L'histoire de l'hôpital proprement dit commence dès le , quand il devient une institution. Ce n'est qu'au que l'hôpital est créé officiellement, repris au Moyen Âge par l'Église. Il prend son sens avec les Croisades et l'arrivée de grandes épidémies puis l'accueil des pauvres et des exclus. L'hôpital est assimilé à l'hospice. La médicalisation qui se met en place à la fin du engendre nombre de conflits avec le personnel religieux mais va progressivement faire apparaître l'établissement de soins que nous connaissons.
L’hôpital du : œuvre de charité
Pour une histoire médiévale de l'hôpital en France, voir aussi Maison de charité.
Les origines
Durant l'Antiquité, l'hospitalité, l'aide et l'assistance se pratiquent dans les maisons privées et sont conçues comme des obligations familiales ou ressortissant de quelques groupes particuliers où on cotise volontairement, les collèges qui assurent également une sépulture décente. Dès lors, il n'y a à proprement parler ni lieux publics d'hospitalité pour les pauvres, les vieillards ou les invalides, ni établissements collectifs pour les soins médicaux. L'étranger est toujours considéré comme un ennemi, au mieux comme quelqu'un auquel on ne doit rien. On note cependant la présence de certains lieux d'hébergement public, comme le Prytanée ou le temple d'Asclépios ainsi que les infirmeries militaires romaines, destinées à accueillir les soldats malades.
C'est avec le Christianisme d'État qu'apparaît l'idée d'une assistance fondée sur la nouvelle spiritualité et qui ne serait plus réservées aux parents et aux membres affiliés au groupe, mais publique, c'est-à-dire offerte à tous, amis ou ennemis, familiers ou étrangers. Le Code de Justinien établit en 529 que l’hôpital devînt une institution : on y prévoit une administration ainsi que des lois qui règlementent son fonctionnement. C'est à Marseille, au qu'est fait pour la première fois mention d'une institution publique, puisqu'un legs prévoit qu'y soit fondé et entretenu un lit.
Au Moyen Âge, en Europe les hôpitaux se trouvent étroitement liés à la religion puisqu'ils sont fondés par l'Église et administrés par des membres du clergé. L'idée d'assistance est fondée sur les consignes du Christ : accueil des humbles, miséricorde envers les affligés… puis par la suite, l'idéal de pauvreté s'ajoute à celui de la charité.
L'assisté est un pénitent, et sa souffrance, soulagée par la compassion, est une occasion de rachat (saint Augustin).
Ainsi, à partir du , la charité hospitalière devient une des formes concrètes de la spiritualité, laïque et cléricale.
L'hôpital appartient au patrimoine ecclésiastique, ainsi, il est placé sous l'autorité de l'évêque et les ressources financières des hôpitaux proviennent uniquement de la charité individuelle. L'hôpital ressemble beaucoup à une église : on voit se créer de nouveaux ordres spécialisés (ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit, ordre de Saint-Jean de Jérusalem) et son architecture est très largement inspirée des monuments religieux.
L'hôpital n'est pas encore un lieu de soins médicaux. Il accueille trois catégories de personnes : les pauvres malades, les vieillards et infirmes, les enfants abandonnés ou orphelins. On en trouve dans presque tous les villages de France. À la suite du développement des villes, l'hôpital doit aussi évoluer ; on voit se créer de nouvelles formes d’assistance : les Hôtel-Dieu d'abord à Paris puis à Angers, Lyon…
Durant la civilisation islamique médiévale À l’âge d'or de la civilisation islamique médiévale, c'est au nom de Bimaristan qu'était désigné un hôpital et au sens moderne du terme, un établissement où les malades étaient accueillis et pris en charge par un personnel qualifié. Ainsi, les médecins musulmans ont été les premiers à établir une distinction entre un hôpital et les différents types d’accueil comme les temples de guérison, temples de sommeil, Hospices, Asiles, Lazaret et Léproseries qui, dans l’Antiquité répondaient davantage à une préoccupation d’isoler les malades et les fous de la société Les Bimaristans médiévaux sont donc considérés comme les premiers hôpitaux au sens moderne du terme. Les premiers hôpitaux publics Peter Barrett (2004), Science and Theology Since Copernicus: The Search for Understanding, , Continuum International Publishing Group, ., les premiers hôpitaux psychiatriques Ibrahim B. Syed PhD, "Islamic Medicine: 1000 years ahead of its times", , 2002 (2), [7-8]., les Écoles de médecine et les Universités ont également été introduites par les médecins musulmans.
Le problème des épidémies Au Moyen Âge, avec les croisades et la (re)découverte de l'Orient, apparaissent les grandes épidémies en Europe : Peste noire, lèpre… et l'hôpital n'est pas adapté pour accueillir les malades, les soigner (très relatif) et endiguer la propagation de l'épidémie. Les solutions apportées furent dans un premier temps, l'isolement des malades chez eux, puis la fuite des bien-portants. Mais, ce système a ses limites, c'est pourquoi, très rapidement, a été mis en place en France l'isolement institutionnalisé des malades par la création des léproseries, des maladreries et des lazarets maritimes.
Les hôpitaux qui ouvriront plus tard en Europe au moment des croisades ont été inspirés par les hôpitaux du Moyen-Orient. Le premier hôpital de Paris, les Quinze-vingts a été fondé par Louis IX après son retour de la septième croisade entre 1254 et 1260.
L’hôpital au : œuvre de bienfaisance
La compassion morale À la fin de la Renaissance, la notion de pauvreté quitte la sphère théologique pour devenir un problème politique, en effet, l’hôpital-charité accueille à tout-va : mendiants, exclus… au point de devenir un refuge pour les sans-logis, fonction qu'elle n'avait pas au départ. De plus, des abus et des désordres financiers viennent ternir la vocation ecclésiastique de l’hôpital. Ce qui par exemple entraîna en 1505 la transmission des pouvoirs administratifs de l'Hôtel-Dieu de Paris, jusqu'alors confié aux moines, à huit bourgeois parisiens.
Au , l'hôpital continue d'accueillir les passants et les mendiants, mais on commence à restreindre leurs entrées au profit des malades curables.
La solution administrative et répressive Par un édit du , Louis XIV crée L'Hôpital général, qui prend la suite d'anciennes structures hospitalières (tels le « Grand bureau des pauvres » (1544-1791), et « l'Hôpital des pauvres enfermés »). L'édit est complété par un règlement qui précise les missions de cette nouvelle structure administrative, étendue à partir de 1662 dans toutes les grandes villes de France. À Paris, le « Bureau de l'hôpital général » administre plusieurs sites : la Salpêtrière, Bicêtre, la Pitié, la Maison Scipion, et la Savonnerie, auxquels s’adjoindront plusieurs autres structures au fil du tempsNicolas Sainte-Fare Garnot, « L'hôpital général de Paris, institution d'assistance, de police ou de soin ? », dans Histoire, économie et société, 1984, vol.3, , .. L'institution est dirigée par 26 gouverneurs laïcs, placés sous l'autorité du Président du Parlement de Paris et de son procureur général, auxquels s'ajoutent l'archevêque de Paris, le lieutenant de Police, et le prévôt des marchands de la Ville de ParisArticle sur le site des Archives de l'Assistance publique. En complémentarité de l'Hôtel-Dieu, l'Hôpital général est d'abord destiné aux « pauvres mendiants », terme qui regroupe une certaine catégorie d'individus, poussés à la mendicité par les guerres et les troubles économiques, où sont distingués les mendiants valides (adultes), et les enfants et vieillards. La première mission de l'Hôpital est le soin et l'assistance : on retrouve la présence d'un médecin, et même d'un service pharmaceutique. Une seconde fonction est celle de la sûreté et du contrôle : il s'agissait d'enrayer la mendicité, avec des mesures d'enfermement. Avec le temps, l'Hôpital général exercera son contrôle sur une maison de force, avec la détention de prostituées, de handicapés, et de nombreuses personnes jugées indésirables ou pouvant causer du trouble.
L’hôpital français après la Révolution La Révolution consacre la nationalisation des hôpitaux qui se concrétise sous la Convention par un décret du 23 messidor de l'an ().
Mais les effets escomptés ne sont pas au rendez-vous de la mainmise étatique. En effet, malgré les grands principes développés par les Constitutions de 1791 et de 1793, le nombre de pauvres ne cesse de croître et l'État ne peut faire face à l'augmentation exponentielle des dépenses hospitalières.
Échaudés par cette désastreuse nationalisation, les pouvoirs publics se désengagent de la gestion des hôpitaux qui sont dès lors municipalisés par la loi du 16 vendémiaire de l'an () qui dispose que « les administrations municipales auront la surveillance immédiate des hospices civils dans leur arrondissement ». Jusqu'en 1914, ces hôpitaux vivent des « produits de leurs dotations » (mise en valeur de leur patrimoine) et de taxes liés à l'octroi (taxes sur les spectacles à Paris)Patrice Bourdelais et Olivier Faure, Les Nouvelles Pratiques de santé (-s), Belin, 2005. Telle est l'origine historique d'une tutelle très étroite entre l'hôpital et la commune dont les retentissements sont aujourd'hui encore très vivaces. Deux siècles plus tard, le maire est toujours le président du conseil d'administration de l'hôpital. Ceci n'est plus vrai en théorie depuis la nouvelle loi HPST du . Mais en pratique le maire reste le président du conseil de surveillance qui administre l’hôpital public comme avant le Conseil d'administration.
L’hôpital de 1794 à 1940 : naissance de la clinique La médicalisation qui se met en place à la fin du engendre nombre de conflits avec le personnel religieux mais va progressivement faire apparaître l'établissement de soins que nous connaissons. Les progrès considérables de la médecine ouvrent peu à peu l'hôpital aux malades payants (Ignác Fülöp Semmelweis découvre l'hygiène en 1847, Louis Pasteur découvre l'asepsie en 1860 et Joseph Lister l'antisepsie en 1863).
vignette|Hôpital à Paris en 1883.
La loi du confirme la gestion aux corporations religieuses les quelques asiles d’aliénés, qu’elles avaient créés quelques années auparavant : naissance ainsi de la première externalisation du service public post-révolutionnaire. Les différentes confessions (juive, protestante, catholique) créent leurs propres maisons de malades.
Création des établissements publics communaux. Son rôle était social et d’utilité publique.
Création des lois sociales, assurances sociales. La sécurité sociale (Deuxième Guerre mondiale). Les progrès de la science transforment un lieu d'hébergement en centre de soins actifs et diversifiés.
La fin de l’hôpital hospice. Les métiers hospitaliers deviennent plus spécialisésChristian Chevandier, Infirmières parisiennes. Émergence d'une profession, Publications de la Sorbonne, 2011..
Le paradigme anatomo-clinique Le est aussi marqué par le retour à l'étude du corps humain : le médecin « ose » toucher le corps des malades, ose même les palper et cherche à guérir le patient. On appellera ce processus : le paradigme anatomo-clinique car les traités de Galien sont complètement remis en cause : la médecine repose désormais sur le triptyque : Études approfondies du corps humain, Expériences de traitements, Guérir la pathologie (et non pas seulement la traiter).
Xavier Bichat (1771-1802), Anatomie générale René Laennec (1781-1826), inventeur du « pectoriloque » ou stéthoscope.
:Catégorie:Médecin du XIXe siècle
La clinique : instruire et guérir