Vernon Sullivan est un écrivain américain imaginaire, alias de Boris Vian. Le pseudonyme est inventé par Boris Vian : ce dernier prétendait, dans les premières éditions, avoir traduit de l'américain les romans de Vernon Sullivan, dont il était le véritable auteur.

Boris Vian et Vernon Sullivan Boris Vian met au point ce pseudonyme à un moment où les thrillers américains connaissent un grand succès en France (Pas d'orchidées pour miss Blandish de James Hadley Chase est un best-seller de la Série noire en 1946). L'invention de Vernon Sullivan intervient à l'été 1946La véritable histoire de Vernon Sullivan - Jérôme Dupuis, L'Express, avril 2009, à une période où Vian se sent très déçu d'avoir manqué le prix de la Pléiade et espère obtenir un réel profit de la publication d'un roman noir.

Cet écrivain imaginaire permet à Boris Vian de publier certains de ses romans, d'un style très différent de ceux publiés sous son nom, et qui sont très controversés. On estime lui-même que J'irai cracher sur vos tombes porte SulliVian ? - François Roulmann, Exposition Boris Vian, Bibliothèque nationale de France et ce livre est même attaqué en justice (la même année qu'Henry Miller et par le même Cartel d'action sociale et morale dirigé par Daniel ParkerGilbert Pestureau, Préface à J'irai cracher sur vos tombes, dans Boris Vian, Œuvres, tome premier, éd. établie sous l'autorité d'Ursula Vian Kübler, Fayard, 1999 [DL]). Au terme d'une série de procès, il écope d'une condamnation à quinze jours de prison en 1953, vite amnistiée. Cette notoriété de scandale fait exploser les ventes de l'œuvre de Boris Vian publiée sous ce pseudonyme.

Les romans de Vernon Sullivan ont une trame apparemment policière, et sont prétextes à de nombreuses scènes sexuelles et violentes qui ont choqué. Même si l'on reconnaît l'espièglerie de Vian derrière cette écriture, l'aspect « polar américain » dépasse la simple parodie.

Ces romans méritent d'être abordés aujourd'hui de façon moins passionnelle pour que, au moins en tant que pastiches de romans noirs américains, leurs qualités apparaissent. Il s'agit particulièrement de prendre en compte un aspect sur lequel on s'attarde rarement, à savoir les implications de la position de « traducteur » adoptée par Vian pour les Sullivan, en fait une position de « pseudo-traducteur » puisqu'il ne traduit pas les romans mais les écrit en français dans le but de faire croire à l'existence d'une œuvre originale initiale. Or, Vian devint par la suite, grâce à cette première fausse traduction qu'on trouva à l'époque très honorable – et pour cause – le véritable traducteur de romans noirs de Raymond Chandler, Peter Cheyney et James Cain notamment. Vian maîtrisait assez les thèmes et techniques du roman noir ainsi que la langue anglaise pour parvenir à réaliser des pastiches non identifiables et des traductions de qualitéVernon Sullivan ou les pseudo-traductions de Boris Vian - Isabelle Fakra, « L'Art d'aimer », Revue d'essais critiques…

Le pseudonyme Vernon Sullivan a été au nom de plusieurs personnes : Paul Vernon, un ami de Vian, saxophoniste (et dentiste) ; , saxophoniste américain ; et Joe Sullivan, un pianiste américain que Vian admiraitN. Arnaud, Les Vies parallèles de Boris Vian (1981), M. Rybalka, Boris Vian (1984) ; M. Lapprand, Boris Vian/La vie contre (1993) et G. Pestureau, Dictionnaire de personnages de Boris Vian (1985).

La création originale de cet écrivain imaginaire inspire Raymond Queneau qui, à son tour, peut écrire plusieurs ouvrages sans se soucier de son propre nom, sous la plume de Sally Mara.

Œuvres signées Vernon Sullivan J'irai cracher sur vos tombes, 1946 Les morts ont tous la même peau, 1947 Et on tuera tous les affreux, 1948 Elles se rendent pas compte, 1950

Notes et références

Annexes Bibliographie Dimitri Kantcheloff, Vie et mort de Vernon Sullivan, Finitude, 2023.

Liens externes Let us praise Vernon Sullivan - Gary Kilian, Exposition Boris Vian, Bibliothèque nationale de France

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