Élisabeth-Charlotte d’Orléans, petite-fille de France, dite « Mademoiselle de Chartres », ensuite « Mademoiselle » en tant qu'aînée des petites-filles du roi Louis XIII, membre de la Maison de France, née le à Saint-Cloud et morte le à Commercy, est la dernière princesse souveraine de Commercy.
Fille de « Monsieur » duc d'Orléans et frère de Louis XIV de France, et d'Élisabeth-Charlotte de Bavière, princesse Palatine ; elle épousa le duc de Lorraine et de Bar Léopold . Elle assuma la régence des Duchés pour son fils retenu à Vienne de 1729 à 1730 et de 1730 à 1737 puis fut investie à titre viager de la principauté de Commercy.
Si elle ne put marier sa fille Élisabeth-Thérèse à Louis XV, elle est, par son fils François, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, la grand-mère de Marie-Antoinette et l’ancêtre de tous les Habsbourg-Lorraine actuels.
Biographie
Éducation vignette|gauche|redresse|Nicolas de Largillierre, Portrait d'Élisabeth-Charlotte d'Orléans, vers 1680. Élisabeth-Charlotte portait le prénom de sa mère, de même que son frère portait le prénom de leur père. Son enfance se passa sans incident notoire. Sa sœur aînée, reine d’Espagne, la seconde, duchesse de Savoie, et le roi n’ayant pas de fille survivante, celle que l’étiquette nommait « Mademoiselle » depuis le mariage de ses sœurs pouvait s’attendre à une union prestigieuse. C'était une enfant vive qui avait adopté le franc-parler de sa mère. À la dauphine qui lui proposait d’épouser son jeune frère, Élisabeth-Charlotte répondit : . Cette répartie fut louée par la cour.
Nonobstant, comme l’écrit, non sans humour, Arlette Lebigre dans sa biographie de la Princesse Palatine : âgée de douze ans quand éclate la guerre de la Ligue d'Augsbourg, elle en a vingt et un quand les canons se taisent, ce qui, pour une princesse du est un âge de « vieille fille ».
Projets de mariage Le roi essaya bien de marier Mademoiselle avec Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils légitimé qu’il avait eu de la marquise de Montespan tout comme il avait réussi à marier le duc de Chartres, frère de la princesse, avec une de ses bâtardes. Cependant, il dut compter avec sa belle-sœur : si avait dû donner son consentement - non sans cris et sans larmes - au mariage de son fils, elle se consolait en se disant que son fils donnait son rang à sa bru. En revanche, elle se battit bec et ongles pour que sa fille, issue du sang légitime de France, ne soit pas « rétrogradée » au rang de princesse légitimée. Il lui était déjà suffisamment insupportable que la nouvelle duchesse de Chartres voulût traiter sa jeune belle-sœur comme une servante. Craignant le scandale, le roi renonça à ce projet.
Madame pensa donner sa fille au roi d’Angleterre, Guillaume III, son cousin, veuf depuis 1694 de la reine Marie II d'Angleterre, bien que celui-ci ait vingt-cinq ans de plus qu’Élisabeth-Charlotte et soit notoirement homosexuel. Il est vrai que le mari de Madame avait les mêmes penchants. En dehors des arguments concernant les caractères des personnes concernées, Madame oubliait quelques éléments d’ordre politique : le roi d’Angleterre était protestant et ni sa cour, ni ses sujets n’accepteraient une reine catholique venant en plus du pays des dragonnades. Ensuite l’Angleterre de Guillaume III était la plus acharnée des ennemis de la France de Louis XIV. Enfin, les deux pays étaient en guerre ouverte depuis 1688.
Un autre parti, plus prestigieux encore, fut proposé par le pape Innocent XII : le roi des Romains, Joseph, fils aîné et héritier désigné de l’empereur. Le futur empereur Joseph I n’avait que deux ans de moins que Mademoiselle et sa famille était solidement catholique. Par ce mariage, le pape désirait réconcilier les deux grandes dynasties catholiques, ennemies héréditaires depuis deux cents ans, encore une fois en guerre et sceller la paix entre les Habsbourg et les Bourbons. Sa Sainteté se heurta au refus respectueux mais ferme des deux maisons. Le pape était pourtant visionnaire, cette réconciliation interviendra en 1756 et se concrétisera en 1770 par le mariage du futur Louis XVI, descendant de Louis XIV, avec Marie-Antoinette, petite-fille de Mademoiselle.
Pendant ce temps, Mademoiselle montait en graine et supportait parfois difficilement la tutelle de ses parents. Si les Orléans formaient une famille unie, Mademoiselle avait hérité du franc-parler de sa Mère à qui elle reprochait vertement sa germanophilie militante. Monsieur était un père tendre mais ouvertement homosexuel. Il s’affichait avec son favori, le chevalier de Lorraine. D’ailleurs, à cette époque, considérant que son existence allait vers sa fin, Monsieur déclara tout de go à sa femme et à Mademoiselle qu’il entendait jouir encore plus de la vie et ne plus mettre aucun frein à ses débauches.
Pendant ce temps, Charles Perrault lui dédiait ses Contes de ma mère l'Oye en 1695.
Un mariage à la campagne La paix de Ryswick donna un époux à Mademoiselle. Voyant que la guerre s’enlisait, Louis XIV dut faire des concessions et rendre les territoires qu’il occupait — en toute illégalité — depuis plusieurs années. Il rendit donc la Lorraine et le Barrois à leur duc légitime, Léopold qui, âgé de 18 ans, était né en exil et ne connaissait pas sa patrie. Cependant, se méfiant de ce neveu et filleul de l’empereur, le roi voulut se l’attacher en lui faisant épouser sa nièce. La nouvelle fut accueillie avec joie par la promise qui craignait de rester vieille fille. La duchesse d'Orléans était aux anges mais constatait avec réalisme la pauvreté du futur époux. L’alliance était brillante mais le duc n’avait pas un sou et la Lorraine, comme le Barrois, était ruinée par près de 80 ans de guerres et d’occupations diverses — notamment française.
Le roi ouvrit largement sa cassette pour sa nièce. Tant d’honneurs excitèrent la jalousie des autres membres de la famille royale : prenant pour prétexte la mort en bas âge d’un enfant du duc du Maine, certaines princesses prétendirent assister aux cérémonies du mariage par procuration en habit de deuil. De même, les duchesses s’émurent en apprenant que, pour honorer le futur époux, les princesses de la maison de Lorraine demeurant à la cour (les descendants des Guise) danseraient avant elles.
Le roi se fâcha et tout se déroula selon ses ordres (1698). Le duc d'Elbeuf, aîné des princes de la branche française de la Maison de Lorraine représenta le jeune duc et épousa Mademoiselle par procuration.
Famille Inhabituellement et à la surprise de tous, ce mariage politique se mua en mariage d’amour. Dès l’année suivante, le couple ducal vient à Versailles où Léopold doit rendre hommage à Louis XIV pour la rive gauche de la Meuse. Les Lorraine retrouvent les Orléans et le bonheur du jeune couple éclate aux yeux des courtisans ébahis.thumb|right|200px|Sa fille Élisabeth Thérèse et le duc d'AosteÉlisabeth est bientôt enceinte et sa mère la voudrait visiter mais d’insurmontables problèmes d’étiquette rendent le voyage impossible. En 1700, elle assiste au mariage de Pierre de Montesquiou d'Artagnan au Plessis-Picquet, avec beaucoup d'autres personnalités de la cour. En 1701, Monsieur meurt et Madame souhaite s’installer auprès de sa fille mais le roi de France ne peut permettre que sa belle-sœur termine ses jours en territoire étranger. Mère et fille resteront unies par leur correspondance qui, malheureusement, sera détruite dans l’incendie du château de Lunéville le .
Après dix ans de mariage (et de nombreuses grossesses de la duchesse), Léopold, toujours ardent, s’éprit de la marquise de Beauvau-Craon, dame d'honneur de son épouse, qui avait dix ans de moins que son épouse. Si le marquis, élevé avec le duc, fut largement récompensé pour sa complaisance, cette liaison fit souffrir la duchesse, qui, sur les conseils de sa mère se réfugia dans une dignité silencieuse. Le duc n’en continuait pas moins à fréquenter sa couche et à faire des enfants, dont un grand nombre moururent en bas âge. Élisabeth-Charlotte eut 16 grossesses en 19 ans mais n'accoucha que de 14 enfants : Léopold de Lorraine (1699-1700) ; Élisabeth-Charlotte de Lorraine (1700-1711) ; Louise Christine (1701-1701) ; Marie Gabrielle Charlotte de Lorraine (1702-1711) ; Louis de Lorraine (1704-1711) ; Josèphe Gabrielle de Lorraine (1705-1708) ; Gabrielle Louise de Lorraine (1706-1709) ; Léopold-Clément (1707-1723) ; François III Étienne (1708-1765), duc de Lorraine et de Bar, puis grand-duc de Toscane et Empereur des Romains épouse le 12 février 1736 Marie-Thérèse d'Autriche,« roi » de Hongrie et de Bohême (1717-1780) (16 enfants dont les empereurs Joseph II et Léopold II, la reine de France Marie-Antoinette d'Autriche) ; Éléonore (1710-1710) ; Élisabeth-Thérèse de Lorraine (1711-1741), mariée en 1737 à Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne (1701-1773) (3 enfants) ; Charles-Alexandre (1712-1780), gouverneur des Pays-Bas autrichiens (1741-1780), grand maître de l'Ordre Teutonique (1761-1780) épouse en 1744 Marie-Anne d'Autriche (1718-1744) (postérité par Charles-Philippe, baron de Vaux, de sa liaison avec Marie-Jeanne de Tassillon, dont une descendante épouse en 1838 Frédéric Le Motheux, dont postérité) ; Anne-Charlotte de Lorraine (1714-1773), abbesse des chapitres nobles de Remiremont, de Mons et d'Essen ; Une fille morte peu après sa naissance (1718).
Original pour l'époque et dans le monde curiale, la duchesse voulut élever elle-même ses enfants, ce que critiqua sa mère pourtant non dépourvue d'instinct maternel.
En 1711, la variole s'étend sur l'Europe emportant en avril le jeune empereur Joseph et le Grand Dauphin puis en quelques jours de mai trois enfants de la duchesse dont le prince héritier Louis, âgé de sept ans. La duchesse enceinte pour la onzième fois est anéantie : sur les dix enfants qu'elle a mis au monde, il ne lui en reste que deux. Elle donnera encore le jour à quatre enfants dont trois parviendront à l'âge adulte.
Élisabeth-Charlotte et la vie artistique à la Cour vignette|200px|Élisabeth-Charlotte d'Orléans et son frère Philippe. Le fut une période de faste pour les Beaux-arts dans les duchés de Lorraine et de Bar. La cour de Lorraine vit chaque année des journées ou semaines de gala, comme l’interminable carnaval qui commençait le jour des Rois pour s’achever dans la nuit du Mardi-Gras, où opéras et divertissements en musique se succédaient. Les manifestations les plus importantes se déroulaient pour la fête des souverains en novembre : le 4, la Saint-Charles, pour la duchesse, et le 15, la Saint-Léopold, pour le duc.
Les précepteurs du duc Léopold ont fait de lui un homme très ouvert au cosmopolitisme. Les visites des princes étrangers donnaient également lieu à des réceptions : le , le prince Emmanuel de Portugal, frère du roi Jean V, arriva à Nancy, « comédie, carnaval et grand repas, concert » sont organisés pour l’accueillir. Toutes les comédies données à Nancy et Lunéville sous les règnes des ducs Léopold et François III étaient gratuites et permirent une intense activité artistique.
François III confia la régence à sa mère qui imposa sa politique et ses goûts artistiques, même s’il ne reste que peu de traces de son action dans le domaine artistique, étant donné que François III emporta lors de son départ des Duchés des décors, des œuvres comme le décor de l’opéra de Lunéville, la bibliothèque de Lunéville, la collection de médailles. Stanislas modifia et détruisit bon nombre de bâtiments comme la ménagerie construite dans le parc du château d’Einville-au-Jard ; en outre l’occupation française à la mort de Stanislas entraîna des destructions dans le but d’effacer toutes traces de l’indépendance passée des duchés.