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Taourirt est une ville du nord-est du Maroc, chef-lieu de la province de Taourirt, dans la région de l’Oriental. Située dans le Rif oriental, elle constitue un important carrefour routier et ferroviaire entre l’est et le centre du Maroc. Elle est traversée par l’oued Za, affluent de la Moulouya, et joue un rôle économique régional grâce à l’agriculture, au commerce et aux services.
Toponymie Le nom Taourirt (en amazighe : ⵜⴰⵡⵔⵉⵔⵜ, Tawrirt) est d’origine amazighe. Il dérive du mot tawrirt, qui désigne une colline, une crête ou une petite montagne. Il s’agit d’un toponyme très répandu dans les régions amazighophones du Maroc et Algérie, où de nombreuses localités portent ce nom en référence à leur relief.
Géographie Taourirt est située dans le nord-est du Maroc, dans la région administrative de l’Oriental et au sein du Rif oriental. La ville s’étend dans la vallée de l’oued Za affluant de la Moulouya. Elle est entourée par les monts des Béni-Snassen à l’est, par les reliefs du Rif oriental au nord, le massif de Debdou au sud et la plaine de Tafrata à l’ouest. Elle se trouve à environ à l’ouest d’Oujda, à environ au sud de Nador et à à l’est de Guercif.
Taourirt est une ville du Maroc oriental, sur la rive de la Moulouya, dont l'histoire ancienne est étroitement liée à celle de la plaine de Tafrata et de la région de Za, longtemps disputée entre les royaumes de Fès et de Tlemcen. Site fortifié dès l'époque médiévale, Taourirt fut, sous les Mérinides puis sous les Alaouites, un point d'appui militaire destiné à surveiller les tribus arabes et berbères de la haute Moulouya et à contrôler la route reliant Fès à Tlemcen par le couloir de Taza.
Histoire
Une région disputée entre Fès et Tlemcen Depuis les temps les plus reculés de l'histoire moderne du Maroc, la région de Tafrata, dont dépend Taourirt, resta un territoire de nomades que les gouvernements de Fès ou de Tlemcen ne parvinrent jamais à soumettre durablement. Ces derniers purent, à certaines époques, contraindre les tribus à l'obéissance ou les punir de leurs déprédations, mais sans jamais leur imposer une autorité stable : leur domination demeura toujours éphémère et cessa dès que les forces militaires chargées de la maintenir furent retirées.
Cette région constituait en effet une sorte d'« État-tampon » convoité à la fois par les souverains de l'Est et de l'Ouest, comprenant tout le territoire situé entre la Moulouya et la Tafna. La plaine de Tafrata, limitrophe de la Moulouya, subit tout particulièrement les contrecoups de cette rivalité. Jusqu'à la fin de la dynastie des Almohades, les souverains du Maroc entretinrent, en bordure de la Moulouya, une ligne de postes fortifiés (« castelli ») destinés à garder la frontière et à contenir les tribus : Outat, Msoun, Tazrout et Guercif commandaient la haute Moulouya, tandis que Taourirt surveillait la plaine de Tafrata et le couloir de Taza.
Origines et fondation de la place Comme localité habitée, Taourirt est d'origine plus ancienne que sa forteresse. Selon Marmol, avant l'arrivée des Mérinides, elle comptait parmi les principales villes du Maroc : son seigneur percevait le tribut de tous les Arabes et Berbères de la contrée, et la ville possédait plusieurs temples et palais bâtis en pierres de taille. Elle portait alors le nom de « Madinat Za », la « ville de Za ». La date à laquelle elle prit le nom de Taourirt reste inconnue, mais cette appellation est antérieure au partage du Maroc opéré par les Mérinides, puisque Taourirt y figure déjà comme le lot attribué à la tribu des Beni-Askar.
Taourirt fut ensuite occupée simultanément par les Mérinides et par les Abdelouadides de Tlemcen, avec un caïd commandant au nom du sultan de Fès et un gouverneur désigné par le souverain de Tlemcen.
L'époque mérinide (XIIIe-XIVe siècle) En 1295, le sultan mérinide Abou Yaqoub Youssef, en marche pour assiéger Tlemcen, passa par Taourirt et en chassa le fonctionnaire qu'y avait placé le souverain abdelouadide Othman ibn Yaghmoracen. Voulant faire de cette place une véritable forteresse, il y fit édifier une qasba dans laquelle il établit une garnison fournie par la tribu des Beni-Askar, commandée par son frère Abou Yahia ibn Yacoub. Abou Yaqoub mourut peu après devant Tlemcen ; la tradition populaire lui donna le surnom de « sultan noir » (Es Soltan el Akhal), peut-être en le confondant avec un de ses successeurs, Abou l-Hassan.
Cette qasba, destinée à surveiller la plaine de Tafrata et la région de Za, avait aussi pour but de couvrir Fès contre les prétentions des sultans de Tlemcen sur le royaume mérinide.
En 1332, le sultan Abou l-Hassan dut réprimer une révolte de son frère Abou Ali, soulevé contre lui à l'instigation du sultan de Tlemcen Abou Tachfin. Ce dernier profita de l'occasion pour tenter d'envahir les États du souverain de Fès, mais son armée, parvenue près de Taourirt, fut défaite par le fils d'Abou l-Hassan, Tachfin, laissé sur place pour la repousser.
Sous le règne de ce même Abou l-Hassan, la région de Tafrata et de Za devint une véritable marche militaire, donnée en fief à Ouen Zemmar ibn Arif, émir des Louaïd (Arabes zoghba), qui fixa sa résidence à Guercif et reçut le commandement non seulement de sa tribu, mais de toutes les populations arabes limitrophes. C'est l'époque de la suprématie des tribus arabes nomades sur les Berbères de la région. Les luttes incessantes entre Mérinides et sultans de Tlemcen portèrent un coup sévère à la prospérité de ces contrées : Guercif et Taourirt, saccagées à plusieurs reprises, perdirent presque toute leur population.
Les chorfa saadiens puis alaouites héritèrent ensuite des querelles opposant les Mérinides aux souverains algériens de Tlemcen, prolongeant les troubles dans les régions de Tafrata et de Za.
Le rétablissement sous les Alaouites Jusqu'en 1847, aucun événement notable n'est signalé pour la région. À cette date, une expédition organisée par Moulay Mohammed ben Cherif, précurseur de l'actuelle dynastie de Fès, quitta le Tafilalt où il avait fondé un État indépendant, pénétra dans la moyenne vallée de la Moulouya et s'y fit reconnaître comme sultan par les Ahlaf et les autres tribus de Tafrata, de Za et des Angad ; avec leur concours, il s'empara d'Adjroud, dont une partie des habitants reconnaissait encore l'autorité des Turcs de Tlemcen.
Son frère Moulay Ismaïl, présenté par la notice comme le véritable fondateur de la dynastie marocaine actuelle, dirigea par la suite une expédition contre les tribus de la Moulouya et soumit par la force celles de Tafrata, des Angad et des Beni-Snassen. Pour contenir et surveiller ces populations, il fit restaurer la qasba de Taourirt, initialement édifiée par le mérinide Abou Yaqoub Youssef ibn Abdelhaqq, qui prit alors, par anachronisme, le nom de « qasba Moulay Ismaïl », appellation qu'elle conservait encore à l'époque de la rédaction de la notice. Il y installa une garnison de cinq cents « Bouakher » noirs de la garde chérifienne, formant le corps des abid boukhari, fit également édifier la qasba de Bou Cheggada dans la plaine des Triffa, ainsi qu'une autre à El-Aïoun-Sidi-Mellouk dans les Angad, chacune dotée d'une garnison permanente. Ainsi surveillées, les tribus cessèrent leur turbulence et le calme fut à peu près complet : selon l'expression rapportée par l'historien Ezziani, auteur du Tordjman, « une femme ou un juif pouvait aller d'Oujda à Taroudant sans avoir rien à redouter ».
Après le règne de Moulay Ismaïl, l'anarchie régna pendant plus d'un siècle : les tribus, livrées à elles-mêmes, ne reconnurent plus que l'autorité de leurs cheikhs et de leurs assemblées (djemâa), l'autorité du Makhzen étant totalement ignorée.
La suprématie de Bou Zian Ech Chaoui (XIXe siècle) Sous le règne de Moulay Abderrahman, un chef influent de la fraction des Ahlaf-Krarma, Bou Zian Ech Chaoui, parvint, au prix de nombreux combats et razzias, à établir son autorité sur l'ensemble des tribus de la rive droite de la Moulouya, puis se la fit reconnaître par le sultan, qui le nomma caïd. Il laissa un souvenir durable chez les populations de la région, comme en témoignent les nombreuses qasbas aujourd'hui en ruines qu'il fit édifier à Sebaghiat, Talouait et Nali dans la plaine de Tafrata, à Taourirt et Beni-Koulal dans la région de Za, à Thouzzat chez les Oulad-Amor, ainsi qu'à Guercif et Tadart dans le Djel des Houara. Son autorité s'étendait non seulement sur sa tribu mais sur l'ensemble des populations de la rive droite de la Moulouya et, sur la rive gauche, sur les Kebdana, les Oulad-Settout, les Houara, les Matalsa et une partie des Ouarain. La notice le qualifie de « grand caïd », comparable aux grands caïds du Sud marocain de son époque. Apparenté par alliance au sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, il reçut de Moulay Abderrahman d'importantes prérogatives et fut nommé, en 1827, amel (gouverneur) de Taza, en même temps qu'était nommé pacha d'Oujda le caïd Abou l-Ola Idris ben H'oman el Djirari.
Lorsque Moulay Abderrahman envoya son fils Sidi Mohammed à la tête de l'armée qui affronta les troupes du général Bugeaud à la bataille d'Isly en 1844, le caïd Bou Zian Ech Chaoui commanda l'ensemble des contingents tribaux qui accompagnaient la mehalla chérifienne. Après la défaite, il fut accusé d'avoir entretenu des intelligences avec les Français et d'avoir trahi la cause de son souverain ; la tradition locale conserve plusieurs récits, dont celui d'une malédiction que lui aurait lancée le sultan.
Dès après la mort de Chaoui, les Ahlaf-Krarma perdirent l'essentiel de leur prépondérance. Les tribus longtemps soumises à leur autorité, en particulier les Houara — jusque-là si dociles qu'on les appelait « Houara des Ahlaf » —, se soulevèrent après l'assassinat, commis par les Larbaâ à l'instigation des Krarma, de leur chef Mohammed ben Embarek. Rejointes par les Oulad-el-Hadj, les Beni-Ouarain et les Maghraoua, elles infligèrent aux Ahlaf, soutenus par les Sedjaâ, les Angad, les Mehaya, les Beni-Yala et les Beni-Snassen, une série de défaites (à Taddert, à Sidi-Saâda près de Msoun, puis finalement à Meracki), qui mirent fin à la suprématie arabe et rendirent l'hégémonie régionale aux tribus berbères, désormais regroupées en une grande confédération dirigée successivement par El Bachir ou Messaoud puis par ses fils El Hadj Mimoun et El Hadj Mohammed, anciens caïds des Beni-Snassen.
L'intervention de Moulay Hassan Ier et la fin du XIXe siècle En 1873, la recrudescence des désordres décida le sultan Moulay El Hassan, qui venait de succéder à son père Moulay Mohammed, mort la même année, à se rendre en personne dans les régions de la Moulouya et d'Oujda à la tête d'une armée. Les tribus firent rapidement leur soumission. Pour mieux surveiller celles de Tafrata et de la région de Za, le sultan nomma un pacha à El-Aïoun-Sidi-Mellouk, appuyé par une petite garnison d'askris faisant office de force de police. Le pays connut alors une relative accalmie, en dehors des rivalités et luttes intestines habituelles entre tribus.
Sous le règne de Moulay Abd el-Aziz, l'autorité du Makhzen s'affaiblit de nouveau et les tribus, livrées à elles-mêmes, retombèrent dans un état d'anarchie et cessèrent de reconnaître le sultan.
L'épisode de Bou Hmara Profitant de cette situation, Bou Hmara (le « Rogui »), qui se faisait passer pour Moulay Mohammed, frère de Moulay Abd el-Aziz, fut reconnu sans difficulté par les tribus de la région, qui le proclamèrent sultan. Il s'employa aussitôt à organiser le commandement local à sa dévotion et à multiplier le nombre des caïds afin de se procurer des ressources par la vente des charges, provoquant dans plusieurs tribus — les Ahlaf comme les Sedjaâ — de profondes divisions entre partisans du Makhzen et partisans du prétendant, à l'origine de nombreux combats et razzias réciproques dans la région de Tafrata.
Tribus et populations