La base aérienne 128 Metz-Frescaty « Lieutenant-colonel Dagnaux » est une ancienne base militaire de l’Armée de l’air française située au sud de Metz, sur les communes d'Augny et Marly, en activité de 1955 à .
Le lieu est renommé Plateau de Frescaty en 2015 et accueille plusieurs activités : le centre d'entraînement des joueurs du FC Metz, un entrepôt du groupe Amazon et un centre régional d'instruction de la Gendarmerie nationale s'y installe à partir de l'été 2025.
Contexte historique thumb|left|Vue aérienne du château de Frescaty. Après la défaite des troupes françaises à la fin de la guerre franco-allemande de 1870, « la plus forte citadelle de la France »Extrait du discours de Léon Gambetta (1870) sur assemblee-nationale.fr est rattachée au nouvel Empire allemand le , conformément au traité de Francfort. Metz devient le chef-lieu du district de Lorraine, intégré à la nouvelle Alsace-Lorraine et le restera jusqu'en 1919.
Avec le développement de la navigation aérienne, le gouvernement impérial allemand décide, au début du , de créer un terrain pour dirigeables au sud-ouest de la ville de Metz, entre le village d'Augny et le château de Frescaty. C'est au château de Frescaty, construit entre 1710 et 1714Lemoigne : Histoire de Metz, Privat, Toulouse, 1986, (p.282)., qu'avait été signée, le , la capitulation de Metz, entre le général Jarras, chef d'état-major général de l'armée du Rhin, et le chef d'état-major prussienCapitulation de metz; Rapport officiel du maréchal Bazaine, Lapierre-Brille, lyon, 1871 (p.31).. Une plaque de marbre au rez-de-chaussée désignait alors le lieu exact de cet événementGrosdidier de matons : Guide de Metz, Metz, 1936. (p. 69). Le château sera détruit lors de la Seconde Guerre mondiale par les bombardements américains.
thumb|left|Vue de la grande perspective depuis le premier étage du château de Frescaty, vers 1715 (à l'emplacement de la future base aérienne). Dans le fond, la ville de Metz.
Naissance du terrain d’aviation thumb|left|Hangar à dirigeables de Metz-Frescaty. Le terrain de Frescaty est utilisé occasionnellement, depuis les débuts de l'aviation en Allemagne, pour servir de piste d'atterrissage aux nouveaux aéronefs. En 1909, la base reçoit un hangar à zeppelins aux dimensions impressionnantes. Celui-ci, de la taille d'une nef de cathédrale, mesure de longueur, pour de largeur et de hauteurGrosdidier de matons: Guide de Metz, Metz, 1936. (p 69). Le , à 08 h 15, le terrain de Frescaty peut ainsi accueillir le zeppelin LZ3 en provenance de FriedrichshafenL’Express n°2937 du 18 octobre 2007, Dossier Metz en 1900. À partir de 1910, le site devient un terrain d’aviation, base d’entraînement pour les futurs pilotes de la Luftstreitkräfte. Une école de pilotage est ainsi établie à Metz dès 1911, en même temps qu'à Döberitz et StrasbourgJohannes Werner: Knight of Germany: Oswald Boelcke German Ace, Arno Press, New York, 1972 (p.34, p.108).. Les As Oswald Boelcke et Otto Könnecke, ou encore les pilotes Alfred Keller, Friedrich Marnet et Karl Braun, y font leurs premiers essais. Lors des Kaisermanöver, les grandes manœuvres, du , les amateurs d'aéroplanes purent admirer, dans un ciel clément, un Zeppelin, un Parseval-Sigsfeld et plusieurs ballons captifs, en plus des habituels biplans et monoplans stationnés à Frescaty.
Première Guerre mondiale Des escadrilles sont basées sur le terrain militaire dès le début de la Première Guerre mondiale. thumb|left|La Jasta 11 de Manfred von Richthofen en 1917. Commandement Siège Unité Commandant Localisation XVI. Armeekorps Festung Metz Feldflieger-Abteilung 2 Hptm. Kirch Metz Gouvernement Metz Metz Festungsflieger-Abteilung 1 Hptm. von Kleist Metz-Frescaty Metz Feldluftschiffer-Trupp 18 Olt. Rudersdorf Metz-Frescaty Metz Feldluftschiffer-Trupp 19 Olt. Neidhardt Metz-Frescaty Metz Feldluftschiffer-Trupp 20 Olt. Wolfenstetter Metz-Frescaty Metz Feldluftschiffer-Trupp 21 Olt. Schmitt Metz-Frescaty
En , Metz est la base arrière de la Feldfliegerabteilung 2. La section, commandée par le Hauptmann Kirch, appartient à la du Flieger-Bataillon Nr. 4 de la Luftstreitkräfte.
Le terrain de Metz-Frescaty reçoit par ailleurs la Festungs-Fliegerabteilung 1, les Festungs-Luftschiffer-Trupps 18, 19, 20, 21 et 225. Armee (Deutscher Kronprinz) sur frontflieger.de.
Dès le mois d', les aviateurs français, qui décollent de Nancy ou Verdun, attaquent le terrain de Metz-Frescaty. Le , les hangars des dirigeables Ersatz Z. II et Z. III sont bombardés par l'un des premiers bombardements aériens de la guerreJean Daçay: Celui qui survola le premier les hangars de Frescaty dans La guerre aérienne, (p.330-331) . Les hangars sont détruits par les flammes, emportant les deux zeppelins, réformés depuis peu par la Heer pour obsolescencePertes de dirigeables allemands 1914-1918. sur lzdream.net
Au cours du conflit, plusieurs aviateurs allemands trouveront la mort sur l'aérodrome de Frescaty : Walter Kövel (12.07.1917), Karl Amesmaie (20.01.1918), ou encore Ewald Lottmann et Karl Thurley (09.02.1918)[Datenbank (Gefallene Flieger) sur flieger-album.de.
Durant ces quatre années, l’aérodrome voit passer tous les As de la Luftstreitkräfte, notamment le « Baron rouge », Manfred von Richthofen, alors à ses débuts. À la fin de la guerre, après la mort du pilote, l’aérodrome accueille son escadrille de chasse, la « Jasta 11 », du au . À cette date, l'escadrille compte encore dans ses rangs Lothar von Richthofen, frère cadet du « Baron rouge », Ernst Udet ou Hermann Göring.
Pendant toute la durée du conflit, le terrain de Frescaty est régulièrement bombardé par les escadrilles françaises, jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918.
La France prend possession de la base de Frescaty en .
Entre deux-guerres Le terrain de Frescaty est immédiatement réutilisé par l’Armée française (l’Armée de l’air n’existe pas encore) qui y crée le le Régiment d’Aviation de Bombardement (RAB). Le caporal Jean Mermoz passe près d’une année à Metz-Frescaty à la de ce régiment en 1921. En 1933, plus de 200 avions français font une démonstration de force sur le terrain de FrescatyPatrick Pallo, Olivier Bertrand (dir.): Metz, la sentinelle. Histoire de la base aérienne 128 « lieutenant-colonel Jean Dagnaux », Éditions Privat, 2012., qui devient officiellement une base aérienne - la base aérienne 111 - le .
La base est le siège du commandement de la Région Aérienne, abrite les états-majors des et Brigades Aériennes, en plus du RAB.
Seconde Guerre mondiale thumb|left|P-47 détruits sur la base « Y-34 » de Metz-Frescaty. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les terrains militaires de la base aérienne changent plusieurs fois de camps.
Le terrain de Frescaty est évidemment utilisé par l’Armée de l’air française après la déclaration de guerre à l’Allemagne, le . Pendant la Drôle de guerre, le GAO 506, le GR I/22 et GR II/22 y sont basés. Le terrain est violemment bombardé par les bombardiers de la Luftwaffe en mai et . Malgré une défense héroïque, les forces françaises sont défaites par l'Allemagne nazie et Metz redevient allemande.
Pendant l’Annexion au Troisième Reich, la Luftwaffe y installe une école de chasse. Le de chasse nocturne, ou Nachtjagdgeschwader 4, est créé à Metz le . Le NJG4 était équipé d'avions Messerschmitt Bf 110, Dornier Do 217 et de Junkers Ju 88G. La de chasse aérienne ou 3. Jagd-Division, commandée par le Generalleutnant Werner Junck est formée le , à Metz. Le , elle est renommée 4. Jagd-Division. Rattachée au II Jagdkorps, la de chasse aérienne, commandée par le colonel Carl Vieck, reste basée à Metz. Des auxiliaires féminines de l'armée, les Blitzmädel, logées à Metz ou Montigny-lès-Metz, assurent les tâches administratives sur la base. Devant l'avancée des troupes américaines, la division est dissoute le , au début de la Bataille de Metz.
La Schlachtgeschwader 103 (SG103), une unité d'attaque au sol, y est formée le . L'As de la Luftwaffe Herbert Bauer commande le groupe II du à partir de . Le terrain est bombardé à plusieurs reprises par les bombardiers Alliés, notamment les 14 et . Le Château de Frescaty n'est plus qu'un tas de cendres. Avec l’avancée des troupes alliées, la base de Frescaty se trouve alors au cœur de la Bataille de Metz. Bauer reçoit la Croix de chevalier de la Croix de fer avec feuilles de chêne le , pour l’ensemble de ses missions.
Face au de la américaine, les hommes de la Volks-Grenadier-Division, qui défendent l'ancienne forteresse du ReichLe 2 septembre 1944, Metz est déclarée "Forteresse du Reich" par la chancelier Adolf Hitler.
La place forte doit donc être défendue jusqu’à la dernière extrémité par les troupes, dont les chefs ont tous du prêter serment au Führer (René Caboz, La bataille de Metz, Editions Pierron, Sarreguemines, 1984, p.132 ), opposent une résistance farouche. Le Infantry regiment pense être tombé dans un nid de frelons lorsque les mitrailleuses MG 34 et MG 42 déployées sur le terrain, font entendre leurs crépitements. thumb|left|Hiver 1944-1945. Les troupes du général Kittel défendent en effet avec pugnacité chaque hangar et chaque abri anti-aérien du terrain d’aviation. Sous la pression des troupes américaines, les hommes de Matzdorff se replient au Fort Prinz August von Württemberg.
En ce , alors qu’une nuit froide et humide tombe sur la base aérienne, le 11th Infantry regiment a perdu pas moins de 4 officiers et de 118 hommes sur le terrainHugh M. Cole : The Lorraine Campaign, Center of Military History, Washington, 1950 (p. 442). Les pertes allemandes sont aussi lourdes. Retranché dans le fort, le SS-Sturmbannführer Werner Matzdorff se rend finalement une semaine après la garnison de Metz, le , avec 22 officiers et 488 hommes, dont 80 blessésAnthony Kemp, Lorraine - Album mémorial - Journal pictorial : 31 août 1944 - 15 mars 1945, Heimdal, 1994, (p.400).. Le drapeau à la croix gammée ne flottait plus à la base aérienne, faisant ainsi mentir l'inscription monumentale « Der Mann kann fallen, die Fahne nie » peinte sur l'un des murs de la base« L'homme peut tomber, le drapeau jamais », inscription en lettres gothiques encadrée par les runes SS "Treue" à gauche et "Wolfangel" à droite. Anthony Kemp, Lorraine - Album mémorial - Journal pictorial : 31 août 1944 - 15 mars 1945, Heimdal, 1994, (pp.352-353).
À partir du , l’United States Air Force (USAAF) occupe les lieux, rebaptisant la base « Y-34 ». La base aérienne, bombardée à maintes reprises, est jonchée de carcasses d'appareils, du Messerschmitt Bf 110 au Focke-Wulf Fw 190. En janvier 1945, pendant l’opération Bodenplatte, les Bf-109 des II/JG-53 et IV/JG-53 de la Luftwaffe attaquent le terrain de Frescaty où sont stationnés les P-47D du Fighter Group. Alors que 33 P-47 sont détruits au sol ou endommagés, la Jagdgeschwader 53 perd 13 pilotes et 20 Bf-109 au-dessus de l'objectif messin. La victoire revient aux Alliés.
Après-guerre vignette|Tour de contrôle de la BA 128. vignette|Hangar durci de la BA 128. vignette|Anciens N2501 Gabriel à la base en 2007. Armée de l’air française