vignette|Enfants au travail au Honduras, 1999 thumb|Jeune enfant travaillant seule. Photographiée à Aït-Ben-Haddou, au Maroc, le . upright=1.3|thumb|Jeune berger au Sénégal. upright=1.3|thumb|Enfant ramassant des ordures à Jakarta, en Indonésie.
Le travail des enfants est la participation de personnes mineures à des activités à finalité économique et s’apparentant plus ou moins fortement à l’exercice d’une profession par un adulte. Au niveau international, l’Organisation internationale du travail (OIT) OIT, Addressing the Exploitation of Children in Scavenging (Waste Picking): a Thematic Evaluation of Action on Child Labour, Bureau international du travail, Genève, 2004 , partie 2.2, p. 3. le définit en comparant l’âge à la pénibilité de la tâche, du moins pour les enfants de plus de douze ans.
En pratique, on distingue le travail « acceptable » (léger, s’intégrant dans l’éducation de l’enfant et dans la vie familiale, permettant la scolarisation) et le travail « inacceptable » (trop longtemps, trop jeune, trop dangereux, etc.) ; c’est ce dernier que recouvre généralement la notion de « travail des enfants ». On estime en 2000 que plus de 210 millions d’enfants de 5 à et plus de 140 millions d'adolescents de 15 à exerceraient une activité économiqueOIT, Un avenir sans travail des enfants, Rapport global du directeur général, Conférence internationale du travail, , Bureau international du travail, Genève, 2002 . dans le monde ; plus de 8 millions se trouvent dans une des « pires formes de travail des enfants » : enfants soldats, prostitution enfantine, pornographie, travail forcé, trafics et activités illicites.
thumb|La mine et le travail des enfants ; ici en 1853 : « les esclaves blancs d'Angleterre ». En 2013, le Bureau international du Travail avance le chiffre de 168 millions d'enfants qui travaillent dans le monde dont environ 85 millions feraient un travail dangereux. Des chiffres donc à la baisse qui témoignent d'un changement des législations plus en faveur des enfants, mais le mouvement doit indéniablement se poursuivre avec un engagement plus fort de la part des entreprises et des ÉtatsTravail des enfants: les entreprises trop souvent dans le déni L'Entreprise L'Express.fr 20 novembre 2014.. En 2020, à la faveur de la pandémie de Covid, le nombre d'enfants forcés de travailler repart à la hausse.. En 2024, près de 138 millions d'enfants âgés de 5 à 17 ans sont obligés de travailler dans le monde selon l'OIT et l'Unicef.
Le travail des enfants est le sujet de nombreuses idées reçues dans le monde occidental, car il est surtout connu par les scandales médiatisés : un enfant au travail est souvent vu comme un « enfant-esclave », dans un pays du tiers monde, employé dans un atelier textile asiatique pour une grande marque de vêtements ou enfant des rues en Amérique du Sud.. En réalité, il y a des enfants au travail dans quasiment tous les pays du monde, y compris des pays développés comme l’Italie ou les États-Unis ; les usines et les ateliers textiles masquent le fait que plus des trois quarts de ce travail se trouve dans l’agriculture ou les activités domestiques, dans la sphère familiale ; et si les enfants-esclaves existent, ils ne forment qu’une minorité. Il existait aussi bien avant l’industrialisation ou la mondialisation, même si ces deux phénomènes ont rendu le travail des enfants plus visible Unicef : Carol Bellamy (dir.), The State of the World's Children, Oxford University Press, New York, 1997, 109 p. ..
Si l’élimination des « pires formes de travail » n’est pas discutée, l’abolition est en revanche un sujet de débat pour les autres enfants ; la lutte contre la pauvreté et les mauvaises conditions de travail reste un objectif commun aux « abolitionnistes » comme aux organisations plus pragmatiques. Depuis 1992, le programme IPEC tente de fédérer les actions entreprises.
Définitions Âge minimum et travail thumb|Vendeuse de bacoves à Hô Chi Minh-Ville au Viêt Nam.
L’Organisation internationale du travail retient les définitions suivantes dans ses publications qui servent souvent de référence lors de l’analyse du travail des enfants Statistical Information and Monitoring Programme on Child Labour, Every Child Counts, New Global Estimates on Child Labour, Bureau international du travail, Genève, décembre 2002 . : Un enfant est une personne de moins de 18 ansConvention relative aux droits de l'enfant de 1989, article premier (lire sur Wikisource) ; Convention 182 de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants, 1999, article 2 (). ; puisqu’il est souvent considéré que les enfants de moins de 5 ans sont trop jeunes pour travailler UNESCO, International Standard Classification of Education (ISCED), Paris, 1997 (réed. mai 2006) , p. 22. (même s’il existe des cas d’abus), les statistiques ne prennent souvent en compte que les enfants entre 5 et 17 ans. Le travail est défini comme une « activité économique » United Nations Statistics Division, System of National Accounts, 1993 , et en particulier la définition de « Travail »., qu’elle soit payée ou non. Ce dernier cas permet d’inclure l’économie informelle ou le travail domestique dans un autre foyer que le sien. Les enfants sont ainsi répartis dans cinq catégories : travaillant, travaillant et allant à l’école, allant à l’école et ne travaillant pas, travail domestique, et aucune activité (malade, éducation informelle, etc.).
Ces définitions sont essentiellement statistiques et ne servent pas à établir la limite entre un travail « acceptable » (au vu des conventions internationales) ou non. La convention 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’emploi de 1973 est le document de référence à ce sujet actuellement, en français.. Elle distingue un âge minimum général, un âge minimum pour les travaux légers et un autre pour les travaux dangereux. Elle distingue aussi les « pays où les services économiques et d’éducation sont insuffisamment développés » et les autres ; pour les autres pays, l’âge minimum général est de 15 ans ou l’âge de fin de scolarisation obligatoire s’il est plus élevé (14 ans dans ces pays en développement) ; pour les travaux légers, 13 ans (resp. 12 ans) ; pour les travaux dangereux, 18 ans, voire 16 ans selon certaines conditions (idem).
Type de travail, acceptabilité upright=1.2|vignette|Diagramme des différents types de travaux des enfants, d’après l’OIT. Les chiffres correspondent au nombre d’enfants dans ces conditions (en millions), d’après l’évaluation globale de 2002. La ligne pointillée sépare les formes acceptables et non-acceptables au sens de l’OIT.
La convention 138 de l’OIT impose de définir également les travaux « légers » et « non dangereux ». D’après cette même convention, un « travail léger » doit être sans danger pour la santé et le développement de l’enfant et ne doit pas l’empêcher d’aller à l’école ou de « bénéficier de sa formation ». C’est ce que l’Unicef appelle (ou « travail conforme aux normes de l’OIT ») : ces travaux sont souvent bénéfiques pour leur éducationVoir la page de présentation de l’Unicef.. Dans les statistiques, cela est souvent simplifié pour devenir « un travail non dangereux prenant moins de 14 heures par semaine ». Les deux autres catégories de travaux sont les travaux dits dangereux et les « pires formes de travail des enfants » (en anglais : Unconditional worst forms of child labour).
Un « travail dangereux » est de façon générale ce qui peut « compromettre la santé ou la sécurité physique ou morale d’un enfant » ; plus précisément, cela inclut les métiers de la construction, dans les mines, avec certaines machines, au contact de pesticides, de plus de 43 heures par semaine, etc. : la convention OIT 190 définit ces formes plus précisément, de même que les lois nationales.
L’Unicef retient la notion de (ou « travail non conforme aux normes de l’OIT ») en y incluant les travaux dangereux (tous âges), les moins de 12 ans qui travaillent dans une des branches de l’économie et les travaux non dangereux effectués plus de 14 heures par semaine (12-14 ans).
Les « pires formes de travail des enfants » sont définies par la convention OIT 182, article 2, et incluent le trafic d'enfants, le travail forcé ou en remboursement d’une dette, la participation des enfants à des conflits armés (en tant qu’enfants soldats mais aussi comme messagers, porteurs, etc.), l’exploitation sexuelle par la prostitution et la pornographie ainsi que les activités illicites comme le trafic de drogue (voir les détails dans la partie dédiée).
Histoire
Il semble que les enfants aient travaillé depuis l’Antiquité, principalement aux champs avec leurs parents et en participant aux tâches domestiques. En Europe et en Amérique du Nord, la révolution industrielle entraîne une prise de conscience de leurs conditions de travail et mène progressivement à une restriction du travail des enfants. Dans les pays actuellement « en développement », ce n’est qu’à partir de la mondialisation du qu’une véritable prise de conscience s’opère.
Avant l’industrialisation vignette|Scène de gaulage d’olives par des adolescents en Grèce antique.Amphore à col attique à figures noires du Peintre d’Antiménès, vers 520 av. J.-C., British Museum, Londres.
Le travail des enfants existe depuis l’Antiquité : l’enfance était alors une période courte en raison de la faible espérance de vie. Les enfants participent aux tâches domestiques et agricoles. Le cercle familial est le principal « lieu de travail », les enfants participant ainsi à l’économie du ménage. Si les garçons apprennent progressivement le métier du père, les filles sont éduquées à la tenue de la maison puis, à partir du Moyen Âge, sont employées dans l’artisanat à domicile, par exemple avec le tissage..
gauche|vignette|Petit marchand de biscuits, F. Joullain d'après F. Boucher,
L’instruction au Moyen Âge n’est guère répandue et reste réservée aux familles aisées. Toujours à partir du Moyen Âge, les enfants commencent à travailler hors du foyer pour répondre à la fois à la demande d’employeurs à la recherche de main-d’œuvre peu coûteuse et au besoin des familles pauvres de subvenir à leurs besoins : les garçons sont affectés aux travaux des champs et les filles travaillent comme servantes.
Des contrats de travail apparaissent sous la forme de « contrats de louage »Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Seuil, coll. Points Histoire, 1975, 316 p. . ou de placement comme apprenti dans les corporations des villes et ce dès 12 ou 13 ans. On trouve ainsi des enfants et adolescents sur les grands chantiers de construction, bénéficiant toutefois d’un salaire inférieur à celui d’un adulte quand ils en reçoivent unUn apprenti de 14 ans gagne en général le tiers du salaire d’un adulte. Voir Danièle Alexandre-Bidon et Didier Lett, Les Enfants au Moyen Âge, Hachette, 2004 ..
Les enfants abandonnés et les orphelins (environ abandonnés par an à Paris au début du , par an en France vers 1830)Voir l’article Abandon d'enfant sous l'Ancien Régime, source Jean Sandrin, Enfants trouvés, enfants ouvriers, , Éditions Aubier, 1982 . sont mis au travail par les institutions qui les recueillent, comme pour des travaux de couture (travaux vendus par la suite), mais aussi placés en apprentissage. Certaines mineures sont prostituées (de force) et des enfants vivent de la mendicité comme c’est parfois le cas actuellement.
vignette|Détail des enfants exploités au cirque in Les Saltimbanques - Grimaces et misères par F. Pelez, 1888