Le Tour de France 1962 est la du Tour de France, course cycliste qui s'est déroulée du au sur 24 étapes pour . Le départ a lieu à Nancy ; l'arrivée se juge à Paris au vélodrome du Parc des Princes. Jacques Anquetil y remporte son troisième succès dans l'épreuve, devant le Belge Joseph Planckaert et son futur grand rival tricolore Raymond Poulidor dont c'est la première participation.

Le coéquipier d'Anquetil, Rudi Altig, s’empare du premier maillot jaune de leader du classement général après avoir remporté la première étape. Il le perd le lendemain au profit d'André Darrigade pour Gitane-Leroux-Dunlop, vainqueur de l'étape 2a, avant de le récupérer en remportant la troisième étape. Le coureur de Saint-Raphaël Albertus Geldermans prend la tête de la course après la sixième étape. Il la conserve pendant deux étapes, avant que Darrigade ne la reprenne pour les deux suivantes. Le coureur de Flandria Willy Schroeders a ensuite mené la course entre la fin de la neuvième étape et la fin de la onzième. Après quoi, son coéquipier Rik Van Looy, grand favori avant la course, abandonne pour cause de blessure. Le lendemain, Tom Simpson (Gitane-Leroux) devient le premier coureur britannique de l'histoire à porter le maillot jaune. Il le perd au profit de Planckaert après le contre-la-montre individuel de la treizième étape à Superbagnères dans les Pyrénées. Le Belge garde la tête pendant sept étapes, y compris dans les Alpes ; mais la victoire d'Anquetil dans le contre-la-montre individuel de la vingtième étape lui confère le maillot jaune, qu'il conserve jusqu'à la fin de la course.

Dans les autres classements de la course, Altig remporte le classement par points et Federico Bahamontes (Margnat-Paloma-D'Alessandro) le classement de la montagne. Saint-Raphaël gagne le classement par équipe. Les prix du plus combatif et du plus malchanceux ont été attribués respectivement à Eddy Pauwels (Wiel's-Groene Leeuw) et à Van Looy. Altig et Émile Daems (Philco) remportent le plus grand nombre d'étapes, avec trois bouquets chacun.

Parcours

Révélation et réactions Le parcours du Tour 1962 est annoncé le .. Parmi les caractéristiques notables du parcours, on peut citer l'absence de jours de repos et quatre épreuves chronométrées sur un total de , ce qui était inhabituellement élevé, quasiment de plus que lors du Tour précédent.. Anquetil déclare qu'il ne craint pas les contre-la-montre, ces derniers lui étant favorables ; néanmoins, il ne s'opposerait pas à leur suppression. Au contraire, Van Looy et Gastone Nencini se plaignirent tous deux du nombre de contre-la-montre. Van Looy menaça de ne pas participer., estimant que c'était trop difficile et que les contre-la-montre ne lui convenaient pas, déclarant :

Les villes qui accueillent pour la première fois le Tour sont : Spa, Herentals, Pont-l'Évêque, Luçon, Bourgoin et Pougues-les-Eaux.. Pour la première fois, les trente derniers kilomètres de chaque étape seront retransmis en direct à la télévision en France.

24 juin au 3 juillet : étapes de plaine le long de la côte nord et ouest, passage par la Belgique et le Luxembourg alt=Circuit automobile vue depuis l’air |vignette|Circuit de Spa-Francorchamps où la ligne d'arrivée de la étape se trouve..

La première étape débute à Nancy, dans le nord-est de la France. Elle traverse le Luxembourg et se termine dans la ville belge de Spa.. Si ses 250 kilomètres à parcourir semblent être la difficulté la plus redoutable de la journée, la traversée des Ardennes vers la fin de l'étape et ses deux ascensions de quatrième catégorie sont propices aux attaques de baroudeurs. La Belgique accueille les étapes 2a et 2b à Herentals, ainsi que le début de la troisième étape à Bruxelles. La première partie de la deuxième étape est typiquement une journée prévue pour les sprinteurs. Bien que le début de l'étape comporte deux ascensions de quatrième catégorie, le reste de l'étape est d'un plat redoutable. La deuxième partie de la journée est un contre-la-montre par équipe d'une vingtaine de kilomètres. Principalement dans la campagne belge, elle forme un circuit que les coureurs devront parcourir à deux reprises.

La troisième étape conduit la course dans le nord de la France, avec une arrivée à Amiens après de terrain plat, avec une seule difficulté répertoriée en quatrième catégorie. La quatrième étape se dirige vers la côte, plus à l'ouest jusqu'au Havre. Toujours promises aux sprinteurs costauds, un quatrième catégorie se dresse sur le passage des cyclistes. Les deux étapes suivantes emmenant le Tour le long d'une route côtière jusqu'à la pointe ouest du pays. D'un profil similaire, la pente s'élève vers le milieu de l'étape et une montée classée en quatrième catégorie est à disputer pour chacune des étapes. Les étapes 7 à 10 forment un parcours continu le long de la côte ouest jusqu'au pied des Pyrénées, à Bayonne.. Les septième et huitième étapes sont promises aux sprinteurs, sans difficultés à l’exception d’une côte de quatrième catégorie dès le début de l'étape 7. Leur distance, respectivement 201 et en font néanmoins des journées à ne pas sous-estimer. La deuxième partie de la huitième étape est un contre-la-montre individuel de , durant lesquels la pente ne s'élève jamais. La neuvième étape ne présente aucune difficulté particulière, aucun grand prix de la montagne ni zone soumise à la volonté du vent. Les coureurs s'élanceront de la ville fortifiée de La Rochelle en direction de la capitale des vins, Bordeaux. Étalée sur une distance de , elle devrait voir triompher un sprinteur. Enfin, une dernière étape de plaine permet de relier Bordeaux à Bayonne, une seule difficulté répertoriée au classement de la montagne est à franchir pour les coureurs, avant que la bataille dans les Pyrénées ne débute, dès le lendemain.

4 au 7 juillet : traversée des Pyrénées, premières batailles pour le général alt=Photo d’une vallée au centre de l’image, bordée par un massif montagneux.|vignette|gauche|Vallée de Luchon prise depuis Luchon-Superbagnères, ville-arrivée de la étape.

Les Pyrénées accueillent les quatre étapes suivantes. La onzième étape voit le premier col de troisième catégorie du Tour se dresser devant les coureurs, le col de l'Osquich. Malgré les deux difficultés en milieu d'étape, l'arrivée est plate. Les choses sérieuses commencent dès la douzième étape, et les cols du Tourmalet, d'Aspin et de Peyresourde à gravir. Ces ascensions doivent révéler le niveau des favoris en montagne et être le théâtre des premières batailles pour le classement général. La treizième étape est un nouveau contre-la-montre individuel de seulement , cependant, ce n'est autre qu'une ascension brute jusqu'à Luchon-Superbagnères. Le lendemain, les coureurs partent de Bagnères-de-Luchon pour atteindre la ville de Carcassonne et sortir des Pyrénées. Ainsi, cette dernière journée dans le sud-ouest voit l'ascension d'un col redoutable de deuxième catégorie jusqu'à Portet-d'Aspet, avant de regagner la ligne d'arrivée, plus de plus tard.

8 au 10 juillet : étapes de transition et arrivée en Provence alt=Photo d’une étendue verte dans une montagne, avec un chemin bitumé et la cime de ce col.|vignette|La cime de la Bonette, dans les Alpes, haute de , est grimpée pour la première fois durant cette édition de 1962. C'est le point le plus haut que le Tour n'a jamais emprunté.

Les étapes 15, 16 et 17 font office de transition entre les Pyrénées et les Alpes. En somme, trois quatrième catégories en trois étapes, bien que le profil suggèrerait à certaines reprises d'ajouter d'autres difficultés, au vu de l'élévation de la pente. Ces trois étapes doivent néanmoins être le théâtre d'au moins un sprint massif. Les coureurs quittent progressivement l'Occitanie pour arriver en Provence, sur la côte méditerranéenne, avec les arrivées à Aix-en-Provence puis Antibes.

11 au 13 juillet : passage dans les Alpes et dernières étapes entre favoris alt=Cycliste dans un vélodrome ouvert devant un public sur des gradins, photo en noir et blanc.|vignette|gauche|Émile Georget à l'arrivée dans le Parc des Princes en 1910. En 1962, le Parc accueille toujours un vélodrome, où se produisent plusieurs courses.

La dix-huitième étape se redirige vers le nord, à Briançon, dans les Alpes. C'est l'étape-reine de ce Tour de France 1962, autant par sa distance (), que sa difficulté (deux premières et un deuxième catégorie à franchir). Le lendemain, les coureurs ont à nouveau affaire avec les Alpes, avec la montée du col de Porte ainsi que trois autres cols répertoriés, pour une distance de plus de vers Aix-les-Bains. Enfin, si ces dix-neuf jours de courses n'ont pas déjà élu leur vainqueur, le contre-la-montre individuel de reliant Bourgoin à Lyon doit suffire pour entériner le suspense.

14 et 15 juillet : étapes finales promises aux sprinteurs Les deux dernières étapes ramènent le Tour vers le nord, en passant par Lyon et Nevers, pour finir au Parc des Princes, dans la capitale. Deux derniers quatrième catégorie sont à disputer, tandis que les sprinteurs doivent se jouer la victoire.

Favoris Le grand favori pour le classement général avant le départ du Tour est le tenant du titre Jacques Anquetil, coureur de l'équipe Saint-Raphaël. Ses principaux rivaux sont Rik Van Looy (Flandria) et Raymond Poulidor (Mercier)... Parmi les autres prétendants au classement général figurent Rudi Altig (Saint-Raphaël), Charly Gaul (Gazzola), Federico Bahamontes (Margnat), Gastone Nencini (Ignis), Henri Anglade (Liberia), Guido Carlesi (Philco), Tom Simpson (Gitane–Leroux), Ercole Baldini (Ignis) et Hans Junkermann (Wiel's–Groene Leeuw). Trois d'entre eux ont déjà remporté le Tour : Gaul en 1958, Bahamontes en 1959 et Nencini en 1960.

Favoris principaux alt=Cycliste aux cheveux courts, brossés, assis par terre.|vignette|redresse|Jacques Anquetil en 1963, c'est le favori de tous les journaux au départ de Nancy.

Anquetil, déjà vainqueur du Tour en 1957., a dominé l'édition 1961 de bout en bout, menant la course du premier au dernier jour avec plus de douze minutes d'avance à l'arrivée. Moins de deux mois avant le départ du Tour 1962, il abandonne le Tour d'Espagne, alors qu'il occupe la place du classement général, en raison d'une hépatite virale. Son coéquipier Rudi Altig remporte finalement la course. Cette situation fait craindre à certains une rivalité interne au sein de l'équipe Saint-Raphaël durant le Tour. Après dix jours de repos, Anquetil décide, contre l'avis de son médecin, de participer au Critérium du Dauphiné libéré, qu'il termine à la septième place. Pour le Tour, son ancien rival Raphaël Geminiani est nommé directeur sportif de l'équipe. Mécontent, Anquetil demande à ses sponsors de le remplacer, mais sa demande est refusée.

alt=Cycliste vêtu d’une casquette et d’un maillot arc-en-ciel.|vignette|gauche|redresse|Rik Van Looy sur la étape du Tour 1962, vêtu de son maillot arc-en-ciel de champion du monde.

Rik Van Looy, double champion du monde sur route en titre, dispute pour la première fois le Tour en 1962. Il avait jusqu'alors évité la course, estimant qu'il ne bénéficierait pas du soutien total de l'équipe nationale belge. Avec Flandria, il contrôle désormais la sélection des coureurs. Il effectue une excellente saison avant le Tour, remportant Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, Gand–Wevelgem, ainsi que deux étapes du Giro. Quatre jours avant le départ, il chute à l'entraînement et souffre d'un étirement musculaire à la cuisse gauche. Connu comme un spécialiste des classiques d'un jour, Van Looy est tout de même vu comme une menace sérieuse par Anquetil lui-même, qui redoute les bonifications d'une minute attribuées aux vainqueurs d'étape de plaine, potentiellement huit minutes au total. La presse présente alors le Tour comme un duel entre Anquetil et Van Looy.