolonger et permettre aux Anglais de prendre durablement pied en Bretagne.
Deuxième phase : le statu quo (1345 - 1362) vignette|La capture de Charles de Blois au cours de la bataille de La Roche-Derrien (1347). Miniature de Loyset Liédet tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart, vers 1470-1475. BnF Français 2643.
Jean de Montfort est libéré le . Aidé par les Anglais, il reprend le contrôle de Vannes. Charles de Blois assiège Quimper en 1344 pour isoler Jean de Montfort de ses alliés anglais. La prise de la ville est sanglante : sont massacrésJean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, ..