thumb|upright=1.6|Carte du Laurion antique. Les mines du Laurion sont d'anciennes mines de cuivre, de plomb mais surtout connues pour l'argent qu'elles ont produit. De nombreux vestiges (puits, galeries, ateliers de surface) en marquent encore le paysage de la pointe méridionale de l'Attique, entre Thorikos et le cap Sounion, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Athènes, en Grèce.

Après une phase préhistorique d'exploitation du cuivre et de la galène argentifère, une reprise générale de l'exploitation date de l'époque classique. Les Athéniens y déployèrent alors une énergie et une inventivité spectaculaires pour en tirer le maximum de minerai, en y affectant notamment de très nombreux esclaves. Cela contribua notablement à la fortune de la cité et fut sans doute décisif dans l'établissement, à l'échelle du monde égéen, de la thalassocratie athénienne. Le développement de la monnaie athénienne et sa fonction de monnaie de référence dans tout le monde grec à cette époque s'expliquent également par la richesse des gisements exploités au Laurion, première grande étape de l'histoire des mines d'argent.

Reprises à l’Époque byzantine comme le montrent des restes de céramiques et des traces de foudroyage de galeries antiques, les mines sont abandonnées au Il y a près de , l’exploitation de l’argent sur les rives de la mer Égée , The Conversation ; publié 19-02-2016, consulté 28-02-2016, puis « redécouvertes » en 1860 et exploitées pour leurs résidus plombifères par des compagnies française et grecques (jusqu'en 1977).

Histoire de l'exploitation du Laurion Elle est encore incomplètement connue, mais les périodes les plus anciennes font l'objet d'un Programme International de recherches en coursProgramme International de recherches pluridisciplinaires, intitulé Ressources minérales, peuplements, territoires dans le monde égéen l’Acropole de Thorikos (District minier du Laurion-Grèce) ; associant l'Université de Ghent (Belgique), l'école belge d’Athènes (ESBA) et l'Association Nationale ERMINA, via 6 laboratoires impliqués (en savoir plus ), in Site Internet de l'Unité Mixte de Recherche CNRS 5608 - T.R.A.C.E.S. - Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés version consultée le 28_02-2016 mise à jour : octobre 2014.

D'après la datation récente de restes de céramique, de maillets à gorges (en roche volcano-sédimentaire) ces mines sont exploitées au moins depuis le Néolithique final/Helladique ancien, soit vers av. J.-C.

Des fouilles archéologiques entamées en 2012 dans le socle géologique de marbres et schistes de l’acropole de Thorikos sont en train de mettre au jour un vaste labyrinthe de puits, chantiers et de galeries de mines (près de ont fait l'objet d'une cartographie photogrammétrique en quatre ans ce qui en fait déjà le plus grand réseau souterrain exploré dans cette partie du monde égéen, baptisé ).

Les mineurs (sans doute pour la plupart esclaves et probablement souvent enfants ou adolescents car la hauteur des galeries n'excède souvent pas ) y travaillaient dans des conditions très difficiles dans un air chaud (plus de aujourd'hui), et appauvri en oxygène où ils devaient, à la faible lueur de lampes à huile, creuser des roches souvent très dures et - au niveau du minerai de plomb argentifère - inhaler et ingérer des poussières riches en plomb, source de saturnisme ;

« Que ces mines aient été exploitées de très haute antiquité, c'est ce que tout le monde saitXénophon, Poroi, IV, 2. » écrit Xénophon en 355 av. J.-C. De fait, l'exploitation des mines du Laurion commença dès l'âge du bronze ancien, les analyses isotopiques du plomb présent dans les objets de cette époque indiquant qu'ils étaient fabriqués, pour une large part, avec du métal provenant du Laurion« L'autre source principale était l'île de Siphnos ». .. On dispose par ailleurs de preuves matérielles de cette exploitation au tout début de l'époque mycénienne, au , puisqu'on a retrouvé à Thorikos un bloc de litharge témoignant de la pratique de la coupellation dès cette époque., pratique qui s'est poursuivie puisque d'autres débris de litharge ont été découverts à des niveaux datant de la période protogéométrique (). L'exploitation du gisement était alors de surface, le minerai affleurant au contact du schiste et du calcaire.

Découverte du troisième contact et développement de la thalassocratie athénienne au

Le gisement de Maronée et la loi navale de Thémistocle (483)

L'exploration des mines, plus systématique à partir de la fin du , devint au une source importante de revenus pour les Athéniens. La cité exploita en effet à cette époque un nouveau gisement particulièrement riche, près du bourg de Maronée, qui, contrairement aux deux précédents, n'apparaissait pas à la surface, mais se situait dans les profondeurs du sous-sol athénien, probablement à la frontière (ou « contact ») du schiste inférieur et du marbre inférieur. Le minerai présent à ce « troisième contact » nécessitait donc une exploitation souterraine, exploitation qui fut intense : on dénombre aujourd'hui plus de mille puits. et 120 à de galeries datant de l'époque classiqueCharles Daremberg, Edmond Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, tome 3, volume 2, Hachette, 1877-1914, 1860., l'ensemble de ces vestiges miniers couvrant plusieurs dizaines d'hectares..

thumb|upright=1.2|Bas-relief représentant une trière. « Relief Lenormant », Vers 410-400 av J.C, Musée de l'Acropole d'Athènes.

Cette nouvelle découverte permit à l'État athénien de disposer, au moment de la deuxième guerre médique, en 483 av. J.-C., d'un revenu exceptionnel d'environ cent talents ( drachmes, soit d'argent.), dont on ne sait s'il résultait de l'accumulation des recettes d'une ou de plusieurs annéesSur cette question, et sur d'autres controverses concernant la loi navale de Thémistocle, voir .. Plutôt que de partager cette plus-value entre tous les citoyens, Thémistocle proposa que les revenus de la mine soient confiés aux plus riches des Athéniens, à charge pour eux de faire construire, en deux tranches annuelles, 200 trières« Les Athéniens avaient coutume de se partager le revenu des mines d'argent du Laurion ; Thémistocle, tout d'abord, osa seul se présenter devant le peuple pour dire qu'il fallait arrêter ce partage et, avec ces sommes, équiper des trières » Plutarque, Vie de Themistocle, 4, 1 ; « Il y avait dans le trésor public de grandes richesses provenant des mines de Laurium. On était sur le point de les distribuer à tous les citoyens qui avaient atteint l'âge de puberté, et chacun d'eux aurait reçu pour sa part dix drachmes. Thémistocle persuada aux Athéniens de ne point faire cette distribution, et de construire avec cet argent deux cents vaisseaux pour la guerre. » Hérodote, VII, 144 ; « Sous l'archontat de Nicodèmos [483/2], comme les mines de Maronée avaient été découvertes et que la cité avait retiré de l'exploitation de celles-ci cent talents de bénéfice, certains conseillaient de distribuer l'argent au peuple, mais Thémistocle s'y opposa ». Aristote, Constitution des Athéniens, XXII, 7.. En 480 av. J.-C., Athènes possédait ainsi ces 200 navires, ce qui en faisait la plus puissante flotte grecqueSi ces trières ont été utilisées contre les Perses, il semble que telle n'était pas leur destination première : il s'agirait en fait d'un investissement destiné à remporter la victoire dans la guerre larvée que se livraient Athènes et Égine.. La victoire de Salamine et, par la suite, la prépondérance de l'empire athénien dans le cadre de la ligue de Délos sont les conséquences directes de cette suprématieEn outre, cela permit aux citoyens pauvres (thètes), rameurs dans ces trières et donc responsables de la victoire déterminante de Salamine, d'augmenter leur poids dans la cité et d'obtenir un approfondissement de la démocratie, comme le souligne ..

Un gisement découvert depuis quarante ans

Si c'est au et au que la cité athénienne tira des revenus importants de l'exploitation de ce troisième contact, sa découverte effective remontait sans doute au dernier quart du De fait, compte tenu des contraintes liées à l'exploitation minière, on voit mal comment les Athéniens auraient simultanément découvert le gisement et recueilli 200 talents de revenu en 483 av. J.-C., comme les historiens l'ont longtemps considéré en s'appuyant sur une traduction erronée du passage de la Constitution d'Athènes d'Aristote faisant référence aux mines..

En effet, la découverte est sans doute antérieure de quelques décennies à la loi navale de ThémistocleThèse défendue dès 1897 par Édouard Ardaillon ()., probablement autour de 520 av. J.-C., comme le confirment les analyses menées sur les monnaies athéniennes de l'époque. : de fait, il semble que l'exploitation du troisième contact corresponde à l’émergence d'un nouveau type monétaire d’argent à Athènes, le tétradrachme à la chouette, d’ailleurs également appelé « chouette lauriotique » dans l’Antiquité, ce qui confirme le lien existant entre la présence de ces gisements et la frappe de cette monnaie athénienne composée exclusivement d'argent provenant des mines du Laurion. Cette monnaie d’argent, de grande réputation du fait de la qualité du minerai du Laurion, s’impose à l’époque classique comme monnaie d’échange internationale à l’échelle de la Méditerranée orientale, ce qui n’est pas sans contribuer à la prépondérance commerciale de la place athénienne.

Guerres médiques et prospérité des mines au moment de la Pentécontaétie

thumb|left|upright=1.2|Théâtre de Thorikos et baie de Laurion. L'occupation et la destruction d'Athènes par les Perses en 480/479 affecta l'exploitation des mines : la réduction de l'extraction de l'argent est soulignée par les numismates qui constatent que « la composition des trésors orientaux -où les chouettes archaïques étaient massivement représentées- atteste d'un ralentissement de la production monétaire [...] ; les exportations massives [de monnaies athéniennes] ne reprendront pas avant les années 460 (n. 307).. »

Les cinquante années qui suivent les guerres médiques (Pentécontaétie) sont une période florissante pour Athènes et pour les entrepreneurs miniers du Laurion. Dans un contexte de développement du commerce égéen dans le cadre de la thalassocratie athénienne, la demande d'argent et de plomb du Laurion était soutenue, d'autant que la production des mines de Siphnos et de Thasos était alors loin d'offrir les volumes du riche troisième contact découvert à MaronéeÉdouard Ardaillon, 143.. De nombreux éléments signalent la prospérité de l'exploitation minière à cette époque. Ce n'est pas un hasard si Xénophon, pour évoquer un âge d'or des mines du Laurion, convoque l'exemple d'exploitants miniers de cette époque (Nicias, Hipponicos, PhilomonidèsXénophon, Poroi, IV, 14-15.) et les revenus des mines semblent avoir été alors suffisamment importants pour être partiellement affectés à la construction de monuments de prestige à Athènes, notamment les Propylées« Ainsi, dans un fragment mutilé des comptes de la construction des Propylées (IG I , l. 126-127 : 434/3 av. J.-C.), la mention du Laurion fait penser qu'une partie de l'argent investie dans ce monument est venue de là. » .. Cette grande activité minière entraîna en outre un important développement urbanistique, par exemple à Thorikos, sur la côte Est, où l'on note alors la création et/ou l'extension d'une zone urbaine, voire d'une véritable petit « centre industriel » rassemblant les ateliers de surface autour du noyau civique et d'un théâtre de places construit à cette époque.

Guerre du Péloponnèse et effondrement de la production