La Ligue des chefs de section (ou Ligue des chefs de section et des soldats combattants ou encore Ligue des chefs de section Binet-Valmer) était un mouvement français d'anciens combattants nationalistes de l'entre-deux-guerres, actif surtout dans les années 1920, notamment entre 1919 et 1925.

Fondation en 1919 Le mouvement est créé en 1919 par l'écrivain et journaliste franco-suisse maurassien Jean Gustave Binet, dit Binet-Valmer, avec l'appui de journaux comme Le Journal auquel il collabore, La Liberté, L'Action française L'Action française, 13 mars 1919, Maurice Pujo, "Les groupements d'anciens combattants".. Il trouve l'appui de personnalités qu'il a côtoyées avant-guerre à Paris au cercle Hoche, dont il est l'un des secrétairesPaul de Cassagnac, Charles de Polignac, Le Provost de Launay : Gil Blas, 17 juin 1914, "Au cercle Hoche. Une fête d'escrime", Le Journal, 11 janvier 1919, "Informations".. Les réunions du comité directeur se déroulent dans les locaux du cercleL'Action française, 9 octobre 1925..

La ligue naît donc au lendemain de l'armistice du 11 novembre 1918, dans le contexte de la démobilisation des millions de soldats français qui se prolonge de longs mois, dans une période marquée par leur retour parfois difficile à la vie civile, par leur mécontentement et par des inquiétudes provoquées notamment par les révolutions russes de 1917Antoine Prost, Les anciens combattants et la société française 1914-1939. Tome 1 : Histoire, Presses de Sciences Po, 1977..

Les premiers appels de Binet-Valmer en s'adressent aux chefs de section, aux sous-officiers et officiers démobilisés pour qu'ils aident les , les soldats encore sous les drapeaux en passe d'être démobilisés, avec la crainte que dans la mesure où ils Le Journal, 22 janvier 1919, Binet-Valmer, "Pour les poilus retour du front".. La ligue entend donc rassembler des chefs, officiers subalternes et sous-officiers qui ont combattu au front, et des simples soldats, que les chefs doivent encadrer, ce qui la distingue des grandes associations d'anciens combattants qui ne font pas cette distinction. D'où son nom complet adopté en : Ligue des chefs de section et des soldats combattantsLe Journal, 3 avril 1919, "Courrier de la ligue des chefs de section", Le Journal, 14 mars 1919, "Binet-Valmer, "Pour notre ami le combattant".. Binet-Valmer obtient du ministre de la guerre que les officiers d'active puissent adhérer à la ligue, qui veut exalter et L'Action française, 26 juin 1919, "Courrier du combattant"..

La ligue fonde des groupes locaux dans les arrondissements parisiens, en banlieue parisienne et en provinceL'Action française, 27 mars 1919, "Courrier de la ligue des chefs de section", L'Action française, 4 avril 1919, "Courrier de la ligue des chefs de section", L'Action française, 17 avril 1919, "La ligue des chefs de section", L'Action française, 3 mai 1919, "Ligue des chefs de section".. Elle englobe à ses débuts quelques petites associations d'anciens combattants : l'Amicale des évadés, la Ligue des cheminots anciens combattants, les Combattants de l'air, les Officiers de complément de la 12e région, les Anciens combattants de la MartiniqueL'Action française, 22 mai 1919, "Courrier du combattant", Journal du Loiret, 22 août 1919, p. 2..

Dirigeants vignette|342x342px|Les délégués de la Ligue des chefs de section dans Comœdia du 1er juin 1920. La ligue a offert à Georges Clemenceau sa présidence, puis sa présidence d'honneurLe Gaulois, 22 mars 1919, "Clemenceau premier chef de section de France", Le Journal, 21 mars 1919, "M. Georges Clemenceau premier chef de section de France". Binet-Valter porte brièvement le titre de vice-président en 1919-20.. Elle est dirigée de sa fondation à 1929 par Binet-Valmer Le Journal, 16 février 1930, "Une lettre de la ligue des chefs de section à M. André Tardieu" (nouveau bureau).. La ligue végète par la suite, avec une nouvelle direction presque entièrement renouvelée en 1930, à l'exception de Marcel Funereau et de Leeman. Elle est présidée jusqu'en 1940 par Pierre Fournier, colonel de réserveLe Journal, 16 février 1930, L'Action française, 9 janvier 1935, Ibid., 27 mars 1939 (Assemblée générale, en présence d'un député parisien, le docteur Georges Cousin), Ibid., 23 avril 1940, "Les obsèques de Binet-Valmer"..

Ont été vice-présidents des hommes politiques tels Gaston Le Provost de Launay, de 1919 à 1922Il reste membre de l'association par la suite semble-t-il ; il s'en déclare encore membre en 1934 : Rapport général fait au nom de la Commission d'enquête chargée de rechercher les causes et les origines des événements du 6 février 1934 et jours suivants ainsi que toutes les responsabilités encourues, Témoignage de Le Provost de Launay., Humbert Ricolfi, vice-président du groupe des anciens combattants à la Chambre des députés, ou Michel MissoffeLe Gaulois, 22 mars 1920, "A la ligue des chefs de section", Le Journal, 18 décembre 1921, "La ligue des chefs de section renouvelle son bureau", Le Gaulois, 15 avril 1923, "La ligue des chefs de section", Le Gaulois, 31 mars 1924, "La ligue des chefs de section. Assemblée générale", Le Gaulois, 9 octobre 1925, "La ligue des chefs de section", Le Journal, 25 mai 1927, "La ligue des chefs de section", Le Gaulois, 26 mars 1928, "La ligue des chefs de section".. Ainsi que l'avoué au tribunal de la Seine André Wateau, commandant de réserve et futur généralDossier de la Légion d'honneur d'André Wateau sur la base Léonore (grand-croix en 1931), L'Aérophile, janvier 1921, "André Wateau" (biographie). Wateau, actif dans les associations de l'aéronautique (président de l'Aéroclub de France en 1934), général en mai 1940, sera désigné juge à la Cour suprême de justice en août 1940, et donc magistrat au Procès de Riom (Le dossier Rebatet, Robert Laffont, 2015 . Erreur d'orthographe sur le nom de Wateau). Après la Seconde Guerre mondiale, il anime avec les avocats du Maréchal Pétain un réseau informel qui vient en aide à Pétain: Jérôme Cotillon, Ce qu'il reste de Vichy, Armand Colin, 2003 (même erreur sur l'orthographe de Watteau).. Missoffe préside la fédération nationale des sociétés d'anciens chasseurs à pied à partir de 1923L’Intransigeant, 29 mars 1923., Wateau est le président-fondateur (1919) de l'Union des combattants de l'air. Son secrétaire général a été jusqu'en 1927 le capitaine Maurice TernisienIl assista aux congrès de L'Union nationale des combattants. Il meurt le 26 janvier 1936, avec le grade de commandant de réserve : La Voix du combattant, février 1936, "Ceux qui partent".. Georges Leeman lui succède en 1928Il milite à DRAC dans les années 1930 et préside cette association de 1955 à 1966. Ce grand mutilé de guerre a présidé la Ligue des jeunes, fondée en 1924 : L'Action française, 29 avril 1924.. Ont été secrétaires Henri de Kerillis, de L'Écho de Paris, Joseph Delest (sergent à la fin de la guerre, titulaire de la croix de guerre), publiciste, Marcel Funereau, qui fut le plus jeune récipiendaire de la Légion d'honneur et le plus jeune capitaine de l'armée, à 21 ans (vice-président de la ligue en 1930)Engagé volontaire en 1915 à 17 ans 1/2, capitaine en 1918, plusieurs fois blessé et cité, il poursuit ses études à l'école Polytechnique après la guerre (porte-drapeau en 1919), est ingénieur. Il est officier de la Légion d'honneur en 1919, à 22 ans, commandeur en 1931, puis grand-officier en 1933, à 35 ans. Il préside la fédération des trépanés et blessés de la guerre dans les années 1930, ainsi que celle des engagés volontaires combattants : Photographie de Funereau en 1918 sur le site parisenimages.fr, La Presse, 4 août 1919, Journal des débats, 19 août 1918, "Le capitaine Funereau", L'Echo d'Alger, 11 mars 1931, "Commandeur de la Légion d'honneur à 33 ans", La Revue diplomatique, 31 janvier 1933, "Le plus jeune grand officier de la Légion d'honneur"., le capitaine de réserve Maurice Brunet, entré au comité directeur en 1924 en tant que vice-président de l'Association nationale des camarades de combatLe Rappel, 12 novembre 1923, "La fin du congrès des Camarades de combat". Brunet (1872-1941), chef d'escadron de réserve en 1927, invalide de guerre, a été trois fois blessé et 5 fois blessé. Il est chevalier de la Légion d'honneur en 1916, officier en 1920, commandeur en 1933: cf. le Dossier de la Légion d'honneur de Maurice Brunet sur la base Léonore. Il est vice-président du comité de la flamme, comme Binet-Valmer.. Ont été trésoriers le marquis Raymond de Tracy, président du comité de NeversLe Journal, 18 avril 1921., l'industriel James Baignières, le colonel François de Franqueville, ancien officier d'active, président du comité du arrondissementLe Journal, 18 avril 1921. Seul trésorier en 1928. Cf. le Dossier de la Légion d'honneur du comte François Franquet de Franqueville..

Ont aussi fait partie de son comité directeur l'écrivain et lieutenant de réserve Antoine Redier, Pierre Héricourt, lieutenant de réserve également, journaliste et publiciste, mutilé de guerreL'Echo de Paris, 14 juin 1919, "Un mutilé de la guerre proteste contre les provocations révolutionnaires" (biographie d'Héricourt, mobilisé en décembre 1914, sous-lieutenant en juillet 1918, cinq fois blessé, titulaire de la croix de guerre et de la médaille militaire). Il reçoit ensuite la Légion d'honneur. Il a écrit sur son régiment, le 418e R.I. (Le 418e, Un régiment, des chefs, des soldats, Nouvelle librairie nationale, 1922., ou encore Eugène Mittler, autre publiciste et journaliste, lieutenant et mutilé de guerre égalementLa France, 18 décembre 1920 (Il est aussi titulaire de la Légion d'honneur et de la croix de guerre)..

Ce petit mouvement et son chef seraient probablement encore plus tombés dans l'oubli si Henry de Montherlant et Georges Simenon n'y avaient pas collaboré à leurs débuts. Lorsque ce dernier débarque à Paris en 1922, il commence ainsi à travailler comme garçon de course de la Ligue et pour Binet-Valmer, avant de devenir en 1923-1924 secrétaire de l'un des mécènes de cette même Ligue, le marquis Raymond Destutt de Tracy, qui vient de perdre son père et a besoin d'un secrétaireDescendant d'Antoine Destutt de Tracy et de Victor Destutt de Tracy, il est le fils de Jacques de Tracy (Jacques Victor Flavien Henrion Staal de Stutt de Magnoncour de Tracy) , marquis de Tracy , un ancien préfet (démissionnaire en 1877), polytechnicien et propriétaire d'une écurie de courses, décédé en 1921 (Le Figaro, 19 avril 1921, Ibid., 14 avril 1921). Ancien diplomate, décoré de la croix de guerre et de la Légion d'honneur (1923 : Le Journal, 20 novembre 1923), il porte depuis la mort de son père le titre de marquis. Il portait auparavant celui de vicomte puis de comte depuis la mort à la guerre de son frère aîné. Il est membre du cercle Hoche (Excelsior, 7 avril 1919). Né en 1878, il hérite de son père, entre autres, un hôtel particulier rue de la Boétie à Paris, des vignobles dans la Loire, une villa en Tunisie, des terres, plusieurs châteaux dont le château de Tracy et le château de Paray (Allier) avec son vaste domaine ( en 1934) et le journal Paris-Centre, de Nevers, fondé par son père en 1909 ; c'était alors un journal monarchiste. Il préside son conseil d'administration à la suite de son père. Ce quotidien devient actionnaire de l'agence de presse Inter-France en 1938 et le marquis devient associé de la SARL possédant les éditions Inter-France en 1944 : Gérard Bonet, L'agence Inter-France de Pétain à Hitler. Une entreprise de manipulation de la presse de province (1936-1950), édition du félin, 2021, . Simenon s'inspire du château de Paray où il travailla en 1923-1924 pour son roman L'Affaire Saint-Fiacre : Jean-Louis Etien, Les châteaux dans les bocages bourbonnais. Du lieu de pouvoir à l'encombrant héritage, Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2008, ..

Culte du souvenir et solidarité