L’équipe de France de football participe à la Coupe du monde de football 1930 organisée en Uruguay du 13 au . Pour sa première participation à la compétition, où elle ne part pas favorite, la France est éliminée au premier tour, terminant troisième du groupe 1 derrière l'Argentine et le Chili, et devant le Mexique.
La France n'accepte l'invitation à participer que le , environ deux mois avant le début de la compétition, poussée par le président de la FIFA, le Français Jules Rimet. L'équipe, composée en majorité de jeunes joueurs ne comptant que peu de sélections à leur actif, effectue le voyage en bateau en compagnie des sélectionneurs Raoul Caudron et Jean Rigal et du soigneur M. Panosetti pour seul encadrement technique. Les deux semaines de traversée sont effectuées avec les sélections de Belgique et de Roumanie.
Les Français disputent l'un des deux matches d'ouverture contre le Mexique et s'imposent quatre buts à un, Lucien Laurent marquant le premier but de l'histoire de la Coupe du monde, puis s'inclinent deux fois par un but à zéro, d'abord contre l'Argentine puis contre le Chili.
En dépit de cette élimination, la presse française salue la prestation de l'équipe de France, malgré une couverture parcellaire de l'événement par celle-ci.
Préparation de l’événement
Contexte
Au sortir de la Première Guerre mondiale, deux fédérations omnisports gèrent la pratique du football en France, l'USFSA et le CFI, cette dernière s'occupant de l'équipe de France de football depuis 1912, rôle auparavant dévolu à l'USFSA. Sentant que le contrôle du football lui échappe, l'USFSA propose la création d'une fédération qui ne se consacrerait qu'au football, y compris l'équipe de France. La Fédération française de football association (FFFA) voit ainsi le jour en 1919 sous l'impulsion d'Henri Jevain, président de la Commission d'association de l'USFSA et de Jules Rimet. Le nouveau comité de sélection, présidé par M. Vuillaume, décide de nommer non pas un entraîneur à la tête de l'équipe, mais un manager, Gaston Barreau.
L'équipe de France gagne en homogénéité et en performance durant les années 1920, les meilleurs joueurs étant sélectionnés, bien que la sélection reste en majorité parisienne, les moyens de transport étant limités pour faire jouer les joueurs de province. L'équipe se montre capable du meilleur comme du pire, parvenant par exemple à battre pour la première fois les Anglais en 1921 et à battre régulièrement des équipes comme la Suisse ou la Belgique, mais aussi d'aligner entre 1922 et 1925 une série de quatorze défaites en dix-sept matches, contre des équipes comme la Hongrie, l'Autriche, la Tchécoslovaquie ou encore l'Espagne, et même d'encaisser une cinglante défaite en Hongrie treize buts à un en 1927. Le , Jean Rigal remplace Vuillaume à la tête du comité de sélection pour améliorer les performances de l'équipe, mais les résultats tardent à venir. Aux Jeux olympiques, les performances sont mitigées, avec une demi-finale en 1920, un quart de finale en 1924 et un huitième de finale en 1928. Parallèlement à ces résultats en dents de scie et à cette organisation archaïque, Jules Rimet, alors président de la FFFA et de la FIFA, œuvre pour la création d'une Coupe du monde de football. Le projet est adopté le , et l'organisation de la première édition, en 1930, est confiée à l'Uruguay.
Au niveau des instances, la France est en retard par rapport aux autres pays, conservant l'amateurisme au sein du football alors que la majorité d'entre eux a déjà adopté le professionnalisme. De plus, il n'y a pas de championnat national, alors que de nombreux pays européens en organisent depuis au moins 1905, comme l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande du Nord, la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie, la Suisse, la Hongrie, l'Allemagne et la Suède . Le football français est divisé en ligues régionales, les meilleurs joueurs français ne pouvant s'affronter qu'au cours de la Coupe de France, où les meilleurs clubs s'illustrent. Lors de l'édition 1929-1930, qui voit s'affronter en demi-finales l'Amiens AC, le RC France, le FC Sète et l'Olympique de Marseille, ils sont ainsi dix-huit internationaux français à prendre part aux rencontresTrois au FC Sète (André Chardar, Louis Cazal et Gustave Dubus), quatre à l'Olympique de Marseille (Charles Allé, Aimé Durbec, Jules Dewaquez et Maurice Gallay), six au RC France (Manuel Anatol, Marcel Capelle, Jean Gautheroux, Alexandre Villaplane, Marcel Galey et Émile Veinante) et cinq à l'Amiens AC (Urbain Wallet, Célestin Delmer, Ernest Libérati, Paul Nicolas et Georges Taisne).
Qualification et sélection
Dans l'histoire de la Coupe du monde de football, cette première édition est la seule qui ne prévoit pas de phase qualificative, toutes les équipes affiliées à la FIFA étant invitées à prendre part à la compétition, avec le comme date limite d'inscription. Le nombre de places est alors limité à seize équipes. Cependant, tous les pays affiliés à la FIFA ne souhaitent pas participer, notamment les sélections européennes, pour différentes raisons. Devant le peu de motivation de ces équipes, la date limite d'inscription est repoussée à fin mai.
vignette|upright|Henri Delaunay, secrétaire général de la FFF.|alt=Photo de Henri Delaunay
La France hésite à participer. Elle accepte l'invitation dans un premier temps, puis se désiste. Finalement, sous l'influence du président de la FIFA Jules Rimet, le bureau fédéral confirme la participation de la France à la Coupe du monde le , à peine plus d'un mois avant le début de la compétition. Sous la direction d'Henri Delaunay, le secrétaire général de la FFF, des moyens logistiques sont déployés pour organiser le voyage en Uruguay et former l'équipe. L'équipe de France reste alors sur un mauvais bilan avec neuf matches amicaux sans victoire en 1929 et en 1930, et il ne lui reste qu'un seul match amical de programmé à jouer avant le début du mondial, le contre la Belgique au stade du Pont d'Ougrée à Liège. Plusieurs joueurs ayant effectué leurs débuts avec l'équipe de France dans l'année sont confirmés pour ce match, à l'image de Marcel Capelle, Marcel Pinel, Célestin Delmer et Jean Laurent. De plus, Capelle est associé en défense à Étienne Mattler, qui connaît sa première sélection, tandis que deux joueurs ne comptant aucune sélection sont appelés en tant que réservistes, André Tassin et Numa Andoire. D'autre part, Marcel Langiller, non sélectionné depuis plus de deux ans, est rappelé pour la rencontre. Grâce à un doublé de Pinel, la France s'impose deux buts à un, après plus d'un an sans victoire. Devant cette bonne performance et une équipe naissante, tous ces joueurs sont sélectionnés pour la Coupe du monde par le comité de sélection, composé de Raoul Caudron, Jean Rigal et Maurice Delanche. Avec eux, quatre autres joueurs ayant récemment débuté avec l'équipe de France sont appelés, Lucien Laurent, Ernest Libérati, Edmond Delfour et Émile Veinante. Augustin Chantrel et André Maschinot complètent la sélection avec des habitués, le gardien Alexis Thépot, appelé depuis 1927, et le capitaine Alexandre Villaplane, qui a pris part à presque toutes les rencontres depuis 1926.
Comme les joueurs sont encore amateursLe professionnalisme n'est autorisé en France qu'à partir de 1932, Rimet et Delaunay multiplient les démarches et doivent lutter auprès des employeurs des joueurs pour qu'ils les libèrent pendant la durée du voyage et de la compétition, soit environ deux mois. Ainsi, l'administration des douanes accorde à Thépot un congé exceptionnel, Capelle bénéficie d'un sursis pour sa période militaire et une intervention auprès du Quai d'Orsay permet au soldat Pinel d'être officiellement délégué en mission spéciale auprès du consul de France à Montevideo. Par contre, le manager technique Gaston Barreau, ne pouvant se libérer de ses obligations à l'Académie de musique, ne peut pas accompagner l'équipe de France et doit se résoudre à voir partir la sélection sans lui, la mort dans l'âme.
Voyage et séjour
vignette|gauche|Plaque commémorant le départ de l'équipe de France de Villefranche-sur-Mer le 21 juin 1930.|alt=Plaque commémorative
Les Français font le voyage vers l'Uruguay à bord du SS Conte Verde, un bateau italien de la Blue Star Line long de et large de , en compagnie des sélections belge et roumaine. L'équipe de France doit embarquer à Villefranche-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, le . Ils prennent le train Paris-Villefranche le à 19 heures 30 pour monter le lendemain à bord de la vedette Emile-Paris qui emmène les joueurs à bord du SS Conte Verde, parti de Gênes en Italie avec à son bord l'équipe roumaine. Les Belges montent ensuite sur le bateau à Barcelone le lendemain, avant que celui-ci ne fasse des escales à Lisbonne, à Madère, aux îles Canaries puis à Rio de Janeiro, où la sélection brésilienne prend place sur le navire le . Ces équipes sont accompagnées entre autres de Jules Rimet, qui voyage avec sa fille et le trophée en or de la compétition, et des trois arbitres européens invités à arbitrer les matches, les Belges Henry Christophe et John Langenus, et le Français Thomas Balvay.
vignette|upright=1.25|Jules Rimet et l'équipe de France en partance pour Montevideo.
Le voyage s'effectue dans une atmosphère bon enfant, seuls quelques joueurs se plaignant de ne pas pouvoir se préparer normalement en raison du manque d'espace sur le pont et dans la salle de gymnastique. Les joueurs effectuent des séances physiques et d'échauffements afin de garder la forme. Le SS Conte Verde, accueilli par plus de , arrive à Montevideo le après quatorze jours de traversée.
Une fois sur place, les Français sont logés au Club House du Rowing de Montevideo. Ils y disposent d'une chambre pour trois joueurs avec une salle de bains équipée d'une douche. Le Club House possède une salle d'escrime, un fronton de pelote basque, une salle de culture physique, un terrain de basket, des courts de tennis et un terrain de football. Une fois sur place, les Français se préparent idéalement en battant la Roumanie par cinq buts à deux lors d'un match entrainement.
Pour le retour, l'équipe de France voyage à bord du transatlantique Duillo avec l'équipe de Belgique. Le bateau fait escale à Rio de Janeiro, à Santos, à Barcelone puis à Villefranche-sur-Mer.
Joueurs et encadrement
La sélection compte seize joueurs : deux gardiens, trois défenseurs, cinq milieux et six attaquantsPour plus de clarté, les intitulés des postes de l'époque ne sont pas détaillés. L'équipe jouait en 2-3-5, soit deux défenseurs (appelés arrière droit et gauche), trois milieux (appelés demi droit, centre et gauche) et cinq attaquants (appelés ailiers droit et gauche, inters droit et gauche, et avant centre). Elle est particulièrement jeune, avec une moyenne d'âge autour des 23 ans et 6 mois. Le plus jeune est Marcel Pinel, tout juste 22 ans au début de la compétition, alors que le plus vieux est André Tassin, âgé de 28 ans et 4 mois. Les joueurs sont assez inexpérimentés sur le plan international. En effet, la majorité d'entre eux compte moins de cinq sélections, et seuls deux joueurs ont déjà porté le maillot de l'équipe de France à plus de dix reprises, à savoir Alexis Thépot et le capitaine Alexandre Villaplane. De même, le meilleur buteur de l'équipe est alors Pinel, qui n'a pourtant marqué que deux buts en sélection. Bien que sélectionné, Numa Andoire ne portera jamais le maillot de l'équipe de France.
Les joueurs appartiennent majoritairement aux clubs des deux plus importantes Ligues de l'époque, la Ligue de Paris et la Ligue du Nord : cinq au RC France, deux au Red Star Olympique, deux à l'Amiens AC, un au CA Sports généraux et un à l'Excelsior Roubaix. Pour les autres joueurs, quatre appartiennent au FC Sochaux et un à l'OGC Nice.