Guillaume Dubois, appelé « l'abbé Dubois », puis « le cardinal Dubois », est un ecclésiastique et un homme d'État français, né le à Brive-la-Gaillarde et mort le à Versailles. Il est le principal ministre d'État sous la régence de Philippe d'Orléans.
Biographie Origines Né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), le jeune Guillaume aurait été, selon ses ennemis, le fils d'un apothicaire.. Il est en fait baptisé le à Saint-Martin de Brive et est le fils de Jean Dubois et de Marie de Joyet de Chaumont. Issu d'un milieu d'édiles, son père est docteur en médecine. C'est son oncle et parrain, Guillaume, qui est maître apothicaire.
C'est le deuxième enfant du ménage. Son frère aîné est Joseph Dubois, né en 1650, mort en 1740, maire perpétuel de Brive et directeur général des ponts et chaussées de France entre 1723 et 1736. Un autre frère, Jean Dubois (1665-1727), a été abbé de Caunes. Une sœur, Jeanne, a épousé le à Saint-Martin de Brive Guillaume de Vielbans d'AurussacSociété scientifique, historique et archéologique de la Corrèze : Brive-la-Gaillarde au . Le temps des Lumières..
Très mal connue, en l'absence d'archives substantielles, la jeunesse du cardinal Dubois a fait l'objet d'innombrables anecdotes généralement malveillantes, telles que le fait qu’il aurait versé dans la marmite de la cantine une fiole d’antimoine, laxatif particulièrement puissant, subtilisée dans la boutique paternelle alors qu’il était encore élève du prieuré Saint-Martin, ou qu’il aurait mis enceinte, à l’âge de 13 ans, une servante chez le premier président du parlement de Bordeaux où il avait été engagé comme précepteur, qu’il l’aurait épousée et, qu’une fois la dot dilapidée en beuveries et escapades nocturnes, il aurait quitté précipitamment sa ville natale, à l’âge de 16 ans pour monter dans la capitaleAlexandre Dupilet, Le Cardinal Dubois, Le génie politique de la Régence, Paris, Tallandier, 2015., mais quelques-unes sont bien documentées. On sait que Dubois, abbé (clerc tonsuré, mais pas prêtre) depuis 1692, obtint en 1720 , comme l'écrit le marquis d'Argenson dans ses MémoiresMémoires, , et note 1 en bas de page. Gallica. BnF. de la part du marquis de Breteuil, alors intendant de Limoges, qui parvint , à faire disparaître toutes traces d'un mariage contracté par le sieur Dubois, avant son entrée dans les ordres, en vue d'être « créé » cardinal. En contrepartie, Breteuil sera nommé ministre de la Guerre par le Régent sur proposition (fortement soutenue) de Dubois.
Formation Éduqué par les frères de la doctrine chrétienne, il reçoit la tonsure et le « petit collet » à l'âge de treize ans. Avec Fleury et, plus tard, Bernis, il appartient à cette (Emmanuel Le Roy Ladurie), typique du Midi des Lumières. Il devient l'abbé Dubois, titre de pure courtoisie pour cet abbé de cour et de salon..
En 1672, à 16 ans, il obtient une bourse et part, sans doute par la protection du lieutenant-général du Limousin, le marquis Jean de Pompadour, pour Paris, poursuivre sa formation au collège Saint-Michel, aujourd'hui disparu, mais dont il reste quelques vestiges rue de Bièvre ( arrondissement).
Il est vite remarqué par l'abbé Antoine Faure, directeur de l'établissement, qui obtient pour son compatriote le poste envié de précepteur du neveu du roi, le jeune Philippe, duc de Chartres, futur duc d'Orléans, né en 1674. Aujourd'hui, au musée Carnavalet, un portrait en pied, sans doute apocryphe, le montre au côté de son élève.
Débuts à la cour En 1692, sous l'insistance de Louis XIV, mais face à l'opposition irréductible de sa mère, la Princesse palatine, le duc de Chartres épouse Mademoiselle de Blois, fille naturelle légitimée que le roi avait eue de Madame de Montespan. Dubois est appelé à la rescousse pour vaincre les hésitations du jeune ducSaint-Simon s'étend longuement sur l'affaire du mariage du duc de Chartres. Saint-Simon, Mémoires, tome 1, chapitre 6. et obtient par la suite l'abbaye de Saint Just en Picardie.
En 1698, au service de la maison d'Orléans en même temps que l'abbé de Saint-Pierre, théoricien de la paix universelle, Dubois effectue une mission diplomatique en Angleterre. Il y découvre une nation capitaliste et libérale en plein essor, visite Oxford, rencontre les exilés français tels que Saint-Évremond et noue sans doute d'utiles relations dans l'entourage de la Cour de Saint-James.
De retour au Palais-Royal, Dubois devient un spécialiste de la diplomatie secrète.
Régence vignette|redresse|Guillaume Coustou, Monument funéraire du cardinal Dubois, église Saint-Roch de Paris. Le début de la Régence en 1715 marque le début de l'apogée dans la carrière de Dubois.
Devenu conseiller du Régent, il exerce une influence croissante. Il oriente la France vers l'alliance britannique, aidé en cela des renseignements de sa maîtresse en titre, Madame de Tencin, qui, par son fameux salon littéraire et politique, était au fait du dessous des cartes de la politique anglaise. Les Orléans et les Hanovre devant faire face à de vives oppositions intérieures, il s'efforce de maintenir la paix qui, seule, peut permettre de maintenir la stabilité du régime et l'économie française, bien malmenée par la longue guerre de Succession d'Espagne qui vient à peine de se terminer. Pour ce faire, l'Angleterre lui versait secrètement, ainsi que nous l'apprend Nocé, une pension annuelle de (soit à peu près 10 millions d'euros actuels)Jean Haechler, Promenade dans le XVIIIe siècle, éditions Nil, Paris, 2003, p. 58.. Le retournement des alliances en faveur de l'Angleterre des Hanovre a pour conséquence l'éloignement des descendants de la dynastie catholique Stuart. C'est ainsi que Jacques Edouard Stuart se réfugie en Avignon, terre papale, au retour de la désastreuse expédition en Écosse de 1715 (« » selon la terminologie anglaise).
Face aux projets du cardinal Alberoni en Espagne, il négocie la Triple Alliance (1717) avec George . Il entre cette même année au Conseil des affaires étrangères. Quand, le , le Régent met fin à la polysynodie, Guillaume Dubois devient secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.
En 1719, une guerre limitée contre l'Espagne force Philippe V à renvoyer Alberoni. Après avoir reçu précipitamment les ordres majeurs et mineurs, le ., Dubois obtient l'archevêché de Cambrai (), un des plus riches du pays, qui lui fournit également le titre prestigieux de prince du Saint-Empire romain germanique. Le , après l'élection d'Innocent XIII, il reçoit la pourpre cardinalice, alors qu'il ne sait pas célébrer une messe. Il n'ira jamais dans son diocèse, l'essentiel de ses préoccupations allant à la politique. Il devint en outre abbé commendataire de l'abbaye de Cercamp, le ..
Ses ennemis, faisant abstraction de ses qualités de diplomate et du bilan global positif de son action au gouvernement de la France, attribuent l'essentiel de son ascendant sur le Régent à sa capacité à lui trouver des maîtresses à son goût, d'où l'aphorisme rapporté par Roger Peyrefitte à propos de son élévation au cardinalat :
La chanson de l'époque Il court, il court, le furet, constituée de contrepèteriesanagramme de Il fourre, il fourre, le curé, etc., raille ses mœurs dissolues. Cette interprétation de la chanson en tant que contrepèterie désignant le cardinal Dubois est toutefois douteuse, car elle ne semble attestée que dans des ouvrages et documents récents, le plus ancien étant un enregistrement de 1969 La Régence en chansons, p. 59, dossier établi pour le séminaire d'élèves « La Régence en fêtes » de l'École normale supérieure, séance du 7 février 2019..
Ministre principal Son ascension est parachevée par l'obtention du poste de principal ministre (1722) , que Mazarin avait été le dernier à obtenir, l'entrée à l'Académie française puis la présidence de l'assemblée du clergé.
Durant son bref ministère, par le biais d'un travail acharné, il tente de relancer l'économie par la réduction des droits, de rétablir la situation des finances après les errements du système de Law et ralentit la persécution des protestants.
Doté de sept abbayes, il amasse, comme la plupart des cardinaux de l'époque, une certaine fortune (dix millions de livres) et tente de promouvoir sa famille. On lui prête une vie dissolue et il n'a en tout cas jamais exercé de fonction en rapport avec son état ecclésiastique.
Mort Il meurt à Versailles le , suivi de près, trois mois plus tard, par son ancien élève, le duc d'Orléans. Il est inhumé dans la collégiale Saint-Honoré à Paris, mais celle-ci est détruite en 1792, lors de la Révolution. La tombe du cardinal Dubois est transportée quelque temps après dans l'église Saint-Roch à Paris, où elle se trouve toujours.
Bibliographie Ouvrages anciens Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Le Cardinal Dubois et la Régence de Philippe d'Orléans, Paris, Amyot, 1861. Comte de Seilhac, L'Abbé Dubois, premier ministre de Louis XV, d'après les mémoires manuscrits de l'abbé d'Espagnac, accompagnés de lettres inédites écrites par la mère du Régent et de nombreux papiers de la famille Dubois, Paris, Amyot, 1862, 2 vols. Vol. 1 numérisé &. 2 numérisé. Louis Wiesener, Le Régent, l’abbé Dubois et les Anglais, 1891.
Études historiques Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant, Les Ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-JAS, 1996, 452 Guillaume Lagane, L'Abbé Dubois : diplomate et premier ministre, DEA Paris I, 2000. Guy Chaussinand-Nogaret, Le Cardinal Dubois : une certaine idée de l'Europe, 2001. . . Gérard Valin, Les Jacobites, la papauté et la Provence, L'Harmattan, 2019
Représentation Iconographie Hyacinthe Rigaud, Portrait du cardinal Dubois, aujourd'hui conservé au Cleveland Museum of Art (États-Unis)Ann Tzeutschler Lurie, « Rigaud's Portrait of Cardinal Dubois » dans The Burlington Magazine, Vol. 116, No. 860 (novembre 1974), ..
Filmographie Dans le film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence (1974), le cardinal Dubois est incarné par Jean Rochefort, aux côtés de Philippe Noiret.
Au théâtre Dans la pièce de théâtre Le système d'Antoine Rault, le cardinal Dubois est interprété par Stéphane Guillon.
Voir aussi
Articles connexes Liste des Ambassadeurs de France en Grande-Bretagne
Sources primaires Les papiers personnels de Guillaume Dubois sont conservés aux Archives nationales sous la cote 145APVoir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales..
Sources primaires imprimées Saint-Simon, Mémoires : une source essentielle mais postérieure et très hostile à Dubois. Antoine Mongez, Vie privée du cardinal Dubois, 1789 : mémoires apocryphes d'un de ses secrétaires. Charles-Louis de Sevelinges, Mémoires secrets et Correspondance inédite du cardinal Dubois, 1814-17 : également apocryphes.
Liens externes
Liste des poèmes satiriques relatifs à l'abbé Dubois www.culture.gouv.fr
Notes et références
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