vignette|Le Trône des Belges avec d'autres attributs du pouvoir royal exposés au palais de la Nation, la main de justice (à gauche) et le lion de Belgique (à droite). Utilisé notamment pour la prestation de serment du monarque devant le Parlement. vignette|Vue de la salle du trône au château de Fontainebleau. Cette photographie montre le trône avec ses trois éléments constitutifs : le gradin qui surélève le titulaire de l’autorité, le dais symbolisant son lien avec le ciel et le marchepied qui soutient l’autorité dans la conduite de sa mission. vignette|Les trônes (en arrière-plan) de la reine Élisabeth II, reine du Canada et du prince Philip, duc d'Édimbourg au Sénat du Canada à Ottawa sont d'ordinaire occupés par le gouverneur général du Canada et son conjoint lors de la cérémonie d'ouverture du Parlement. Le siège au premier plan est pour le président du Sénat. Un trône est un siège, une chaise ou un fauteuil sur lequel un souverain est assis dans les circonstances solennelles.
Le trône, au sens figuré du terme, désigne aussi la monarchie ou la Couronne elle-même; un exemple de métonymie.
Les trônes dans l’Antiquité vignette|gauche| vignette|Trône impérial dans le palais de l’Harmonie suprême, Cité interdite, Pékin, Chine vignette|Trône romain du , conservé au LACMA.
Depuis l'Antiquité, les trônes sont essentiellement le symbole des monarques et des dieux. Dans certaines cultures, une forme primitive de trône était utilisé dans les cérémonies de couronnement ou pour lever le monarque au-dessus du commun des mortels. Depuis, les trônes sont associés au pouvoir monarchique. Lorsque les cours sont itinérantes, elles utilisent des trônes mobiles fixes (tel le siège curule pliant) ou portatifs (tels le trône en or de Xerxès le Grand utilisé pendant les batailles ; l'Occident n'utilisera pas ce type de trônes, excepté pour la sedia gestatoria).
Le mot trône vient du grec θρόνος (thrόnos), « chaise haute, chaise pour les rois », lui-même issu de la racine indo-européenne *dher- « soutenir » (également en dharma « mât, poteau sacrificiel »). Le grec ancien Διὸς θρόνους (Dios thronous) est un terme pour désigner le « support des cieux », c'est-à-dire l'Axis mundiSophocle, Antigone, 1014, sur Perseus ou utilisé pour désigner le « siège de Zeus » lorsque Zeus est devenu un dieu anthropomorpheMichael Janda, Die Musik nach dem Chaos, Innsbruck 2010. Dans La Grèce antique, un thronos était un type de chaise spécifique mais ordinaire avec un repose-pieds ; il représentait un certain prestige, mais pas nécessairement lié à un pouvoir. D'après Homère, les Achéens plaçaient dans les temples et palais royaux des trônes supplémentaires où les dieux pouvaient siéger quand ils le souhaitaient : le plus célèbre de ces trônes était le trône d'Apollon à Amyclées. L’autorité se donnait alors à voir assise, d'où l'expression . Jacques Charles-Gaffiot souligne que les Grecs de cette époque distinguent alors cette notion de celle de puissance. Alors que la puissance s’acquiert et reste éphémère (ses symboles étant trophées - couronne de lauriers et bâton de commandement - puis les regalia), l’autorité (décernée par une entité divine ou par voie humaine -élective ou collégiale), est conférée et est pérenne (ses symboles sont le trône avec comme éléments typiques gradin, dais et marchepied). De plus, le titulaire de l'autorité qui consent à s'asseoir fait un geste d'humilité alors que le puissant reste debout pour dominer ses sujets.
Chez les Égyptiens, le pharaon est souvent représenté assis sur un siège double à droite de la divinité, entouré par un ou plusieurs éventails (rappelant la déesse Maât dont la coiffe est surmontée d'une plume d'autruche) pour se rafraîchir (cet éventail devient par la suite immobile et symbolique, comme le flabellum). Isis est le nom grec d'Aset (ou Iset), dont le nom en hiéroglyphes signifie le siège, la déesse étant représentée avec un trône en guise de coiffe.
Les Romains avaient aussi deux types de trônes : l'un pour les empereurs et l'autre pour la déesse Roma, dont des statues étaient placées au-dessus des trônes afin qu'on leur rende culte. Les différences entre puissance et autorité se retrouvent dans la potestas et auctoritas.
Les Hittites considéraient le trône comme un dieu à part entière.
Les trônes et la Bible Le mot trône apparaît 176 fois dans la Bible (trônes au pluriel, 9 fois). )Strong's Expanded Exhaustive Concordance of the Bible, James, Nashville, Thomas Nelson Publishers, 2001, . Dieu y est décrit comme assis sur un trône à la manière des rois comme signe de sa souveraineté sur la Genèse.
Dans l’Ancien Testament, Le roi David et le roi Salomon sont représentés sur des trônes : « Le roi fit faire un grand trône d'ivoire, et le couvrit d'or pur. » (La Bible - 1 Rois 10.18)
Isaïe mentionne le même trône : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Donner à l'empire de l'accroissement, Et une paix sans fin au trône de David et à son royaume, L'affermir et le soutenir par le droit et par la justice, Dès maintenant et à toujours : Voilà ce que fera le zèle de l'Éternel des armées. » (La Bible - Esaie 9.6-7)
vignette|gauche|Vision de saint Jean l'évangéliste à Patmos, Livre des révélations, la Bible -Apocalypse de Jean 4.4, « Autour du trône je vis vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d'or ». Illustration issue des Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, ms.65, f.17
Dans le Nouveau Testament, l'Ange Gabriel mentionne aussi ce trône dans l'Évangile selon Luc ; la Bible - Luc 1.32-33 : « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. »
Jésus promit à ses Apôtres qu'ils s'assiéraient sur douze trônes pour juger les douze Tribus d'Israël : « Jésus leur répondit : Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël. », la Bible - Matthieu 19.38. Saint Jean dans le Livre des Révélations déclare : « Puis je vis un grand trône blanc, et celui qui était assis dessus. La terre et le ciel s'enfuirent devant sa face, et il ne fut plus trouvé de place pour eux. », la Bible - Apocalypse de Jean 20.11.
Saint Paul parle de trônes dans la Bible - Colossiens 1.16 : « Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. » Denys l'Aréopagite, dans son travail, De Coelesti Hierarchia (Hiérarchie ecclésiastique) (VI.7) considère que trône correspond à une des hiérarchies des anges (correspondant aux Aralim dans la Kabbale). Cette idée fut développée par Thomas d'Aquin dans son ouvrage Summa Theologica (I.108), où les trônes sont chargés d'appliquer la justice divine.
Au Moyen Âge, on a associé à la Sainte-Vierge le trône de Salomon décrit comme le trône où Jésus s'assoira. L'ivoire dans la description biblique du trône de Salomon représente la pureté, l'or symbolise la nature divine et les six marches du trône représentent les six vertus. On associe également les psaumes 45 (La Bible - Psaumes 45) à la Sainte-Vierge ; le psaume complet décrivant une salle de trône.
Les trônes ecclésiastiques Les cathèdres ou trônes épiscopaux
vignette|Trône du Patriarche de Constantinople dans le quartier du Phanar à Istanbul. Sur l'estrade, les Évangiles posés sur un trône et plus bas le trône du patriarche.
Depuis toujours, les évêques de l'Église catholique romaine, de l'Église orthodoxe, de l'Église anglicane et de toutes les autres Églises possédant des évêchés s'installent sur un trône, appelé une cathèdre ou cathedra (du grec : κάθεδρα, siège). Traditionnellement placé dans un lieu saint (église ou cathédrale), la cathèdre symbolise l'autorité épiscopale de l'évêque à prêcher la foi (d'où l'expression ex cathedra) et à guider ses ouailles. Emblème pastoral et pontifical, il est issu du trône du Pontifex maximus.
Ex cathedra se réfère à un enseignement du pape dont on considère qu'il a l'intention d'invoquer l'infaillibilité, dogme de l'Église catholique romaine. Dans plusieurs langues, le mot « chaire » dérivant de ex cathedra signifiant littéralement « de la chaire » est communément appliqué au professorat.
Par la présence de cette cathèdre (trône), qui peut être comparable par sa facture à ceux des princes laïcs (même si un prélat n'est pas un prince de l'Église au sens laïc du terme prince), l'église d'un évêque ou d'un cardinal est appelée cathédrale. Dans l'Église catholique romaine, une basilique (du grec basilikos 'royal') est personnifiée par la présence du pavillon pontifical ou ombrellino (un des symboles de la papauté). Mais, le terme de basilique peut s'appliquer de manière générale à toutes les cathédrales ou églises d'importance et/ou de splendeur similaires. Ainsi, ce terme s'applique aussi à des églises construites à partir des basiliques romaines antiques qui, dans l'Antiquité étaient des lieux publics laïcs. En outre, la plupart des églises construites par les empereurs romains Constantin et Justinien ont été inspirées de ces basiliques civiles.
Outre les évêques, certains prélats sont autorisés à utiliser un trône ; par exemple, les abbés et abbesses. Leurs trônes sont souvent plus simples que ceux des évêques et certaines restrictions quant à leur style ou décoration, fonction des usages et règles régissant l'ordre auquel ils appartiennent, peuvent être apportées.
Les évêques et autres hauts prélats de l'Église ont droit, à des fins de distinction, à un dais au-dessus-de leur trône lors de certaines de leurs fonctions liturgiques. Ce privilège est parfois accordé temporairement aux prélats de rang inférieur dans le respect des symboles liturgiques. Ainsi, les couleurs du dais doivent correspondre à celle de leurs vêtements. De même, quand un monarque régnant assiste à une célébration religieuse, il peut s'installer sur un trône couvert d'un dais, mais ce trône ne peut être situé près de l'autelcite encyclopedia, « Canopy », The Catholic Encyclopedia, volume III, New York, Robert Appleton Company, 1908.
Dans l'Église grecque orthodoxe, le trône de l'évêque mêle souvent les caractéristiques des stalles du monastère à des accessoires hérités de la cour byzantine, tels qu'un couple de lion assis aux pieds du trône. Le terme « trône » est souvent utilisé en référence aux Patriarches pour désigner leur autorité ecclésiastique ; par exemple, le "Trône œcuménique" désigne l'autorité du patriarche œcuménique de Constantinople en tant que juridiction autocéphale de l'Église orthodoxe sur « l'ensemble du monde connu ».
Les évêques de l'Église d'Orient peuvent aussi utiliser un trône pliant pour remplir ses devoirs liturgiques dans les cathédrales autres que celle de leur évêché.
Le trône papal vignette|Cathedra Sancti Petri, derrière l'autel de la basilique Saint-Pierre de Rome
Dans l'Église catholique romaine, le pape est un « monarque élu », étant d'une part, de par le droit canon le chef spirituel des catholiques romains et d'autre part, selon le droit international, le chef temporel de l'État du Vatican (État souverain enclavé dans la ville de Rome, accords du Latran, 1929). Jusqu'en 1870, le pape est le souverain des États pontificaux, et possède depuis des siècles une importante autorité politique sur l'Italie divisée. Depuis, le Saint-Père conserve un statut diplomatique reconnu officiellement et légats et nonces apostoliques sont délégués à travers le monde pour des missions diplomatiques.