vignette|redresse|Kevin Larmee devant sa peinture murale, à New York, en 1985.Lart urbain, ou Stéphanie Lemoine, L'Art urbain - Du graffiti au street art, éditions Gallimard : ., est, à la fois, un mouvement artistique et un mode d'expression artistique, qui s'affirme ou se revendique ainsi à partir de la fin du .

Il regroupe toutes les formes d'art réalisées dans l'espace public, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, la peinture murale, le trompe-l'œil, le pochoir, la mosaïque, le sticker, l'affichage et le collage, la réclame ou les installations comme le tricot urbain. Certaines formes de performances peuvent même être incluses dans le concept d'art urbain..

C'est un art éphémère vu par un large public : « L’œuvre qui s’inscrit dans la rue s’adresse à tous, sans filtre, et engage une confrontation directe avec le réel. » Il ne doit pas être confondu avec l'art dans la ville, dans l'espace urbain ou public (en anglais ), et tous les projets initiés par des institutions publiques, comme le Federal Art Project américain des années 1930 ou les expériences menées en France à partir des années 1960 et 1970.

Les termes employés pour désigner les pratiques de l'art urbain sont plurielles et sujets à débats. À titre d'exemple, les termes « pressionnisme » ou « post-graffiti » pourraient constituer le courant du graffiti et des actes réalisés à la bombe de peinture sur des toiles.

Histoire

L'art urbain a une histoire multiple et relativement complexe. Cela s'explique d'abord par le sens longtemps figé que l'on donnait à des mots comme « art, beaux-arts, expression artistique », termes alors dévolus à des canons, des dogmes, des dispositifs réglementés ou contingentés. Ensuite, chemin faisant, et qu'une forme de reconnaissance et de récupération émergeait, on a assisté à une non différenciation des pratiques composant les arts urbains, qui ont été regroupées, selon C215, (2015)..

La pratique du graffiti est nécessairement ancienne, s'inscrivant parfois dans la lignée de l'art pariétal, comme le rappelle, non sans malice, Magda Danysz (2015), qui dit que . Prenant du recul, elle fait cependant le constat historiographique suivant : ..

L'appropriation par le street art d'un lieu public « est né à la conjonction de mouvements esthétiques et d’un contexte socioculturel et économique propre au New York des années 1970Hugues Bazin, « L’argot graffiti ou l’art populaire comme rapport à l’art légitime », in Patrimoine, tags et graffs dans la ville, Ed. Bordeaux : SCEREN-CRDP, 2004, .. Cependant, les premiers tags, signés . et Cool Earl, apparaissent à Philadelphie à la fin des années 1960. Le cas de Cornbread est particulier : ce jeune-homme s'amusait à signer de son nom des messages amoureux ciblant une seule personne un peu partout dans la ville.

L'art urbain en tant qu'initiative individuelle commence à s'épanouir en France à partir de Mai 1968.. Cependant, en 1971, l'artiste Gérard Zlotykamien dessinait, à la bombe de peinture, des silhouettes fantomatiques dans l'immense chantier dit du « trou des Halles » à Paris. Après être intervenu sur le plateau d'Albion à coup de pochoirs, action totalement illégale, Ernest Pignon-Ernest exécute une fresque sur les murs de la Bourse du commerce., également située aux Halles. Ces deux artistes n'ont reçu aucune commande, leurs actions étaient spontanées et rebelles.

L'art urbain, dû à sa marginalité (caractérisée par le choix du support en pleine rue et l'aspect éphémère de l’œuvre), s'oppose assez naturellement au marché de l'art puisque ne pouvant s’acquérir. Cependant, au début du , la tendance est plutôt à l'institutionnalisation du street art qui a sa place dans les galeries, les musées, les salles de ventes ou sur des façades monumentales.. En France, la Fédération de l'Art Urbain. a ainsi été créée en avec le soutien du ministère de la Culture. Parallèlement, ce même ministère a commandé une étude nationale sur l'art urbain.. La part de l'art urbain dans le marché de l'art contemporain, en volume, augmente sensiblement, et certains de ces artistes vivants, dépassent, en matière de ventes, des artistes décédés..

Influence Dans l'art urbain, le street art puise ses origines dans des disciplines graphiques aussi variées que la bande dessinée ou l'affiche. Selon Alain WeillVoir, par exemple, Le Design graphique : ABCDEF…, coll. Découvertes Gallimard, Paris, 2003., spécialiste de l'afficheÀ ne pas confondre avec son homonyme Alain Weill, homme d'affaires du secteur des médias., l'essence de l'art urbain contemporain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d'après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodē, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

Chronologie vignette|gauche|Mur Peint par Fabio Rieti, Paris. Une réalisation Dauphin.

On appelle « art urbain » les peintures murales contemporaines réalisées en extérieur, pour agglomérer aux productions artistiques reconnues par les institutions ou le marché de l'art celles issues de volontés individuelles. Appropriation de l'espace public, l'art urbain a fait l'objet de règlements depuis des temps reculés ; il est ainsi interdit de graver son nom sur les parois d'un monument, les enseignes et le collage d'affiches sont soumis à des autorisations. Au , l'essor de la publicité entraîne l'emploi d'artistes pour peindre des images de réclames sur les murs aveugles.. La publicité murale entraîne le paiement d'une taxe, qui finira, au par en libérer les murs. En France, ce sont les affichages de la famille Dauphin fondés en 1921 par Eugène A. Dauphin, qui popularisent le mur peint. À la libération, son fils Jacques Dauphin placarde les affiches de la Libération dans la capitale française. En 1947, en raison de la conduite d'Eugène Dauphin (alias le « Colonel Duc » dans la Résistance), ce dernier obtient la concession des murs et des terrains en friche de la ville de Paris.. De nombreuses réalisations Dauphin sont ainsi créées en collaboration avec des artistes tout au long du ..

À partir des années 1970, des artistes peignent sur ces surfaces libres en Europe et en Amérique. Invoquant la volonté de sortir des musées et des lieux privés pour s'adresser à l'homme de la rue, ces artistes cultivent des thèmes et des styles populaires, souvent liées à des revendications sociales.. Les autorités le traitent comme graffiti quand il n'est pas autorisé, et pour cette raison, les peintres sont anonymes ou s'abritent sous un pseudonyme. Encore aujourd'hui, des artistes comme entre autres JR s'expriment dans les rues sur par des peintures murales à caractère souvent politique.. En 1967, Bill Walker entreprend à Chicago le monumental Wall of Respect qui provoque une flambée de réalisations murales.

Années 1960–1970 thumb|Peinture murale à Sarrebruck inspirée de La Cène de Léonard de VinciCliché pris en ..

En 1962, en dehors de l'espace galeriste, en une performance, Yves Klein jette dans la Seine des feuilles d'or, créant une « Cession d'une à Michael Blankfort, Pont au Double, Paris, », sur yvesklein.com.. En 1963, Gérard Zlotykamien effectue ses premières peintures éphémères. Puis en 1966, premiers collages d'affiches au pochoir d'Ernest Pignon-Ernest sur le plateau d'Albion, dans le Vaucluse pour dénoncer l’attirail nucléaire enfoui sous les champs. En 1967 et 1968 à Philadelphie et New York, les premiers graffitis à la bombe signés apparaissent « ‘The History of American Graffiti:’ From Subway Car to Gallery », ,PBSO News Hour.. En 1968, des affiches à caractère politique sont produites par le collectif de l'Atelier populaire ex École des Beaux-Arts, dans le cadre de la contestation de mai 68.

En 1971 sort Les Gisants de la Commune de Paris par Ernest Pignon-Ernest. En 1974 : station de métro Hankar à Bruxelles, Notre temps, de Roger Somville. En 1976, Jean-Michel Basquiat et ses amis Al Diaz et Shannon Dawson commencent à graffer à proximité des galeries de Manhattan des messages qu'ils signent sous le pseudonyme de SAMO... En 1979, Epsylon Point effectue ses premières interventions à la bombe, dans la rue.

Années 1980 alt=Graffiti dans le quartier de Bushwick à Brooklyn en 2019|vignette|Graffiti dans le quartier de Bushwick à Brooklyn.

Les wagons des métros et les panneaux d'affichage des grandes villes américaines se couvrent de tags, revendiquées par des depuis la fin de la décennie précédente, et souvent contresignés, orchestrant une sorte de bataille de territoires. Cette époque est aussi celle des premières galeries d'art qui tentent d'exposer en leurs murs ces modes d'expressions, et du renforcement d'un appareil législatif et répressif.

En 1980, Harald Naegeli est condamné à neuf mois de prison par le tribunal de Zürich après plusieurs années de productions anonymes poétiques et ludiques dans l'espace public. La même année, Keith Haring effectue ses premiers subway drawings dans le métro de New YorkAlexandra Kolossa, Haring, Taschen, 2009, , ., sur les panneaux publicitaires vacants plutôt que sur le matériel roulant comme le faisaient déjà les writers. Toujours en 1980, début du tournage de New York Beat Movie avec Jean-Michel Basquiat et Edo Bertoglio ; le film ne sort qu'en 2000 sous le titre Downtown 81.

En 1981 en France, Rafael Gray et Richard Hambleton effectuent leurs premières interventions. Fin 1981, c'est au tour de Blek le rat et d'Epsylon Point avec ses premiers pochoirs en couleur. En 1982, rencontre de Jean Gabaret et Michel Espagnon dans les catacombes de Paris : fresques signées « Vive La Peinture », préfiguration du groupe VLP. La même année, Jef Aérosol peint son premier pochoir à Tours (France), et le groupe Banlieue-Banlieue se forme avec des premières interventions dans la rue. En , Daniel Baugeste effecte sa première intervention. En 1983, Bando introduit le graffiti hip-hop à Paris. Entre 1982 et 1983 se créent les Paris City Painters qui deviendront la Force Alphabétique par Spirit, Asphalt RIP et Blitz. En 1983 Speedy Graphito / X Moulinex fait ses premières peintures de. En , Jérôme Mesnager effectue ses premières et le film américain de Charlie Ahearn sort en en France. En , Costa effectue sa première intervention dans le métro. Aux États-Unis, la chaine PBS diffuse Style Wars documentaire de et Henry Chalfant..

En , les Frères Ripoulin (Jean Faucheur, Claude Closky, Pierre Huyghe, Nina Childress, Trois Carrés, OX, Manhu, Bla-Bla-Bla) collent leurs premières peintures sur papier. En été 1984 s'ouvre à Aubervilliers, le de hip-hop en France.

En 1985, premiers pochoirs et affichages d´originaux des Nuklé-Art, Kim Prisu, Kriki, Etherno. La même année, le terrain vague de Stalingrad (Paris) est investi entre autres par Ash. Aussi, s'effectue le du mouvement graffiti et d'art urbain, à Bondy, à l'initiative des VLP, avec Speedy Graphito, Miss Tic, SP 38, Epsylon Point, Rafael Gray, Blek le rat, Futura 2000, Nuklé-Art, Jef Aérosol, et Banlieue-Banlieue. Entretemps, l'affiche de La Ruée vers l'art, sous l'initiative de Jack Lang, est signée Speedy Graphito. En , Miss.Tic effectue sa première intervention.

En 1986 sortent les premiers livres consacrés au pochoir de rue : Vite Fait / Bien Fait, âux éditions Alternatives (couverture de Jef Aérosol) et Pochoir à la une d´après une idée originale du groupe Nuklé-Art et de la librairie Parallèle (Paris). consacrée au pochoir, galerie du Jour / Agnès b., à Paris. En 1987, Qu'est ce qu'un intellectuel, à Louvain-la-Neuve, Roger Somville. Premiers parcours de Morèje, à Paris. Collages d'Ernest Pignon-Ernest à Naples. Campagne « Miss.Tic présidente » (pochoirs). En 1989, André invente son Monsieur ATristan Manco, Street Logos, Thames & Hudson, Londres, 2004, , 128 pages, ..

Années 1990 vignette|gauche|Fresque dans le jardin d'Embarthe à Toulouse.