La résistance en Alsace et en Moselle concerne la résistance à l'Allemagne nazie dans les trois départements annexés (Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin) lors de la Seconde Guerre mondiale.

Une résistance spécifique Bien que la convention d'Armistice du 22 juin 1940 ne signifiât en aucune clause le sort des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la « frontière de Francfort », celle de la précédente annexion, fut rétablie de fait mi-. Contrairement à l'annexion de 1871 où l'Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et la Moselle formaient le Reichsland Elsass-Lothringen (Terre d'Empire d'Alsace-Lorraine), les nazis prirent le parti d'annexer séparément la Moselle et l'Alsace pour faciliter la germanisation. La Moselle, devenue le CdZ-Gebiet Lothringen, fut annexée au Gau Westmark avec la Sarre et le Palatinat ; l'Alsace au Gau de Bade pour former le Gau Baden-Elsass destiné à devenir le Gau Oberrhein. Hitler nomma le Joseph Bürckel Gauleiter (chef de l'administration civile) du Gau Westmark et lui ordonna de germaniser la Moselle en dix ans. Doté des pleins pouvoirs, Bürckel commença la germanisation en adoptant sans tarder toute une série de mesures visant à casser toute tentative de résistanceSur les spécificités de la situation locale, voir les actes du colloque Annexion et nazification en Europe (Metz, 7 et 8 novembre 2003), publiés sous la direction de Sylvain Schirmann (Université de Strasbourg), sur le site internet du Mémorial d'Alsace-Moselle à Schirmeck .

La résistance en Alsace et en Moselle n'est pas tout à fait assimilable à la résistance intérieure française ni même à la résistance allemande au nazisme. Il s'agit d'une résistance à l'occupant en territoire annexé. Elle ne peut pas être assimilée à une résistance allemande bien qu'elle se déroulât sur un territoire « allemand ». La spécificité de la résistance en Alsace et en Moselle vient avant tout de la résistance massive de la population à la germanisation. C'est de cette oppression que furent issus les premiers et les plus nombreux actes de résistance. Toute action ou attitude, si minime fut-elle, hostile à la germanisation ou portant atteinte au prestige ou à l'effort de guerre allemand, était non seulement considérée comme un acte de résistance mais également comme un acte de trahison. « Si un Alsacien vient et me déclare : je ne suis pas allemand, mais français, c'est-à-dire que je me considère comme Français ; je ne puis que lui dire : Tu n’es pas un Français, tu es un traître allemand. Tu es un traître à ton nom, à ta langue, à ta nationalité, à ton sang, bref à ta propre nature, à ta destinée (…). Aussi devras-tu comprendre qu’on se débarrasse rapidement de toi, comme aujourd’hui dans le monde entier on se débarrasse rapidement de tous les traîtres » déclarait Robert Wagner dans son discours du à Strasbourg ».

Malgré quelques contacts, la résistance en Alsace et en Moselle n'avait pas de lien étroits avec la résistance allemande au nazisme. Les mouvements actifs affichaient ouvertement leur caractère français, mais n'étaient pas membres du Conseil national de la Résistance - ce qui compliqua la reconnaissance de leur qualité de résistant après-guerre - et ne recevaient aucune aide alliée (armes, radiosSelon Neigert, ce n'est qu'à partir de juillet 1944 qu'un premier poste radio du réseau Mithridate relia la résistance mosellane à la France...). Pour autant, ils entretenaient des liens étroits avec la résistance située en territoire non annexé. Ainsi l'Espoir français était en liaison constante avec le réseau Kléber implanté à Nancy.

Un mouvement financé par Pétain

Paul Dungler rencontrera le maréchal Pétain, qui acceptera de lui donner 500 000 francs : « Et c'est ainsi que la naissance de notre action de résistance, le réseau Martial et l'organisation de combat des Alsaciens réfugiés en France, a été financée par le Maréchal » dira-t-il plus tardAnnée 40 de Jacques Laurent, .

Premiers faits de résistance

Dès , peu après l'entrée des troupes allemandes à Metz le , un groupe de lycéens rejoint par des apprentis et quelques employés des postes, pour la plupart âgés de 17 à 20 ans, forment « l'Espoir français ». Le , une première opération de sabotage sur des lignes téléphoniques est attestée. Le , pour la fête de l'Assomption, un rassemblement a lieu place Saint-Jacques à Metz devant la statue de la Vierge Marie en présence de l'évêque Joseph-Jean Heintz. La population dépose des bouquets de fleurs bleues, blanches et rouges au pied de la statue de la Vierge et entonne le cantique marial : "Reine de France, priez Dieu pour nous…" À l'automne 1940, le commandant Scharff et d'autres anciens officiers et sous-officiers forment le groupe « Mission Lorraine ».

La population en action La population dans sa grande majorité continua malgré tout à afficher son attachement à la France. On continua à parler français et à refuser le salut hitlérien ou à s'en moquer en criant « Ein Liter » (« un litre ») au lieu de « Heil Hitler ». On bouda les informations allemandes, mais on écouta à ses risques et périls la radio anglaise ou suisse. Un rapport du service de sécurité allemand de la ville de Metz pour la semaine du au dit que « la grande majorité des Lorrains fait preuve d'une obstination grandissante à l'encontre du Reich ». De nombreuses manifestations symboliques succédèrent à la manifestation place Saint-Jacques, telles les manifestations du à Metz, place de la Préfecture, et à Sarreguemines. On peut aussi rappeler le drapeau français hissé sur la mairie d'Hagondange le .

De nombreux anonymes ont aidé les résistants matériellement, en informations, en cachant ou ravitaillant des prisonniers de guerre évadés, dont la Moselle est presque un passage obligé vers la France. Nombre d'entre eux ont participé à des actions plus ciblées, notamment à des filières d'évasion de prisonniers de guerre, comme celui de la religieuse sœur Hélène de l'hospice Saint-Nicolas de Metz, sur tout le département. Les trains de marchandises, les passages dans les usines sidérurgiques à cheval sur la frontière, dans les bois ou en campagne furent autant de moyens de passer une frontière pourtant très surveillée.

Plusieurs milliers de jeunes furent réfractaires à l'enrôlement dans la Wehrmacht et le Reichsarbeitsdienst et devinrent donc des clandestins recherchés. Les Malgré-nous (mosellans et alsaciens mobilisés contre leur volonté sous l'uniforme allemand, notamment sur le front russe) furent nombreux à déserter quitte à être pris par les Russes et à être interné dans le Camp de Tambov comme prisonniers de guerre allemands. Enfin dans la région du Donon, ce sont des maquisards aidés de Russes évadés qui libérèrent quelques villages.

En 1942, Bürckel proposa aux Mosellans n'appartenant pas à la Deutsche Volksgemeinschaft (à la Communauté nationale allemande, au Peuple allemand) et à ceux en ayant été exclus, et donc à ceux qui refusaient toujours d'être allemands, de s'inscrire dans les sous-préfectures pour quitter la Moselle. Les besoins de l'armée et de l'industrie allemande firent dire à Himmler qu'on ne pouvait faire cadeau de sang allemand à la France. Ainsi en , ce sont optant pour la France, originaires principalement du bassin ferrifère et houiller, qui furent déportées dans des camps spéciaux en Silésie, en Basse-Saxe, en Autriche, dans la Ruhr, et dans les Sudètes. On les appela les P.R.O., les Patriotes résistant à l'Occupation.

Principaux groupes de résistance

Groupes mosellans

L'Espoir Français

Formé dès le , l'« Espoir français » est décapité entre le et le par une série d'arrestations. Le mouvement agissait essentiellement par diffusion de tracts et par des tâches de renseignement.

Le réseau Mario Le groupe Mario tient son nom du pseudonyme employé par son animateur principal Jean Burger, chargé par le communiste Georges Wodli de l'activité des militants des chemins de fer, du secteur sidérurgique et du secteur houiller, mission confirmée par le comité national militaire des FTPF et le comité directeur du Front national. Le mouvement divisa son action en 27 secteurs. Pour suivre le parcours de Jean Burger dès les années trente on peut se reporter à sa biographie dans le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier françaisClaude Pennetier (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier – mouvement social français. 1940-1968 (Le Maitron), 1940-1968, tome 2, Paris, Editions de l’Atelier, 2006, p. 430 à 432. . Une présentation plus complète est issue des actes d'un colloque traitant de la résistance en France annexée tenu à Strasbourg en novembre 2004 sous l'égide de la Fondation entente franco-allemande (FEFA) et de l'Université de MetzPierre Schill, « Jean Burger, un itinéraire pacifiste, antifasciste et résistant en Moselle (1932-1945) », dans Alfred Wahl (direction), Les résistances des Alsaciens-Mosellans durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), Metz, Centre régional universitaire lorrain d’histoire, 2006, p. 71 à 90. Son action consistait en la formation de groupes de combat de trois personnes, la constitution de dépôts d'armes, l'aide aux évadés, la réalisation et la diffusion de tracts, les sabotages, l'aide aux familles des militants arrêtés et la préparation de la libération. L'action du groupe fut considérable, mais 752 personnes considérées comme appartenant au réseau furent arrêtées entre août et . Mario avait lui été pris en . À la Libération, le groupe est donc très affaibli. Il s'était constitué autour des nombreux ouvriers présents en Moselle industrielle et notamment des immigrés polonais (mineurs de charbon) et italiens (mineurs de fer) qui payèrent un lourd tribut à leur engagement contre le nazismeSur ce point voir : Pierre Schill, « Les mineurs de charbon étrangers membres du groupe de Résistance ‘‘Mario’’ en Lorraine annexée (1940-1945) », dans Institut d’Histoire Sociale Minière, Mineurs immigrés. Histoire, témoignages (XIXè-XXè siècles), VO éditions, 2000, p. 243 à 261..

Le réseau Derhan

Second groupe notable, le groupe Derhan fut fondé par Joseph Derhan, ouvrier à Hagondange qui avait formé en 1942 un groupe nommé Parti De Gaulle, composé d'une cinquantaine d'ouvriers de la vallée de l'Orne. Actif dans les années 1942 et 1943, le groupe sera démantelé par les Allemands entre janvier et . Son principal dirigeant était déjà mort au fort de Queuleu à Metz. Le groupe s'était donné pour mission l'accumulation d'armes pour la Libération, la propagande pro-gaulliste et l'incitation à refuser l'enrôlement dans la Wehrmacht et le Reichsarbeitsdienst (RAD).

Le Réseau Wodli Le cheminot et responsable communiste Georges Wodli joua un rôle déterminant dans l'organisation de la résistance notamment ouvrière en Alsace annexéeMarie-Louise Goergen (sous la direction de), Cheminots et militants. Un siècle de syndicalisme ferroviaire, Paris, Editions de l’Atelier, 2003, p.422 à 424.. Il joua aussi un rôle important en Moselle annexée en rencontrant Jean Burger, instituteur communiste messin, à qui il demanda de structurer la résistance CGT/PC en Moselle (le Groupe Mario). D'autres cheminots jouèrent un rôle de premier plan, par exemple Charles Hoeffel ou le jeune apprenti Jean Geiger qui fut l'un des fondateurs de L'Espoir françaisSur tous ces cheminots voir leur notices biographiques (souvent accompagnées de photographies inédites) dans Marie-Louise Goergen avec Eric Bélouet (direction), Cheminots engagés. biographies en mémoire (-s), Paris, Editions de l'Atelier, 2007. .

À Réguisheim, le jeune cheminot René Birr est l'un des responsables du réseau Wodli..

Le réseau Mission Lorraine