La base aérienne 116 « Lieutenant-colonel Papin » de Luxeuil-Saint-Sauveur de l'Armée de l'air française est située à au sud de la ville de Luxeuil-les-Bains dans le département de la Haute-Saône. Après les usines Stellantis de Vesoul, la base est le deuxième employeur, en effectifs, dans la Haute-Saône. La base occupe une superficie totale de et possède une piste aux normes de l'OTAN.

La base abrite la de chasse, reformée le .

Le site de Luxeuil est l'un des plus anciens terrains d'aviation militaire de France. Après des exercices aériens réalisés par l'armée en 1911, le terrain actuel de la base est choisi en 1912. Il est utilisé de façon intermittente entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Les installations restent longtemps modestes avec une piste en herbe, des hangars et de petits baraquements sans hébergement. Durant l'Occupation, le site accueille une école de pilotage de la Luftwaffe qui subit une centaine d'accidents, dont une soixantaine mortels.

En 1950, sous l’impulsion du ministre de l’Air, André Maroselli, également maire de Luxeuil-les-Bains, un vaste programme d’infrastructure est lancé pour installer sur le site une grande base aérienne moderne aux normes de l'OTAN, qui ouvre en 1953.

Après avoir accueilli l'arme nucléaire (AN-22, AN-52, ASMP) de 1966 à 2011 (abandonnée après la fin de la guerre froide), celle-ci doit faire son retour à l'horizon 2032 sous la forme de missiles hypersoniques, type ASN4G, portés par deux escadrons de Rafale. De lourds travaux de modernisation sont programmés alors que la base devait fermer au milieu des années 2000. Ce retour s'inscrit dans le besoin de défense des pays européens dans le cadre de la Guerre russo-ukrainienne et de la prise de distance des États-Unis au sein de l'OTAN.

La base s'ouvre régulièrement au public avec l'accueil de meetings aériens.

Géographie La BA 116 occupant une superficie de est implantée dans une vaste plaine alluviale située aux pieds des Vosges saônoises., dans le nord-est du département de la Haute-Saône dont elle est la seule emprise de défense.. Elle est entourée de gravières dont les granulats ont servi à la construction de ses infrastructures. Le terrain militaire s'étend sur les territoires des communes de Saint-Sauveur, de La Chapelle-lès-Luxeuil, de Baudoncourt et de Breuches, au sud-sud-est de Luxeuil-les-Bains. Elle est la seule base aérienne de la région Bourgogne-Franche-Comté.

De 1950 à 1998, la BA 116 possédait une base de désserrementUne base de désserrement évite la concentration d'un trop grand nombre d'aéronefs dans un seul site, en cas de manœuvre ou de conflit. à au sud-est : l'aérodrome de Lure - Malbouhans.. Le dépôt de munitions de Sainte-Colette ainsi que la station hertzienne du Ballon de Servance (à ) lui sont rattachés.

Histoire Origine En , des monoplans modèles Blériot XI et Deperdussin Monocoque ainsi que des biplans modèle Breguet Type IV R.U1 survolent la Haute-Saône lors des grandes manœuvres de l'Est en improvisant une piste au lieu-dit à Froideconche (actuelle zone commerciale). Ces exercices se déroulent une année après les manœuvres de Picardie qui sont les premières au monde avec des avions. - Infographie Défense : la BA 116 de Luxeuil, un des plus anciens terrains d'aviation de France.. Lors des manœuvres de 1911, des terrains sont également utilisés à Vesoul et à Villersexel. Le grand-duc Boris de Russie, cousin germain du tsar Nicolas II, assiste à l'événement en tant que représentant allié de la Triple-Entente. L'exercice est particulièrement proche de la frontière de l'Empire allemand qui a annexé l'Alsace-Lorraine grâce à la signature du traité de Francfort après la défaite française de 1870.

L'année suivante, en 1912, l'aérodrome déménage à l'emplacement actuel de la base ce qui en fait l'un des plus anciens terrains d'aviation militaire de France. Un terrain de est aménagé..

Première Guerre mondiale vignette|Nieuport XI exposé au musée du Bourget.

Lors de la Première Guerre mondiale, le le terrain de Luxeuil accueille les escadrilles MF29, MF123 et MF124 du Groupe de Bombardement 4 . Les deux premières escadrilles sont équipées de biplans Farman F.M.II et la troisième de biplans Nieuport XI . Elles sont rejointes par des escadrilles britanniques et alliées.. Le site est stratégique. car idéalement placé pour surveiller la frontière vosgienne de l'Empire allemand.

vignette|gauche|Carré militaire du cimetière de Luxeuil. Une hélice est posée sur une sépulture de pilotes de la grande guerre.

Le est formée l'escadrille américaine N 124 par l'avocat Norman Prince et par Frazier Curtis avec des jeunes volontaires établis en France, alors que les États-Unis restent neutres jusqu'au . Sa constitution est permise par la rencontre de Prince et de l'officier aviateur français saint-cyrien Georges Thenault. Elle reçoit comme mission la protection des bombardiers anglais et français. L'escadrille fait mouvement vers le terrain de Cachy dans la Somme où elle prend le nom d'escadrille La Fayette en hommage à Gilbert du Motier de La Fayette, personnalité française éminente de la guerre d'indépendance des États-Unis. L'unité sert également lors de la bataille de Verdun et de la bataille du Chemin des Dames.

vignette|redresse|, symbole de l'escadrille La Fayette.

Son insigne est choisi par le chef de l'escadrille, le capitaine Georges Thenault. Elle rappelle l'origine géographique des pilotes et incarne symboliquement des valeurs, telles que la force, la combativité ou encore le courage. Le premier emblème, un indien Séminole est dessiné par Marie Suchet, un mécanicien, à partir d'une illustration présente sur les caisses de Remington Arms. La tête de Sioux, avec svastika proposée par Lufbery (symbole porte-bonheur), est imaginée par le sergent Harold Buckley Willis, un architecte, nouveau pilote, en . Cette tête de Sioux est toujours portée par les Mirage 2000 de l'escadrille N 124 du 2/4 La Fayette au début du ....

Entre-deux-guerres Pendant l'entre-deux-guerres, l'activité est réduite.

En , plusieurs escadrilles arrivent à Luxeuil, notamment la VB101, la F109, la C115 et la BR13. Elles forment le régiment aérien de bombardement de nuit (RABN), équipé de Farman F.60 Goliath et Farman F.50, qui reste cantonné à Luxeuil jusqu'en 1923....

Le Farman F.50 numéroté 26 de Luxeuil s'écrase au début des années 1920. Un autre accident a lieu le ; le sergent Mathié embarque avec sa femme et deux mécaniciens pour Audincourt afin de déjeuner chez sa mère : l'avion s'écrase et s'enflamme. Les deux époux meurent brûlés dans l'accident et les deux mécaniciens sortent de la carcasse grièvement brûlés.

Après le départ de ce régiment pour Chartres, le site est utilisé comme terrain de secours puis de manœuvre à partir de 1931. Les installations d'alors consistent en une piste herbeuse, des hangars pour les avions et quelques baraquements de fortune. Les pilotes dorment à l'hôtel, voire chez l'habitant, faute d'hébergement à la base.

Le Groupement d'Aviation et d'Observation 543 s'installe à Luxeuil de à .

Seconde Guerre mondiale vignette|Le capitaine Tony Papin en poste à Luxeuil en 1940, posant devant un MS.406.

Le site connait un regain d'activité lors de la déclaration de guerre de la France contre l'Allemagne. Le Groupe de Chasse 2/7 équipé de Morane-Saulnier MS.406 et trois avions Potez 637 s'installe le . Des travaux d'amélioration sont entrepris à cette occasion. Les officiers sont logés par la ville de Luxeuil et le reste du personnel à Saint-Sauveur. L'escadrille est commandée par Tony Papin (alors capitaine) qui donne son nom de tradition à la base en ..

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le , la base est bombardée par la Luftwaffe. Des combats ont lieu entre les pilotes de la base et les pilotes allemands. Le commandant Gérard Clicquot de Mentque, pilote de la base, est le premier pilote français abattu lors de cette guerre. Il est inhumé au carré militaire du cimetière de Luxeuil-les-Bains. Cette première journée de combats aériens totalise de la chasse française. Les pilotes français comptabilisent avec cinq pilotes blessés, cinq éjectés et parachutés indemnes et quatre morts dans leurs rangs, dans la supériorité technique et numérique de l'aviation allemande..

Après l’armistice du , le terrain est utilisé par la Luftwaffe qui y implante une école destinée à former ses futurs pilotes, au mois de juillet. Elle cumule une centaine d'accidents d’avions ayant entrainé la mort de plus et des dizaines de blessés durant l'Occupation. Le un avion s'écrase dans un champ de La Chapelle-lès-Luxeuil tuant deux cultivateurs occupés à récolter des pommes de terre. La Libération de la base et celle de la ville de Luxeuil durent du 16 au .. Ce mois-là, de nombreuses unités alliées s'installent au terrain, dont le Groupe de Chasse 2/5 avec ses P-47D, le Groupe de Chasse 1/3 en Spitfire et le Groupe de Reconnaissance 2/33 équipé de P.51 Mustang. Les traditions du GC 2/5 sont les mêmes que celles de l'escadrille La Fayette constituée à Luxeuil ; il arbore toujours la tête de Sioux.

Guerre froide et dissuasion nucléaire Après la guerre, le site n'est plus utilisé par l'armée. Le , un aéro-club civil est créé.

vignette|redresse=0.8|André Maroselli en 1951.

En 1950, sous l’impulsion du ministre de l’Air, André Maroselli (également maire de Luxeuil-les-Bains) est prise la décision de construire une base aux normes de l'OTAN à l'emplacement du terrain. Un programme d’infrastructure est lancé pour installer une grande base aérienne moderne dont la construction démarre l'année suivante... En , des Vampire se posent sur la piste en grilles métalliques (PSP).

La escadre de chasse créée à Reims prend ses quartiers dans la nouvelle base aux normes de l'OTAN, le . Elle dispose de F-84G. puis des F-84F et des F-100 Super Sabre. La base est officiellement inaugurée le par le secrétaire d'Etat de l'air Louis Christiaens et par le député-maire André Maroselli. Elle se destine à la défense de l'espace aérien. Le , elle est baptisée « Lieutenant-colonel Papin » en hommage à Tony Papin mort en mission en 1946.

Le , la escadre de chasse (composée de deux escadrons et ) et l'Escadron de Reconnaissance Tactique (ERT) 1/33 équipés de F-84F prennent la place de la EC qui fait mouvement vers la base de Bremgarten en Allemagne de l'Ouest.

Les forces aériennes française sont ré-organisées en 1964. Le pays se dote de l'arme nucléaire pour s'affranchir de l'OTAN et des États-Unis..

vignette|gauche|Mirage IIIE de la base de Luxeuil en 1986.

En , la base de Luxeuil rejoint la force de dissuasion nucléaire française avec l'installation de l'escadron de bombardement 3/94 Arbois et de ses bombardiers nucléaires Mirage IVA, rejoints au mois d'octobre suivant par des Mirage IIIE affectés à la escadre de chasse d'abord à l'escadron puis l'année suivante dans l'escadron . Ces escadrons sont en charge de la permanence opérationnelle. Un est construit pour accueillir l'arme nucléaire type AN-22 de . Un escadron de protection sol-air est mis en place pour défendre la base. Il est envisagé que les Mirage IIIE soient utilisés pour porter l'arme nucléaire ; cette option est abandonnée en raison des aides limitées au pilotage. Leur armement se limite aux missiles Matra R530 et AIM-9B..

En , l'ERT 1/33 quitte Luxeuil pour la base de Strasbourg-Entzheim. Au mois de mai suivant est formé le Centre de prédiction radar 00/339 (CPR 00/339). Deux années plus tard, le CPR est renommé Centre de prédiction et d'instruction radar 00/339 (CPIR 00/339).

Lors de travaux d'aménagement en 1972, un trésor monétaire composé de plusieurs milliers de monnaies constantiniennes est découvert sur la base (à la limite communale de La Chapelle-lès-Luxeuil)..