est une mangaka japonaise née le à Ōmuta. Elle a principalement dessiné pour le compte de la maison d'édition Shōgakukan dans le domaine du manga, le manga féminin.
Elle commence sa carrière en 1969, et avec ses consœurs du Groupe de l'an 24, donne ses lettres de noblesse au manga dans les années 1970, jusqu'alors déconsidéré par les critiques et éditeurs de manga. Récompensée par plus de douze prix et décorations au Japon et à l'international, elle est regardée comme l'une des contributrices les plus importantes de l'histoire du manga.
Connue en dehors du Japon comme une pionnière du genre avec Le Cœur de Thomas, elle est surtout appréciée au Japon pour ses œuvres de science-fiction comme Nous sommes onze ! ou Barbara, l'entre-deux-monde. Marquée par une relation difficile avec ses parents, la majorité de ses œuvres mettent en avant le thème de la famille dysfonctionnelle, avec une forte psychologisation de ses personnages.
Biographie Jeunesse Moto Hagio est née dans la ville minière d'Ōmuta dans la préfecture de Fukuoka en 1949. Son père, violoniste, travaille dans le port de la ville ; sa mère est femme au foyer. Elle a une grande sœur, une petite sœur ainsi qu'un petit frère. À cause du travail de son père, la famille Hagio ne cesse de déménager entre la ville d'Ōmuta et celle de Suita dans la préfecture d'Osaka.
Elle commence très tôt à dessiner sur son temps libre et, avec sa grande sœur, elle assiste à des cours particuliers d'art. Pour autant, sa mère comme son père ont une vision négative des bandes dessinées, qu'ils considèrent comme des livres s'adressant à des enfants ne sachant pas lire. De manière générale, elle entre en conflit avec ses parents et a le sentiment qu'ils la délaissent et lui préfèrent son frère et ses sœurs. Le climat à la maison mais aussi le climat social, marqué par des luttes syndicales violentes, la poussent à se réfugier dans les mangas.
Elle commence à lire des mangas à partir du troisième grade de l'école primaire, autant des mangas provenant de librairies de prêt que des mangas disponibles dans la bibliothèque de l'école. Parmi les mangakas qui l'influencent particulièrement à cette époque, elle cite Osamu Tezuka, Shōtarō Ishinomori et Hideko Mizuno ; elle est en outre fascinée par les histoires de Masako Watanabe qui mettent en scène des jumeaux. Moto Hagio lit aussi de la littérature : si elle apprécie particulièrement les œuvres de Kenji Miyazawa, elle lit principalement de la littérature occidentale, notamment de la science-fiction et du fantastique avec les auteurs Isaac Asimov, Arthur C. Clarke ou encore Robert A. Heinlein.
Elle rencontre à l'école une amie avec qui elle peut partager sa passion pour le manga. Toutes deux rêvent de devenir mangaka et commencent à dessiner des mangas. Mais c'est à l'entrée au lycée, en 1965, après une lecture du manga par Tezuka, qui la touche profondément, qu'elle pense sérieusement à devenir mangaka professionnelle. En 1967, elle commence à envoyer ses manuscrits à divers éditeurs de manga, notamment Kōdansha, Shūeisha ainsi qu'au magazine COM créé par Tezuka. Le lycée terminé, elle intègre le département de design de mode dans l'école de design de Fukuoka et continue d'envoyer des manuscrits à divers éditeurs.
Début de carrière chez Kōdansha Encore au lycée, Hagio découvre qu'une mangaka, Makiko Hirata, vit elle aussi à Ōmuta et mène sa carrière en parallèle du lycée. Lorsque Hirata termine ses études au lycée, elle déménage à Tokyo et propose à Hagio de la présenter à son éditeur. Une fois en école de design, Moto Hagio, dont les manuscrits ne trouvent pas d'éditeurs, accepte l'invitation de Hirata et publie dans le magazine de Kōdansha, les histoires courtes , en et , en septembre.
Moto Hagio commence à travailler pour le magazine Nakayoshi avec un nouvel éditeur envoyé par Kōdansha mais les débuts de la mangaka sont difficiles : Nakayoshi suit une ligne éditoriale très stricte, orientée sur le thème du sport, tandis que Hagio souhaite faire des histoires sombres, de science-fiction ou fantastique. La plupart de ses manuscrits et idées sont donc rejetés. En plus de la pression éditoriale, ses parents ne cessent de lui demander de quitter le manga.
En suivant les contraintes éditoriales, elle parvient à publier , et attire l'attention de Norie Masuyama. Les deux femmes deviennent rapidement amies et Masuyama introduit Hagio aux travaux du romancier Hermann Hesse, qui affecte et inspire grandement la mangaka. Son éditeur lui demande d'assister Keiko Takemiya, une jeune mangaka qui à cette époque travaille pour les magazines Nakayoshi, COM et Margaret. Les deux mangakas sympathisent et Takemiya explique à Hagio qu'elle compte déménager dans un appartement plus grand, et lui propose de vivre avec elle. Hagio qui a des difficultés à être publiée refuse d'abord, mais Takemiya lui présente Junya Yamamoto, éditeur travaillant pour Shōgakukan et rédacteur en chef du magazine Bessatsu Shōjo Comic, qui accepte de publier les manuscrits jusqu'alors rejetés. Hagio emménage alors avec Takemiya, non sans avoir eu des difficultés à obtenir l'accord de ses parents, qui refusent toujours son choix de carrière.
Le salon Ōizumi
Hagio et Takemiya s'installent en 1971 dans une maison mitoyenne du quartier Ōizumi de l'arrondissement Nerima de Tokyo, à proximité de là où habite Norie Masuyama. Masuyama rend très souvent visite aux mangakas. Ensemble elles décident de créer un « salon », à l'image des salons littéraires français du , dans le but d'améliorer la qualité et surtout la réputation du manga, alors déconsidéré par les critiques et éditeurs de manga..
De très nombreuses mangakas et assistantes participent au salon et forment le : Nanae Sasaya, Ryōko Yamagishi, Yasuko Sakata, Shio Satō, .
Lors de cette période, l'an 24 initie le genre du , l'ancêtre du moderne. Hagio publie une des œuvres pionnières du genre, le Le pensionnat de novembre, dans le magazine Bessatsu Shōjo Comic en 1971. Elle s'essaye aussi à des œuvres plus philosophiques avec la série , qui explore le sentiment de solitude d'une famille de vampires immortels. La série est pré-publiée à partir de 1972 de façon irrégulière dans le magazine Bessatsu Shōjo Comic et devient le premier grand succès de l'autrice, elle est aussi la première série que Shōgakukan publie sous format .
Le salon Ōizumi prend fin en 1973 : après un voyage en Europe avec Hagio, Masuyama et Yamagishi, Takemiya annonce qu'elle met fin au salon et préfère continuer sa carrière seule. Quoi qu'il en soit, l'objectif du salon est atteint et le manga entre quelques années plus tard dans son avec un fort intérêt des critiques et éditeurs de manga grâce aux travaux du groupe.
Premiers succès et science-fiction En 1974, un éditeur travaillant pour le magazine Shōjo Comic, impressionné par le manga La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda, demande à Hagio de créer une œuvre similaire : une longue série avec des personnages complexes. La mangaka lui propose de développer l'histoire du Pensionnat de novembre sous une forme longue. Ce nouveau manga, Le Cœur de Thomas, connaît quelques problèmes de popularité en début de pré-publication, mais devient bien vite une série à succès.
Les succès de et du Cœur de Thomas permettent à Hagio de se libérer quelque peu des contraintes éditoriales et d'enfin publier ce qu'elle voulait depuis des années, à savoir des histoires de science-fiction, genre alors quasi inexistant dans le manga. Les éditeurs considéraient les autrices incapables de dessiner des véhicules correctement, et jugeaient que la science-fiction serait inappropriée pour un public féminin car trop riche en action, à l'image d’Astro, le petit robot de Tezuka et de Cyborg 009 d'Ishinomori, qui étaient à l'époque les principales œuvres de science-fiction en manga.
Hagio publie son premier véritable manga de science-fiction en 1975 avec Nous sommes onze ! dans Bessatsu Shōjo Comic. Ce premier titre attire l'attention d'Osamu Tezuka et des deux romanciers de science-fiction Sakyō Komatsu et Ryū Mitsuse, qui soutiennent Hagio dans sa démarche. Pour s'établir en tant qu'autrice de science-fiction et s'émanciper des contraintes des magazines , Hagio adapte le roman de Ryū Mitsuse dans le magazine Weekly Shōnen Champion à partir de 1977 et publie en 1980 et divers dans un magazine consacré au genre, S-F Magazine. Elle continue toutefois de créer des mangas de science-fiction dans les magazines avec par exemple publié à partir de 1978 dans Shōjo Comic.
Ces œuvres de science-fiction sont pour la plupart directement inspirées des œuvres du romancier Ray Bradbury, dont elle adaptera d'ailleurs plusieurs nouvelles dans l'anthologie manga à partir de 1977 dans le magazine Margaret.
pour adulte et carrière à succès vignette|alt=Photo noir et blanc d'une femme japonaise.|Moto Hagio en 2008. En 1980, Junya Yamamoto devient rédacteur en chef d'un nouveau magazine de Shōgakukan, Petit , destiné à un public féminin plus adulte. Moto Hagio y a une totale liberté d'expression, ce qui lui permet d'aborder des thématiques plus dures. Elle y publiera notamment à partir de 1980 le thriller criminel Mesh qui met en scène un parricide dans le milieu de la drogue, le manga de science-fiction post-apocalyptique Marginal à partir de 1987, ou encore , sorte de réécriture plus adulte du Cœur de Thomas sur un adolescent abusé sexuellement par son beau-père, à partir de 1992. Avec ce magazine, Hagio se tient aussi à l'écart de développements contemporains du manga, notamment le redikomi ou encore le adulte inspiré du style de Kyōko Okazaki.
À partir de 2011, Moto Hagio commence à donner des cours sur le manga à l'université Joshibi d'art et design en tant qu'enseignante vacataire.. La même année se produit l'accident nucléaire de Fukushima qui choque le Japon. Elle sera l'une des premières artistes à réagir à la catastrophe peu après Kotobuki Shiriagari, en publiant le manga , ce qui contribue à libérer la parole sur l'incident et à d'autres artistes de lui emboîter le pas.
En 2016, dans le cadre des quinze ans du magazine de Shōgakukan, Hagio revient sur son premier succès, , en créant de nouvelles histoires autour des vampires du clan Poe, ceci quarante ans après la fin de la publication initiale de la série..
Style et narration Lorsqu'elle est interrogée sur ses influences visuelles, Moto Hagio répond qu'elle s'est principalement inspirée des mises en page de Shōtarō Ishinomori, des vêtements de Hideko Mizuno et des yeux de Masako Yashiro.
Au début des années 1970, Hagio et ses consœurs de l'an 24 développent le manga comme un genre cohérent. Elles rassemblent les principaux développements visuels du conçus lors des années 1950 et 1960 par divers auteurs dans la lignée de Macoto Takahashi, pour les solidifier et ainsi former la . Au centre de cette grammaire se trouvent les monologues intérieurs, rédigés en dehors des phylactères pour être fragmentés et éclatés sur l'ensemble de la page. Ces monologues permettent d'explorer l'intériorité des personnages ainsi que d'exprimer leurs émotions. Au niveau narratif ils deviennent au moins aussi importants que les dialogues et pallient l'absence de narration à la troisième personne.