Le courant de Mimizan est un fleuve côtier entièrement situé dans la commune de Mimizan, dans le département français des Landes. Appartenant à la famille des courants landais, il est l'exutoire de l'étang d'Aureilhan mais aussi indirectement de l'étang de Biscarrosse et de Parentis et de celui de Cazaux et de Sanguinet.
Présentation Le courant de Mimizan serpente sur une distance d'environ 7 km, à travers lettes et dunes, notamment le tuc d’Udos, haut de 51 m, qui depuis les années 1920 marque la limite entre Mimizan-Bourg et Mimizan-Plage. Il prend naissance au niveau de la passerelle de Gombaut, à hauteur de l'étang d'AureilhanPrès du quartier de Merquedey, du gascon mercadeir, « marché », puis est enjambé successivement par le pont de Vigon, le pont Rouge, le pont des TrounquesL'architecte du pont des Trounques, érigé en 1931, est Saint-Monod (du Gascon tronca : « souche »), et enfin le pont de la plage. Il forme la limite administrative nord et sud de la commune. La marée remonte jusqu'au du pont Rouge aux abords de la papeterie de GascogneLacs, étangs et courants du littoral aquitain, Jean-Jacques Fénié et Jean-Jacques Taillentou, éditions Confluences, p136, 2006.
Le sentier pédestre de l'Aigrette forme une boucle de 4 km sur la partie aval du courant.
Histoire Le courant de Mimizan est de nos jours l'exutoire sud des grands lacs landais. Or, courants et grands lacs landais n'ont pas toujours existé.
Formation Jusqu'au , le trait de côte se situe en retrait à l'intérieur des terres actuelles et son tracé n'est pas rectiligne. Il présente au contraire des échancrures, formant des baies le long du littoral servant de port de débarquement ou de rades. L'atlas de Blaeu de 1638 montre que la vallée du courant de Mimizan, l'étang d'Aureilhan et le sud de la commune de Sainte-Eulalie-en-Born sont alors recouverts par une étendue d'eau de mer de plusieurs milliers d'hectares. Comme l’écrit Jean Thore « l’étang d’Aureilhan était navigable à son embouchure (« Boucau » ou bouche de Mimizan) ; Mimizan formait un port de débarquement et une rade qui servait de refuge aux pêcheurs de la Teste ou des autres ports lorsqu’étant allés à la pêche du péougue (pêche maritime avec des filets munis de flotteurs en liège), le mauvais temps les obligeait à rentrer. »
Les sables avancent vers l'ouest au et surtout au , créant un paysage de dunes et de marécages sur une bande de cinq kilomètres. Les ruisseaux qui jusque-là se jetaient dans les baies n'ont plus d'accès direct à l'océan et leurs eaux s'accumulent derrière les dunes nouvellement formées. Des lacs se constituent alors, mais l'eau ne peut s'accumuler indéfiniment. Un exutoire serpentant à travers les sables finit par se former pour évacuer le trop plein d'eau dans l'océan Atlantique, donnant naissance au courant de MimizanMimizan-les-Bain, récit de MM Gageac et Robin.
Fixation du cours Faute de témoignage écrit ou de plan précis parvenus jusqu'à nous, l'histoire du courant nous est inconnue jusqu'au . On ignore en particulier l'emplacement de son embouchure originelle, mais on sait qu'elle a causé beaucoup de soucis à la population car son cours change régulièrement et de manière incontrôlée. Un extrait de l'atlas de Blaeu de 1638 et une autre de la « carte du Béarn, de la Bigorre, de l'Armagnac, et des Pays Voisins » de 1712 nous renseignent approximativement sur le cours de l’embouchure à ces différentes époques. Un extrait plus précis de la carte de Cassini datant des environs de 1780 indique que l'exutoire se situe à environ 2000 toises au sud de son emplacement actuel, soit environ 3900 m, au lieu-dit de la MalloueyreL'embouchure du Courant, Le Courrier du CCAS n°50, février 2003, article rédigé par Jean Guignet.
À partir de 1800, plans et délibérations du conseil municipal renseignent sur les changements successifs de son cours. Durant une période allant de 1800 à 1828, des inondations sont signalées tous les deux à trois ans et le conseil s'émeut régulièrement de la « situation catastrophique du village ». Le 22 floréal, an 10 (1802), il réclame des pouvoirs publics leur intervention pour fixer la dune du Bourg ainsi que celles du front de mer, le sable faisant déborder le courant et monter le niveau d'eau de l'étang. Le préfet des Landes ordonne une enquête et propose de réaliser une digue sur la rive gauche de l'embouchure pour contenir l'eau et l'empêcher de s'étaler. Le projet n'aboutit pas. Les années passent avec leur lot de chamboulements politiques : effondrement du Premier Empire, suivi de la Restauration. En 1817, l'embouchure est une nouvelle fois ensablée et l'inondation menace. Le préfet des Landes, peu familier des coutumes du pays et ne sachant que faire, prend l'avis du maire de Mimizan, qui lui répond que les travaux ont toujours été faits par les habitants sans qu'il leur soit accordé d'indemnité, chaque ouvrier requis apporte ses outils et son repas. Le préfet estime que les choses peuvent continuer ainsi. En 1823, d'importantes crues dues lors d'un automne pluvieux emportent tous les barrages ainsi que la dune littorale.
En 1825, l'administration des ponts et chaussées décide d'ériger un cordon dunaire littoral rectiligne allant de la pointe de Grave à Soulac jusqu'à Bayonne. L'objectif d'une telle entreprise est d'arrêter le sable au plus près de la mer et d'ensemencer les dunes à l'arrière, afin de mettre fin à leurs mouvements incontrôlés et aux inondations que cela provoque. Le cours mouvant et imprévisible du courant, capable d'ouvrir une brèche de plus de trois kilomètres dans ce dispositif, doit être maîtrisé. Le préfet tranche et décide que sur sa dernière section, il sera rectiligne. Or à l'état naturel, le courant cherche toujours à aller vers le sud, c'est une constante de tous les courants landais. Il faut donc redresser et fixer le cours de son embouchure. Le problème est de savoir qui va payer les travaux. La commune, propriétaire de la partie sud, refuse et décide de laisser dériver le courant, contre l'avis du préfet. Ainsi, en 1828, une forte montée des eaux détruit 800 mètres du cordon dunaire en cours de constitution.
Les travaux reprennent et le , le préfet demande au conseil municipal de fournir gratuitement 1500 pins maritimes d'au moins 25 centimètres de diamètre pour fixer le chenal par une digue côté sud. Le conseil accepte et se prend à rêver de l'aménagement d'un port d'échouage à cet endroit de la côte landaise où les navires ne trouvent aucun refuge : « Si l’administration fait construire cette digue sur la rive gauche de l'embouchure, la marée pourra monter jusqu'à l'étang et permettre de faire un petit cabotage jusqu'à ce lieu, où les navires trouveront un bon mouillage. Ce port pourrait être l'entrepôt de toute la contrée ».
Tandis que les travaux de construction de la digue se poursuivent, l'entrepreneur, monsieur Traversé, cherche de la pierre pour la consolider. Le conseil municipal lui propose d'en prélever gratuitement dans la lande communale, charge à l'entrepreneur de reboucher les fosses de prélèvement au fur et à mesure. Les travaux s'achèvent en 1838 et le courant est désormais contraint de se jeter en ligne droite dans l'océan sans dériver vers le sud. Par cette nouvelle orientation, il reçoit de plein fouet le mascaret, onde de la marée montante provoquant une brusque surélévation du niveau de l'eau. Ce phénomène naturel et le sol mal stabilité concourent à la fragilisation des aménagements de l'embouchure. Mais les travaux de construction du cordon dunaire littoral peuvent reprendre à partir de la nouvelle embouchure. L'ancien lit du courant, inscrit dans la lette de Leslurgues, s'assèche progressivement et se comble par l'apport de sable éolien. L'administration peut envisager de stabiliser les dunes à l'arrière du cordon dunaire en plantant la forêt rétro-littorale et de réserver la lette (dépression entre deux dunes) au pacage. Bientôt, de l'ancien lit du courant ne subsistent que deux fosses d'importance inégale que l'on appelle les étangs de la Malloueyre.
Les nouveaux aménagements créent toutefois des déséquilibres. La houle qui pénètre dans le goulet est rejetée vers la rive nord et érode la berge, entraînant l'ouverture d'une brèche et la formation d'un lac à l’emplacement du quartier des pêcheurs, s'étalant dans ce qui deviendra plus tard le parking du courant jusqu'à la gare. La place du marché, la rue Brémontier et un ancien bureau de douane sont inondés. À hauteur du pré-salé, à 1,5 km de l'océan, deux bras se forment, l'un presque rectiligne dans le sens est-ouest, l'autre érodant la berge sud s'infléchit de plus en plus. L'ancien lit au nord se comble et pourra bientôt être planté, à hauteur de la dune du Canon (également dite de Lapineyres). Plus grave, le courant ouvre une brèche en 1853 dans la digue à hauteur de la rue de la Pibale et sous l'effet des crues, repart vers son ancien lit et détruit au passage la dune littorale. Cette dérive du courant entraîne des controverses d'ordres divers : conflit entre propriétaires des terrains riverains et l'administration, échanges au sein du conseil municipal pour décider des aménagements à poursuivre (Monsieur Chanflorin, ingénieur du service des Mines, propose de réunir le courant de Contis à celui de Mimizan pour créer une embouchure commune, projet qui reçoit un avis favorable mais qui restera lettre morte), tentative de la commune de vendre à l'État des terrains dont elle est propriétaire pour transférer la responsabilité et les coûts d'aménagement nécessaires.
Diverses études sont toutefois entreprises. En 1865, le conseil général des Landes souhaite reprendre les travaux en profitant de l'expérience acquise lors des aménagements réalisés à Contis et dans le port de Capbreton. En 1867, les Ponts et Chaussées réclament à la commune l'attribution de deux cents poteaux de 7 à 8 mètres de long et d'un diamètre de 30 cm pour établir un barrage provisoire. Le conseil municipal en profite pour renouveler, sans succès, son offre de cession. en 1871, la guerre franco-prussienne étant terminée, les travaux civils peuvent redémarrer. Les rogrès techniques permettent de mener rondement les travaux qui sont achevés en 1874. La digue sud est renforcée de blocs de béton et sur la rive nord est construit un clayonnage qui canalise le courant. Celui-ci reste contenu dans son lit, non sans difficulté toutefois, nécessitant de fréquentes interventions.
Aménagements En 1870, les bains de mer sont très à la mode. Il existe trois stations balnéaires sur la côte aquitaine, Soulac au nord, Biarritz au sud, Arcachon au centre. Si on veut développer Mimizan, il faut d'abord maîtriser le courant. Les digues construites entre 1871 et 1874 empêchent le courant de dériver et lui dictent encore aujourd'hui son tracé en ligne droite, permettant le démarrage du tourisme balnéaire à Mimizan-les bains, comme on dit alorsOffice de tourisme de Mimizan.
À la fin du , le franchissement de l'embouchure du courant se fait grâce l'à l'aide d'un passeur, nommé Saint-Martin. Celui-ci aide les rares touristes à traverser en barque ou sur son dos. En 1895, on envisage de construire un pont métallique sur l'embouchure du courant pour le passage du train, mais le devis est trop élevé. Une solution provisoire est adoptée : en 1901, une passerelle en bois pour piétons est construite. Le , le projet définitif de l'extension de la voie de chemin de fer vers la plage est adopté par le conseil municipal. Il permet l'aménagement d'un arrêt provisoire baptisé Mimizan-Plage (côté sud) en 1907, la construction du pont du courant en 1907, à la fois pont ferré et routier et l'édification de la gare à Mimizan-les-Bains (côté nord) en 1908. La passerelle en bois provisoire est détruite cette même année. Le marque la fin du transport de voyageursExposition ASEM Archéologie, juillet 2009.