L’abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines est un ancien monastère bénédictin situé dans le centre du village de Saint-Génis-des-Fontaines dans le département français des Pyrénées-Orientales et la région Occitanie.

Il n'y a plus de moines dans l'abbaye depuis la Révolution française, mais les bâtiments subsistent toujours, notamment l'église, aujourd'hui église paroissiale, et le cloître. Les autres bâtiments sont pour la plupart devenus des propriétés privées.

Historique Le monastère fut vraisemblablement fondé au , voire au tout début du . Toujours est-il qu'il existait déjà en 819, date de sa première mention, dans laquelle est nommé son fondateur, l'abbé Sentimirus.« Anno eodem DCCCXIX, aut paulo ante fundatum est monasterium Sancti Genesii de Fontanis in pago Ruscinonensi a religioso quodam viro nomine Sentimiro. Nam hoc anno Assricus ejusdem monasterii Abbas praeceptum immunitatis obtinuit a Ludovico pio Imperatore, ex quo appret hanc monasterii conditionem fuisse novellam ac recentem » d'après Pierre de Marca (Pierre de Marca, Marca hispanica, ). Environ un siècle plus tard, le monastère ayant été saccagé, un acte daté du émanant de Lothaire (roi de la dynastie carolingienne régnant alors sur la France) confirme le rétablissement total des bâtiments qui ont été détruits par les païens (probablement des Normands). Placée sous la protection directe des souverains successifs de la province (les comtes du Roussillon puis les rois d'Aragon), l'abbaye entre en plein essor, comme l'atteste une nouvelle consécration de l'église, alors agrandie, en 1153. Un peu plus tard, au , un cloître en marbre est ajouté au nord-est de l'église abbatiale.

Les bienfaiteurs se font inhumer à l'abbaye comme l'atteste le testament de dame Alisende daté de 1187Cabinet d'expertise Honoré d'Urfé, pour Roch de Coligny, Drouot

Puis vint le déclin, inexorable, comme nombre de monastères des environs, et le rattachement à l'abbaye de Montserrat pour éviter la ruine. À la Révolution, les moines sont chassés et les locaux deviennent propriété de la Nation. Les anciens bâtiments conventuels sont alors répartis entre plusieurs propriétaires, et ce n'est que cinquante ans plus tard, en 1846, que l'église est rendue au culte (elle devient l'église paroissiale du village).

Le cloître connut un sort moins enviable puisqu'il fut dépecé et vendu à un antiquaire au début du . Il put cependant faire son retour à Saint-Genis dans les années 1980, où on procéda à sa réinstallation en s'aidant de clichés anciens.

Les bâtiments L'église abbatiale L'église abbatiale est dédiée à saint Michel. Elle a été construite, en même temps que le monastère au , mais il reste peu d'éléments visibles de cette église primitive, remaniée (voire reconstruite) après les destructions au . Les vestiges constituent les soubassements de l'église actuelle, mais aussi le plan du chevet à abside majeure et absidioles très profondes (voûtées en cul-de-four), et un transept très prononcé.

Le monument fut profondément remanié au , tout en conservant tout ou partie du plan d'origine. Les parties hautes ont été reprises afin de permettre l'établissement d'une voûte en berceau sur le transept, auparavant charpenté, tout comme la nef. Celle-ci fut cependant presque totalement reconstruite pour être voûtée, car les murs primitifs n'étaient certainement pas assez robustes pour soutenir un tel poids. Le chevet fut aussi remanié, avec une reprise des voûtes des absides et la mise en place d'un décor peint dont il reste quelques vestiges. Une fois les travaux achevés, l'église fut consacrée en 1153.

L'église abbatiale est classée au titre des monuments historiques par arrêté du .

L'église présente aujourd'hui un plan en forme de croix latine, typique de l'architecture romane, avec une seule nef débouchant sur un transept pourvu de trois absides.

Le mobilier consiste essentiellement en plusieurs retables baroques, notamment le retable central réalisé au début du , entièrement en bois peint.

L'édifice est dominé par deux clochers-tours (le plus important s'élève sur la croisée du transept), restaurés, qui sont tous deux le fruit de plusieurs campagnes de construction.

La façade principale La façade de l'église comporte plusieurs ossuaires et sculptures romanes, mais elle est surtout connue pour le portail en marbre blanc comportant le fameux linteau de Saint-Génis en marbre blanc, la plus ancienne sculpture romane datée. vignette|Façade de l'abbayée Les inscriptions funéraires sur les ossuaires indiquent les sépultures de moines ou de personnalités proches de l'abbaye. On trouve notamment deux pierres tombales représentant le défunt couché les bras croisés.

Le cloître Historique

Il existait très certainement déjà un cloître, mais aucune trace n'en a été découverte lors des travaux entrepris dans les années 1980 pour le rétablissement de l'actuel. Le cloître actuel de l'abbaye date de la fin du . On sait d'après une épitaphe qu'il était achevé en 1271.

Vendu comme bien national à la Révolution, le cloître est fragmenté entre plusieurs propriétaires. En 1924, l'antiquaire parisien Paul Gouvert acquiert les trois-quarts du cloître. Le tout est alors démantelé, sauf le quart Sud-Est (six colonnes, trois colonnettes avec le pilier d'angle) car son propriétaire avait refusé de céder sa partie du cloître. Les galeries sont désormais supportées par des piliers en brique. L'antiquaire fait alors sculpter des copies de 23 chapiteaux en véritable marbre rose de Villefranche-de-Conflent, tant et si bien qu'il peut vendre deux cloîtres, plus petits que celui d'origine. Un est installé au domaine des Mesnuls (Yvelines), tandis que l'autre est expédié outre-Atlantique au Philadelphia Museum of Art. Un ensemble comportant deux arcs et leurs trois supports complets (chapiteau, colonne et base) est même offert par Gouvert au Louvre en 1925. Ce qui reste du cloître (le quart Sud-Est) est alors classé monument historique.

Cinquante ans plus tard, l'État rachète le cloître des Mesnuls, qui était constitué de la plupart des éléments d'origine (du moins pour la majorité des chapiteaux). Le musée du Louvre restitue également ses deux arcades en vue de la reconstruction du cloître. Les pierres exportées aux États-Unis, dont une grande partie sont en fait des copies, ne pourront cependant pas être rapatriées. Les travaux de réinstallation du cloître débutent en 1986 et durent jusqu'en 1987, les éléments manquants étant remplacés par de nouveaux, sculptés dans la même pierre. La restauration s'achève en 1994.

Le cloître bénéficie de deux classements au titre des monuments historiques par arrêtés des et .

La sculpture La période de construction du cloître (années 1250-1260) explique son style "roman tardif", avec les jeux de couleurs sur les différents marbres employés et le trait de la sculpture des chapiteaux.

Celle-ci peut d'ailleurs paraître assez fruste au regard des chapiteaux de Serrabone ou encore de Saint-Michel de Cuxa. Assez prononcés aux angles des corbeilles des chapiteaux, les reliefs deviennent des méplats sur les faces. Certains spécialistes ont avancé que ceux-ci devaient être peints : l'auteur explique qu'il s'agit de la seule hypothèse plausible pour expliquer la pauvreté de la qualité sculpturale des chapiteaux, comparé au jeu sophistiqué sur les coloris des marbres des arcades et colonnes..

Galerie d'images

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Louis Boulet, L'abbaye romane de Sant-Genis que l'on dit "des Fontaines", La Mandorle, 2000. Georges Gaillard, « Saint-Genis-des-Fontaines », dans Congrès archéologique de France. . Le Roussillon. 1954, Société française d'archéologie, Paris, 1955, Marcel Durliat, Roussillon roman, éditions Zodiaque (collection la nuit des temps ), 1986 ( édition). , , planches 37 et 38 et planches couleurs.

Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le guide du patrimoine Languedoc Roussillon, Hachette, Paris, 1996, ,

Contacts Louis Boulet, La Mandorle 66740 Saint-Genis des Fontaines, FRANCE.

Articles connexes Linteau de l'abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines Saint-Génis-des-Fontaines Art roman Liste des monuments historiques des Pyrénées-Orientales Liste des abbayes Art roman en Catalogne

Liens externes Site officiel de la commune Reportage photographique de l'abbaye de Saint-Génis sur le site Notes Romanes D'autres photographies sur le site de Jean Tosti Site de l'ASVAC Association pour la Sauvegarde des Valeurs Archéologique et Culturelles de Saint-Genis des Fontaines Photo du Testament de dame Alisendre, daté de 1187

Saint-Genis-des-Fontaines Genis fontaines Saint-Genis-des-Fontaines Saint-Genis-des-Fontaines Catégorie:Patrimoine du Xe siècle Saint-Genis-des-Fontaines Catégorie:Église monument historique dans les Pyrénées-Orientales Catégorie:Monument historique classé en 1924 Catégorie:Monument historique classé en 1975 Catégorie:Monument historique classé en 1966 Saint-genis-fontaines Genis, Fontaines Catégorie:Sculpture dans les Pyrénées-Orientales Saint-Genis-des-Fontaines