Un chambertin-clos-de-bèze est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit sur le climat du clos de Bèze () à Gevrey-Chambertin, en Côte-d'Or. Il est classé parmi les grands crus du vignoble de la côte de Nuits.

C'est un des neuf grands crus situés sur la commune de Gevrey-Chambertin, les autres étant, du nord au sud du vignoble : ruchottes-chambertin ; mazis-chambertin ; chambertin ; chapelle-chambertin ; griotte-chambertin ; charmes-chambertin ; mazoyères-chambertin ; latricières-chambertin .

vignette|En automne.

Histoire

Moyen Âge Le clos de Bèze est un des plus anciens clos viticole du vignoble Français. En 628, le roi de Bourgogne mérovingien Dagobert demande à trois de ses seigneurs vassaux dont le duc Amalgaire de tuer Burnulfe, l’oncle de son frère pour asseoir son autorité et son pouvoir. Il récompense royalement les trois seigneurs en leur offrant de vastes domaines. Le duc Amalgaire reçoit la terre de Fons Besua (région de Bèze en Bourgogne) et décide d’y faire bâtir l'abbaye de Bèze qu'il dote d'un domaine terrien et viticole considérable dans toute la Côte d'Or avec à sa tête un de ses trois fils, l'abbé Waldalène, pour racheter ses fautes à Dieu. Les moines de l’abbaye de Bèze créent le clos de Bèze au sur leur important domaine de Gevrey-Chambertin à l'emplacement actuel. Mais en 1219, par besoin d'argent pour leur abbaye, les moines le vendent aux chanoines du chapitre de Langres qui le convoitaient depuis longtempsSolange de Montenay, l’abbaye bénédictine Saint-Pierre de Bèze (1960), 114..

En 1219, l’abbaye de Bèze vend : « aux doyen et chapitre de Langres » son clos de Gevrey ainsi que toutes ses dépendances « en maison, récipients et autres ustensiles , et en cens de : vin, d’avoine et de deniers pour six cents livres estevenantes ». Si la date précise de la transaction n’est pas mentionnée, il est indiqué qu’au moment de la vente, le siège de Langres est vacant. On peut par conséquent, situer cette transaction entre le mois d’avril, qui correspond au transfert de Guillaume de Joinville à Reims, et l’installation d’Hugues de Montréal à Langres au mois d’aoûtEUBEL (Conrad), « Hierarchia catholica medii aevi, t. I (1198 – 1431), Münster (Allemagne), Sumptibus et typis librariae Regensbergianae, 1913, p. 307.. Cet acte de vente de 1219, conservé aux archives départementales de la Côte-d’OrArchives départementales de la Côte d’Or série G - ADCO G 1078, ne mentionne aucune superficie ni aucun des confins. Nous ne pourrons sans doute jamais localiser le clos d’origine. Le Chapitre de Langres va agrandir le bien qu’il vient d’acquérir auprès de l’Abbaye de Bèze. Les documents du chapitre de Langres qui sont encore en notre possession , montrent que le Chapitre de Langres a procédé à diverses transactions au cours des XIIIe et XIVe. Parmi elles, une dizaine, concerne des vignes situées au Clos de Bèze. Le premier document attestant d’une nouvelle acquisition au Clos de Bèze se fait une trentaine d’années après l’achat initial des biens de l’abbaye de Bèze sur Gevrey. Les autres textes datent tous de la première moitié du . Le chapitre de Langres agrandit sa possession initiale sans que l’on puisse néanmoins connaître les superficies, originelles et augmentées, des nouvelles acquisitions faites au cours des . Le clos des religieux de Bèze a donc été patiemment agrandi par le chapitre de Langres jusqu’au moins, la première moitié du . Les éléments en notre possession ne nous permettent cependant pas de savoir si, à cette époque, le Clos de Bèze comprend les quarante journaux qui seront mentionnés dès le premier quart du . vignette|Juste avant les vendanges.

Période moderne Le le chapitre conclut un premier bail avec Pierre Monniot, bourgeois à Dijon, pour une durée de douze ans. Ce dernier le cède à Claude Jomard le pour le reste des huit années restant à courir. C’est à cette occasion que Claude Jomard semble avoir demandé au chapitre de retirer de son bail ou de lui abandonner à long terme une pièce de quarante journaux de vignes et topes dites au Chambertin. Au début du , le chapitre de Langres semble avoir tenté de récupérer l’exploitation en propre de ses vignesADCO G 1087. Mais le , le chapitre accepte la poursuite du bail initial conclu en 1651 avec Claude Jomard à son descendant : Barthelemy Jomard, conseiller et correcteur à la chambre des comptes de Dijon contre le paiement de la somme de .

En 1777, Claude Courtépée et Edme Beguillet indiquent que le clos de Bèze (acensé = affermé, mis en location) et donnent un classement des meilleurs climats de la paroisse : , ..

Classements du vignette|redresse=2|Les climats du coteau sud de Gevrey-Chambertin, selon le classement de 1861 : la en rose (uniquement le clos de Bèze et le Chambertin), la en jaune (Ruchottes, Mazis hauts, En la Chapelle, En Griotte nord, Aux Charmes hauts, Latricières, Aux Combottes et Mazoyères) et la en vert (Mazis bas, En Griotte sud, Aux Charmes bas et Aux Echezeaux). En 1855, l'ouvrage de Jules Lavalle classe pour la commune de Gevrey-Chambertin comme le Chambertin (sur , clos de Bèze compris) ; les climats voisins sont pour les hauts des (Chapelle haute, Mazy haut, Ruchotte du dessus, Charmes hauts et Grillotte haute), pour les bas des (Mazy bas, Chapelle petite, Ruchotte basse, Gemeaux, Charmes bas, Mazoyères, Latricières et Echézeaux)..

En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe les de de Gevrey, dont 28,2 en ( du clos de Bèze et 12,99 du Chambertin), 52,3 en (Cazetiers Hauts, Saint-Jacques haut, Ruchottes-du-Dessus, Mazis-Hauts, Ruchottes-du-Bas, Charmes hauts, Chapelle, ½ Griottes, Mazoyères, Combottes et Latricières) et 19,39 en (Cazetiers Bas, Lavaut, Charmes-Bas, ½ Griottes, Champs Chenys hauts et Aux Echesseaux), (carte au 1/ de 26 × 278 cm : )..

vignette|Phylloxéra : le puceron tueur de vigne. Dans les décennies 1830-1840, la pyrale survint et attaqua les feuilles de la vigne. Elle fut suivie d'une maladie cryptogamique, l'oïdium.. Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. À la fin du siècle arrivèrent deux nouveaux fléaux de la vigne : le premier fut le mildiou, autre maladie cryptogamique, qu'on peut traiter avec du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise) ; le second le phylloxéra, qui arrive en Côte-d'Or à partir de 1878 (il a fallu quelques décennies pour que toutes les parcelles soient contaminées). Cet insecte térébrant venu d'Amérique tua la majorité du vignoble. La seule parade trouvée fut le replantage intégral, fort coûteux, soit avec des hybrides (qui furent ensuite interdits), soit avec greffage sur des pieds américains, capables de vivre en présence du phylloxéra. La physionomie du vignoble en fut transformée : auparavant, les vignes étaient souvent plantées en foule, reproduites par marcottage (provignage) ; arrachées, elles ont fait place à des vignes en rangs et sur fils de fer, permettant l'introduction du cheval, puis des tracteurs. Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910.

Création de l'appellation Le nom de chambertin étant vendeur, beaucoup de vins produits autour de ce lieu-dit étaient commercialisés sous ce nom d'emprunt (porte-étendard). La loi de 1919 sur les appellations d'origine (AO), publiée au JORF du . autorisa de poursuivre un présumé usurpateur d'appellation devant le tribunal, mais aussi que . En conséquence, les producteurs (menés par le général Henri Rebourseau) formèrent en 1929 le syndicat de défense du Chambertin, puis obtinrent trois arrêts : le , le tribunal de Dijon reconnait que les crus voisins (Latricières, Mazoyères, Charmes, Griotte, Chapelle, Ruchottes et Mazis) peuvent rajouter le nom « Chambertin » à la suite du leur, mais l'interdit aux autres (notamment le clos Saint-Jacques) ; puis le , le tribunal de Dijon décide que l'appellation chambertin (tout court) est réservée aux climats cadastrés Chambertin et clos de Bèze, à la condition que le vin récolté provienne de pinots bourguignons dits noiriens (pinot noir) et que les vins du clos de Bèze pourront être désignés indifféremment sous le nom de , ou bien , interdisant ; enfin le , le tribunal d’instance de Dijon autorise la forme ..

Le Gibriaçois Henri Gouges avait rejoint au niveau national l'action menée par le sénateur Joseph Capus et Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui abouti à la création de la notion d'appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret-loi du , reconnaissant la validité des AO antérieures, publié au JORF du .. Les appellations chambertin et chambertin-clos-de-bèze sont officiellement reconnues ensemble par le décret du , publié au JORF du .Site du BIVB : Grand cru de Gevrey-Chambertin. Apparition de l'enjambeur dans les années 1960-1970, qui remplace le cheval. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique…).

Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives« Le Millésime 2003 en Bourgogne », La Revue du vin de France, , .. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , publié au JORF du ., puis en (), homologué par le décret du publié au JORF du ..

Étymologie

Le mot clos est dérivé du matin clausum, « endroit fermé, fermeture » : il s'agit d'un endroit qui peut être cultivé et qui est entouré de haie, de murs ou de fossés, servant à délimiter la propriété et à la protéger des troupeaux. En Bourgogne, la clôture est composée de murs en pierres sèches couronnées de rangs de laves, avec une ou deux ouvertures fermée(s) d'une barrière, d'une porte ou d'une grille. Pour le clos de Bèze, ces murs n'existent plus depuis le .

Bèze désigne ici l'ancien propriétaire du lieu-dit, du : c'était l'abbaye Saint-Pierre de Bèze, à au nord-est. La commune de Bèze doit son nom au petit cours d'eau qui y prend sa source, la Bèze, du latin bedus ou bedum, « canal, fossé »..

Vignoble Aire d'appellation

L'aire d'appellation du chambertin-clos-de-bèze est incluse dans l'aire d'appellation de l'AOC gevrey-chambertin. Elle se situe à la sortie sud de Gevrey-Chambertin sur la route des Grands Crus en direction de Morey-Saint-Denis, Nuits-Saint-Georges et Beaune sur la partie modérément inclinée du coteau à sol calcaire exposé plein est. Elle borde les Mazis au nord et le Chambertin au sud. et couvre et . ; la surface déclarée en production était de en 2023, pour une production de ..

Le chambertin-clos-de-bèze est une des neuf AOC grands crus du vignoble de Gevrey-Chambertin et une des 33 appellations classées grands crus du vignoble de Bourgogne.

Le climat du Clos de Bèze est par ailleurs inclus dans l'aire d'appellation du grand cru chambertin : les vins provenant du climat « Clos de Bèze » peuvent donc être commercialisés sous l'AOC chambertin-clos-de-bèze ou sous l'AOC chambertin.

Géologie et orographie Situé sur le long coteau dont le soubassement est composé de la roche calcaire dure appelée « calcaire de Prémeaux ». Terre brune avec des limons et éboulis graveleux sur le haut et calcaires à teneur argileuse sur le versant. Situé a une altitude de 240 à 250 mètres. Exposé au levant.

Climatologie Le climat bourguignon est un climat tempéré océanique à légère tendance continentale ; l'ensoleillement annuel a été de (moyenne 1991-2020 à Dijon-Longvic).. La station météorologique de Marsannay-la-Côte (à d'altitude, à la sortie sud de la commune : )., quelques kilomètres plus au nord, est représentative du climat au bas du coteau viticole.

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Encépagement