La ficaire fausse-renoncule (Ficaria verna), ou, plus simplement, ficaire, anciennement décrite par Linné sous le nom de Ranunculus ficaria, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Ranunculaceae. C'est une plante herbacée vivace très commune en Europe, en Asie de l'Ouest, en Afrique du Nord et, en Amérique du Nord (États-Unis et Canada) où elle a été introduite au et est parfois considérée invasiveLe premier spécimen d'herbier date de 1867 en Pennsylvanie. Cf .
Nomenclature
Carl Linné a décrit l’espèce sous le nom de Ranunculus ficaria en 1753 dans Species Plantarum 1: 550.
En 1762, le botaniste anglais William Hudson (1734-1793) décrivit aussi l’espèce sous le nom de Ficaria verna dans Flora Anglica 214.
Hudson a transféré l’espèce dans le genre Ficaria en raison de certaines différences morphologiques avec d’autres Ranunculus. Parmi ces différences, on note : Un port plus rampant et stolonifère. Des tubercules sur les racines (absents chez la plupart des Ranunculus). Une structure florale légèrement distincte par un nombre variable de pétales entourés de trois sépales.
Pendant longtemps, les botanistes ont continué d’utiliser le nom Ranunculus ficaria, considérant Ficaria comme un simple sous-genre de Ranunculus et non comme un genre distinct. Avec l’avènement de la phylogénétique et des études moléculaires, des analyses ont confirmé que Ranunculus ficaria présente suffisamment de différences génétiques avec les autres Ranunculus pour justifier un genre distinct. À la fin du siècle, des preuves phylogénétiques, dérivées de données de séquence d’ADN, ont montré que Ficaria et Ranunculus étaient des genres distincts.
Synonymes
Si on accepte le nom Ficaria verna Huds., alors le nom Ranunculus ficaria L. devient un synonyme.
Phytonymie et appellations Son nom ficaire dérivé du latin fīcus « fic, verrue, hémorroïde » : « plante dont la racine présente des granulations ressemblant à un chapelet d'hémorroïdes et qui, par la vertu du signe, était employée pour combattre ce genre d'affection ». L'épithète latin signifie printanier.
Ses nombreux noms vernaculaires attestent de sa popularité. Couramment appelée bouton d'or, comme plusieurs espèces de renoncules à fleurs jaunes, on lui donne aussi le nom d’herbe aux hémorroïdes en référence à ses tubercules qui évoquent les renflements des hémorroïdes (veines anales dilatées), ce qui explique que ces tubercules ont longtemps été employés contre la pathologie hémorroïdaire en vertu de la théorie des signatures. Elle était également nommée autrefois petite Chélidoine, petite Scrofulaire (Scrophularia minor), ou encore herbe au fic, car on la croyait capable, tout comme la grande Chélidoine, de lutter contre les verrues et les petites lésions cutanées (scrofule, du latin scrofulae ou scrofellae). Enfin, elle porte ou a porté aussi les noms beaucoup moins courants de billonée, clair-bassin, épinard des bûcherons, ganille, grenouillette, herbe du siège, jauneau ou jaunereau, petit bassinet, petite éclaire ou éclairette (les fleurs d'un jaune vif « éclairent la venue du printemps », évoquant de petits soleils végétaux qui semblent source de lumière, d'où l'utilisation de la plante comme antiophtalmique en vertu de la théorie des signatures), pissenlit rond ou pissenlit doux et pot au beurre. La forme des petits bulbilles et surtout des petits tubercules vaut à la plante d'être dénommée testiculus sacerdotis « testicule de prêtre » ou mentula episcopi « pénis d'évêque ». Au elle est appelée aussi haneklootjes (« testicules de coq ») en Hollande, macji mud (« couilles de chat ») en Yougoslavie ou en patois de Bagnes (en Suisse) kolon de tsïn (« testicules de chien ») ou kolon de tsà (« testicules de chat »). ou encore couilles de prêtre dans plusieurs régions françaises et italiennes. .
Ces bulbilles étaient parfois consommés. Leur dispersion sur le sol évoquant un semis des grains de blé aurait forgé la croyance populaire d'une pluie de blé..
Son nom vernaculaire en Allemagne est , littéralement « herbe au scorbut », faisant référence à l'utilisation qu'on en faisait naguère contre cette maladie et pendant les disettes, à cause de sa richesse fréquente en vitamine Cvoir Wikimedia en allemand :de:Scharbockskraut.
Description Appareil végétatif La ficaire est une plante vivace de de hauteur.
La souche à racines fasciculées est mêlée de tubercules renflés en massue.
vignette|Parenchyme de réserve, à cellules riches en amyloplastes et méats dans une racine de FicaireL'observation en microscopie optique de cette coupe transversale colorée au carmino-vert montre les caractéristiques anatomiques d'une racine : organe végétal à symétrie axiale (cette symétrie caractérise une racine ou une tige alors que la feuille a une symétrie bilatérale) ; présence d'un rhizoderme pouvant former l'assise pilifère ; écorce ou cortex très développé, comprenant, de l'extérieur vers l'intérieur, une ou plusieurs couches de cellules subérifiées (subéroïde ou assise subéreuse), un parenchyme cortical à fonction de réserve (non associé à des tissus de soutien, collenchyme et/ou sclérenchyme) et un endoderme constitué de cellules subérifiées. Les tissus conducteurs se localisent dans le cylindre central (dont la moelle) réduit en raison de l'alternance de massifs de phloème primaire et de xylème primaire à différenciation centripète. La présence de cinq massifs de xylème I et de phloème I et l'endoderme qui présente des épaississements de lignosubérine (lignine et subérine) en bande caractérisent une racine de Dicotylédone. D'après .. C'est une plante basse hémicryptophyte, allant de 5 à 40 cm P.D. Sell, « Ranunculus ficaria L. sensu lato », Watsonia, 20, 1994, p. 44.
Sa tige souterraine porte de fines racines absorbantes fasciculées blanchâtres et ramifiées, plusieurs bourgeons et des racines brunes renflées formant comme de petits tubercules, fusiformes ou claviformes (taille : 5-50 x 3 · 5-6 · 0 mm)., arrondies au sommet.. Certaines de ces racines tubérisées sont ridées et vidées de leurs réserves. Elles se séparent facilement et assurent une reproduction végétative, permettant à la plante de coloniser rapidement de nouveaux espaces. Ces tubercules stockent des sucres sous forme d'amidon au sein des amyloplastes. Consommées crus, ils sont toxiques.
La plante montre une hétérophyllie marquée : les feuilles caulinaires sont glabres, suborbiculaires et cordiformes, de couleur vert moyen à foncé, à la partie inférieure du pétiole dilatée, au limbe qui ondule légèrement et sillonné de nervures plus pâles. Alternes ou opposées, elles font de 4 à 9 cm de largeur. Les jeunes plants produisent des feuilles glabres, luisantes, aux nervures bien visibles sous la face inférieure, composées d’un long pétiole (profondément cannelé et en forme de U en coupe transversale, il fait jusqu'à 28 cm de longueur) à base engainante et d’un limbe charnu, avec un bord lisse et un sommet arrondi. Les feuilles poussant à la base de la plante, à court pétiole, sont souvent naturellement blanchies : privées de lumière par les autres feuilles, leur chlorophylle ne s'est pas développée et elles n'ont pas synthétisé la proto-anémonine, principe âcre qui les rendrait irritantes. La tige aérienne est blanchâtre (parfois violacée) à la base, glabre, ramifiée pleine, à section ronde et surface lisse. Molle et creuse, elle est généralement en partie couchée puis dressée, sa base décombante s'enracinant aux nœuds inférieurs (mode de multiplication végétative).
La forme ancestrale diploïde du Sud de l'Europe (F. verna subsp. fertilis) ne produit pas de bulbilles et se multiplie donc seulement par graines ou tubercules. La plante peut également être triploïde ou tétraploïde, comme la sous-espèce bulbilifer qui produit à la base des pétioles des feuilles de petits bulbilles qui tombent au sol en mai pour pousser la saison suivante. Elle se multiplie donc plutôt de façon végétative grâce à ces racines aériennes adventives J.J.B. Gill et al, « The distribution of chromosome races of Ranunculus ficaria L. in the British Isles », Annals of Botany, 36, 1972, p. 31-47.
Appareil reproducteur vignette|Macrophotographie d'une fleur de Ficaire. La floraison éphémère a lieu entre février et avril ou mai, mais avec le réchauffement climatique, elle se décale en janvier, la Ficaire, printanière précoce, devenant une fleur hivernale.. Son apparition dans le paysage est considérée par beaucoup comme un signe avant-coureur du printemps.
L'inflorescence consiste en une fleur terminale unique d'un jaune brillant, insérée sur un long pédoncule (10 à 30 cm de longueur). Trois sépales (rarement plus de taille 5-10 x 3-7 mm), verdâtres (parfois avec une zone blanchâtre au sommet ou le long de la marge), libres, ovales, scarieux, appliqués sur les pétales et caducs, forment le calice.. La corolle est composée généralement de 6 à 12Ce qui la distingue des renoncules dotées de 5 pétales plus arrondis. pétales assez allongés (verdâtres dessous, jaune luisant dessus, ils sont munis à la base d'écailles plus sombres munies de fossettes nectarifères) à onglet marqué, organe dérivé des étamines. Les pétales de la corolle ont une surface structurale nanométrique donnant une iridescence : cette surface agit comme un réseau de diffraction qui décompose la lumière blanche (comme le spectre lumineux formé par un prisme ou les irisations à la surface d'un CD) et reflète avant tout les rayons ultraviolets. La Ficaire, comme de nombreuses plantes, n'a pas la capacité génétique et biochimique de produire des pigments dans le spectre bleu à ultraviolet. Elle crée ainsi cette iridescence afin d'attirer les pollinisateurs grâce à un guide à nectar.
La plante pratique la nyctinastie : la fleur s'ouvre le matin et se ferme complètement le soir ; elle fait de même par temps humide ou très nuageux. La nyctinastie a un impact positif sur la croissance et un rôle de protection des organes reproducteurs (contre le froid et l'humiditéQuand il fait froid ou qu'il s'apprête à pleuvoir, le pédoncule se courbe et les pétales imbriqués protègent les étamines et les pistils, tandis que les sépales poilus serrés contre la corolle forment une coiffe sur le tout. D'après ) mais elle peut, par le processus d'exaptation, jouer aussi un rôle de défense contre les herbivores la nuit, sachant que les principaux consommateurs de ces fleurs, les limaces et les chevreuils, sont surtout actifs de nuit..
Les fleurs possèdent généralement 20 à 40 étamines extrorses et un pistil composé de nombreux carpelles séparés, uniovulés et sans bec, prolongés par de styles verdâtres et des stigmates jaunâtres. La pollinisation est entomogame, assurée principalement par les mouches (dont des syrphes), puis des abeilles domestiques et des petits scarabées noirs, les méligèthes. Le pistil donne à maturité un fruit sec indéhiscent appelé polyakène (10 à 20 akènes réunis en tête globuleuse). Dépourvus de bec ou d'arête, ils sont globuleux, pubescents, avec une surface lisse. Les fleurs sont allogames par protandrie mais les Ficaires triploïdes ou de la sous-espèce bulbifer génèrent des individus généralement stériles. Les graines (ne contenant qu'un seul cotylédon entier ou bilobé, formé en réalité par deux cotylédons soudésOn peut observer la marque de cette soudure sur le large bord supérieur.) sont pourvues d'une excroissance, l'élaïosome consommées par les fourmis qui participent à la dissémination et à la germination loin de la plante-mère (myrmécochorie). Le taux d'allogamie est cependant faible car la floraison précoce limite le nombre d'insectes pollinisateurs, si bien que la majorité des sous-espèces se propagent par voie végétative grâce à leurs tubercules.
La formule florale est : sans_cadre|16x16px
Risque de confusion