thumb|Petites kasbah de Debdou thumb|Ancienne mosquée de Debdou thumb|Vue générale

Debdou (en amazighe ⴷⴻⴱⴷⵓ) est une ville et commune de la province de Taourirt, dans la région de l'oriental.

Toponymie

, « Debdou » en arabe (d'bdou)est l’orthographe la plus courante désignant cette petite ville du Maroc. Le toponyme peut aussi se transcrire Dabdū, et l’on appelle un habitant de Debdou, un Debdoubi.

Il existe trois hypothèses à l'origine de cette appellation : la première est liée à la venue des juifs au et notamment d'un certain David Dou - il s'agirait en fait de rabbi David Hakohen ; la seconde plus probable se rapporte aux premiers habitants supposés de la région, les amazighs, le nom Debdou se rapprochant d'un terme amazigh signifiant « entonnoir » ; la troisième se rapporterait à l'occupation des Mérinides avec le même sens que le précédent.

Histoire

Préhistoire

On a retrouvé des traces d'occupation datant de la préhistoire, notamment du paléolithique et du néolithique, à proximité : ainsi des tumulus ont été relevés à la station du Goutitir sur l’oued Al Abd, ainsi qu’à Aïn Fretessa, et à Ayoun Sidi Mellouk. De plus,selon la tradition, Debdou aurait été occupé par les Romains, comme semblent en témoigner certains vestiges comme le notent M. Voinot et N. SlouschzNahum Slouchz, " Les Juifs de Debdou", "Revue du monde musulamn, Paris, 1913 : notamment par l’existence près de la Kasba « d'un fossé et d'une galerie souterraine taillés dans la roche, s'enfonçant jusqu'à environ 30 mètres de profondeur », même si aucun élément déterminant ne permet de valider cette thèse depuis lors, celle-ci ayant aussi pu être l'œuvre des Mérinides.

Cet éclatement (?) va être déterminant pour l’histoire de la région et de Debdou en particulier, car celle-ci est par la suite liée aux antagonismes entre Zianides et Mérinides pour le contrôle de la région et ainsi devenir un enjeu important. Sa position stratégique lui donne une importance sans commune mesure, et elle supplante Taza durant une longue période, l'âge d'or de Debdou.

Enjeu stratégique à partir des Mérinides

Ainsi après la déchéance de l’empire Almohade, la dynastie des Mérinides prend le pouvoir au Maroc.

Les Mérinides, appelés aussi "Banu Marin", sont une dynastie berbère zénète. Ibn Khaldoun, dans son Kitab al Ibar, désigne le désert entre Figuig et Sijilmassa comme leur terrain de parcours d’origine. L’arrivée de tribus arabes dans la région du sud entre les provoque certaines mutations démographiques, obligeant les tribus berbères à remonter vers le nord et à s’installer au nord-ouest de l’Algérie actuelle. Vers le début du , ils effectuent leur pénétration durable dans les régions habitées de leur zone de parcours habituel, profitant du déclin almohade. Celle-ci s’impose sous l’égide de Abd Al Hakk, qui conquièrent de grandes villes telles que Meknès (1244), Fès (1248), Sijilmassa (1255) et Marrakech (1269).

Avec l’appui des tribus zénètes installées dans la région de Taza, notamment les restes des Miknassa et les Maghraoua, les Mérinides atteignent le Maroc oriental, occupent Taza en 1216 et poussent à l’ouest en dominant le plat pays et la bordure de la montagne. Vers 1257, Abû Yusuf Yakub (1258-1286) soumet tout le Souss jusqu’à Oujda, en abattant ainsi l’autorité almohade. Il se porte ensuite en 1267 contre les Abdalwadides qui ont attaqué Taourirt et sa région. Par la suite, les campagnes des Abdalwadides continuent, et son descendant Abû Yakub Yusuf (1286-1307) entre en campagne en 1295, s’arrêtant à Taourirt, et engageant durant la même période des campagnes contre les Abdalwadides. Il réussit à parvenir jusqu’à Tlemcen, dont il fait le siège entre 1299 et 1307, bien que la ville ne soit prise que bien après en 1337.

Cette politique expansionniste se comprend au travers du rêve mérinide de reconstituer l’empire maghrébin, constitué auparavant par les Almohades.Par le biais des Mérinides, Debdou entre dans l’histoire écrite : on la décrit comme citadelle fortifiée (Kasbah) contenant une garnison tout comme sa consœur Taourirt, et d’autres dans les montagnes avoisinantes pour s’opposer aux Zianides de Tlemcen. Elle joue un rôle stratégique du fait de sa situation géographique particulière à la frontière des deux États antagonistes, mais aussi en raison de son relief escarpé qui la protège des incursions (voir : attaques des tribus Maquil) et l'abondance de ressources, décrite par Charles de Foucauld en 1885, et favorisée par son micro-climat.

La place politique de Debdou à cette époque importe. Lors de la répartition effectuée par Abd al-Haqq (1196-1218) entre les tribus mérinides, elle échoit au partage aux berbères Beni Ali, fraction des Banu Urtajjen, qui, chargés de couvrir Fès contre les entreprises des Abdalwadides de Tlemcen, en font la capitale de leur fief. Cela lui vaut d’être dévastée en 1364-1365 par le roi de Tlemcen Habou Hammou II (1359-1389). Ainsi Mamoun Naciri précise que « les témoignages de ces dévastations sont confirmés sur le terrain, puisque la majorité des monuments de l'époque ont disparu et n'en subsiste que le toponyme ». À cette période, le royaume des Abdalwadides retrouve une certaine aisance de mouvement, même si ses volontés d’extension vers l’est demeurent inefficaces et le danger mérinide toujours présent.

Par la suite, au cours de la fin du début , après l'excursion d'Habou Hammou dans la région, on n'a guère d’indications relatives à l’histoire et à l’occupation de Debdou, à l'exception de la venue des arabes Banu Mā’qīl dans la région. Les Maquil sont des tribus arabes, probablement originaires du Yémen, venus d’Arabie en même temps que les Beni Hilal. Ces derniers commencent à s’infiltrer au Maroc durant les premières décennies du sous la dynastie almohade, abordant le pays par le sud-est, et se répandant dans les régions orientales et méridionales, d’une part entre l’Ouest de l’Oranie et de la vallée de la Moulouya jusqu’à la côte méditerranéenne, puis dans le sud-est du Maroc actuel, jusqu’au littoral atlantique au sud du Haut Atlas (correspondant à ce qu’on désignait par "Maghreb al Aksa"). Leur rôle commence à prendre de l’importance sous les Mérinides. Durant le notamment, le Maroc oriental souffre de l’opposition de ces tribus aux souverains mérinides. Par la suite, malgré la politique généreuse menée par le gouverneur d’Abû Inan au Da’ra, certaines fractions continuent leurs malversations dans toute la région. Vers la fin de cette dynastie, les arabes Maquil profitent, dit-on, de « l’anarchie qui régnait dans le pays » pour occuper la région entre Tlemcen et Taourirt, s’emparant de Tafrata et des plaines environnantes.

Cette « anarchie » à laquelle fait allusion Nahum Slouschz correspond en fait à la phase de désintégration territoriale que connaît la dynastie mérinide, et qui s’accentue sous le règne du Sultan Abou Saïd III (1398-1420). Ce processus de décomposition interne aboutit à une dislocation territoriale, liée entre autres à des forces centrifuges en raison de leur faiblesse numérique, ethnique, l’absence de base religieuse pouvant servir de base solide à leur pouvoir comme pour les Almoravides et les Almohades, ainsi que leur dépendance aux arabes Maquil, ce qui pose sur le long terme le problème de la dissociation territoriale contribuant à affaiblir le territoire (on trouve des problèmes comparables chez les Abdalwadides de Tlemcen). Les causes directes quant à elles, sont liées au contexte politique, notamment aux marabouts qui appellent à la guerre sainte contre les Portugais qui ont occupé Ceuta. En 1415 les Arabes s’agitent et se livrent au pillage. Un souverain hafside (de Tunisie) arrive même à faire une incursion jusqu’à Fès. Malgré leur mainmise sur la région, ces derniers ne peuvent s’emparer de la vallée de Debdou qui oppose une résistance farouche et qui finit par obtenir son indépendance par un traité, de soumission au chef de la résistance Moussa Ben Hammou fondateur de la dynastie des rois de Debdou. Ce dernier se proclame souverain de Debdou vers 1430 : lui et ses descendants vont y régner plus de cent ans.

Principauté de Debdou (1430-1563)

Banu Urtajjen était une famille berbère liée à la dynastie wattasside. Moussa Ben Hammou annonce la dynastie de ce qu'on peut appeler les « rois de Debdou », dont on connaît la liste par Léon l'Africain. C’est une période qui marque l’apogée de Debdou dans l’histoire. Cette époque est liée par la tradition orale à la dynastie mérinide bien qu’elle lui soit postérieure. Ainsi Nahum Slouschz précise que l’on ne sait pas grand-chose sur l’origine de ce souverain, mis à part le fait qu’un clan juif en porte le nom, de même que les Oulad Hammou chez les Ahl Admer dans la région avoisinant Réchida plus à l'ouest.

Voici leurs noms et dates de règne par ordre chronologique, il s'agit d'une dynastie héréditaire:

Moussa Ben Hammou (1430-1460) ; Ahmed (1460-1485) ; Mohamed Ben Ahmed (1485-1513), surnommé « roi de Debdou » ; Mohamed II (1513-1550) ; Ammar (1550-1563).

Le règne de ces souverains est à lier à la faiblesse de l’autorité centrale après la chute des Mérinides sous la dynastie des Wattassides, et des Saadiens.

En effet, les successeurs des Mérinides, les Béni Wattas, sont des Berbères zénètes, de la branche des Béni Marin, descendants des Béni Wacin, nomades cavaliers. Ils quittent le Zab et les hauts plateaux du Maghreb pour le Maghrib al Aksa au et dans le riff au . Associés aux Mérinides, ils vont peu à peu les supplanter. Ces derniers jouissant au sein des Mérinides de nombreuses charges et dignités dont ils vont profiter pour accéder au pouvoir. Bernard Lugan n’hésite pas à les comparer aux « maires du palais » carolingiens. Ainsi après la mort du sultan mérinide Abou Inan en 1358, le pouvoir effectif est exercé par les Béni Wattas qui finissent par les remplacer après l’assassinat du dernier souverain mérinide en 1465. Proclamé sultan à Fès en 1472, Abou Abdallâh Mohamed Es Saïd surnommé « Ech-Cheikh » est pourtant loin de faire l’unanimité dans tout le Maroc.

En réalité le sultan wattasside est seulement roi de Fès. Ainsi, dans le nord, Chefchaouen et Tétouan sont des principautés presque indépendantes. Dans le sud, les Hintata sont maîtres de Marrakech. Debdou profitant de cette faiblesse dynastique connaît alors son apogée sous le règne de Mohamed Ben Ahmed (1485- 1513), ce dernier étant considéré comme le souverain le plus prestigieux de sa famille d’où son surnom de « roi de Debdou ». Il embellit la ville de quelques édifices : on lui reconnaît ainsi la construction du quartier el Kasbah et de la grande mosquée. De même il voulut se rendre maître de Taza sous la sollicitation même des habitants de cette ville. Mais Ech-Cheikh s'y oppose et fait le siège de Debdou, qui est contraint de se soumettre. Ce dernier reste néanmoins « plein d’égard pour lui M. Nehlil, « Notice sur les tribus de la région de Debdou », Bulletin de la société de géographie d‘Alger et de l'Afrique du Nord, quatorzième année, tome XVI, 1911. » et lui confie ce qui devient désormais la vice-royauté de Debdou.

Après ces évènements la principauté de Debdou reste assujettie aux Béni Wattas et à la dynastie des chorfas saadiennes qui lui succède, tout en conservant cependant une grande autonomie, notamment en ce qui concerne les affaires internes à Debdou, une des permanences tout au long de son histoire même après son déclin, jusqu’à l’arrivée du Rogui Bou Hamra et des Français cinq siècles plus tard.

Le lent déclin de la ville