Le libre-échange est un principe visant à favoriser le développement du commerce international en supprimant les barrières nationales tarifaires et non tarifaires susceptibles de restreindre l'importation des biens et des services. Au sens strict, la notion ne s'étend pas aux mouvements de travailleurs ou de capitauxVoir par exemple cette définition du libre-échange par le gouvernement du Canada.. Il s'oppose au protectionnisme et au mercantilisme.

Le fondement de ce système repose dans les théories économiques classiques de la division du travail entre les différentes nations (division internationale du travail) et de l'avantage comparatif. Selon ces théories, son usage permet de maximiser la richesse de chacune des nations qui y concourent et contribue à augmenter le volume, la puissance et la profitabilité du secteur du commerce et du négoce international par rapport aux secteurs productifs, en particulier locaux et vivriers.

Gregory Mankiw a pu affirmer que dans leur grande majorité les économistes sont en faveur du libre-échange, car ce dernier aurait un impact positif sur la croissance économique et le niveau de développement, tandis que le protectionnisme aurait un impact négatif sur la croissance et le niveau de richesses. Il existe toutefois des auteurs qui se montrent beaucoup plus sceptiques quant à ses bienfaits, notamment à cause des dégâts qu'il peut créer sur les filières et industries de certains pays en les mettant en concurrence avec des pays où la main d'œuvre est moins chère, ainsi que sur l'environnement à cause de l'avantage compétitif lié à un coût moindre conféré aux pays où les normes écologiques sont les plus basses.

La plupart des pays pratiquent une certaine forme de protectionnisme en appliquant des mesures tarifaires ou non-tarifaires comme les quotas, les subventions aux exportations, les normes techniques ou sanitaire ou les mesures favorisant les entreprises nationales..

Les pays les plus favorables au libre-échange, selon le critère des taux des droits de douane appliqués sur les importations, sont Brunei (0,0%), Singapour (0,2%) et le Botswana (0,3%). Selon ce même critère, les pays les plus protectionnistes sont la Libye (30,7%), la Gambie (18,1%) et Djibouti (17,6%). Les principales économies dans le monde ont des taux des droits de douane appliqués sur les importations relativement bas : États-Unis (1,6%), Union européenne (1,7%) et Japon (2,5%) ; tandis que les économies émergentes ont des taux plus élevés : Chine (3,4%), Russie (3,5%), Inde (4,9%) et Brésil (8,0%). Le taux moyen au niveau mondial est passé de 8,57% en 1994 (l'OMC est créé en 1995) à 2,59% en 2017..

Histoire

vignette|Taux tarifaires moyens sur les produits manufacturés

Le mercantilisme

Le et le constituent l'âge d'or du mercantilisme, doctrine à laquelle se sont opposé les tenants du libre-échange. La possession de métaux précieux est alors tenue pour une condition nécessaire à la richesse et à la puissance des nations. Les pays privés d'accès aux mines d'or et d'argent doivent donc réguler leur commerce extérieur pour dégager un surplus des exportations. Dans cette optique, les mercantilistes préconisent une politique volontariste de soutien aux exportations via la création de grandes compagnies de commerce ou de grandes manufactures. L'État tentait de freiner les importations qui sont synonymes de sorties d'or. L'enrichissement d'un État se fait par ses exportations alors que son appauvrissement vient de ses importations. L'État interdit l'exportation de monnaie du pays ainsi que les métaux précieux (or, argent). En France par exemple, l'État va organiser la production nationale (avec les manufactures de Jean-Baptiste Colbert).

Le est généralement considéré comme une période de transition. Le libre-échange progresse dans la pensée économique durant la deuxième moitié du siècle: les thèses des physiocrates, le livre de l'ouvrage d'Adam Smith La richesse des nations est publié en 1776 et surtout le traité de commerce franco-anglais est signé en 1786. Mais les désillusions engendrées par l'application du traité et les guerres européennes provoquent le retour du protectionnisme avant la fin du siècle.

Historiquement, le libre-échange est une rareté exceptionnelle. Chaque État se définit notamment par ses frontières et l'existence de taxes et toutes sortes de règlements propres concernant l'importation et l'exportation, érigeant autant de barrières. La pensée économique rudimentaire animant les dirigeants des anciens États les conduit à toujours préférer, entre deux biens similaires, celui produit par leur nation à celui d'importation. Du fait de ces pratiques, le commerce international peut consister pour une part notable en contrebande, contournement illégal des règles sur les importations, d'autant plus rentable que ces règles sont plus coûteuses.

Le mercantilisme a été mis en œuvre de plusieurs manières : traités inégaux imposés à une nation plus faible par une nation plus forte, forçant la première à admettre les biens produits par la seconde (forcer les étrangers à ouvrir leur commerce, abaisser leurs barrières et leurs droits de douane, tout en tâchant de conserver les siennes, est une politique ordinaire des relations internationales, éventuellement appuyée par la menace militaire ou obtenue à l'issue d'une guerre) ; traités bilatéraux de réciprocité commerciale entre deux pays amis, pour une quantité plus ou moins étendue de biens.

Au Europe vignette|Statue de Richard Cobden à Londres La libéralisation des échanges au Royaume-Uni à partir de 1846, obtenue par Richard Cobden et l'Anti-Corn Law League, est le premier exemple de libéralisation à grande échelle après la révolution industrielle : elle est engagée par l'économie dominante.

En 1860, le libre-échange effectue une véritable percée en Europe continentale avec le traité Cobden-Chevalier signé par le . Il est suivi d'autres accords signés entre la France et de nombreux autres pays européens : le traité franco-belge est signé en 1861 ; et, entre 1861 et 1866, pratiquement tous les pays européens entrent dans le réseau des traités Cobden. Seuls quelques petits pays du continent adoptent avant 1860 une politique commerciale véritablement libérale : les Pays-Bas, le Danemark, le Portugal, la Suisse, la Suède et la Belgique.

Grande dépression Au début des années 1860, l'Europe et les États-Unis mènent des politiques commerciales complètement opposées. Les années 1860 sont une période de protectionnisme croissant aux États-Unis alors que la phase de libre-échange européenne se prolonge de 1860 à 1892. Le taux moyen de prélèvement douanier sur les importations de produits manufacturés est vers 1875 de 40 % à 50 % aux États-Unis contre 9 % à 12 % en Europe continentale à l'apogée du libéralisme européen. Pendant les années 1870 et 1880, les États-Unis sont le premier fournisseur de céréale de l'Europe. Le déséquilibre commercial de l'Europe vis-à-vis des États-Unis se fait de plus en plus important jusqu'aux années 1900 : les États-Unis, restés protectionnistes, n'ont pas pris part au mouvement de libre-échange, mais au contraire ont relevé leur niveau de protection. Ils connaissent une période de forte croissance alors que l'Europe est en pleine dépression. Vers 1870, le déficit commercial de l'Europe vis-à-vis de l'Amérique de Nord représente 5 % à 6 % des importations de la région, pour atteindre 32 % en 1890 et 59 % vers 1900.

Retour du protectionnisme vignette|Politiques commerciales, exportations et croissance dans les pays européens

L'Allemagne est le premier grand pays européen à modifier sensiblement sa politique douanière en adoptant le nouveau tarif de . Ce nouveau droit de douane allemand signifie l'achèvement de la période de libre échange sur le continent. Ainsi, la période 1879-1892 voit le retour progressif du protectionnisme en Europe et la période 1892-1914 peut être décrite comme celle du protectionnisme croissant en Europe continentale mais tous les pays ne modifient pas leur politique au même rythme.

Tiers-monde À partir de 1813, le libéralisme économique imposé par les puissances occidentales au tiers monde et l'ouverture de ces économies est l'une des premières causes de l'absence de développement. L'importation de grandes quantités d'articles manufacturés bon marché aboutit à un processus de désindustrialisation massive. Le tiers-monde produit vers 1750 environ 70 % à 76 % de tous les biens manufacturés du monde. Mais autour de 1913, il n'en produit plus que 7 % à 8 %. En 1913 le niveau d'industrialisation mesuré par la production de biens manufacturés par habitant n'est plus que le tiers de son niveau de 1750.

Colonies En Inde par exemple, après l'abolition en 1813 du monopole commercial de la Compagnie des Indes Orientales qui prohibait l'importation de produits textiles en Inde, ceux-ci affluent rapidement dans le pays. Tandis que les importations sont soient prohibées, soit soumises à des droits de douane de 30 % à 80 % en Europe, les produits textiles britanniques pénètrent sur le marché indien sans payer aucun droit. En 1813, l'industrie textile indienne était la première industrie du pays comme dans toute société traditionnelle, et représentait probablement 45 % à 65 % de l'ensemble des activités manufacturières du pays. Vers les années 1870-1880, le taux de désindustrialisation dans ce secteur va de 55 % à 75 %. Dans les années 1890/1900, le taux de désindustrialisation dans la métallurgie, va de 95 % à 99%. Le processus est analogue ou plus marqué encore dans le reste de l'Asie, à l'exception de la Chine où l'industrie locale survit mieux : la désindustrialisation de l'industrie textiles y passe de 30 % à 50%.

Avant l'indépendance, les pays d'Amérique latine sont sous la domination de l'Espagne et du Portugal. L'intervention du Royaume-Uni a beaucoup aidé la plupart de ces pays à obtenir leur indépendance politique au (réalisée pour la plupart entre 1804 et 1822). Le Royaume-Uni peut ainsi signer de nombreux traités de commerce qui ouvrent les marchés de ces pays aux produits manufacturés britanniques et européens. L'indépendance de la plupart de ces pays aboutit donc paradoxalement à une phase de désindustrialisation car elle facilite la pénétration de produits venant de pays plus avancés que le Portugal et l'Espagne. Grâce à l'influence de l'Amérique du Nord, la majorité des pays de l'Amérique latine modifient leur politique commerciale au cours de la période 1870-1890 et imposent des droits protecteurs afin de soutenir l'industrialisation.

Pays indépendants Concernant les pays du tiers monde indépendants ou qui n'ont pas le statut de colonie au (la majeure partie de l'Amérique latine, la Chine, la Thaïlande, l'ensemble du Moyen-Orient), les pays occidentaux ont exercé des pressions telles que la plupart d'entre eux ont signé des traités prévoyant la suppression plus ou moins totale des droits à l'importation, ce qui permit l'entrée massive de biens manufacturés importés. Les législations douanières ne pouvaient prévoir des droits supérieurs à 5 % de la valeur d'importation des marchandises. La plupart de ces « traités inégaux » furent signé entre 1810 et 1850 essentiellement à l'initiative des britanniques.

Au Protectionnisme et Grande Dépression Les années 1920 à 1929 sont généralement décrites, à tort, comme des années durant lesquelles le protectionnisme gagne du terrain en Europe. En fait, d'un point de vue général, on peut considérer que la période qui précéda la crise fut précédée en Europe par la libéralisation des échanges. La moyenne pondérée des tarifs douaniers sur les produits manufacturés est restée tendanciellement la même que dans les années précédant la Première Guerre mondiale : 24,6 % en 1913, contre 24,9 % en 1927. De plus, en 1928 et en 1929, les droits de douane furent abaissés dans presque tous les pays développés.