Le siège de Savannah est une bataille de la guerre d'indépendance américaine qui s'est déroulée en 1779, opposant environ à , aux trois-quarts venus des Antilles, et leurs américains.
Une année auparavant, la ville de Savannah, capitale de la colonie de Géorgie, avait été investie par le corps expéditionnaire britannique du lieutenant-colonel Archibald Campbell.
Le siège en lui-même consiste en une tentative franco-américaine de reprise de Savannah allant du au . Les Français créent la surprise en mobilisant plus d'une centaine de navires aux Antilles mais les Anglais leur coupent l'accès à la ville en obstruant le canal par des vaisseaux coulés, rendant le siège complexe en termes de logistique.
Le , un assaut majeur contre les Britanniques échoue, qui fait place à une retraite générale après de très lourdes pertes. Les Britanniques conservent le contrôle de la Géorgie jusqu'en 1782 mais renoncent à en faire le pivot de leur offensive.
Contexte Savannah est la capitale de la Géorgie, qui est alors une colonie de plantations, peu peuplée, qui a connu des arrivées d'esclaves noirs seulement après 1750.
La déclaration de guerre franco-espagnole met sous pression l'ennemi anglais car il doit déployer des troupes sur une beaucoup plus grande échelle, jusqu'à la Floride et l'Arc antillais. Le , l'armée du lieutenant-colonel Campbell s'était alors emparée de Savannah, défendue par un petit millier d'Américains et d'Augusta, que ces derniers échouent à reprendre"The historical atlas of the American Revolution" par Ian Barnes, Charles Royster , en 2000 " par le dans Le Monde .
Un fort avait été implanté à Savannah en 1733 pour éviter le bagne à 113 colons anglais surendettés et servir de glacis entre les positions espagnoles et celles des Amérindiens. Il a fallu attendre 1765 pour que la population blanche de cette vaste colonie atteigne personnes et 1775, un an avant la guerre d'indépendance américaine, pour le seuil personnes..
Champs de bataille La ville est située à l'embouchure, de la rivière qui porte le même nom et s'enfonce dans les terres. C'est une place fortifiée de dimension modeste, gardée par seulement 400 miliciens lorsque les Anglais s'en emparent"Le Spectateur militaire", Bibliothèque nationale des Pays, en 1862, page 322. Sa taille modeste leur permet de l'entourer d'un rideau de fortifications complémentaires sous forme d'une série de redoutes qui entourent la ville, parfois complétant des terrains marécageux à l'est de la ville qui la rend difficile à attaquer de ce côté, et parfois construites en sable, qui seront largement augmentées au cours du siège de Savannah. La ville est bâtie sur une colline escarpée dominant la rivière sur l'une de ses façades, autre barrière naturelle.
Au sein de cette série de redoutes bâtie par les anglais et complétée pendant le siège par un système de tranchées complexe, permettant de perturber le siège par des sorties, l'une, plus avancée, porte le nom de Spring Hill. Cette redoute sera visée en premier par l'assaut de l'armée française qui a cependant sous-estimé sa défense s'exposant à un feu beaucoup plus nourri que prévu, tandis qu'une partie des troupes a vu sa progression freinée par la zone de marécages dont le danger avait été sous-estimé par les stratèges militaires du comte d'Estaing. Au moment où les armées françaises et américaines doivent se replier, les chasseurs volontaires de Saint-Domingue, en liaison avec les grenadiers volontaires de cette colonie, chargent à la baïonnette une colonne britannique qui tentait de poursuivre les assiégeants en repli, mais s'étant trop approchés des ouvrages anglais, les hommes de de Saint-Domingue subirent de lourdes pertesAssociation de Généalogie d'Haïti.
Opérations navales vignette|droite|340px|Plan du siège de Savannah ; l'attaque française, menée en collaboration avec les Américains, est un lourd échec (carte américaine de d'après un plan d'époque, université de Géorgie, 1874). Le Siège de Savannah est essentiellement composé d'opérations terrestres. Les opérations navales ont joué un rôle car les français ont créé la surprise en amenant un corps expéditionnaire composé aux trois-quarts de soldats volontaires des Antilles, pour la plupart d'anciens esclaves noirs, tandis que les Anglais ont coulé plusieurs de leurs navires pour empêcher la flotte ennemie d'approcher.
Après la bataille navale de la Grenade (), où elle avait battu la Royal Navy, la flotte française du vice-amiral Charles Henri d'Estaing s'est ouvert un accès plus facile aux côtes de l'Amérique du Nord et dans les Antilles.
Cependant, d'Estaing reçoit l'ordre de détacher deux escadres, sous le commandement de La Motte-Picquet et de Grasse, pour protéger respectivement Saint-Domingue et la Martinique, et de former un convoi de navires de commerce pour rentrer en France.
Cette perspective inquiète beaucoup les insurgés américains, qui n'ont pas de marine, face aux Britanniques, qui tiennent Savannah en Géorgie, et peuvent envahir la Caroline du Nord et du Sud.
Sur l'insistance du consul de France à Charlestown, d'Estaing accepte de participer à une opération conjointe avec l'Armée continentale pour prendre Savannah.
Opérations terrestres Les Franco-américains deux fois plus nombreux que les Anglais Au moment de l'assaut des Franco-américains, la garnison anglaise réunit à et 150 miliciens, car elle a réussi à mobiliser en quelques jours une colonne de secours, munie de très nombreux canons, mais elle reste face à des assaillants deux fois plus nombreux. L'effet de surprise d'une armée essentiellement antillaise L'assaut des Franco-américains s'appuie sur un effet de surprise car l'armée française, partie très modeste d'Europe, est essentiellement composée d'infanterie de marine récupérée dans les Antilles, essentiellement des anciens esclaves qui obtiennent en échange la liberté, car emporter la place de Savannah peut faire basculer la guerre, ouvrant l'accès à la grande rivière qui s'enfonce dans le continent américain.
Aux côtés des chasseurs volontaires de Saint-Domingue, plus tard considérés en Haïti comme des héros de la Guerre d'indépendance des États-Unis, le contingent expéditionnaire parti du Cap-Français le "Les Nègres d'Haïti dans la guerre d'Indépendance américaine" par le docteur Clément Lanier, pour l'Association de Généalogie d'Haïti, à Saint-Marc, le 25 avril 1933 , comprend aussi 300 hommes des régiments du Cap et de Port-au-Prince et 200 autres prélevés sur la formation récente des "Grenadiers Volontaires de Saint-Domingue", soit un total de 1500 Volontaires de Saint-Domingue. S'y ajoutent 700 hommes pris à la Martinique et 850 pris à la Guadeloupe.
Ces venus des Antilles sont commandés par trois officiers vivant à Saint-Domingue, François de Fontanges, chef d'Etat-major, le marquis Laurent-François Le Noir de Rouvray, riche propriétaire de caféières et non-militaire de carrière même s'il servit au Canada et y fut blessé pendant la guerre de Sept AnsBiographie complète de Laurent-François Le Noir de Rouvray . et le lieutenant Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc. François de Fontanges jouera un rôle clé lors de la Révolution française à Saint-Domingue.
Seulement le quart des français sont incorporés dans des unités basées normalement en Métropole : 600 détachés des régiments de Foix et de Hainaut et 300 des régiments d'Agenais, de Gâtinais, et de Cambresis en garnison dans la grande colonie à sucre. Aux 600 hommes de troupes continentales française s'ajoute 350 Américains de la milice de Charleston. Début du siège de septembre La supériorité numérique des Français et des Américains auraient dû leur donner une victoire décisive, même après l'arrivée des renforts de John Maitland, qui permet à la garnison du général suisse Augustin Prévost, commandant l'armée britannique, de totaliser à et 150 miliciens, qui tiraient à couvert : beaucoup des assaillants n'eurent pas même l'occasion de faire feu et les pertes anglaises furent insignifiantes.
Dès l'arrivée des 30 navires français à l'horizon, les Britanniques, prévenus par le renseignement, ont envoyé des messagers demander des secours, puis ont coulé dans le canal deux vaisseaux armés, quatre transports et plusieurs petits bâtiments, empêchant les vaisseaux de ligne français d'approcher réellement du rivage au risque de s'échouer.
En , le comte d'Estaing informe plusieurs fois Benjamin Lincoln, général américain, que les problèmes de ravitaillement et la dégradation rapide de l'état sanitaire qui en découlent, dans un milieu tropical hostile, exigent un siège de 10 à 15 jours maximum. Le débarquement ne put s'effectuer que le avec de petits vaisseaux envoyés de Charleston.
Le , la ville de Savannah fut sommée de se rendre aux armes de France alors que l'armée américaine n'était pas encore arrivée. Les loyalistes américains en prirent prétexte pour accuser les Français de vouloir faire conquête pour leur propre compte. Les renforts britanniques portent le nombre de canons à 80 Les britanniques demandent 24 heures pour réfléchir, prétexte pour donner le temps à John Maitland de renforcer les troupes dans Savannah par une traversée des terres difficile en raison des marécages, avec un armement qui décuple quasiment le nombre de canons, d'acheminer en quelques jours, plus de 80 canons en batteries contre une dizaine dans la place. Pendant ce temps, le major écossais James Moncrief, ingénieur en chef des AnglaisBenson, John Lossing. Harpers' Popular Cyclopaedia of United States History from the Aboriginal Period: Containing Brief Sketches of Important Events and Conspicuous Actors, Volume 2. Harper, 1893, page 1252. renforce à toute vitesse les fortifications.
Fontange a reproché à son allié américain d'être le responsable de l'arrivée de John Maitland, qui a réduit fortement les chances de succès des Français. Selon lui, Lincoln, a négligé de le bloquer en route, comme il avait été prévu, et a préféré rechercher la gloire militaire en arrivant tôt à Savannah. L'amiral d'Estaing n'était pas au courant de cet accord et a tenté de son côté de le freiner, sans succès non plus car les pilotes de Charleston ont refusé de conduire ses navires français dans la partie praticable du réseau fluvial.
Ouverture tardive de la tranchée Le temps et la logistique ont joué un rôle-clé dans la Bataille. Plutôt qu'une une brusque attaque, les Français choisirent un siège en règle. Mais la distance qui les séparait de leur flotte et les complications à l'acheminement du matériel, leur firent perdre un temps précieux.
Pour leur faire perdre encore plus de temps, les Anglais ont augmenté rapidement leurs moyens de défense, grâce à plusieurs centaines d'esclaves affranchis, organises sous la direction du major écossais Monkrief, ingénieur en chef, qui perfectionnaient chaque jour les ouvrages de la ville. Pendant anglais des chasseurs volontaires de Saint-Domingue, ces hommes appelés "Loyalistes noirs", sont eux aussi immunisés contre les maladies tropicales. L'ouverture tardive, par les Français, de la vaste tranchée qu'ils avaient su rendre terriblement défensive a permis aux Anglais de noyer leurs adversaires sous un feu intense, lui concentré dans le temps, sachant que c'était le point faible des Français, après les avoir harcelé par des sorties facilités par le dispositif de défense.
Ce ne fut que le 23 au soir que les Français et les Américains ouvrirent la tranchée. Le , le major anglais Graham, à la tête d'un faible détachement des assiégés, fit une sortie sur les troupes françaises, qui le repoussèrent sans difficulté, mais les Français s'approchèrent si près des retranchements de la place, qu'à leur retour ils furent exposés au feu.
La nuit du , une nouvelle sortie eut lieu sous la conduite du major anglais, Mac-Arthur. Elle jeta un tel trouble chez les assiégeants que les Français et les Américains, dans la plus grande confusion, tirèrent quelque temps les uns sur les autres.
Les assauts ratés des 8 et 9 octobre