La bataille des Saintes également appelée bataille de la Dominique, se déroule du au , pendant la guerre franco-britannique, entre une flotte britannique dirigée par George Rodney et une flotte française dirigée par le comte de Grasse. La flotte britannique en sort victorieuse. L'affrontement fut baptisé du nom des îles des Saintes, un archipel séparé de la Basse-Terre en Guadeloupe par le canal des Saintes.

Contexte vignette|300px|gauche|Les principales étapes de la bataille. La France possédait déjà quelques îles antillaises et désirait envahir la Jamaïque, alors colonie britannique.

Le , le comte de Grasse quitte la Martinique avec 35 navires de ligne, et un grand convoi de 150 navires de transport, à la rencontre de la flotte espagnole composée de 12 vaisseaux de ligne et transportant . Il est poursuivi par la flotte britannique, composée de 36 vaisseaux et commandée par les amiraux George Brydges Rodney et Samuel Hood qui les rattrapent le soir même grâce à la rapidité de leurs navires, dont la coque était revêtue de panneaux de cuivre qui empêche la flore marine de s'y fixer mais leur donne surtout une maniabilité supérieure.

Le , Grasse ordonne au convoi de se réfugier en Guadeloupe et fait mettre ses navires en ordre de bataille pour couvrir leur retraite. Les deux flottes se trouvent alors sous le vent de l'île de la Dominique. Tout d'abord, 8 navires de l'avant-garde britannique engagent les 14 bâtiments de l'escadre du marquis de Vaudreuil. Lorsque le gros de la flotte britannique s'approche de la zone des combats, les navires français rompent le contact pour couvrir la retraite du convoi. Cinq navires français sont hors de combat. Pendant les deux jours qui suivirent, les deux forces se font face sans combattre pour réparer les dégâts du premier affrontement.

Déroulement vignette|gauche|L'explosion du César (74 canons), pendant la nuit. Le , Rodney attaque les 30 navires français restant avec ses 36 bâtiments. Par un vent faible d'est-nord-est, les deux flottes alignées sur deux files commencent le combat en allant à la rencontre l'une de l'autre selon la tactique de la ligne de bataille. Les Français ne peuvent pas tirer profit de leur allure au vent car ils sont pris en tenaille entre les Britanniques et la côte ouest de la Dominique. Vers , le vent tourne au sud-est ce qui oblige les Français qui tirent un bord vers le sud à se laisser déporter à tribord vers la file de bâtiments britanniques. Quelques bâtiments français tentent de virer de bord ce qui rompt l'ordre de bataille. Les Britanniques ayant désormais le vent en poupe en profitent et Rodney sur son vaisseau amiral le , suivi de cinq autres, s'engage dans une brèche entre les navires français. Derrière lui, Hood fait de même et interrompt la ligne française juste devant le Ville de Paris, vaisseau amiral du comte de Grasse.

Dans cette position, les Britanniques peuvent faire feu de chacun des deux côtés et sur courte distance, leurs canons (des caronades) sont particulièrement efficaces. Ce faisant, Rodney et Hood abandonnent le côté au vent aux Français et ne sont plus en mesure de les empêcher de décrocher. Cependant le vent tombe et laisse les navires en panne. L'après-midi, lorsqu'un léger vent d'est se lève, la flotte française est entièrement disloquée. Grasse ordonne un repli général mais celui-ci ne se fait pas dans l'ordre. Les Britanniques capturent quatre navires français et attaquent le Ville de Paris qui est isolé. Le combat est particulièrement acharné et dure plus de cinq heures. La légende dit que de Grasse, qui a épuisé toutes ses munitions, fait tirer une dernière salve en chargeant quelques canons avec sa vaisselle d'argent puis se rend. Son vaisseau n'est plus qu'un ponton sanglant et démâté. Le César (74 canons), capturé par les Britanniques, explose dans la nuit du 12 au . Ce sacrifice n'a cependant pas été inutile car le reste de l'escadre peut se replier. Les pertes françaises sont de ou blessés et . Côté navires, outre le Ville de Paris, le Glorieux, l'Hector et l', la marine française perd le Caton et le Jason qui sont poursuivis et capturés le au large de Porto Rico lors de la bataille du canal de la Mona.

Le Ville de Paris, très endommagé par la bataille, coulera lors de son remorquage vers l'AngleterreLe convoi des 6 navires français, encadré par 4 navires britanniques, parti d'Halifax, est pris dans une tempête au large de Terre-Neuve en septembre 1782. Outre 2 vaisseaux britanniques (le Centaur et le Ramillies), le Ville de Paris et le Glorieux coulent, l'Hector peu après..

Navires engagés Le nombre qui suit le nom du navire est le nombre de canons embarqués et donc par extension la catégorie du navireSource : Archives nationales, fonds Marine, B4-195. et Hubert Granier, Marins de France au combat 1715-1789.

Royaume de France CE : chef d'escadre ; LG : lieutenant général des armées navales Escadre blanche et bleue (d'Espinouse CE)

Le Triomphant, 80, de Vaudreuil Le , de Charritte Le Magnifique, 74, MacCarthy Martaigne

Le Pluton, 74, d'Albert de Rions Le Marseillais, 74, de Castellane-Majastre Le , 80, Champmartin (d'Espinouse CE) Le Conquérant, 74, La Grandière

Le Réfléchi, 64, Médine Le , 74, Le Bègue Le Destin, 74, du Maitz de Goimpy Le Diadème, 74, de Monteclerc Escadre blanche (comte de Grasse LG)

Le Glorieux, 74, des Cars Le Sceptre, 74, de Malet (comte de Vaudreuil CE) L’Éveillé, 64, de Tilly

Le Couronne, 80, de Mithon Le , 104, La Villéon (comte de Grasse LG) Le Languedoc, 80, baron d'Arros

Le , 70, de Roquefeuil-Montpeyroux Le , 74, vicomte de Marigny † L’Hector, 74, Le Vicomté Escadre bleue (Bougainville CE)

Le Citoyen, 74, de Thy Le Brave, 74, d'Amblimont Le Scipion, 74, Clavel

L’, 64, Gouzillon L’Auguste, 80, Castellan (Bougainville CE) Le , 74, Antoine Cresp de Saint-Cézaire

Le Palmier, 74, de Mortilly Le Souverain, 74, de Glandevès Le Neptune, 74, Detlaire L’Hercule, 74, La Clocheterie †

Plus les frégates de répétition des signaux Royaume de Grande-Bretagne HMS Royal Oak, 74, Burnett , 74, Bayne HMS Montagu, 74, Bowen HMS Yarmouth, 64, Parrey HMS Valiant, 74, Granston Goodall 98, Knight (contre-amiral Sir Samuel Hood) , 74, Reynolds HMS Warrior, 74, Wallace HMS Belliqueux, 64, Sutherland HMS Centaur, 74, Inglefield HMS Magnificent, 74, Linzee HMS Prince William, 64, Wilkinson HMS Bedford, 74, Graves (commodore Affleck) HMS Ajax, 74, Charrington , 64, Dumaresq HMS Canada, 74, Cornwallis HMS St Albans, 64, Inglis HMS Namur, 90, Fanshame , 90, Douglas (amiral Sir George Brydges Rodney) HMS Duke, 90, Gardner , 64, Caldwell , 74, Manners HMS Prothee, 64, Buckner HMS Hercules, 74, Savage HMS America, 64, Samuel Thompson HMS Russel, 74, Saumarez HMS Prudent, 64 HMS Fame, 74, Barbor HMS Anson, 64, Blair HMS Torbay, 74, Gidoin HMS Prince George, 90, Williams HMS Princessa 70, Knatchbull (contre-amiral Drake) HMS Conqueror, 74, Balfour , 64, Truscott HMS Alcide, 74, Charles Thompson , 74, Cornish HMS Marlborough, 74, Penny

Conclusion thumb|Plusieurs vaisseaux français capturés lors de la bataille et mis sous pavillon britannique. Le reste de la flotte française rejoint la flotte d'invasion près du Cap Français. Bien qu'elle soit encore composée de 40 vaisseaux de ligne, la flotte renonce à l'invasion de la Jamaïque : la perte du commandant en chef et les maladies parmi les équipages sont la cause de l'abandon de l'entreprise.

En , un convoi britannique escortant deux vaisseaux français capturés (le Ville de Paris et le Glorieux) part vers l'Angleterre. Pris dans une tempête, ces deux derniers disparaissent corps et biens. Les vaisseaux de ligne britanniques et sombrent lors de cette même tempête.

Il n'a jamais été élucidé si Rodney a coupé les lignes françaises par tactique ou si ce n'est pas plutôt le vent qui a induit la manœuvre. La question de savoir pourquoi les navires français n'ont pas été poursuivis reste aussi sans réponse. Plus tard, le comte de Grasse rendra ses capitaines Vaudreuil et Bougainville responsables de la défaite.

C'est la dernière bataille navale livrée dans les eaux américaines au cours de cette guerre. En 1783, la Grande-Bretagne, l'Espagne et la France signent le traité de Versailles qui redistribue, entre autres, les colonies britanniques, espagnoles et françaises des Antilles. La bataille des Saintes marque un tournant dans la tactique des combats en mer, au sens où l’engagement débouchera désormais sur de véritables batailles d’anéantissement.

Notes et références

Voir aussi Sources et bibliographie

Articles connexes François Joseph Paul de Grasse Histoire de la marine française Bataille du canal de la Mona

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