Les Myctophidés (Myctophidae, du grec mykter, « nez » et ophis, « serpent »), également connus sous le nom de poissons-lanternes dû à leur bioluminescence, sont une famille de poissons téléostéens d’une taille allant de quelques centimètres à environ de longueur. Ceux-ci appartenant à l'ordre des Myctophiformes qui sont représentés par environ 250 espèces dans 33 genres. Cette famille est répandue dans la zone aphotique, de tous les océans du monde, des eaux tempérées aux eaux tropicales et polaires habitant ces zones déjà depuis des millions d’années. Certains genres existent déjà depuis d’années, tels que les genres Diaphus et Ceratoscopelus qui sont originaires du Crétacé.
Les poissons-lanternes sont parmi les vertébrés les plus largement distribués, les plus diversifiés et les plus peuplés, certaines estimations suggérant qu'ils pourraient avoir une biomasse mondiale totale de 1,8 à , représentant jusqu'à 65% de toute la biomasse des poissons des profondeurs abyssales. Des pêcheries commerciales existent au large de l'Afrique du Sud, dans la région subantarctique et dans le golfe d'Oman.
Histoire Les myctophidés sont dans ce monde depuis des millions d'années. Ils ont vécu, évolué et se sont adaptés à l'environnement en constante évolution de la Terre. Des reliques de ces poissons fossilisées ou en fossilisation sont trouvables, ce qui a donné une indication de leur présence au cours de l'évolution de la vie sur terre. Des restes sous forme d'otolithes isolés, de dents et d'écailles de roches sédimentaires ont été trouvés. Certains fossiles appartenant aux genres Diaphus et Ceratoscopelus dateraient de la période crétacée d'il y environ a 145 millions d'années. Des myctophidés fossilisés, Eomyctophum koraense et Oligophus moravicus ont été trouvés dans les gisements datant Paléocène, de l'Éocène et de l'Oligocène de la Russie et des régions adjacentes des bassins de Thetys et Parathetys. Le genre Eomyctophum a ensuite été séparé dans la sous-famille des Eomyctophinae, différant des autres poissons myctophiformes par l'absence d'épaississements des photophores en forme de lentille. Des archives fossiles sont également signalées à l'époque du Miocène de la période tertiaire supérieure il y a environ 23 millions d'années. Les découvertes de fossiles peuvent ainsi aider à comprendre le type de climat, d'hydrographie et d'habitats dans lesquels ces poissons vivaient, ainsi que leur évolution et leurs adaptations au cours du temps.
Morphologie vignette|408x408px|Anatomie externe d'un poisson, le Lampanyctodes hectoris:
(1) - opercule, (2) - ligne latérale, (3) - nageoire dorsale, (4) - nageoire adipeuse, (5) - pédoncule caudal, (6) - nageoire caudale, (7) - nageoire anale, (8) - photophores, (9) - nageoires pelviennes, (10) - nageoires pectorales Les poissons-lanternes ont un corps mince et compressé recouvert d'écailles caduques, cycloïdes ou cténoïdes, qui recouvrent également les glandes luminescentes chez la plupart des espèces. La taille des poissons varie de 2 à , ce qui est une longueur standard, la majorité étant inférieure à et pesant entre 2 et . Les myctophidés sont caractérisées par une tête proéminente et arrondie avec de grands yeux elliptiques. Ils présentent également plusieurs nageoires ; une nageoire dorsale haute, une nageoire adipeuse, une nageoire pelvienne et une nageoire anale soutenues par une plaque cartilagineuse à sa base, prenant naissance sous ou légèrement en arrière de l'extrémité postérieure de la nageoire dorsale.
Les nageoires pectorales ont généralement huit rayons et peuvent être petits ou réduits chez certaines espèces et bien développés chez d’autres espèces. La nageoire caudale est fourchue à son amorce. La couleur des myctophidés varie du bleu-vert à l'argent chez les espèces peu profondes, par ex. Diaphus sp., tandis que les espèces d'eau profonde sont brun foncé à noir, par ex. Lampanyctus sp. et Taaningichthys sp.
Les branchies portent des branchiospines agrandies en forme de lame bien développées le long du premier arc branchial, sauf chez Centrobranchus sp. Qui ont des branchiospines moins développées, néanmoins le nombre de branchiospines que possède cette espèce est utilisé comme caractère taxonomique pour différencier les espèces.
Les myctophidés montrent la présence d'organes bioluminescents non bactériens appelés photophores, disposés ventralement et spécifiques à l'espèce. Ce sont des structures complexes constituées d'écailles modifiées en forme de coupe (lentille), contenant du tissu photogénique. Une fonction qui peut être nécessaire pour voir dans le noir en plus de leurs grands yeux photosensibles et aussi pour attirer les partenaires et tromper les prédateurs. vignette|274x274px|Poisson-lanterne capturé dans le cadre de la convention de ressources marines vivantes de l'Antarctique. Des glandes lumineuses accessoires sont également observées chez certains myctophidés. Par exemple, chez le poisson phare, Diaphus sp. les glandes sont à proximité des yeux ou sont supracaudales (dorsales) chez les mâles et infracaudales (ventrales) chez les femelles de Lobianchia gemellari, suggérant leur nature sexuellement dimorphe. Certaines autres espèces présentant ces glandes sont Stenobrachius leucopsarus et Lampanyctus ritteri, à l'exception de Symbolophorus californiensis où elles sont absentes. Toutes les espèces de Myctophidés présentent des photophores à l'exception d'une, à savoir Taaningichthys paurolychnus (trouvé dans l'Atlantique Est: Madère et Cap-Vert; Atlantique Ouest: près des Bermudes et de la Jamaïque; Océan Indien occidental) alors que toutes les autres espèces de ce genre sont bioluminescentes.
Les vessies natatoires facilitent la flottabilité pendant les stades juvéniles, qui se remplissent ensuite de lipides ou dégénèrent pendant la maturation chez la plupart des espèces. L'intestin est légèrement sigmoïde, s'étend jusqu'au milieu du corps et présente des plis muqueux transversaux, qui vont d'extrêmement courts chez Lampanyctus sp. allongée et dégagée du corps chez Myctophum aurolaternatum.. Une autre situation de dimorphisme est observable chez certaines espèces telles que Ceratoscopelus warmingii et Electrona Antarctica dans lequel les mâles sont nettement plus petits que les femelles à la taille adulte.
Physiologie vignette|362x362px|Palmitate de triacontanyle, un ester de cire typique.
Biochimie Les poissons mésopélagiques contiennent de grandes quantités d'esters de cire qui, lorsqu'ils sont consommés en grandes quantités, provoquent la diarrhée et la séborrhée chez les animaux. Des études sur le myctophidé a montré la présence de 86,2 à 90,5 % d'esters de cire dans les lipides totaux. Les myctophidés ont également une teneur élevée en protéines et en minéraux, une teneur très variable en lipides et une teneur uniformément faible en glucides indiquant son importance nutritionnelle. Un certain nombre d'études ont évalué la teneur en lipides des myctophidés migrant verticalement et ont découvert qu'ils comprenaient des triglycérides, censés servir principalement de réserve d'énergie et des cérides (esters de cire), principalement utilisés pour la flottabilité. D’autres études ont signalé que les poissons-lanternes sont une bonne source de potassium, de sodium et de calcium. Ils n'ont également trouvé aucune bactérie nocive comme les coliformes, les streptocoques fécaux et les staphylocoques à coagulase positive. Ils ont conclu à partir des découvertes biochimiques et pathologiques ci-dessus que les poissons-lanternes sont suffisamment bons comme aliment agréable au goût pour la consommation humaine et animale après un traitement approprié.
Bioluminescence et réponse à une stimulation photique vignette|363x363px|AOa - Organes anaux antérieurs, AOp - Organes anaux postérieurs, Dn - Nasal dorsal (dorsonasal), InGl - Glande infracaudale, LO - Organe lumineux, PO - Organes pectoraux, Pol - Organe postérieur latéral , PLO - Organe latéral pectoral, Prc - Organes précaudaux (précaudaux), PVO - Organes pectoraux ventraux, Sao - Organes supraanaux, So - Suborbital, Gl - Glande supracaudale, VLO - Organe latéral ventral, Vn - Ventral nasal (ventronasal), VO – Organes ventraux Les poissons-lanternes sont connus pour leur bioluminescence, qui leur permet de produire et de contrôler leur propre lumière par la présence de photophores luminescents disposés systématiquement sur leur corps. Les photophores sont des organes lumineux complexes, situés sur différents endroits de leur corps, qui leur permettent de communiquer, de se camoufler ou d'attirer des proies. Ces organes lumineux peuvent être disposés en bandes, en taches, en croissants ou en cercles autour de leur corps, créant une variété de motifs et de couleurs.
Ces organes émettent une lumière bleu-vert-jaune faible à vive, qui est le résultat d'une réaction chimique d'oxydation, déclenchée et régulée par le système nerveux. Le composé luciférine est responsable de l'effet de luminescence et de la couleur et qui est catalysé par l'enzyme luciférase. Ce composé est présent dans de nombreux autres groupes bioluminescents marins et terrestres avec des structures chimiques différentes.Cette adaptation aurait pu évoluer lorsque ces poissons ont commencé à habiter les eaux plus sombres de l'océan. La distribution ventrale caractéristique des photophores de poissons suggère que leur luminescence réduit la silhouette lorsqu'elle est vue sur un fond de lumière devenant de plus en plus sombre. Ces poissons font correspondre leur luminescence à l'éclairage de fond des océans en manipulant l'intensité des photophore à la suite d’une stimulation visuelle dite stimulation photique. Des expériences ont démontré la capacité de contrôle neuronal direct des photophores chez plusieurs espèces de myctophidés qui dépendent également des caractéristiques morphologiques et comportementales selon l’espèce de myctophidés.
La bioluminescence est donc surtout utile pour la réduction de la silhouette pour permettre à ces organismes de se fondre avec le décor. Ceci a pour but pour soit se camoufler, soit contre l’illumination ou soit pour distraire ou leurrer prédateur et proie. Dans les profondeurs de l'océan, où la lumière est très faible, la bioluminescence peut être utilisée pour se fondre dans l'environnement. Ces poissons peuvent contrôler l'intensité et la couleur de la lumière émise par leurs photophores pour correspondre à la faible lumière ambiante, ce qui les rend moins visibles pour les prédateurs ou les proies potentielles. Lorsqu'un myctophidé est vu de dessous, sa silhouette apparaît plus sombre par rapport à la luminosité de la surface de l'eau s'il n'ajuste pas sa bioluminescence. Pour contrer cela le contrôle des photophores permet d'émettre de la lumière vers le bas, ce qui réduit le contraste entre l'animal et la lumière provenant de la surface et rend la détection de ces animaux plus difficiles pour les prédateurs et les proies. Cette bioluminescence peut également être utilisée pour attirer ou distraire d'autres créatures. Les myctophidés peuvent créer des éclairs lumineux rapides ou des motifs lumineux complexes pour désorienter les prédateurs ou attirer des proies. Cette bioluminescence peut être utilisée pour aussi attirer des partenaires. Autrement cette bioluminescence peut améliorer la vision dans le profondeurs abyssales lorsque couplé à leurs grands yeux photosensibles.
Alimentation vignette|Échantillon de zooplancton.