L'objectivisme est la philosophie développée par Ayn Rand qui couvre les domaines de l'épistémologie, de la métaphysique, de l'éthique, de la politique et de l'esthétique. Elle s'est d'abord exprimée à travers des romans comme La Source vive ou La Grève et par la suite dans des essais sur chacun des domaines mentionnés. Plus tard, le philosophe Leonard Peikoff qu'Ayn Rand désignait comme son héritier intellectuel exposa le système objectiviste dans la totalité de sa structure logique dans son essai Objectivism: The Philosophy of Ayn Rand. paru en 1991.

L'objectivisme soutient que : la réalité existe indépendamment de l'esprit de l'observateur (« réalité objective ») ; les individus sont en contact avec cette réalité à travers la perception de leurs sens qui permettent la formation de concepts suivant un processus logique inductif et déductif ; l'intention morale de l'existence est la poursuite du bonheur ou de « l'égoïsme rationnel » ; le seul système social compatible avec cet objectif moral est le laissez-faire capitaliste ; le rôle de l'art dans la vie humaine est de transformer une idée métaphysique en reproduction sélective de la réalité, dans une forme physique, qui puisse être comprise et générer une réponse émotionnelle.

La Grève, Sur l'auteur..

Principes objectivistes

Métaphysique : réalité objective L'essentiel du concept métaphysique objectiviste de la réalité tient en trois axiomes : L'existence existe La conscience existe L'existence est identité

Cette doctrine dite de réalisme métaphysique soutient que la réalité existe indépendamment de l'observation (répondant par l'affirmative à la question « Est-ce que la Lune existe quand je ne la regarde pas ? »). Rand appelle ce principe, la primauté de l'existence. Le premier axiome indique que quelque chose au moins existe. Infirmer ce principe nécessite d'utiliser comme prémisse le concept d'existence, ce qui confirme le principe et lui confère la qualité d'axiome.

L'objectivisme maintient que quelque chose n'existe non pas parce que quelqu'un pense qu'il existe, mais existe objectivement, et l'univers existe indépendamment de l'opinion qu'on peut s'en faire. La connaissance est, dans cette interprétation, « l'appréhension mentale d'un groupe de faits de la réalité, obtenu par observation perceptuelle ou par raisonnement basé sur l'observation perceptuelle ».

Le second axiome indique que la conscience existe et est « la faculté à percevoir ce qui existe ». Pour Rand, le fait de pouvoir percevoir l'existence implique que la conscience existe : l'existence n'est pas dépendante de la conscience, alors que la conscience a besoin de l'existence. Ainsi il ne peut y avoir de conscience ne percevant aucune existence, et la conscience ne peut pas être la seule chose existante. « Il ne peut avoir uniquement conscience de lui-même, il n'y a pas de 'lui-même' tant qu'il n'y a pas conscience d'autre chose. » Par conséquent l'esprit ne crée pas la réalité, mais est un moyen de découvrir la réalité.

D'après Rand, que quelque chose existe entraîne que cette chose a une identité, ce qui signifie que c'est « une entité spécifique doté d'attributs spécifiques ». Rand explique que ce qui n'a ni nature ni attributs, par définition, n'existe pas ; d'où la formulation du principe d'identité : « A est A », toute chose est ce qu'elle est. Cette loi indique que quelque chose ne peut être deux choses différentes à la fois : « une feuille ne peut pas geler et brûler tout à la fois ».

En plus de ces trois axiomes, l'objectivisme considère la loi de causalité comme un corollaire de la loi d'identité, appliquée à l'action : la façon dont les choses agissent est une conséquence de la nature et des attributs spécifiques de ces objets. Une identité différente entraîne un résultat différent: « une chose ne peut agir en contradiction avec sa propre nature ». L'action n'est pas une entité en elle-même, et n'a pas de causalité sur autre chose, seul ce qui existe peut engendrer une action. Pour illustrer cette position, Léonard Peikoff dit : « Ce n'est pas le mouvement de la boule de billard qui produit les effets de sa collision, mais la boule elle-même. Si quelqu'un en doute, qu'il remplace la boule par un œuf ou une bulle de savon ; les effets seront très différents. »

Épistémologie : la raison

L'épistémologie objectiviste est développée dans l'ouvrage Introduction to Objectivist Epistemology.

L'épistémologie objectiviste décrit la manière par laquelle nous traduisons individuellement nos perceptions, ce que nous recevons par nos sens, en concepts que nous pouvons stocker dans nos esprits. Même si nous savons qu'il y a existence causant nos perceptions, nous ne pouvons savoir ce qui existe qu'en transformant les percepts en concepts. Les objectivistes distinguent les concepts valides de ceux qui sont formés de manière maladroite ou erronée, que Rand appelle des « anti-concepts », en classant les concepts valides dans ceux qui sont le produit de la raison.

L'objectivisme établit que par cette méthode, l'homme rationnel peut connaître la réalité objective et se dégager du scepticisme philosophique. De même il rejette la foi et les sentiments comme moyens d'atteindre cette connaissance. Bien que Rand reconnaissait l'importance de l'émotion dans le comportement humain, elle maintient que les émotions sont un élément de la réalité, et non un moyen de découvrir cette réalité.

Rand n'était pas empiriste (comme Hume et les positivistes), car elle ne faisait pas de distinction entre sensation et perception, et limitait son interprétation de la perception à la conscience précognitive: elle classe les « illusions perceptuelles » dans la catégorie des erreurs d'interprétation cognitive due à la complexité excessive de l'information perçue. Rand n'était pas non plus rationaliste (comme Platon, Descartes ou Frege). Elle ne croyait pas à la distinction entre analyse et synthèse, ni qu'il existe des « vérités par vertu de signification ». Elle niait aussi l'existence de connaissance a priori. Sa contribution la plus distinctive à l'épistémologie est sa théorie selon laquelle les concepts sont formés en faisant abstraction des mesures variables des attributs correspondant à une série de choses, mais en gardant ceux qui sont identiques.

Éthique : l'égoïsme rationnel L'éthique objectiviste est développée dans l'ouvrage .

L'essentiel de l'éthique objectiviste est résumé par Ayn Rand en une phrase : Pour vivre, un homme doit tenir trois choses pour valeurs suprêmes et souveraines de la vie: la Raison, le Sens et l'Estime de soi.

La position objectiviste en matière d'éthique se base sur la responsabilité de chacun à atteindre son propre intérêt rationnel. L'homme est qualifié d'être rationnel, mais la rationalité est un choix - et l'alternative que lui offre sa nature, c'est : être rationnel, ou animal suicidaire. L'homme doit être homme - par choix; il doit avoir sa vie comme valeur - par choix ; il doit apprendre à en être responsable - par choix ; il doit découvrir les valeurs qui sont nécessaires à cela et pratiquer ces vertus - par choix.

Un code de valeurs accepté par choix est un code moral.

L'intérêt propre rationnel est distingué de ce que Rand appelle - un état d'égoïsme vivant uniquement l'instant présent au service d'un soi sans estime. Par exemple pour elle les voleurs ne sont pas motivés par une volonté de vivre (contrairement à l'artisan honnête), mais par le désir de survivre à un niveau sous-humain. Au lieu d'utiliser ; laissant la porte ouverte à n'importe quelle définition de ce qui est moral ou immoral. De même on peut remplacer le par , ou , et laisser la même porte ouverte, tuant toute éthique : l'intérêt de soi rationnel et l'hédonisme égoïste sont vus de façon fondamentalement différente. Un corollaire à ce principe d'intérêt propre moral est le rejet de la doctrine de l'éthique altruiste, que Rand définit à la manière d'Auguste Comte, qui est l'obligation morale d'exister pour les autres. D'après George H. Smith :

Au centre de l'éthique objectiviste se trouve le concept de . Rand définit la valeur comme . Au niveau le plus fondamental, la poursuite de la valeur est issue de la nécessité; en particulier, la nécessité de déterminer ce qu'un individu devrait chercher pour conserver sa vie s'il choisit de vivre. Rand ne prétend pas que les valeurs soient - qu'il y ait des valeurs qu'un individu doit poursuivre indépendamment de sa volonté (). Et elle ne dit pas non plus qu'elles sont - qu'il y ait des valeurs devant être poursuivies parce que quelqu'un dit qu'elles doivent l'être. Au lieu de cela, elle affirme que les valeurs sont , que ces valeurs doivent être poursuivies si c'est le choix de l'individu. Par exemple, se nourrir est une valeur objective, il serait que la nourriture est indispensable à la survie.

Pour Rand tout impératif moral est hypothétique, il n'y a pas d comme dans le Kantisme, auquel un individu devrait obéir en dépit des faits de la réalité. Rand dit que la moralité . Ainsi l'homme n'a besoin de morale qu'en tant qu'élément nécessaire à sa survie. L'objectivisme n'indique pas pour autant que la morale choisie doive nécessairement attribuer de la valeur à la vie.

Politique : les droits de l'individu et le capitalisme La conception politique objectiviste est développée dans l'ouvrage Capitalism : The Unknown Ideal.

Le passage de l'éthique à la politique objectiviste se fait par l'introduction du concept de droit. Un « droit » est défini comme le principe qui définit et autorise la liberté d'action humaine dans un contexte social ou sociétal. L'objectivisme n'attribue de droits qu'à l'individu seul ; il n'y a pas de concept objectiviste de « droit collectif » qui ne puisse se découper en ensemble de droits individuels. L'objectivisme est aussi très spécifique quant aux droits individuels reconnus : la liste de ces droits diffère de façon significative de celle que les gouvernements humains utilisent en général.

Bien que la littérature objectiviste n'utilise pas le terme « droit naturel », et que l'épistémologie objectiviste ne reconnaisse pas la connaissance a priori, les droits qu'elle reconnaît sont directement basés sur la nature de l'être humain telle que définie dans son épistémologie et son éthique. Comme les êtres humains doivent faire des choix pour survivre en tant qu'êtres humains, l'attribut basique de la vie humaine est la liberté de faire et d'exécuter ses propres décisions de par son propre jugement rationnel, suivant son intérêt propre.

Partant de là, l'objectivisme déclare que le droit fondamental de l'être humain est le droit de vivre, qui est le droit d'agir afin de prolonger sa propre vie - et non le droit d'être protégé, ou d'obtenir assistance à la survie, de la part des autres êtres humains contre leur volonté (ce qui impliquerait un déni de ce même droit à ces autres). Un corollaire de ce droit de vivre est le droit de propriété qui, dans l'objectivisme, est toujours le résultat des efforts propres d'un individu ; de cette façon le droit de vivre d'une personne n'implique jamais le droit de disposer de la propriété d'un autre. Elle a le droit de transférer sa propriété à une autre personne pour n'importe quelle raison, mais ce transfert n'est éthique que s'il est consenti par les deux parties, en l'absence de coercition, avec l'attente d'un bénéfice mutuel. L'objectivisme laisse le champ libre à l'homme pour manipuler la nature de quelque manière qu'il le souhaite, tant que cela ne viole pas le droit des autres.

Le respect des droits des autres vient, du point de vue objectiviste, du fait que ces droits sont basés sur la valeur, pour l'individu qui les considère, des autres en tant que partenaires potentiels d'échange ou d'action. Pour un objectiviste les conflits d'intérêts ne sont jamais insolubles dans une société respectant les droits de chacun, ce qui permet précisément à chacun de prospérer dans une telle société.