La révolte de Bar Kokhba (132-135), en Mered Bar Kokhba, ou seconde guerre judéo-romaine, est la seconde insurrection des Juifs de la province de Judée contre l'Empire romain, et la dernière des guerres judéo-romaines. Elle est menée par le rebelle juif Shimon bar Kokhba.

Certaines sources la mentionnent comme la troisième révolte, en comptant les émeutes de 115-117, connues sous le nom de guerre de Kitos, écrasées par le général romain Lusius Quietus qui a réprimé ces révoltes en Adiabène, à Édesse, en Assyrie puis en Syrie et en JudéeLusius Quietus est alors nommé gouverneur de la province de Judée (117). En Cyrénaïque qui fournit leur chef aux rebelles et en Égypte (frontalier de la Cyrénaïque) où l'ampleur de la révolte est considérable, c'est Quintus Marcius Turbo, envoyé de l'empereur muni de pouvoirs spéciaux, qui massacre les rebelles juifs. À Chypre et en Égypte, la répression conduit à une quasi-extermination des Juifs..

Contexte gauche|vignette|Statue de l'empereur Hadrien, apparemment utilisée pour le culte rituel de l'empereur, découverte au camp de la VIe légion romaine à Tel Shalem (117-138 après J.-C.), représentant Hadrien dans la pose typique du commandant militaire suprême saluant ses troupes (musée d'Israël à Jérusalem) Malgré la ruine dans laquelle les Romains avaient plongé le pays au cours de la première guerre judéo-romaine, une autre rébellion juive eut lieu 60 ans plus tard, en dépit de l'opposition d'une partie de la classe sacerdotale. Shimon bar Kokhba organise une armée, instaure un État juif indépendant en terre de Judée, projette de reconstruire le temple de Jérusalem et fait battre monnaie.

Les causes de la révolte font l'objet de débats entre les historiens. Deux mesures prises par l'empereur Hadrien durant ses voyages en Judée au début des années 130 sont retenues en général comme causes principales. La première est la décision de construire sur l'emplacement de Jérusalem une colonie du nom d'Ælia Capitolina autour d'un temple dédié à Jupiter capitolin, peut-être édifié à l'emplacement de l'ancien temple de Jérusalem ou plus probablement au centre de la ville sur le site du Golgotha. La seconde est l'interdiction générale de la circoncision, prise à l'encontre de tous les peuples la pratiquant tels les Juifs, mais aussi les Arabes et les prêtres égyptiens ou syriens. Il est toutefois délicat de savoir si cette seconde décision a été prise avant ou après la révolte. En revanche, la numismatique semble montrer que la fondation d'Ælia Capitolina est effective dès 131-132, avant l'éclatement de la révolte, contrairement à ce que laissent entendre les sources rabbiniques et chrétiennes. C'est d'ailleurs ce qu'indique Dion Cassius dans son Histoire romaine Dion Cassius, Histoire romaine, livre 69..

Déroulement de la révolte À l'exception de quelques points forts retenus pour leur aspect symbolique, on dispose de très peu d'informations sur le déroulement de la révolte. gauche|vignette|Bar Kochba par Arthur Szyk (1927). Pour compenser leur infériorité militaire, les combats prennent la forme d'une guérilla rurale. Les insurgés Bar Kokhba s'empare de la forteresse de l'Hérodion où il établit son quartier général. vignette|Inscription romaine (136 ap. J.-C.) issue du discours dédié à l'empereur Hadrien par le Sénat romain, découverte près du camp de la VIe légion à Tel Shalem, en mémoire de la répression victorieuse de la rébellion de Bar Kokhba. Musée d'Israël à Jérusalem. Les Romains, faisant face à une force juive fortement unifiée et motivée, furent pris au dépourvu. L'annihilation d'une légion romaine avec ses auxiliaires obligea Rome à expédier pas moins de huit légions, sans compter les ailes de cavalerie et les cohortes, et son meilleur général de l'époque : Sextus Julius Severus, qui est rappelé de Britannia pour reconquérir la province rebelle.

Désavantagés par le nombre et subissant de lourdes pertes, les Romains décidèrent de pratiquer une tactique de terre brûlée, qui décima la population judéenne et entama petit à petit leur moral et leur détermination à poursuivre la guerre.

Bar Kokhba se replia dans la forteresse de Betar, au sud-ouest de Jérusalem. Mais les Romains finirent par la prendre et massacrèrent tous ses défenseurs en 135.

Shimon bar Kokhba était considéré comme le Messie par nombre de ses partisans, dont le plus célèbre est Rabbi Akiva.

Selon les récits des pères de l’Église Justin de Naplouse et d'Eusèbe de Césarée, Bar-Kokhba persécuta les chrétiens.

Géographie de la révolte Les grottes occupées par les insurgés permettent de délimiter la zone du conflit judéo-romain. Ces grottes ont livré des traces d'occupation contemporaines de la révolte. Elles se situent dans le Nahal Hever (grotte aux lettres et grotte de l'horreur) ; dans le Nahal David (grotte au bassin) ; au Nahal Mishmar (grotte au Trésor) ; au Wadi el-Mafjar (grottes à la Sandale, aux Manuscrits, grotte d'Abi'or) et au Wadi Murabba'ât (grottes 1 et 2). Elles sont toutes situées dans le désert de Judée et autour de la mer Morte. La grotte au bassin est située à moins de deux kilomètres du village d'Ein Gedi, l'un des centres de la révolte attesté par une série de correspondances entretenues par Bar Kokhba.

Hormis les grottes, qui servirent de refuge pendant la deuxième phase de la révolte, les archéologues Amos Kloner et Boaz Zissu ont révélé l'existence et l'utilisation pendant la révolte de complexes souterrains dans les monts d'Hébron et dans la Shefela, comme à Horvat Etri.

Selon une étude universitaire française réalisée en 2005 et 2006, Bar Kokhba disposait de deux camps de résidence : l'Hérodion et Qiryat Arabayyah. C'étaient ses quartiers généraux. Aucune correspondance (lettre) ne mentionne Jérusalem, laquelle semble n'avoir jamais été occupée par le leader de la révolte, ce que la numismatique confirme.

Archéologie En 2023, quatre rares épées romaines bien conservées sont découvertes dans une grotte du désert de Judée, près du parc national d’Ein Gedi. « Estimées à environ 1900 ans, ces épées auraient été prises lors de la révolte de Bar Kochba, par les rebelles judéens, puis dissimulées dans une crevasse ». Cette découverte annoncée par l’Autorité des antiquités d’Israël est déclarée « découverte archéologique de 2023 » par le National Geographic.

Conséquences de la révolte vignette|Tetradrachme d'argent de la révolte de Bar Kochba (132-135 ). Façade du Temple avec Arche d'alliance au centre, étoile au-dessus (avers) et loulav et étrog (revers). Dion Cassius rapporte que les troupes romaines ont détruit 955 villages de Judée et que 180 000 Judéens ont trouvé la mort au combat, sans compter ceux, en plus grand nombre encore, qui sont morts de faimDavid Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 3, 2023, Éd. Labor et Fides, . Selon Simon Claude Mimouni, la prudence s'impose à l'égard de ces affirmations ; quant aux chiffres donnés par la tradition rabbinique, ils soulignent l'étendue de la défaite et le dépeuplement de la Judée autour de la « ville sainte ».

Après la défaite, Jérusalem est rasée par Hadrien et interdite aux Juifs, qui toutes tendances confondues sont expulsés de la ville et de l'ensemble de la Chôra. Ils y sont interdits de droit de cité sous peine de mort jusqu'à une date inconnue. Une ville romaine, Ælia Capitolina, est bâtie sur le site de Jérusalem. La Chôra de la ville s'étend désormais de l'ancienne frontière de la Judée et de la Samarie au nord, à la mer Morte et à Hébron au sud, et jusqu'au territoire de Éleuthéropolis, de Nicopolis et de Diospolis. 80 petites villes et villages y sont inclus. La population d'Aelia Capitolina est désormais composée de vétérans de la légion Macedonia, mais aussi de Grecs et de Syriens. Pour sa part, la légion romaine reconstruit son camp et forme aussi le cœur de la population de la ville. Après 135, le mouvement rabbinique se déplace vers la Galilée.

Traditionnellement, l'expulsion des Juifs d'une grande partie de la Judée et les dures conditions qui leur sont imposées à la suite de la révolte sont vues comme . La majeure partie de la population s'exile et constitue la diaspora juive. À partir du , cette situation contribue au mythe du « Juif errant »L'exil des juifs – Entre mythe et histoire, enquête historique et archéologique, documentaire réalisé par Ilan Ziv pour Alegria Productions, diffusé par Arte en 2013.. Une autre partie se déplace vers la Galilée, et notamment à Safed, qui devint un centre intellectuel juif très important.

Références

Bibliographie . Dion Cassius, Histoire romaine depuis l'arrivée d'Enée en Italie jusqu'à l'année de son consulat, livre LXIX Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, XIV, 2. Marguerite Yourcenar : Mémoires d'Hadrien (1951) ; roman fondé sur une très solide documentation. Frédéric Coulon, La Révolte de Bar Kokhba : la guerre ultime du peuple juif avant la grande diaspora (132-135 ap. J.-C.), KDP Amazon, 2014.

Voir aussi Articles connexes Bar Kokhba Hadrien Guerres judéo-romaines Première guerre judéo-romaine (66-73) Guerre de Kitos ou guerre des exilés (115-117) Histoire des Juifs (Graetz) dans Wikisource

Liens externes

Bar Kokhba Catégorie:Guerre dans l'Israël antique Catégorie:Hadrien Catégorie:Guerre du IIe siècle Catégorie:Rébellion du IIe siècle Catégorie:Histoire militaire du judaïsme Catégorie:Histoire du judaïsme au IIe siècle Catégorie:Génocide en Asie Catégorie:Juifs et judaïsme dans l'Empire romain