Frédéric III de Montefeltro, ou Frédéric III de Montefeltre, en italien Federico III da Montefeltro ou plus généralement Federico da Montefeltro (Gubbio, - Ferrare, ), duc d'Urbino et comte de Montefeltro de 1444 à sa mort, est l'un des plus célèbres condottieres de l'histoire et un des principaux princes mécènes de la Renaissance.
Il finança de nombreux artistes et contribua grandement au développement de la ville d'Urbino, aujourd'hui classée au titre du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Frédéric III était connu dans l'Europe entière comme le prince humaniste par excellence, deux cents ans avant le début des Lumières. Baldassare Castiglione, célèbre écrivain né en 1478, déclarait, dans son important ouvrage Le Livre du courtisan, que Frédéric III "fut en son temps la lumière de l'Italie".
Son immense palais considéré comme l'une des oeuvres majeures de la Renaissance, son studiolo mais aussi sa collection de peintures ou de livres, l'une des plus importantes d'Europe après celle du Vatican, constituent des témoignages de l'influence et du rayonnement culturel du duc d'Urbin.
Outre le mécénat, le duc d'Urbino, grâce à son talent militaire est devenu l'un des condottieres les plus puissants de toute l'Italie. Servant tout à tour la papauté, Florence, Milan et Naples, Frédéric III joua un rôle central dans l'équilibre politique de l'Italie au XVè siècle. On le retrouve notamment à la tête de différentes armées lors de la guerre de Ferrare ou encore à la bataille de la Riccardina.
Les revenus tirés de ses campagnes militaires firent de lui l'un des princes les plus riches d'Italie, lui permettant d'entretenir une armée permanente et de transformer Urbino en une cour princière de premier plan.
Il fut l'un des premiers étrangers à recevoir le prestigieux Ordre de la Jarretière.
Son fils Guidobaldo continua le mécénat en soutenant notamment le peintre Raphaël, né à Urbino en 1483, un an seulement après la mort de Frédéric III.
Biographie Jeunesse vignette|Urbino : le palais et l'église. vignette|upright|Frédéric et Guidobaldo par Pedro Berruguete ; on distingue la filiation en majesté, le combattant en armure avec la Jarretière et le lettré avec son livre. Frédéric nait à Gubbio, fils illégitime de Guidantonio da Montefeltro, seigneur d'Urbino, de Gubbio et Casteldurante, et duc de Spolète et de Elisabetta degli Accomandugi. Le pape Pie II rapporta la rumeur selon laquelle il était le fils du capitaine Ubaldini Carda, substitué à celui du souverain à la naissance. Ce passage fut ensuite supprimé de la version publiée des Commentarii de Pie II. L'enfant est élevé par Giovanna degli Alidosi, veuve de Bartolomeo Brancaleone, dont il est, très jeune, fiancé à la fille.
À l'âge de 11 ans, son père l'envoya comme otage à Venise. Fuyant la peste qui se répandit dans la ville, il se réfugia à Mantoue. Il y fit ses études dans la célèbre Ca Zoiosa dirigée par l'humaniste Vittorino da Feltre, auprès des enfants du marquis de Gonzague, bénéficiant ainsi du meilleur enseignement humaniste de l'époque. En 1437, il fut armé chevalier à Mantoue par l’empereur Sigismond qui séjournait en Lombardie. À 15 ans, il rejoignit sa mère adoptive et épousa, la même année, le , à Gubbio, Gentile Brancaleoni.
Prise du pouvoir À seize ans, il commence une carrière de condottière sous le commandement de Niccolò Piccinino qui dirige alors les armées milanaises contre Venise. En 1439, il vient en aide à son père qui est attaqué par les Malatesta de Rimini, ennemis traditionnels des Montefeltro, s'emparant de la Rocca San Leo au prix d'une escalade spectaculaire. Dans les années 1442-1444, il combattait toujours aux côtés de son père contre les Malatesta.
À la mort de Guidantonio en 1443, son fils Oddantonio lui succède. Afin de sceller l'alliance entre la papauté et les Montefeltro, le pape lui conféra le titre de duc d'Urbino. Le jeune duc provoqua, du fait de sa morgue et de ses dépenses somptuaires, un rapide mécontentement parmi ses sujets. Le , il fut assassiné par des conjurés qui pénétrèrent dans le château à la suite d'un complot. La ville se souleva contre la Seigneurie des Montefeltro. Frédéric se trouvait à Pesaro où il luttait contre les Malatesta. À l'annonce de la mort de son demi-frère, il revint aussitôt à Urbino où il dut négocier avec la population révoltée et concéder une charte en vingt articles pacifiant les rapports entre le seigneur et sa ville pour s'emparer du pouvoir. Sa probable participation à la conjuration n'a jamais été éclaircie.
Dès son accession au pouvoir, Frédéric accorde une amnistie à ceux qui avait assassiné son demi-frère et leur promit un gouvernement moins tyrannique.
Le condottiere Dans les années 1450, Frédéric combat pour le roi de Naples et son allié le pape Pie II pour le compte de Florence, puis passe un accord avec Francesco Sforza. En 1451, Frédéric passe au service du roi de Naples contre Florence. De 1447 à 1451, son principal employeur est toutefois le pape Pie II qui est son allié contre Sigismond Malatesta. La paix de Lodi, qui amène en 1454 un semblant de paix dans la péninsule, mit en péril ses ressources mais lui permit de se consacrer à la lutte contre son ennemi héréditaire Malatesta.
Sa première épouse, Gentile, meurt en 1457 sans lui avoir donné d'enfant. Il épouse en 1460 Battista Sforza, issue de la célèbre famille de condottieres maîtres de Milan, renforçant ainsi l'alliance qui le liait à Francesco Sforza comme condottiere depuis 1444. Dans l'accord avec les Sforza — Frédéric ne combat jamais pour rien — il leur transférait le contrôle de Pesaro et recevait en échange Fossombrone, se faisant par là même un ennemi définitif dans les Marches en la personne de Sigismondo Pandolfo Malatesta, seigneur de Rimini. Lorsqu'il devient seigneur de Milan, Sforza offrit à Frédéric le bâton de capitaine général de la ville. vignette|Tableau Le Triomphe de la chasteté par Piero della Francesca représentant Frédéric III et sa femme Battista Sforza À partir de 1459, il combat en Romagne pour le pape Pie II, à nouveau contre Malatesta, à qui il inflige une sévère défaite sur le fleuve Cesano, près de Senigallia (1462), et prend d'assaut la ville de Santarcangelo di Romagna qu'il met à sac. Le pape le nomma vicaire des territoires conquis avec le droit de les transmettre à son fils Guidobaldo, mais lorsque Pie II veut reprendre personnellement le contrôle de l'ancienne capitale des Malatesta à Rimini, Frédéric se retourne contre lui et combat à la tête d'une alliance des villes formée contre la puissance papale.
En , à la tête de la ligue contre Venise, il bat le grand capitaine Colleoni. En 1472, il est chargé par Florence de réduire la ville de Volterra qui s'est révoltée. Il laisse ses troupes saccager la cité, crime qu'il ne cesse de se reprocher, mais dont ses employeurs florentins le félicitèrent en organisant un triomphe à l'antique. Il reçoit en signe de gratitude un casque en argent doré d'une valeur de 500 ducats, orné d'émaux et surmonté d'une aigrette représentant Hercule terrassant un griffon, le symbole de Volterra, et provenant de l'atelier du grand maître Antonio Polluaiolo.
Le , le duché d'Urbino est confirmé à Frédéric, par extension aux illégitimes, du titre accordé à son demi-frère par le pape Sixte IV qui marie son neveu favori Jean della Rovere (Giovanni) à la fille de Frédéric III, Jeanne (Giovanna). Dans le même temps, il fut nommé gonfalonnier de l'Église catholique romaine et ajouta, de ce fait, les attributs dits Gonfalone pontificioBlason de gonfalonier : tiercé en pal, coupé au premier et au troisième, au chef du premier et à la pointe du troisième d'or chargé d'une aigle bicéphale de sable, becquée, membrée et couronnée d'or, au chef du troisième et à la pointe du premier bandé d'or et d'azur, au deuxième de gueules, à l’ombrelle à goussets de gueules et d'or, au volant échiqueté de même, sommée d'un globe crucifère d’or, la tige en forme de lance chargée de deux clefs en sautoir avec les pannetons tournés vers l'extérieur et vers le haut, l'une d’or et l'autre d’argent, liées d'azur (Gonfalon pontifical) ou Basilica, obtenant le droit de porter la bannière blanche de la papauté avec ses deux clés croisées.En , il fut nommé chevalier de l'Ordre de la Jarretière par le roi d'Angleterre Edouard IV, et le roi de Naples Ferrante lui octroya l'ordre de l'Hermine.
Frédéric combat à nouveau contre ses anciens maîtres florentins à la tête de l'armée pontificale après l'échec de la conspiration des Pazzi de 1478 dans laquelle il est fortement impliqué.
Frédéric de Montefeltro meurt devant Ferrare le d'une attaque de malaria, en combattant contre Venise et le pape Sixte IV, capitaine général d'une ligue formée par Florence, Naples et Milan.
Revenus Fréderic de Montefeltro tire ses revenus de la pratique de la guerre. Pendant trente-quatre années, il sert au titre de capitaine général trois papes, deux rois de Naples, deux ducs de Milan et plusieurs ligues. Les condotte qu'il conclut avec les plus grandes puissances d'Italie augmentent au fil du temps. Au début de sa carrière, Francesco Sforza l'emploie pour ducats en temps de paix et en année de guerre. Il reçoit ducats pour participer à la guerre de Ferrare en 1482-1484. La survie de sa petite principauté dépend totalement de son succès dans le métier des armes et le prix des condotte lui permet de résister à ses ennemis sans avoir à écraser ses sujets d'impôts. Grand employeur, il enrôle ses hommes dans sa compagnie, distribuant ainsi tout à la fois soldes, emplois et bénéfices à ses sujets dont il renforce en même temps la fidélité et avec lesquels il entretient des liens personnels, y gagnant une réputation de seigneur éclairé et bienveillant.
Sa richesse est estimée par les historiens à un revenu moyen de ducats par an.
Palais ducal Un érudit du donne cette définition de la ville d'Urbino, qui, à ce moment, vit son époque artistique la plus riche et la plus intense tant sur le plan culturel que politique :
Elle doit cette situation remarquable à Frédéric de Montefeltro, qui, avec l'humaniste Alberti, conçut l'idée d'une « cité idéale et rationnelle, bien protégée, riche, tournée vers les arts et le bonheur. » C'est ainsi qu'est né le palais ducal d'Urbino, qui est plus un lieu de rencontres qu'un château fortifié. Au début du siècle suivant, Balthazar Castiglione — qui passe dix années à la cour d'Urbino entre 1503 et 1513 — note dans son ouvrage Du courtisan la parfaite intégration du palais, « lieu de force et de spiritualité, mais aussi d'élégance et d'urbanité » au paysage environnant.
Le palais ducal d'Urbino, considéré comme l'un des grands joyaux architecturaux de la Première Renaissance, fut conçu par l'architecte Luciano Laurana, nommé maître d'œuvre du palais dans un Bref du . Cosimo Rosselli, Roberto Valturio, Federico Barocci et Francesco di Giorgio Martini le décorèrent. Ce dernier, qui reprit les travaux du palais ducal en 1472, est l'auteur également des plans avec Botticelli du studiolo du prince, cabinet de travail personnel et intime, réalisé entièrement en trompe-l'œil marqueté par Baccio Pontelli.
Le palais abrite les appartements du duc, de son épouse et de leurs enfants, ainsi que les pièces réservées aux hôtes et à leur suite, les offices administratifs comme la chancellerie, les communs et les écuries. Ils se répartissent autour d'une rampe en pente douce qui descend du cortile d'honneur avec, à gauche, la grande cuisine, le bûcher, le bain de la duchesse, véritable complexe rivalisant avec les bains romains, et, à droite, une immense blanchisserie-teinturerie, la citerne, la glacière, la sellerie et l'écurie.