Lazare Meerson ( (ou 1900 selon les sources) à Varsovie – à Londres) est un décorateur de cinéma franco-polonais. Figure emblématique du décor cinématographique en France durant l'entre-deux-guerres, il a contribué de manière décisive à l'esthétique moderniste du cinéma français et a joué un rôle clé dans l'émergence du réalisme poétique.

Biographie Né à Varsovie, alors sous domination russe, Lazare Meerson étudie l'architecture avant de rejoindre l'Allemagne après la Révolution russe. Il suit des cours à Berlin, notamment en arts appliqués, et y obtient une première expérience dans le décor théâtral.

En 1924, il s'installe à Paris, où il intègre les la Société des Films Albatros, société fondée par des exilés russes autour de Joseph Ermolieff. Il est d'abord assistant décorateur aux côtés de Boris Bilinsky, Pierre Kéfer et Alberto Cavalcanti. Ce dernier, architecte de formation, exercera une influence déterminante sur sa sensibilité esthétique. Il travaille notamment sur les maquettes de L'Affiche (Epstein), Feu Mathias Pascal (L'Herbier), Le Double Amour (Epstein), avant de s'imposer comme décorateur principal. L’architecture moderne, l’art déco et la pensée fonctionnaliste vont devenir les pierres angulaires de sa création.

Carrière Dès 1925, Meerson collabore avec Jacques Feyder sur Gribiche, Carmen et Les Nouveaux Messieurs, et avec René Clair sur La Proie du vent, Un chapeau de paille d’Italie et Les Deux Timides. Dans Gribiche, il conçoit l’intérieur moderniste de Mme Maranet, modèle d’intérieur art déco, sobre, fonctionnel et hygiéniste, opposé aux guinguettes populaires.

Avec l’arrivée du son, Meerson devient chef décorateur aux studios Tobis d’Épinay. Il y conçoit les décors de plus de quarante films entre 1930 et 1936. Il poursuit sa collaboration avec René Clair : Sous les toits de Paris (1930), Le Million (1931), À nous la liberté (1931), Quatorze Juillet (1932).

Il y impose une nouvelle façon de penser les studios : les décors sont à la fois stylisés et ancrés dans une forme de vérité poétique. Son travail sur À nous la liberté est exemplaire : il conçoit une usine entière, chaînes de production comprises, offrant un espace régulier, géométrique, qui intègre pleinement les mouvements de caméra et la chorégraphie des corps.

Il collabore aussi avec Claude Autant-Lara (Ciboulette, 1933), Maurice Tourneur (Justin de Marseille, 1934), Abel Gance (Poliche, 1934), Marc Allégret (Les Beaux Jours, 1935). En 1935, il conçoit l’un de ses chefs-d’œuvre : La Kermesse héroïque de Feyder, pour lequel il reconstitue une ville flamande du XVIe siècle en studio, inspirée des peintures de Bruegel et Frans Hals, combinant rigueur historique et liberté d’interprétation.

Contrairement à l’abondance ornementale prônée par des décorateurs comme Donatien, il fait le choix de la clarté formelle et de la lisibilité. Il joue avec les échelles, les coursives, les perspectives forcées. Le studio devient pour lui un laboratoire d’utopie architecturale.

En 1936, Meerson est appelé en Angleterre par Jacques Feyder et Alexander Korda. Il travaille sur Le Chevalier sans armure (1937), Fire Over England (1937), et The Citadel (1938) de King Vidor. Séduit par les moyens colossaux des Denham Film Studios, il déchante pourtant devant leur organisation industrielle, plus rigide que celle qu’il appréciait en France.

Alors qu’il achève les décors de The Citadel, Meerson meurt brutalement d’une méningite, à 41 ans. Ses obsèques sont suivies par René Clair et Jacques Feyder.

Héritage

Lazare Meerson est considéré comme l'un des fondateurs de la modernité visuelle dans le cinéma français. Il a fortement influencé des décorateurs comme Jean d'Eaubonne, Alexandre Trauner ou Georges Wakhévitch, qui prolongeront son héritage dans le courant du réalisme poétique. Au-delà du style, Meerson a modifié la conception même du décor de cinéma : il ne s’agit plus de reproduire, mais d’interpréter l’espace pour servir la narration. Sa pensée du décor comme espace de sens préfigure les approches scénographiques contemporaines.

Distinctions Oscars 1933 : nomination à l'Oscar de la meilleure direction artistique pour À nous la liberté.

Autres activités Parallèlement à son travail pour le cinéma, Meerson réalise des fresques et décors peints, notamment pour le Casino de Monte-Carlo, ainsi que l’appartement de Jacques Feyder et Françoise Rosay.

Vie personnelle Il était marié à Mary Meerson, d'origine russe, danseuse et modèle, qui deviendra plus tard la compagne de Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française.

Filmographie

1924 : L'Affiche de Jean Epstein 1924 : Feu Mathias Pascal de Marcel L'Herbier 1925 : Paris en cinq jours de Nicolas Rimsky 1925 : Les Aventures de Robert Macaire de Jean Epstein 1926 : Carmen de Jacques Feyder 1925 : Gribiche de Jacques Feyder 1927 : Le Chasseur de chez Maxim's de Roger Lion et Nicolas Rimsky 1927 : La Proie du vent de René Clair 1928 : La Comtesse Marie (La condesa María) de Benito Perojo 1928 : Un chapeau de paille d'Italie de René Clair 1928 : L'Argent de Marcel L'Herbier 1928 : Les Nouveaux Messieurs de Jacques Feyder 1929 : Les Deux Timides de René Clair 1929 : Le Croisé de Dimitri Kirsanoff 1929 : Le Requin de Henri Chomette 1930 : David Golder de Julien Duvivier 1930 : L'Étrangère de Gaston Ravel 1930 : La Fin du monde de Abel Gance 1930 : Sous les toits de Paris de René Clair 1931 : Le Million de René Clair 1931 : À nous la liberté de René Clair 1931 : Le Bal de Wilhelm Thiele 1931 : Les Cinq gentlemen maudits de Julien Duvivier 1931 : Die fünf verfluchten Gentlemen de Julien Duvivier (version allemande du film précédent) 1931 : La Femme en homme de Augusto Genina 1931 : Jean de la lune de Jean Choux 1931 : Le Monsieur de minuit de Harry Lachman 1931 : Prisonnier de mon cœur de Jean Tarride 1931 : Un coup de téléphone de Georges Lacombe 1932 : Ciboulette de Claude Autant-Lara 1932 : Conduisez-moi, Madame de Herbert Selpin 1932 : La Femme nue de Jean-Paul Paulin 1932 : Il a été perdu une mariée de Léo Joannon 1932 : Quatorze juillet de René Clair 1933 : L'Ange gardien de Jean Choux 1933 : La Femme invisible de Georges Lacombe 1933 : Le Grand Jeu de Jacques Feyder 1933 : Lac aux dames de Marc Allégret 1933 : Primerose de René Guissart 1933 : Une fois dans la vie de Max de Vaucorbeil 1934 : Amok de Fedor Ozep 1934 : La Banque Nemo de Marguerite Viel 1934 : L'Hôtel du libre échange de Marc Allégret 1934 : Justin de Marseille de Maurice Tourneur 1934 : Pension Mimosas de Jacques Feyder 1934 : Poliche de Abel Gance 1934 : Zouzou de Marc Allégret 1935 : Les Beaux Jours de Marc Allégret 1935 : La Kermesse héroïque de Jacques Feyder 1935 : Klugen Frauen de Jacques Feyder (version allemande du film précédent 1935 : Princesse Tam Tam de Edmond T. Gréville 1937 : As You Like It (Comme il vous plaira) de Paul Czinner 1937 : Break the News (Fausses nouvelles) de René Clair 1937 : Fire Over England (L'Invincible Armada) de William K. Howard 1937 : Knight Without Armour (Le Chevalier sans armure) de Jacques Feyder 1937 : South Riding de Victor Saville 1938 : The Divorce of Lady X (Le Divorce de Lady X) de Tim Whelan 1938 : La Citadelle (The Citadel) de King Vidor

Notes et références

Voir aussi Articles connexes René Clair Jacques Feyder Alexander Korda Alexandre Trauner

Liens externes et sources

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