La conquête romaine de la péninsule Ibérique est un ensemble d'affrontements entre la République romaine et Carthage puis entre la République romaine et les différents peuples celtibères sur la période comprise entre le débarquement des Romains à Ampurias près de Gérone en -218 et la fin de cette conquête par Auguste en -19. Ces affrontements ont eu une étendue temporelle très inégale, avec diverses trêves, pactes, sièges et batailles. Cette occupation débouchera sur une romanisation de l’Hispanie sur le plan culturel, une fois les provinces soumises.
Introduction Bien avant le début de la première guerre punique, entre le et le , les Phéniciens (puis plus tard les Carthaginois) ont été présents dans le sud de la péninsule Ibérique et sur la côte est, au sud de l'Èbre. Le long de cette frange côtière, ils ont installé un grand nombre d'établissements commerciaux exportant dans toute la Méditerranée minéraux et autres ressources naturelles de l'Ibérie préromaine. Ces établissements, qui consistaient en quelques entrepôts et embarcadères, permettaient non seulement l'exportation de produits mais aussi l'importation dans la péninsule de produits élaborés dans la partie orientale de la Méditerranée, ce qui entraîna l'adoption, par certaines des cultures autochtones, de coutumes orientales.
Toujours au , les Grecs établissent leurs premières colonies sur la côte nord de la péninsule méditerranéenne depuis Massilia (Marseille): ils fondent les cités d'Emporion (Empúries en Catalan ou Ampurias) ou Rhodes (Rosas), bien qu'ils aient aussi disséminé des établissements commerciaux sur tout le littoral, sans qu'il y ait eu par la suite installation de population. Une partie du trafic commercial grec, sous embargo, était transporté par les Phéniciens, qui commerçaient dans la péninsule avec des articles provenant et à destination de la Grèce.
En tant que puissance commerciale en Méditerranée occidentale, Carthage étendait ses intérêts jusqu'à la Sicile et le sud de l'Italie, ce qui provoqua, très vite, une réaction de la toute jeune puissance romaine. Finalement, ce conflit d'intérêts purement économique (et non territorial, étant donné que Carthage ne montrait aucune prétention d'envahisseur) provoqua ce qu'on appelle les Guerres puniques : la première d'entre elles se conclura par un armistice fragile et une animosité croissante entre les deux peuples, animosité qui conduira à la deuxième guerre punique; celle-ci se conclura douze ans plus tard par l'occupation romaine du sud et de l'est de la péninsule. Plus tard, Carthage perdra la bataille de Zama, qui met fin à la deuxième guerre punique.
Bien que s'étant imposé sur sa rivale en Méditerranée, il faudra encore deux ans à Rome pour dominer complètement la péninsule Ibérique, s'attirant la haine de la quasi-totalité des peuples de l'intérieur du fait de sa politique expansionniste. Les abus dont ces peuples eurent à souffrir dès le début sont certainement en grande partie responsables du fort sentiment anti-romain de ces nations. Après ces années de guerres cruelles, les peuples autochtones d'Hispanie furent finalement écrasés par le rouleau compresseur militaire et culturel romain, finissant par disparaître, en laissant tout de même le souvenir indélébile d'une résistance féroce face à un ennemi incomparablement supérieur.
Ibérie carthaginoise
Après la première guerre punique, la descendance carthaginoise d'Amilcar Barca entreprend de soumettre la péninsule, soumission qui sera effective sur une grande partie du territoire, et notamment sur toute la partie est et sud. Carthage parviendra à ce succès par le biais d'alliances, de tributs, de mariages ou simplement de la force.
Selon certains historiens, tels que l'archéologue Adolf Schulten, l'installation des Carthaginois au sud-est de l'Espagne et la fondation de la ville de Qart Hadasht, actuelle Cartagène, par Hasdrubal en -227, avait pour but principal le contrôle de la richesse générée par les mines d'argent de la région.
Le général Hasdrubal le Beau fonde la cité de Qart Hadasht - sur les ruines d'une cité primitive de Tartessos nommée Mastia, selon certains historiens. La cité sera entourée de remparts et urbanisée, selon Polybe ; Hasdrubal fait édifier un château sur un tertre de la cité. Carthagène se convertit en base des opérations militaires des Carthaginois en Ibérie.
D'autre part, outre les énormes ressources minérales d'Ibérie, la péninsule fournit à Carthage d'importants contingents de troupes, aussi bien des mercenaires que des troupes mobilisables qui iront affronter Rome, et qui réaffirmeront son autorité sur le nord de l'Afrique, les Romains jugeront que c'est une raison suffisante pour envahir l'Hispanie. Parmi ces troupes, provenant des diverses tribus peuplant la péninsule, celles des Ilergetes et les légendaires Frondeurs des Baléares se distinguaient particulièrement.
Question de Sagonte
À l'origine de la deuxième guerre punique, il y a la dispute pour s'emparer du pouvoir de Sagonte, ville côtière hellénisée et alliée de Rome. Après de fortes tensions entre les membres du gouvernement de la cité, tensions qui se concluent par l'assassinat des partisans de Carthage, Hannibal Barca débarque à Sagonte en -218; la ville demande en vain l'aide de Rome. Après un long siège et de violentes batailles, durant lesquels Hannibal est blessé, l'armée carthaginoise s'empare de la cité, ou plutôt de ce qu'il en reste après sa destruction du fait des combats mais aussi des habitants eux-mêmes. Nombre d'entre eux préfèrent se suicider plutôt que de se soumettre ou d'être réduits en esclavage par Carthage.
La guerre se poursuit avec l'expédition d'Hannibal sur la péninsule italienne. C'est ce moment que choisit Rome pour pénétrer dans la péninsule Ibérique. Le motif de cette invasion est avant tout l'impérieuse nécessité de couper l'approvisionnement, provenant de Carthage et d'Hispanie, des troupes d'Hannibal qui cause tant de dégâts dans la péninsule italienne.
Guerre contre Carthage left|300px|thumb| Progression romaine dans la Péninsule Ibérique. La conquête romaine de la péninsule a donc lieu en marge de la deuxième guerre punique (-218/-201) lorsque Rome décide de prendre Carthage à revers en s'emparant des territoires sous son influence dans la région ; ces territoires lui assurent en effet un soutien en hommes et en vivres. Le Sénat romain y envoie donc les légions romaines sous le commandement du consul Cnaeus Cornelius Scipio Calvus et de son frère Publius Cornelius Scipio. Il cherche par ce moyen à affaiblir les forces carthaginoises en éloignant leurs troupes de la péninsule italienne.
Cnaeus Scipion débarque le premier à Ampurias avec comme première mission de trouver des alliés parmi les Ibères. Il parvient à signer quelques traités d'alliance avec des tribus ibères de la zone côtière, celles-ci restent néanmoins minoritaires. On sait par exemple que la tribu des Ilergetes, une des plus importantes au nord de l'Èbre, était alliée des Carthaginois.
Pendant ce temps, son frère se dévie vers Massilia pour trouver des soutiens et couper l'avance carthaginoise.
Cnaeus Scipion parvient à soumettre par le biais de traités et par la force, la zone côtière au nord de l'Èbre, incluant la ville de Tarraco (ancien nom de Tarragone). La cité est désignée comme base d'opérations pour gérer la conquête (même si certains évoquent le site de Gérone ou celui de Barcelone alors réduit à une bourgade nommée Barcino). Cette cité-capitale développe tous les attributs d'une possible résidence impériale, avec des thermes, un cirque, un port et des fortifications. 100px|right|thumb|Hasdrubal Barca. Le premier combat important entre Romains et Carthaginois a lieu à Cissa (218 ) près de Tarraco, encore que certains historiens semblent évoquer Guissona, dans l'actuelle province de Lérida. Les Carthaginois, sous le commandement de Hannon furent défaits par les forces romaines sous le commandement de ce même Cnaeus Scipion. Le caudillo des Ilergetes, Indíbil, allié des Carthaginois aurait été capturé à cette occasion. Alors que la victoire de Cnaeus Scipion semblait acquise, Hasdrubal Barca arrive en renfort, dispersant les Romains sans toutefois parvenir à les battre.
Chacun rejoint ses bases - les Carthaginois à Cartago Nova (actuelle Carthagène) et les Romains à Tarraco - avant que les troupes de Cnaeus Scipion ne viennent à bout d'Hasdrubal Barca à l'embouchure de l'Èbre en -217. Des renforts menés par Publius Cornelius Scipio (frère du premier) débarquent d'Italie peu après, permettant l'avancée romaine en direction de Sagonte.
On attribue à Cnaeus et à Publius la fortification de Tarraco et l'établissement d'un port militaire. La muraille de la cité fut probablement construite sur l'ancienne muraille cyclopique: on peut en effet y observer un travail de la pierre typiquement ibérique.
Toujours en 216 , on trouve des témoignages de combats, sans grandes conséquences pour Rome, opposant Cnaeus et Publius aux Ibères, tribus vivant au sud de l'Èbre. L'année suivante les Carthaginois reçoivent des renforts menés par Himilcon, initiant de nouveaux combats à l'embouchure de l'Èbre, selon toute vraisemblance, près de Amposta ou de Sant Carles de la Ràpita, lors de ce qui reste connu sous le nom de bataille de Dertosa. Les Romains en sortent vainqueurs.
La rébellion de Syphax, roi de Numidie allié de Rome, en -214, oblige Hasdrubal Barca à retourner en Afrique avec ses meilleurs troupes laissant la voie libre aux Romains. Il y obtient le soutien de Gaïa, autre roi numide, seigneur de la région de Constantine. Avec son aide et celle de son fils Massinissa, il vient à bout de Syphax. Il revient dans la péninsule en 211 av.J.-C. accompagné de Massinissa et de ses guerriers numides.
Entre -214 et -211, Cnaeus et Publius retournent dans la région de l'Èbre. On sait qu'en 211 les frères Scipion incluaient dans leur troupe un fort contingent de mercenaires celtibères. Ceux-ci intervenaient fréquemment comme soldats de fortune.
Les forces carthaginoises se structurent en trois armées, commandées respectivement par les frères Barca, Hasdrubal et Magon) et par un autre Hasdrubal, fils du commandant carthaginois Hannibal Gisco mort lors de la première guerre punique.
En face, les Romains s'organisent en trois groupes, commandés par Cnaeus, Publius et Titus Fonteius.
Hasdrubal Gisco et Magon Barca, soutenus par Massinissa, viennent à bout de Publius Scipion qu'ils tuent lors de la bataille du Bétis. En -211, Cnaeus Scipion assiste en plein combat à la désertion des mercenaires celtibères — Hasdrubal Barca leur ayant offert une somme supérieure à celle offerte par Rome — ce qui l'oblige à se retirer. Il meurt durant cette retraite, laissant les Carthaginois à même de traverser l’Èbre. Cela sera rendu impossible grâce à l'intervention de Caius Marcius Septimus, élu général par les troupes. Malgré le retour d’Indíbil au côté des Carthaginois, l'issue de la bataille reste incertain.
L’année suivante, une expédition dirigée par Caius Claudius Nero est organisée afin de capturer Hasdrubal Barca. Claudius trahit son camp et fuit dans le déshonneur. Le Sénat envoie alors une nouvelle armée sur l’Èbre dans le but de contenir l'avancée des troupes carthaginoises en direction de l’Italie. Le chef de cette nouvelle armée est le célèbre Scipion l'Africain, fils du général homonyme, mort au combat en -211. Scipion est accompagné du proconsul Marcus Silano (qui doit succéder à Claudius Néron) et du conseiller Caius Laelius, chef d'escadre. À leur arrivée, les armées carthaginoises se trouvent réparties de la manière suivante : celle dirigée par Hasdrubal Barca près des sources du Tage ; celle d’Hannibal Gisco dans la région de la future Lusitanie, près de Lisbonne ; enfin l’armée de Magon est installée près du détroit de Gibraltar.