thumb|Ternay, avec sept vaisseaux, assure l’escorte du convoi. thumb|droite|L'Arsenal et le château de Brest vus de Recouvrance, 1774, huile sur toile, , Musée national de la Marine, 2020.3.1. Les activités portuaires représentées témoignent de l'effervescence qui règne dans le port à la veille de la Guerre d'Amérique.. Ternay quitte le port le avec les troupes de Rochambeau pour l’Amérique. thumb|Carte décrivant les quatre positions du convoi de Ternay (escorte et transports) lors de la tentative d’interception anglaise du 20 juin. Le corps expéditionnaire français est une grande unité de l'armée française commandée par Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur de Rochambeau. Il est envoyé en 1780 par Louis XVI dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord, en application de l'alliance franco-américaine, pour soutenir la cause des insurgés américains contre la domination coloniale britannique. Rejoint par des volontaires français déjà sur place, dont le marquis de La Fayette, ce corps vient appuyer l'Armée continentale des patriotes américains commandée par George Washington. Cette opération, que le gouvernement français désigne comme « expédition particulière », est un épisode de l'intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis.
Départ de la flotte Le à Brest, à quatre heures du matin, Ternay profita d'un bon vent de nord-est pour faire appareiller. Il prit la tête de l'escadre avec le Duc de Bourgogne, le Neptune et le Jazon. Après avoir passé le goulet et pris le large, l'escadre et le convoi firent route vers le sud, traversèrent heureusement le passage du Raz, et, s'étant ralliés, se mirent en ordre de marche.
Composition de l'escadre La liste ci-dessousD'après Blanchard donne la composition de l’escadre partie de Brest pour l'Amérique en mai 1780 pour transporter le corps expéditionnaire français, lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis.
VaisseauxCanonsCommandantsLe Duc de Bourgognedoublé en cuivreCe vaisseau, qui portait pavillon amiral, avait à son bord Rochambeau. 80chevalier de TernayLe Neptunedoublé en cuivreLes vaisseaux doublés en cuivre étaient très-rares à cette époque ; ils avaient une marche plus rapide.74chevalier DestouchesLe ConquérantBlanchard, qui partit le de Brest sur le Conquérant, donne ainsi la composition de l'équipage de ce vaisseau. La Grandière, capitaine, Cherfontaine, capitaine commandant en second ; Dupuy, lieutenant ; Blessing, id. (Suédois). Enseignes : La Jonquières, Kergis, Maccarthy, Pac de Bellegarde, Buissy. Gardes-marines : Lyvet, Leyrits, Lourmel. Officiers auxiliaires : Cordier, Deshayes, Marassin, Guzence. Le fils de La Grandière était aussi à bord, mais il n'était pas encore garde-marine. Officiers d'infanterie en détachement sur le vaisseau, tirés du régiment de la Sarre : Laubanis, capitaine, Lamothe, lieutenant, Loyas, sous-lieutenant. Passagers : le baron de Vioménil, maréchal de camp, comte de Custine, brigadier colonel du régiment de Saintonge ; la compagnie de grenadiers du dit régiment dont les officiers étaient : de Vouves, cap. ; de James, cap. en second ; Champetier, lieutenant, Josselin, lieutenant en second ; Denis, sous-lieutenant ; Fanit, . Ménonville, lieutenant-colonel attaché à l'état-major, de Chabannes et de Pangé, aides de camp de Vioménil ; Brizon, officier de cavalerie, faisant fonctions de secrétaire auprès du général. En outre, un chirurgien et un aumônier dont Blanchard ne dit pas les noms. Il y avait à bord, en tout, 960 personnes et pour six mois de vivres. Une partie du régiment de Bourbonnais (350 hommes environ) était embarquée sur la gabarre l’Isle-de-France, qui portait aussi le chevalier de Coriolis, beau-frère de Blanchard.74La GrandièreLa ProvenceIl y avait sur la Provence: Lauzun, Robert Dillon, le chevalier d'Arrot et une partie de la Légion. Lauzun dit dans ses Mémoires que le capitaine était, à ce qu'il croit, M. Champaurcin.64L’Éveillédoublé en cuivreSur l’Éveillé prirent place Deux-Ponts et une partie de leur régiment. (Mes Campagnes en Amérique.)64de TillyLe JasonCe vaisseau eut pour passagers, entre autres : Dumas, Lameth, le comte de Fersen et le comte de Charlus, qui étaient tous attachés à l'état-major de Rochambeau. (Souvenirs de Dumas.)64La ClocheterieL’64chevalier de MarignyFrégatesLa BelloneLe 5 mai, la Bellone rentra au port et ne rejoignit pas l'expédition. (Dumas.) 32La Surveillante32SillartL’Amazone32La PérouseLa Guêpecorvettechevalier de MaulevrierLe SerpentcorvetteLe FantasqueVieux vaisseau lancé en 1758, était armé en flûte et était destiné à servir d'hôpital ; on y avait embarqué le trésor, la grosse artillerie et beaucoup de passagers.flûte
Plus trente-six bâtiments de transportParmi les bâtiments de transport étaient : la Vénus, la comtesse de Noailles, la Loire, le Lutin, l’Écureuil, le Baron d'Arras, etc. (Blanchard.); en tout, quarante-neuf voiles.
Les forces terrestres comprenaient hommes au total, appartenant aux régiments de Bourbonnais, Soissonnais, Saintonge, Royal-Deux-Ponts, deux bataillons d'artillerie de Gribeauval, un bataillon du génie et du matériel de siège.
Le manque de bâtiments de transport fut cause que les régiments de Neustrie et d'Anhalt ne purent partir. Rochambeau dut de même laisser à Brest une partie du régiment de Soissonais. Deux bataillons seulement s'embarquèrent le sous les ordres du comte de Sainte-Mesme. La légion de Lauzun était un corps franc mixte de chasseurs à pied et de hussards, formé par ce commandant ; seulement les deux tiers purent trouver place sur les vaisseaux, et 400 hommes de cette légion durent rester à Brest. Ils devaient faire partie du second convoi. Ils furent plus tard envoyés en Guyane sous les ordres du chevalier de Kersaint, pour reprendre aux Anglais les comptoirs hollandais de Demerary, Essequebio, etc. On ne put également embarquer qu'une partie du matériel de l'artillerie, avec un détachement de cette arme, sous les ordres du colonel d'Aboville, et qu'un bataillon du génie, sous les ordres de Desandrouins. Celui-ci, un des officiers les plus âgés (né en 1729), avait servi au Canada au temps de la conquête anglaiseCharles Nicolas Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins 1729-1792, imprimerie Renvé-Lallemant, Verdun, 1887 chap. XVIII .
Contrairement à une légende répandue plus tard par certains biographes, la plupart des officiers du corps expéditionnaire servaient par simple devoir militaire et n'éprouvaient pas de sympathie particulière pour la cause des insurgés américains ; par la suite, pendant la Révolution française, leurs choix politiques ne se distingueront guère de ceux d'autres officiers du même milieuGilbert Bodinier, Les officiers de l'Armée royale: combattants de la Guerre d'indépendance des Etats-Unis, de Yorktown à l'an II, Service historique de l'Armée de terre, 1983 , p. 242.Samuel Scott, From Yorktown to Valmy. The Transformation of the french Army in an Age of Revolution, University of Colorado, 1998.
Arrivée aux États-Unis Débarquement des troupes françaises
Les troupes débarquent du 13 au , les malades étant transportés aux hôpitaux de Newport (quatre cents malades) et à un hôpital établi à douze milles de là, à Papisquash (deux cent quatre-vingts malades). Le détachement des trois cent cinquante hommes de Bourbonnais débarqués de l'Isle-de-France à Boston, séparé de l'escadre de Ternay dans la brume, comptait environ cent malades qui restèrent à Boston ; ce qui faisait environ huit cents malades sur cinq mille hommes.
Le général William Heath, qui commandait les milices dans l'État du Rhode Island, annonça le l'arrivée de l'escadre française au général Washington, qui se trouvait alors avec son état-major à Bergen. La Fayette partit presque aussitôt, muni des instructions du général en chef, en date du 15, pour se rendre auprès du général et de l'amiral français, et se concerter avec eux.
Fortification de Rhode-Island thumb|left|Plan du stationnement des troupes de Rochambeau et de l'escadre de Ternay à Newport en 1780. Dans l'attente d'une attaque des Britanniques, les Français, avec le soutien des milices de l'État de Boston et de Rhode-Island, s'appliquent à construire des éléments défensifs.
Rochambeau fait élever le long de la passe des batteries de gros calibre et de mortiers, et il met en place des grills, pour faire rougir les boulets. Son camp couvrait la ville, coupant l'île en travers, sa gauche à la mer et sa droite s'appuyant au mouillage de l'escadre qui était embossée, sous la protection des batteries de terre, qu'il avait fait établir sur les points les plus convenables. Il fit travailler également à fortifier divers points sur lesquels l'ennemi pouvait débarquer, et ouvrir des routes pour porter la plus grande partie de l'armée au point même du débarquement. Dans cette position, le corps français pouvait toujours se porter par la ligne la plus courte, sur le point où l'ennemi aurait voulu débarquer, tandis que, pour varier ses points d'attaque, celui-ci avait de grands cercles à parcourir.
Il envoya aussi sur l'île Conanicut un corps de 150 hommes tirés du régiment de Saintonge, sous la conduite du lieutenant-colonel de la Valette. Mais bientôt, ne le trouvant pas en sûreté dans ce poste, il le rappela.
En douze jours, la position de l'armée dans Rhode-Island fut rendue assez respectable, grâce à l'habile direction du chef et à l'ardeur des soldats. Malheureusement, un grand tiers de l'armée de terre et de la marine était malade du scorbut.
Diversion tentée par Washington En même temps, Washington passa l'Hudson au-dessus de West-Point avec la meilleure partie de ses troupes et se porta sur King's Bridge au nord de l'île, où il fit des démonstrations hostiles. Cette manœuvre retint le général Henry Clinton, qui avait déjà embarqué sur les vaisseaux d'Arbuthnot. Il fit débarquer ses troupes et renonça à son projet.
L'amiral britannique mit néanmoins à la voile et parut devant Rhode-Island, avec onze vaisseaux de ligne et quelques frégates, douze jours après le débarquement des Français.
Custine et Guillaume de Deux-Ponts, nommé commandant en second, furent détachés avec les bataillons de grenadiers et de chasseurs de leurs deux brigades, et prirent position au bord de la mer. L'amiral Arbuthnot resta continuellement en vue de la côte jusqu'au ; la nuit, il mouillait à la pointe de Judith, et il passait la journée sous voiles, croisant tantôt à une lieue, tantôt à trois ou quatre lieues de la côte. Le au soir, Rochambeau fit rentrer cette troupe au camp et la remplaça par la légion de Lauzun.
Recommandations pressantes à Rochambeau d'entrer en Campagne La campagne était trop avancée et les forces navales des Français trop inférieures pour que les alliés pussent rien entreprendre d'important. Rochambeau, malgré les instances de La Fayette, à qui l'inaction pesait, ne songea qu'à perfectionner les défenses de Rhode Island par la protection mutuelle des vaisseaux et des batteries de la côteLes troupes et les équipages avaient, d'autre part, beaucoup souffert des maladies occasionnées par un trop grand encombrement. L'île avait été dévastée par les Britanniques et par le séjour des troupes américaines. Il fallut construire des baraques pour loger les troupes, établir des hôpitaux au fond de la baie dans la petite ville de Providence, et s'occuper de monter les hussards de Lauzun, en un mot, pourvoir à tous les besoins de la petite armée pendant le quartier d'hiver. Dumas et Charles de Lameth, aides de camp du général Rochambeau, furent chargés de diverses reconnaissances, et le premier parle dans ses Mémoires du bon accueil qu'il reçut à Providence dans la famille du docteur Browne. Le duc de Lauzun fut chargé de commander tout ce qui était sur la passe et à portée des lieux où l'on pouvait débarquer. Pendant ce temps, l'intendant de Tarlé et le commissaire des guerres Blanchard s'occupaient de procurer à l'armée des vivres, du bois, et d'organiser ou d'entretenir les hôpitaux..