vignette|La tête du Titan Anytos, exposée au Musée national archéologique d'Athènes.Anytos (en grec ancien ) est un Titan de la mythologie grecque, attesté uniquement par Pausanias le Périégète dans sa Description de la Grèce. Selon la tradition locale des Arcadiens, il est le père nourricier de Despoina, fille de Déméter et Poséidon, et déesse principale du sanctuaire de Lycosoura.

Anytos est représenté dans le groupe statuaire du temple de Despoina, réalisé par le sculpteur Damophon de Messène vers la fin du ou le début du . Il y est montré debout, à côté de Despoina, sous les traits d’un homme en armes portant une cuirasse et tenant une lance. Sa statue, dont la tête est conservée, constitue la seule figure masculine du groupe. Une pièce de monnaie de Mégalopolis représentant le groupe de divinités au revers et l'impératrice romaine Julia Domna au droit témoigne de l'attitude générale que présentait jadis la statue.

Pausanias cite également Anytos parmi les Titans impliqués dans le démembrement de Dionysos. Bien que son statut de Titan soit sujet à controverse, son implication dans le cycle dionysiaque peut fournir une explication mythique à l'absence totale du dieu en Arcadie. La présence d'Anytos comme parèdre de Despoina le rend comparable à d'autres protecteurs de la mythologie grecque, tels que les Courètes, les Corybantes et les Dactyles. D'un point de vue chthonien, il peut être considéré comme l'époux de Despoina, à l'instar d'Hadès pour Perséphone et, de plus, comme une divinité de la régénération et du renouvellement de la vie.

Étymologie Anytos est une forme dérivée du verbe () qui signifie « achever, mener à son terme, réaliser », mais qui a aussi développé, en grec, le sens de « hâter », comme l’atteste un passage de la comédie Les Nuées d’Aristophane. L’helléniste français Charles de Lamberterie rattache à une même famille étymologique regroupant les verbes de sens équivalent () et (), lesquels ont coexisté de manière indépendante tout au long de l’histoire de la langue grecque.

Sur le plan anthroponymique, une tablette de Pylos atteste l’existence d’un nom d’homme mycénien, . Pierre Chantraine y voit une forme radicale issue directement du verbe. Lamberterie propose au contraire d’y reconnaître un dérivé de l'adjectif verbal en , dont constituerait le continuateur direct en grec alphabétique . La variante attique de ce nom fut notamment portée par le stratège athénien impliqué dans le procès de Socrate. Le choix de ce théonyme pour désigner le Titan semble refléter délibérément le rôle qu'il joue en tant que protecteur et éducateur de Despoina.

Mythologie vignette|Vestiges de Lycosoura. À gauche, le podium du groupe statuaire cultuel du temple de Despoina sur lequel se dressait la statue d'Anytos. Anytos n’est connu que par un unique témoignage antique, celui de Pausanias le Périégète. Dans le livre de sa Description de la Grèce, consacré à l’Arcadie, ce dernier livre une description détaillée du sanctuaire de Despoina à Lycosoura. Située en Parrhasie, à environ sept kilomètres à l’ouest de Mégalopolis, Lycosoura passait pour être la plus ancienne cité du monde grec ; selon la tradition, elle aurait été fondée par Lycaon, fils de Pélasgos. C’est dans le temple de Despoina, au cœur de ce sanctuaire, que Pausanias observe un groupe statuaire en marbre représentant quatre divinités vénérées, Artémis, Déméter, Despoina, et enfin Anytos aux côtés de cette dernière.

Selon Pausanias, les Arcadiens considéraient Anytos comme le père nourricier de Despoina, la déesse au centre de leurs rites mystériques. Celle-ci est, selon la quasi-totalité des traditions locales, la fille de Déméter et de son frère Poséidon Hippios, tous deux ayant pris la forme de chevaux lors de leur union. Après avoir mis au monde sa fille, Déméter l’abandonna, et le Titan Anytos aurait été celui qui l’éleva et introduisit son culte à Lycosoura. Pausanias ajoute que la tradition arcadienne rangeait également Anytos parmi les Titans impliqués dans le démembrement de Dionysos, thèse qu’il appuie en citant une œuvre perdue d'Onomacrite.

Iconographie vignette|Monnaie de Mégalopolis frappée sous les Sévères (vers ). Au droit : le portrait de l’impératrice Julia Domna ; au revers : le groupe cultuel du temple de Despoina à Lycosoura. Il s’agit de la seule monnaie de Mégalopolis conservée représentant ce groupe, qui confirme et précise la description de Pausanias vignette|Restitution du groupe statuaire de Lycosoura par Guy Dickins (1907). De gauche à droite : Artémis, Déméter, Despoina et Anytos. Pour une autre tentative de restauration, voir celle du restaurateur grec Kaloudis, publiée quelques années plus tard. La présence d’Anytos dans le groupe de Lycosoura est singulière, puisqu'il constitue la seule figure masculine au sein du groupe statuaire. Pausanias indique qu'il était représenté « en armes », portant une cuirasse et tenant une lance. Il attribue sa statue au sculpteur Damophon de Messène, comme l'ensemble du groupe (daté généralement de la fin du et du début du ). Les deux déesses principales siégeaient sur un trône, à une hauteur de 5,80 à , flanquées d'Artémis et d'Anytos, dont les statues atteignaient environ . La statue de Despoina était visible des observateurs tout au long de la journée, tandis que celle d'Anytos restait dissimulée par l'obscurité ou par la masse du mur, sauf à un moment précis où les rayons du soleil venaient l'éclairer.. Cela confère donc à Anytos le statut de parèdre de Despoina.

La tête colossale d'Anytos, mise au jour en même temps que celles de Déméter et d'Artémis lors des fouilles de la fin du , le représente comme un homme barbu à la chevelure abondante et hirsute, rappelant le type du Zeus à Olympie de Phidias. Les orbites sont évidées pour recevoir des yeux incrustés de pâte de verre et de pierres colorées, et deux protubérances situées à l’arrière de la tête suggèrent qu’il portait peut-être un casque en bois plutôt qu’en marbre. La tête mesure de haut, de large et de profondeur. Dans cette réalisation de la tête du Titan, Damophon semble avoir recherché un équilibre entre le baroque et le classicisme, mais il est difficile de la rattacher à un style précis, même si le sculpteur semble s’être inspiré d’exemples de la fin de l’époque classique.

Concernant le reste des fragments traditionnellement attribués à la statue d'Anytos, il subsiste des incertitudes. Le musée de Lycosoura conserve une partie de la jambe droite et du mollet de la statue, ainsi que des lambrequins frangés sculptés sur de minces plaques destinées à être sur la cuirasse. Le torse et l'armement sont cependant perdus. En 1907, l’archéologue Guy Dickins propose d’attribuer à Anytos deux fragments interprétés comme des épaulières. Cette hypothèse a été rejetée par Jean Marcadé et Edmond Lévy, qui estiment que ces reliefs ne représentent pas des épaulières et qu’ils doivent plutôt appartenir à Despoina. De même, Konstantínos Kourouniótis avait attribué une pièce de draperie à Anytos, attribution que Marcadé a ensuite refusée au profit de Déméter.

Guy Dickins a réalisé la première tentative de restitution du groupe statuaire et en a publié le résultat graphique dans le Annual of the British School at Athens. Dans sa restitution, il représente Anytos portant un grand pan de draperie brodé des deux côtés, qu’il imagine tenu par la main droite contre la hanche. Cette restitution est entrée en contradiction avec une monnaie de Mégalopolis découverte par Valerios Staïs en 1912, qui montre au droit le portrait de Julia Domna et au revers le groupe cultuel. D’après l’image monétaire, Staïs a pensé qu’Anytos tenait un bouclier de la main droite, le bras étant collé au flanc de la figure et non posé sur la hanche. Bien que Dickins ait renoncé à l’attribution de la draperie, il a maintenu ses autres choix face aux observations de Staïs.

Enfin, la représentation monétaire du groupe statuaire de Lycosoura dépeint Anytos en appui sur la jambe gauche, le bras gauche levé tenant une lance, tandis que le bras droit est abaissé, le coude légèrement fléchi. La nature de l'objet tenu dans la main droite demeure indéterminée. Aujourd'hui, la pièce est exposée au musée numismatique d'Athènes.

Identité et interprétation

Figures analogues vignette|Danse des Courètes autour de l'enfant Zeus. Ces armés, dont la fonction est de protéger et d'élever le nouveau-né divin, appartiennent à une vaste catégorie de figures mythologiques — Hoplodamos, Corybantes, Dactyles et Héraclès — auxquelles les chercheurs ont rapproché Anytos. Bien qu’Anytos soit une figure proprement arcadienne, sa présence n’est attestée nulle part ailleurs qu’à Lycosoura. Dans un article de 2016 visant à réexaminer l’authenticité du témoignage de Pausanias, Alaya Palamidis a proposé de considérer le panthéon de Lycosoura comme une création largement mégalopolitaine, issue de la combinaison de traditions locales préexistantes. Elle rapproche notamment Anytos d’Hoplodamos, géant qui, selon la tradition de Méthydrion, aurait protégé Rhéa enceinte de Zeus sur le mont Thaumasion. Exerçant une fonction protectrice analogue, Anytos pourrait ainsi constituer une adaptation locale du mythe des Géants et de Rhéa. Loucas-Durie souligne toutefois que cette légende d’Hoplodamos relève spécifiquement des habitants de Methydrion, dans un contexte où plusieurs communautés arcadiennes se disputaient l’honneur d’avoir été le berceau de Zeus (notamment le mont Lycée).

Anytos s’inscrit dans une lignée de figures non humaines — aux côtés des Courètes, des Corybantes (représentés sur la base et le tabouret du groupe cultuel de Lycosoura) et des Dactyles — qui, dans les traditions grecques, assuraient la protection d’une déesse-mère ou de son enfant divin. Constatant la ressemblance manifeste de fonction (courotrophie) et d'attributs (l’armement) entre ces personnages, Francis Vian et Madeleine Jost reconnaissent en Anytos la continuation de ces armés qui entouraient jadis la Grande Déesse pré-hellénique. Loucas-Durie va plus loin en soulignant qu’Anytos entretient, parmi ces figures, le lien le plus direct avec cette divinité, dont Lycosoura aurait conservé la mémoire à travers le culte de Despoina. De plus, le mythographe Robert Triomphe établit des parallèles entre l'introduction du culte de Despoina par Anytos auprès des Arcadiens et l'octroi des rites par Déméter à Prométhée, ou plutôt une version thébaine de ce dernier, qu’il considère comme un premier habitant du pays et comme un Cabire.

Le statut de Titan Le statut de Titan assigné par Pausanias à Anytos suscite des réserves. On peut en effet s’interroger sur la pertinence de le considérer comme l’équivalent des Titans de la Théogonie d’Hésiode, qui s’opposèrent à Zeus pour le contrôle de la souveraineté divine et furent finalement vaincus, en tant qu’incarnations du désordre et de l’hybris. Palamidis rapproche la description d’Anytos de celle que donne Hésiode des Géants dans la Théogonie, concluant que l'image des Géants armés correspond étroitement à celle d’Anytos. Bien que Pausanias le qualifie de Titan et non de Géant, Palamidis rappelle que Titans et Géants étaient déjà confondus au moins depuis le . Il n’est pas exclu que cette assimilation remonte à Pausanias lui-même ou à sa source locale. L'historien néerlandais Jan Nicolaas Bremmer suggère que le choix de faire d’Anytos un Titan plutôt qu’un Géant pourrait s’expliquer par le rôle que les Titans jouaient dans les mystères d’Imbros et de Lemnos. Cette hypothèse demeure plausible, même si le rôle des Titans dans ces mystères n’est clairement attesté qu’à l’époque impériale.